La Vérité au Karmalistan

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Vladimir Ivanov
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Re: La Vérité au Karmalistan

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Vladimir Ivanov
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Re: La Vérité au Karmalistan

Message par Vladimir Ivanov »

Évènements / tendance au Karmalistan depuis un an :

_ recul de l'islamisme radical dans tout le pays ; défaites majeures de l'organisation djihadiste Amarat sur plusieurs localités rurales du Nord, mais maintien de sa présence au Pradishahr au Sud grâce à l'aide du Jumhuriyat (organisation "républicaine" nationaliste mafieuse qui contrôle les champs de pavot du centre-est et en exporte l'héroïne raffinée sur place ou dans les pays voisins)
_ les affrontements militaires au Nord entre les forces armées du pays et les islamistes ont provoqué une baisse de la production de fer et d'acier, et ainsi ralenti la croissance du PIB
_ le trafic d'héroïne organisé par le Jumhuriyat a considérablement diminué : la reine Mamta s'est engagée à lutter contre ce commerce illégal même au prix d'une détérioration des relations avec cette organisation qui contrôle quelques localités rurales du centre-est du pays, la rapprochant fatalement des islamistes radicaux du Pradishar (sud-est)... contribuant là aussi, à la baisse du PIB
_ le Dahar a manifesté son mécontentement face à la campagne anti-drogue de la reine Mamta Shakhan, l'accusant d'être anti-démocratique
_ amélioration générale des conditions de vie malgré une croissance du PIB plus faible, effets de la politique redistributive du gouvernement très orienté à gauche et recevant le soutien de la reine
_ prolongation de la trêve avec les guérillas marxistes, mais féroces dissensions tant au sein du PRDK-ML qu'au Nod
_ dans les contrées encore nomades du Nord-Est, certains prêtres syirs (nestoriens) prophétisent une catastrophe prochaine et la venue imminente d'un messie
_ progression latente des idées communistes dans le pays, sous couvert, avec la complicité, ou en concurrence avec le "socialisme islamique" défendu par le gouvernement
_ mécontentement des féodaux, les maliks et chefs religieux ruraux s'opposent toujours avec plus de virulence - verbale - à la reine, qui conserve toutefois une grande popularité ; les milieux d'affaire du Dahar en profitent pour renforcer leurs relations avec cette opposition
_ nette amélioration des droits des femmes et de leur considération dans la société
_ le programme ultra-secret "Abdul Kader Khan" est lancé depuis avril 2041 : il se dissimule derrière la filière du nucléaire civil et ne fait pas encore partie des priorités de recherche ; cela dit, il reste l'objet d'une attention particulière en ce qui concerne sa discrétion : seule une poignée d'officiels sont tenus au courant (dont le directeur de recherche Djötchi-Baatar, la direction du KhAD - les renseignements, Nazar Babur et le chef du renseignement du Nod, Temürkhan...), au point que la reine Mamta Shakhan ellle-même n'est pas informée (elle accorde toutefois à son conseiller Nazar-Babur un droit de "non-regard" sur certaines de ces activités souterraines, consciente qu'elle doit faire des concessions aux "socialistes-islamiques" face à ses opposants de droite)
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Viktor Troska
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Re: La Vérité au Karmalistan

Message par Viktor Troska »

GYNOCRATIE TRANSNATIONALE
(Avec l'autorisation de Vlad pour poster dans sa section)

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Karagol est une ville animée de jour comme de nuit à l'image de l'immensité du Karmalistan. Un pays fascinant et gigantesque à la fois. Jamais au cours de sa vie, la westréenne qu'était Audrey Grant n'avait visité autant de pays et rencontré autant de personnalités... disons des camarades. Le Gandhari, l'Ölan et le Karmalistan. Deux de ces pays étaient déjà socialistes, le troisième était dans une forme hybride et inclassable. Si il finissait par basculer, cela serait incontestablement un poids supplémentaire pour le socialisme international. Mais ces quelques pensées géopolitiques et stratégiques n'étaient pas celles de Audrey Grant en ce moment. Alors que la nuit tombait, la communiste westréenne grimpait les quelques marches qui servait de mémorial à la "martyre Asha Lota" : Une statue imposante, mais d'une grande simplicité. Asha Lota... Martyre du communisme, femme politique gandharienne, effrontée gauchiste avec une légende dorée.

