Presse et médias du Voijia | のメディア ヴォイジ・コダルストヴォ

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Gelebor
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Re: Presse et médias du Voijia | のメディア ヴォイジ・コダルストヴォ

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Titre de l’article : Internet a-t-il tué la lecture ?

Auteure de l’article : Oliga Yuki

Date de publication : 08 Avril 2043

Editeur : Hitobito

Internet désignait originellement le réseau télématique international résultant de l'interconnexion d'ordinateurs du monde entier utilisant un protocole commun d'échanges de données (IP pour Internet protocol). En effet, ce réseau mondial de télécommunication relie entre eux des ordinateurs ou des réseaux locaux et permet l'acheminement de données numérisées de toutes sortes (messages électroniques, textes, images, sons, etc.). La lecture, quant à elle, se définit comme l’action visant à prendre connaissance d’un contenu, d’un texte notamment, afin de s’informer ou de se divertir, mobilisant compétences cognitives et compétence visuelle. Nous nous posons la question suivante : « Internet a-t-il tué la lecture ? », question ô combien débattue au cours de la dernière décennie, notamment par Hiraku Sanji et Tenro Hirashi, deux écrivains reconnus. Le premier fut d’avis que la démocratisation du Web favorise l’essor d’une multiplicité des savoirs et des interprétations, lesquelles sont rangées à la même enseigne, et ce peu importe la pertinence du contenu. Les dialogues importants et les grands débats préexistants risquent ainsi d’être noyés dans ce flot informationnel, détournant le public intéressé des questions importantes, diminuant in fine la crédibilité des normes académiques en matière de savoir. En outre, l’appauvrissement du langage, par l'usage du novlangue digital, et des idées risqueraient - à terme - de se propager, au bénéfice des escrocs intellectuels qui pullulent sur la toile.

Le second avait alerté sur le fait qu’Internet est susceptible de délivrer des informations invérifiables, peu sourcées, et souvent maladroitement placées dans des raisonnements incomplets, abscons, que les jeunes esprits peuvent considérer comme des sagesses. De plus, le croisement d’informations imparfaites ou « influencées » par des auteurs politiquement alignés risque d’aboutir à des résultats cocasses - au mieux -, ce que déplorent notamment les professeurs. Dans les deux cas, Internet deviendrait une sorte de laboratoire de l’obscurantisme, de l’ignorance et de la bêtise démocratisés… Mais peut-être se dévoile en filigrane une critique implicite des auteurs mentionnés à l’égard de leurs contemporains ? Les masses disposent aujourd’hui d'un accès théoriquement large à l'alphabétisation et à connaissance. Elles demeurent cependant de facto incitées et souvent prêtes à rester dans l'ignorance. Enfin, en absence de régulation et de modération, Internet rend la lecture tantôt périlleuse (les fausses informations et les dangers qui courent sur la toile sont nombreux !), tantôt désagréable (les nombreux « trolls » qui « infestent » les forums, les « Fake News », les commentaires à caractère offensants), systématiquement usante pour les yeux (du fait de la lumière bleue émanant de nos écrans !). Par l’abondance qui caractérise Internet, l’accessibilité aisée aux informations non-vérifiées, et la liberté accordée à chacun de prendre la parole dans un espace de discussion cloisonné, ces dangers se multiplient. La lecture n’est guère plus une activité plaisante et instructive ! Parasitée, elle constitue un danger potentiel, savamment entretenu par toutes sortes d’ignorants, nuisibles, charlatans et autres médiocres qui font florès dans cet espace virtuel.

En matière de médiocrités justement, Internet est un formidable vecteur. Certes, Internet aurait pu permettre d’immortaliser certains éléments du patrimoine culturel, notamment en valorisant certaines figures historiques oubliées ou monuments ayant bonne presse parmi les internautes. Le revers de la médaille résiderait dans le cas contraire, avec la remise au goût du jour d'idées, d'habitudes, de doctrines, d'idéologies politiques nuisibles, et dans la promotion d’une e-culture génératrice de stupidités. Il y a deux millénaires, un philosophe occidental du nom de Socrate avait confié ses craintes que l’écrit ne finisse par affaiblir les mémoires, et, subséquemment, la capacité à mémoriser, activité mentale qui requiert l’apprentissage d’un véritable “art de la mémoire”. En effet, cette faculté « de tout garder en tête » a donc été, après l’Antiquité, comme extériorisée, conservée à part sur une tablette consultable au besoin, mais qu’on peut aussi égarer. Que dirait aujourd’hui Socrate des écrans d’ordinateurs qui transmettent en permanence - sans discontinuer ! - des myriades d’images intempestives, des essaims de messages et d’informations souvent idiots et systématiquement ensevelis sous d’autres. Les cycles de l’évolution ont rendu notre regard sensible aux ondulations des vents, au mouvement du gibier que l’on traque, aux variations de la lumière, et non aux couleurs tapageuses émanant de nos écrans omniprésents. Les effets dévastateurs du support de nos écrans sur le cerveau sont depuis longtemps dénoncés par des professionnels en matière de santé. L’adaptation à ces nouvelles conditions de lecture entraîne des conséquences non-négligeables pour nos capacités cognitives. Il devient difficile de concentrer (Depuis vingt ans, le temps de concentration moyen serait passé de douze à huit secondes), et de mémoriser ; la profusion d’informations complique leur sélection ou y fait renoncer : Internet emprisonne l’individu dans un environnement qui favorise la pensée hâtive et l’apprentissage superficiel. Le “zapping”, phénomène qui consiste à passer très rapidement d’un sujet à l’autre sans s’arrêter sur aucun, en appuyant sur un bouton, suscite un flot rapide de particules, conditionnant l’individu à une lecture inadaptée à l’appréciation d’un texte littéraire.

Naturellement, les mutations liées à la lecture numérique ne constituent pas qu’une affaire de support… Elles s’inscrivent dans le contexte de notre époque. A l’ère du « merchandising » triomphant matérialisé par l’essor de la publicité, de la bourse et de l’achat compulsif, il devient effectivement difficile de fixer une concentration optimale sur un sujet, tant cette dernière est incessamment sollicitée par des stimulis extérieurs et l’apparition inopportune de “messages” et de “mails”. Les messages gigantesques de la publicité, ses images provocatrices, son langage agressif, pensés pour marquer les cerveaux comme des fers rouges, disposent - hélas ! - d’une force d’évocation supérieure à celle des plus élégantes figures de style que contiennent nos plus illustres haïkus.

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