Le personnage continuait de faire couler de l'encre, voir même du sang dans son propre pays. Pour Audrey Grant, les sentiments étaient contradictoires. L'expression de son visage ne laissait pas transparaître grand chose, tandis qu'elle levait les yeux vers le plus haut point de la statue. Elle se baissa pour écraser sa cigarette - une mauvaise manie qu'elle avait depuis la guerre civile et dont elle n'arrivait plus à se passer - avant de regarder de nouveau de longs instants la statue. Pourvu que l'on ne lui érige pas un tel mémorial si elle venait à mourir... Elle trouvait cela ridicule. Mais après tout ce n'était pas son pays et cette statue devait quand même bien faire chier pas mal de réacs à chaque fois qu'ils passaient devant. Un mal pour un bien donc. Ce n'est pas elle qui avait choisie ce point de rendez-vous, il lui avait été fixé par la personne qu'elle devait rencontrer. La westréenne attendait donc patiemment, les mains dans les poches et plantée devant la statue.


MAMTA ISMAÏLA KHAN | « Cette femme est désormais plus grande que nous ne le saurons peut-être jamais, citoyenne Grant »

Audrey Grant tourna légèrement sur elle-même afin de faire face à la personne qui s'adressait à elle. Sortant les mains de ses poches, elle se contenta de sourire avant de reporter à nouveau son regard vers la statue.

AUDREY GRANT | « Possible, possible. Mais je ne pense pas que nous nous battons quotidiennement pour avoir des statues à notre effigie, non ? Nous sommes loin de tout cela... »

MAMTA ISMAÏLA KHAN | « Je n'ai pas la réponse à cette question. Mais si notre combat doit être reconnu et qu'il doit servir d'exemple, c'est sans doute le moindre mal »

AUDREY GRANT | « Vous faîtes preuve de trop de sagesse pour être reine. Vous devriez faire attention, la sagesse permet d'avoir des statues mais pas nécessairement de garder sa tête »

La westréenne fit un signe de sa main droite qui mimait une décapitation, ce qui n'était peut-être pas du meilleur goût pour la Shakan du Karmalistan. Mais cette dernière avait compris qu'il s'agissait plus d'un avertissement que d'une menace directe contre elle.


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MAMTA ISMAÏLA KHAN
Shakhan du Karmalistan

MAMTA ISMAÏLA KHAN | « Vos amis du PRDK-ML peut-être veulent ma tête, c'est ça ? »

AUDREY GRANT | « Ce n'est pas vous qui avez fait tuer le Camarade Urdzhar. Votre tête est bien sur vos épaules, elle sert une cause noble et progressiste pour votre pays. D'autres voudront peut-être vous trancher la tête, mais pas mes "amis" comme vous les appelez. »

MAMTA ISMAÏLA KHAN | « Asha Lota avait aussi beaucoup d'ennemis... »

AUDREY GRANT | « C'est sa stupidité qui l'a fait tuer, pas le fait qu'elle puisse avoir des ennemis. Arrêtons de nous raconter n'importe quoi, nous savons toutes les deux la réalité derrière la fiction »

Les deux femmes se lancèrent un regard mutuel de défi. Impertinente, Audrey Grant maniait l'art de la provocation. Mamta Khan de son côté savait qu'elle ne devait pas rentrer dans un jeu où elle ne serait pas sur son propre terrain. Au bout d'un moment, elle se mit à sourire discrètement.

MAMTA ISMAÏLA KHAN | « Je pense commencer à comprendre pourquoi vous êtes une plaie pour pas mal de monde dans votre pays, citoyenne Grant. Personne n'aime les fortes gueules, encore moins quand il s'agit de femmes. Je vous apprécie, sincèrement. Nous ne partageons pas le même idéal, mais nous luttons sur des horizons semblables »

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AUDREY GRANT
Ancienne Secrétaire Générale du Westrait Communist Party

AUDREY GRANT | « Vous aussi vous êtes mésestimé parce que vous êtes une femme. Vous devez avoir davantage d'ennemis que moi, voir même que ne pouvait en avoir notre amie Lota. Vous savez, l'on vous a donné un surnom dans notre pays. »

MAMTA ISMAÏLA KHAN | « Ah ? Quel est-il ? »

AUDREY GRANT | « La Reine Rouge ! »

La Shakan éclata de rire. Non pas pour se moquer, mais parce que cela semblait en fait d'une évidence... évidente.

MAMTA ISMAÏLA KHAN | « Je ne rigole pas pour me moquer, c'est juste que c'est... »

AUDREY GRANT | « Aucune originalité, c'est de la merde. Encore un truc pondu par un scribouillard dans un journal à la con qui pense être intelligent. Aucunement besoin de vous donner un surnom aussi débile. C'est tout au plus insulter votre intelligence et votre personne. Enfin, si je peux m'exprimer ainsi »

MAMTA ISMAÏLA KHAN | « Je préfère que l'on me surnomme la "Reine Rouge", plutôt que l'on dise de moi que je suis un résidu attardé d'une vieille dynastie régnante juste bonne à mettre contre un mur, si vous voyez ce que je veux dire »

Ce fut au tour de la communiste westréenne de rire aux propos de la Shakan.

AUDREY GRANT | « Ce ne sont pas mes propos en tout cas, si cela peut vous rassurer... »

MAMTA ISMAÏLA KHAN | « Je sais qu'il n'y a pas grand monde pour dire cela dans votre pays. Le Karmalistan et le Westrait sont des amis et des alliés indéfectibles depuis plusieurs années maintenant. Depuis cette fameuse opération... »

AUDREY GRANT | « Un chef d'oeuvre vous voulez-dire ? Fignolé par notre plus grand diplomate, un ami et un camarade, ce bon vieux Roger Lester ! »

MAMTA ISMAÏLA KHAN | « Nous n'oublierons pas ce que vous avez fait pour notre pays durant cette guerre, tout comme je m'attacherai personnellement à faire en sorte que vos médecins et l'ensemble du personnel westréen qui participe à aider mon pays soient reconnus à la hauteur de leur mérite »

AUDREY GRANT | « Le mérite ? Ah, fumisterie bourgeoise votre altesse ! Nous faisons ce que nous avons à faire, quand nous devons le faire. C'est notre modeste contribution à la révolution internationale que nous désirons tant... Quand je dis nous, je parle pour moi et mes camarades, évidemment. Je ne me permettrai pas de vous insulter en disant que vous êtes communiste, bien que certains dans votre pays doivent le croire »

MAMTA ISMAÏLA KHAN | « Vous avez raison sur un point, je ne suis pas communiste. Pourtant, j'ai autant de respect pour Asha Lota que pour vous, Audrey Grant. Je sais également que malgré vos airs farouches, vous avez du respect et de l'estime pour moi. Sinon vous ne seriez pas là entrain de me parler, non ? »

La westréenne commença à se griller une nouvelle cigarette, avant de tourner sur elle-même plusieurs fois et sans raison valable.

AUDREY GRANT | « Oui, votre combat mérite d'être soutenu tant qu'il reste dans la perspective de la libération de l'ensemble des peuples du Karmalistan. Mais vous comme moi savez pertinemment que cela ira jusqu'à un certain point... Ensuite, nous redeviendrons incontestablement des adversaires. C'est une loi dialectique et naturelle, nous ne pouvons pas nous y opposer »

La Shakan ne parut pas le moins du monde attristé par les propos que lui l'olgarienne. Il fallait se rendre à l'évidence, jamais elle ne pourraient être d'accord, cela paraissait même improbable. Cependant, l'une comme l'autre savaient ce qu'elles désiraient. Restait donc à savoir qui finirait par l'emporter, ou finir la première à être une nouvelle statue. L'attirance et la répulsion rythmait la rencontre et la discussion entre les deux femmes, que tout opposait mais que beaucoup rapprochait malgré les apparences. Alors que Karagol s'enfonçait dans la nuit, la Shakan attrapa par le bras la westréenne afin qu'elle marche avec elle et qu'elles puissent continuer leur discussion, d'égal à égal, comme deux femmes se respectant mutuellement et cherchant à convaincre l'autre, par ruse, sarcasme ou par son aura.

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Vladimir Ivanov
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Re: La Vérité au Karmalistan

Message par Vladimir Ivanov »

AFFAIRE BOUSSANER : POLARISATION ET CATALYSATION
Séisme politique au Karmalistan


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Les protestations islamistes se sont multipliées dans les villes de Ciskormalie, au centre-sud du pays (comme ici à Khorramshahr, la cinquième ville du pays)


Consécutivement à l'impasse parlementaire, Mamta Shakhan a donc tranché en faveur de la condamnation sans appel du régime de Boussaner au Saog pour son implication avérée dans l'attentat de Cewell.
Un renvoi d'ascenseur logique d'un point de vue militaire, après la contribution -certes indirecte mais décisive- du Westrait dans les efforts de défense de l'Aminavie contre ses agresseurs.

Mais le fait est que la monarchie karmale prenait ainsi position en faveur du bloc communiste... et contre un membre de la LIM à laquelle elle est sensée appartenir. Cela dans un contexte de clivages sociaux grandissants entre islamistes-modérés (conservateurs républicains) et progressistes (royalistes), au sein d'une économie en profonde mutation structurelle... mais victime d'une crise conjoncturelle majeure (la croissance a chuté à moins de 1% l'année qui vient de s'achever).
Il est vrai que la majorité des Etats de la LIM, outre le Karmalistan, la Byrsa, l'Ölan et al-Aqsa, se sont prononcés en faveur soit d'une reconnaissance de culpabilité, soit d'une mise en garde, voire d'une condamnation du gouvernement Boussaner. Mais le Royaume de Kars, le membre le plus influent de la LIM, est resté silencieux, avant que la mort subite de Boussaner lui-même ne vienne encore brouiller les cartes.

Rompre les relations diplomatiques et militaires avec le Saog, était une décision aussi courageuse que dangereuse : Mamta Shakhan s'affirme, comme à son habitude, particulièrement tranchante, ce qui inspire le respect des uns... et la colère des autres.
L'islam traditionnel est attaqué sur tous les fronts au Karmalistan : sociaux (droits des femmes), économiques (centralisation, nationalisations et redistributions des terres au détriment des magnats daharans, des maliks perses et grands propriétaires terriens), et diplomatiques (condamnation du Saog au profit du Westrait).

La population du Karmalistan, fracturée entre ethnies, l'est également, en parallèles, entre idéaux.
_ le littoral à l'extrémité Sud (Dahar), rajan (indo-janubien), est libéral et occidentalisé ;
_ les contreforts du massif du Kormal au centre du pays, et les monts de l'Ala-Tau au Nord-ouest, sont peuplés de tojiks persanophones (iraniens orientaux) très religieux et conservateurs, jusqu'au traditionalisme islamique ;
_ le Nord, et l'Est, qarlouks turcophones (ouzbeks et hazaro-mongols), sont caractérisés par un subtile mélange de progressisme et de nationalisme, berceau de l'idéologie officielle défendue par l'actuel gouvernement : le socialisme islamique.

Si le fervâne aux affaires étrangères, Omar Sultan-Zareh, peut représenter la ligne conservatrice des Tojiks, tous les autres hauts-dirigeants de l'équipe executive sont très loin sur sa gauche :
_ le fervâne à l'intérieur est un communiste réformiste, ancien « guérilléros »,
_ le fervâne à la défense est l'un des principaux théoriciens du socialisme islamique,
_ quant à la reine elle-même... si sa politique cherche à concilier progrès sociaux et identité culturelle, socialisme et nationalisme, l'image qu'elle renvoie, volontairement ou malgré elle, notamment de par son passé d'artiste, semble la mettre « à cheval entre le marxisme et le libéralisme », du moins selon ses contempteurs.

Dénoncée comme une « idiote utile du marxisme » par les patriciens daharans, comme une « étrangère à la solde des ploutocrates » par les nationalistes syiro-qaroulouks les plus virulents, elle est à la fois l'une ou l'autre, aux yeux des conservateurs musulmans, bien plus nombreux que les premiers cités.

A la fin de l'année 2042, des manifestations hostiles à la reine ont eu lieu, d'abord à Khorramshahr, puis dans la capitale et de nombreuses autres villes sur le pourtour du massif du Kormal, au centre du pays.
Des premiers heurts ont éclaté à Tchardjou le 27 octobre, le lendemain de l'annonce des sanctions contre le Saog, entre partisans pro-Mamta et opposants islamistes, provoquant une centaine de blessés.

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Les manifestations hostiles à la reine Mamta Shakhan qui n'ont jamais cessé depuis octobre 2042, sont indiqués dans les cercles verts.

Les protestataires se comptent par centaines de milliers chaque semaine à travers le pays, essentiellement au centre, à l'ouest et au sud, tandis que les évènements dégénèrent en émeutes urbaines sur la base de différends communautaires à la jonction de quartiers qarlouks (favorables au pouvoir) ou tojiks (opposants).

Le 2 novembre, à Karagol, 18 tojiks membres du JISh, le parti islamo-conservateur, sont massacrés : la veille à Khorramshahr, une jeune femme qui, par signe de fidélité à la reine Mamta, retira son voile, fut défigurée à l'acide par plusieurs opposants islamistes. Une pratique courante contre les femmes qui osent retirer leur voile en Ciskormalie et dans l'Ala-Tau, bastions de l'islamisme karmali. On constate d'autres vengeances, des Tojiks contre les Qarlouks, puis inversement, en particulier dans la capitale, à Tchardjou et à Daharpur. Pour un total de 35 morts et plusieurs milliers de blessés.

La reine n'est pas restée sans réagir. Sur les conseils de ses fervânes, c'est à Khorramshahr, épicentre de la révolte, que la répression a été la plus féroce : les forces de l'ordre ont procédé à des milliers d'arrestations et l'armée a même été mobilisé.

La situation est devenue telle que les élections législatives (les dernières remontent effectivement à plus de 5 années) ont été repoussé à l'année 2043.

De leur côté, les organisations syiro-marxistes, particulièrement dans leur bastion du Nord-Est, ont observé au contraire un silence rigoureux face aux évènements. Craignant davantage le retour à un régime islamo-conservateur, ils tendent plutôt vers une sorte de « soutien passif » à la reine. Néanmoins très hostiles à la monarchie, ils ont refusé d'exprimer une position claire. Ils sont comme court-circuité par un conflit qui les dépasse.
A l'inverse, au Dahar, les libéraux célèbrent la « chute prochaine » de la « tyranne marxiste », jusqu'à apporter un soutien financier aux meneurs de l'opposition (maliks et mollahs sunnites).

Par-delà les innombrables facteurs contradictoires déterminants, la stabilité du pouvoir karmal dépendra au final, d'une seule variable : le succès -ou non- du socialisme islamique, la politique promue par le fervâne à la défense Abu Bakr Safarali et le conseiller de la reine, Nazar-Babur, laquelle prétend concilier identité nationale et développement économique, valeurs islamiques et progrès social.
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Re: La Vérité au Karmalistan

Message par Vladimir Ivanov »

LE SOCIALISME-ISLAMIQUE : IDEOLOGIE DU REGIME (1)
Introduction


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« Dans le désert, sous le ciel étoilé du désert, on est obnubilé par l’idée du paradis »


Ces mots d'Aliriz Shariata pourraient peut-être expliquer la ferveur religieuse qui a presque toujours marqué les peuples du désert, voire nous faire comprendre l'essor de l'islam dans ces régions où la nature est si hostile.

L'islam, aussi réactionnaire fut-il en pratique, est une religion au potentiel pourtant éminemment révolutionnaire. Par potentiel, on considère le rôle historique décisif qu'il a joué à l'aube de son ère, au VIIe siècle, contre le système social tout puissant d'alors qu'était le polythéisme esclavagiste de la Marquézie antique.

Si le prophète Mohammed (plus connu sous la désignation « Mahomet » en Occident) est l'objet de nombreuses controverses quant à ce qu'il représente socialement - n'était-il qu'un marchand belliqueux, jaloux du pouvoir de la vieille aristocratie mecquoise ? ou, au-delà de son comportement personnel maculé d'imperfections morales, était-il l'abnégateur nomade, le messager révolutionnaire, l'instrument du Dieu Unique pour répandre la bonne nouvelle, celle de l'égalité de tous face à la Vérité et la mort ? - il existe, dans tous les cas, un leader musulman qui fait l'unanimité, tant chez les sunnites traditionnels que les musulmans de gauche : le premier calife, Abu Bakr, l'éclairé.

Affranchisseur d'esclaves, conquérant pieux au service d'un universalisme égalitaire, généreux et magnanime envers ses ennemis vaincus, Abu Bakr est un homme d'action et de vertu, particulièrement vénéré au Karmalistan.
Son pendant théorique est l'influent théologien nomade et muhajir Abu Dharr al-Ghifari, le dispensateur de la bonne parole, celle du Dieu Unique et de son exigence d'égalité sociale. C'est lui qui s'insurgea contre Mu'awiya au milieu du VIIe siècle, sous le règne duquel commencèrent les dérives réactionnaires de l'islam. Une religion alors en perdition à peine quelques décennies après sa naissance : le « Califat omeyyade », fondé après l'assassinat d'Ali en 661 à la suite de la bataille de Siffin, marqua tout-à-la-fois l'émergence de la corruption sociale, morale et politique de l'Umma, et celle de l'hérésie azraqite, aux racines de l'islam ultra-réactionnaire, de l'hanbalisme puis du wahhabisme.

Parmi les différentes écoles de pensée de l'islam, une confrérie soufie hanafite oriente sa philosophie dans le sillage du parcours de vie d'Abu Bakr et de la pensée d'al-Ghifari : la Naqshbandiyya. Précisément celle qui rassemble la majeure partie de la population karmale.

Cette confrérie, de par son aspiration sociale et son goût de la justice, fut propice, sur les terres qu'elle a influencé (Sharqoz), à l'émergence de ce que certains appellent le « progressisme » musulman (peut-être est-ce toutefois un abus de langage, en fonction de ce que l'on perçoit à travers ce terme de « progressisme »), et particulièrement, celui du socialisme islamique.
Un courant de l'islam dont la particularité est d'avoir visé la conciliation entre pureté religieuse originelle et modernité, en particulier les principes coraniques avec les avancées techno-scientifiques, et même certains progrès sociaux - si conformes à la Sharia.
D'abord libéral (au sens où on l'entendait au XVIIIe et au XIXe siècle, soit la primauté de la raison sur la tradition ainsi que le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes), ce mouvement philosophique dut faire face aux attaques conjointes des impérialistes occidentaux de la Grande Hégémonie et des obscurantistes traditionalistes.
On abordera la pensée en particulier, à partir du XIXe siècle, des personnalités suivantes : al-Tojiki, Abduh, Danish, Behbudi, Klevleev, Sar-Ali Lapine, les Vajsov, et Aliriz Shariata.
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Re: La Vérité au Karmalistan

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LE SOCIALISME-ISLAMIQUE : IDEOLOGIE DU REGIME (2)

Sayyid Jamāl ad-Dīn Asadābādī ; al-Tojiki

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Sayyid Jamāl ad-Dīn Asadābādī, dit plus couramment, al-Tojiki, ou Asad Abadi, né en 1838 à Asad Abad (au sud-ouest du Karmalistan historique), et mort en 1897, est un idéologue musulman persanophone et soufi, réformateur « moderniste » sur le plan théologique, et panislamiste anti-occidental sur le plan politique.
Sa mission première était de faire comprendre aux musulmans que seule la Raison pouvait les sauver du colonialisme dytolien, qu'il était nécessaire d'embrasser la science et de rejeter le carcan rigide de l'interprétation littéraliste des textes religieux afin de restaurer la puissance et la gloire du califat islamique.

Dans le contexte de son siècle, celui de la Grande Hégémonie où l'Occident (plus particulièrement le Commonwealth) dominait le monde par ses avancées scientifiques, son industrie manufacturière, ses empires coloniaux, sa puissance financière, ses forces armées modernes et son influence culturelle, al-Tojiki s'efforça de rendre son unité et sa dignité au monde musulman, alors arriéré, divisé, exploité.

Après sa formation à Karagol où il est durablement imprégné par la mystique soufie, il voyage au Dahar en 1855 et 1856, alors colonie britonnique. Le contraste en terme de niveau de développement entre le nord et le sud du Karmalistan, dont il peut à présent témoigner, le bouleverse. Sa montée en puissance des envahisseurs dytoliens face à la décadence du monde musulman, le persuade d'une indispensable transformation intérieure.
Il effectue le hajj (pèlerinage à La Mecque), avant de revenir dans son pays. Il assiste le souverain karmali en tant que conseiller, dans sa guerre contre les Britons. Dans le cadre du « Grand Jeu » qui oppose les superpuissances chrétiennes dans la région, il propose de s'appuyer diplomatiquement sur les Slaves au Nord (pourtant chrétiens) et sur les révoltes hindouistes en Janubie, ainsi que de moderniser l'armement et la formation des troupes sur le modèle de leurs ennemis britons.

Banni par le fils successeur - beaucoup plus conservateur en particulier sur les questions théologiques, il se réfugie au Saog, où il contribue à former et influencer durablement le célèbre juriste et écrivain islamiste-réformateur Muhammad 'Abduh.

Habile pratiquant de la Taqqiya (dissimulation religieuse, en théorie propre au chiisme), son discours est parfois, surtout en politique, pétri de contradictions : il dénonce aussi bien les vieux despotismes orientaux (jusqu'à légitimer le tyrannicide) que la démocratie des mécréants occidentaux. Mais il est très écouté. Il voyage beaucoup, est invité par plusieurs souverains musulmans dans le Monde et enseigne dans de prestigieuses écoles jusqu'en Natolique, en Algarbe, en Janubie et surtout en Marquézie.

Son interprétation du Coran le pousse à concilier révélation et raison : « le livre saint engage constamment le croyant à comprendre le monde et à réfléchir : la sclérose des esprits est le fruit des traditions, et non de l'islam ».
Sa vision théologique le place à la frontière même entre chiisme et sunnisme. Il est également franc-maçon, membre de la loge « Étoile de l'Est ».

Tout au long de sa vie, il revendique avec véhémence l'unité de l'islam (panislamisme), aussi bien en matière confessionnelle (chiite et sunnite) qu'en matière politique. Il va même jusqu'à prôner une alliance objective avec l'hindouïsme en Janubie, cela contre le pire ennemi de l'islam : l'impérialisme occidental.
Pour redonner à l'Umma sa liberté, pour lui faire recouvrir sa splendeur d’antan, il estime que celle-ci doit non-seulement rebâtir un califat transnational, mais opérer à son tour un vaste programme de modernisation, s'ouvrir à la science et entrer dans la compétition technologique avec les puissances chrétiennes. Sachant celles-ci beaucoup plus avancées, il invite les musulmans à prendre exemple sur ces dernières, à les imiter en particulier dans le domaine des sciences dures et de l'organisation militaire. Avocat de la rationalité contre l'obscurantisme - selon lui la raison doit toujours primer sur les traditions - il ne s'exprime toutefois aucunement sur d'éventuelles réformes politiques (constitution, parlementarisme...) et reste viscéralement attaché au rôle intrinsèquement politique de l'islam : il n'est donc pas à proprement parler un « libéral ».

A sa mort, le saogien Muhammad 'Abduh prend le relais, toujours dans le but de réformer le monde musulman, concilier foi et raison, et combattre l'impérialisme occidental, bien qu'il fusse plus discret.
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Re: La Vérité au Karmalistan

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LE SOCIALISME-ISLAMIQUE : IDEOLOGIE DU REGIME (3)

Muhammad 'Abduh

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Muhammad 'Abduh, né en 1849, est un grand juriste, musulman réformateur et écrivain saogien, avant de devenir grand mufti du Saog de 1899 à sa mort en 1905.

D'origine fellah (paysan autochtone pauvre, non-bédoin), il étudie à Canli la logique, la philosophie et le mysticisme, entre-autres par son maître à pensée, le karmal al-Tojiki, à partir de 1872.

Il devient ensuite professeur, jusqu'à former les cadis (juges musulmans) du Saog.
Adepte du soufisme et grand mystique, il n'en demeure pas moins très critique envers les dérives superstitieuses propres à ce vaste mouvement, surtout dans ses pratiques populaires.

De par sa prise de position en faveur du monisme (unicité de l'esprit et de la matière) d'abord théorisé dans le monde musulman par le célèbre Ibn Arabi au XIIIe siècle*, Muhammad 'Abduh est devenu le chef de file du courant réformateur dans l'islam du XIXe siècle, celui qui considère que la raison est le guide de la vraie foi.
Dans son Traité sur l'unicité de Dieu, ouvrage qui couche ainsi sur papier l'enseignement oral d'al-Tojiki, il explique son cheminement de la sorte : un homme n'étant plus séparé entre une conscience pure et indépendante d'une part, et une enveloppe matérielle en tant que simple instrument d'autre part, la conception d'une uncité entre l'un et l'autre amène à en déduire l'existence d'une corrélation entre les deux entités, qui rattache ainsi le l'esprit et le corps, le spirituel et le matériel, la religion et la science, la foi et la raison. Une seule et même entité où les deux interagissent (d'abord le corps, puis l'esprit après l'éducation nécessaire).

*Le monde chrétien avait son équivalent à la même époque : Thomas d'Aquin, et son species, ou « détermination cognitionnelle ».

Père fondateur du modernisme islamique arabe, Muhammad 'Abduh va jusqu'à tenter une réhabilitation du mutazilisme. Ce « néo-mutazilisme » proclame ainsi l'existence du libre-arbitre contre la doctrine de la prédestination, et prêche la tolérance envers les autres mouvements musulmans, en particulier les chiites. Le dialogue inter-religieux est encouragé, les chrétiens doivent être respectés comme des frères.
L'ennemi commun qui doit malgré lui souder cette unité de l'islam et cette main tendue envers les orientaux chrétiens, demeure bien-sûr, le colon dytolien, à combattre sans pitié.

Il tient d'ailleurs un influent journal panislamiste et anticolonial : Al-Urwah al-Wuthqa ; le serment par le sang (littéralement « la liaison la plus solide »), où il exprime en droite ligne de son maître al-Tojiki, qui le préside à ses côtés, sa vision d'un islam uni, rationalisé, ouvert et respectueux, mais viscéralement attaché à son indépendance, prêt à défendre sa dignité avec la plus impitoyable des résistances.

Franc-maçon lui aussi et adepte de la taqiyah, sa vision de l'islam n'est pas dépourvue d'un certain rigorisme, puisqu'il condamne avec la plus grande fermeté toutes formes de corruption morale, mais aussi, par exemple, aussi bien la fornication que la polygamie (considérée comme une infâme injustice qui sème la discorde entre les femmes), l'athéisme et la superstition, l'esclavage et les discriminations raciales.

Son précepte cardinal est l'ijtihâd, cet effort de réflexion pour interpréter les textes coraniques, afin de s'élever dans la foi par la raison.
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Vladimir Ivanov
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Re: La Vérité au Karmalistan

Message par Vladimir Ivanov »

LE SOCIALISME-ISLAMIQUE : IDEOLOGIE DU REGIME (4)

Le Djadidisme

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Mosquée moderne de Kashogyl, au cœur du Chaïbanistan.

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« Eh homme, si tu es intelligent, ne sois pas trompé par les autres,
Interroge ta raison sur chaque vérité,
Car chaque intelligence libre est un prophète
Qui tire les vérités de Dieu même, sans intermédiaire aucun.
»

Musa Bigi, poète syir et théologien musulman djadid


Le peuple qarlouk, turcophones sunnites aux ascendances génétiques irano-turco-mongoles, est resté profondément attaché à ses traditions semi-nomades guerrières, des assemblées populaires – qurultaï, au respect des femmes (qui peuvent même combattre aux côtés des hommes), et à son universalisme tolérant en matière religieuse et très attaché à la recherche scientifique. L'icône de cette dernière est Ulugh-Beg, prince-savant de Tcharkand (1409-1447), émir-khan du Sharqoz (1447-1449), bâtisseur, astronome et martyr du Karmalistan.

Grand contributeur des tables gurkaniennes avec ses collaobrateurs et disciples, grâce aux Khaqani zij ("tables du Grand Khan", travaux astronomiques révolutionnaires, au service du souverain d'alors et prédécesseur politique, Shahrukh), Ulugh-Beg, prince-savant humble et curieux, ennemi de l'obscurantisme comme de l'obséquiosité, mais pieux musulman, n'hésitait pas à rejeter nombre de vieilles traditions qu'il considérait comme néfastes, et à prôner la recherche et l'amélioration des méthodes et pratiques dans de multiples domaines.

Au XIXe siècle, alors que les Slaves natolicains s'imposaient dans la région du Sharqoz, les théories d'Asad Abad al-Tojiki se répandirent... mais, chose curieuse, essentiellement en-dehors de la zone de peuplement tojike. Ce sont les Syirs chiites qui les premiers, adhérèrent au modernisme islamique, et les diffusèrent chez les sunnites qarlouks réputés ouverts et tolérants, d'Akchataou et d'Orkodyr. Ce courant venu du Nord généré dans le sillage de la pensée d'un persan tojik du Sud et d'un arabe saogien, pris le nom de « djadidisme ».

Les djadids sont nés des contradictions existantes entre un vieil islam littéraliste et les conditions objectives matérielles, naturelles ou humaines. Par exemple, pour les musulmans les plus septentrionaux, comme chez les Syirs de Natolique, la question s'était posée sur la pratique du ramadan, quand la nuit se prolonge sur des mois, en période hivernale.

Les deux djadids les plus célèbres et représentatifs sont Ahmad Daniš (1827-1897) et Mahmudhodža Behbudi (1875-1919). Partisans d'une épuration de la scolastique, ils prônent un réformisme radical en matière d'enseignement religieux, contre les oulémas / mollahs conservateurs des écoles traditionnelles - souvent adoubées par le pouvoir, qu'il soit karmal, briton, ou slave. Ces derniers étaient appelés « qadids » (conservateurs), par opposition aux djadids (réformateurs).

Aussi, contre le Taqlid des qadids (respect aveugle des préceptes de la jurisprudence islamique basée sur une lecture littérale du Coran), les djadids invoquent-ils l'Ijtihâd, qui, on l'a vu, est l'effort de réflexion pour l'interprétation des textes coraniques et son adaptation avec la réalité des conditions naturelles ou sociales.
Avocats zélés de la recherche scientifique et même favorables, par certains aspects, à l'émancipation des femmes (dont l'instruction des jeunes filles) et de l'individu (libre exercice de la raison), ils furent parmi les premiers à rapprocher, ou du moins corréler, islam et marxisme - non sans quelques réserves, en particulier sur les questions familiales, comme le remarque Behbudi :
« L’objectif de ce parti [communiste slave] est convenable, bien que peut-être utopique. Pourtant, l’adhésion des musulmans à ce groupe me paraît très dangereuse. […] Tant que les thèses relatives à l’individu et à la famille ne seront pas conformes à la charia, ce parti ne nous conviendra pas. »

Viscéralement hostiles aux colonialismes slave et briton, ils défendent avec le même acharnement les intérêts des peuples turciques du Sharqoz.

Avec le recul spatial et temporel, le djadidisme a finit par se définir comme une forme identitaire et culturelle spécifique du modernisme islamique : un islam typiquement karmal, ou plutôt syiro-qarlouk, progressiste sur les questions techno-scientifiques, rationnel en philosophie et théologie, mais toujours largement conservateur sur les questions politiques et morales, avec toutefois une forme hybride de société mêlant science et islam, émancipation de la femme et puritanisme sociétal, liberté de conscience religieuse et solidarité collective plus ou moins forcée, en union contre l'impérialisme, d'où qu'il vienne*.

(*voir l'histoire mouvementée du Karmalistan et de ses envahisseurs : perse-zoroastrien et grec sous l'Antiquité, ventélien ou arabe au haut-Moyen-âge, janubien au bas-Moyen-âge, turc-oghuz osmanli à la Renaissance, briton et slave aux XIXe-XXe siècles).
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