Confrérie du Nod

Janubo-Marquésie 36-52 | Ventélie 2-5-6-7
Avatar de l’utilisateur
Vladimir Ivanov
Messages : 2375
Inscription : 05 févr. 2020 12:37
NJ : Karmalistan
NJ V3 : Rostovie
Première date d'inscription : 14 mai 2008

Re: Confrérie du Nod

Message par Vladimir Ivanov »

[HRP : mes excuses à Arios pour les bouts de verre]

Image


Message confidentiel adressé aux Fils de Caïn, organisation sœur des Oshiwax du Westrait.
La Confrérie confirme son soutien total au phénomène révolutionnaire en cours au Westrait.

Le pouvoir capitaliste d'orientation social-démocrate est en train d'être balayé par cette rage légitime du peuple des opprimés. Cette sainte rage, imperceptible sera toujours, malgré les apparences, guidée par la Raison. Cela puisqu'elle-même procède d'une mécanique sociale logique et cohérente de progrès, de dépassement d'un état de fait, d'une situation initiale pétrie de contradictions et d'injustices. Une rage qui dépasse les motivations de chacun de ses acteurs, qu'ils soient petits ou grands, dans l'erreur ou dans le vrai, qu'ils soient prétendument "purs" ou impurs ; une rage populaire logique, organisée, coordonnée, que nous espérons voir se répandre au reste du Monde avant la fin de ce siècle.

Mais pour l'heure, tous nos yeux sont tournés vers ce pays industrialisé d'Olgarie, qui, déjà en ébullition sociale depuis près d'une décennie, semble accélérer le processus.
Souvenons-nous : le Communisme n'est pas une porte, ce n'est pas un lieu fini. Il est une route semée d'embuches - surtout à ses débuts -, un chemin ascendant qui demande des efforts considérables, mais il est le sentier lumineux que doit emprunter sans exception tout être humain sur Terre. Et personne n'y échappera.
Par conséquent, tout n'est pas encore joué dans ce pays.

Avec la participation active de ses autochtones, le Westrait doit être et sera le premier État véritablement socialiste et anti-impérialiste de l'Histoire. Et la Confrérie soutiendra toutes les mesures nécessaires à son édification. Cela avant que l'évangile révolutionnaire ne se diffuse progressivement aux autres peuples.

Enfants du Nod, réjouissez-vous : nous assisterons bientôt à la danse de l'ours et du scorpion.
Image
_________________________________________________________________________________________________

Avatar de l’utilisateur
Vladimir Ivanov
Messages : 2375
Inscription : 05 févr. 2020 12:37
NJ : Karmalistan
NJ V3 : Rostovie
Première date d'inscription : 14 mai 2008

Re: Confrérie du Nod

Message par Vladimir Ivanov »

Image

ERREMENTS DE L'ISLAM ET RELIGIONS DE LA LOI, PUISSANCE DU CHRISTIANISME AUTHENTIQUE

« Expliquez-nous quelle sorte d'homme fut Mahomet ? demandèrent les chrétiens.
Mohammed était le dernier des prophètes, la tête des apôtres, l'envoyé du Seigneur du monde, répondirent les musulmans.
Un prophète est un homme qui mène une vie purement spirituelle, qui n'éprouve pas de passion pour les femmes. Tel fut Jésus. Mais Mahomet avait neuf femmes et de nombreux enfants. Comment peux-tu expliquer cela ?
Le prophète David avait quatre-vingt-dix-neuf femmes, Salomon trois cent soixante femmes et mille concubines.
Ils n'étaient pas prophètes, ils n'étaient que des rois.
»
Confrontation religieuse entre des chrétiens nestoriens et l'émir khwarezmien Nur al-Din Khwarezmi, organisé par le Khan des Syirs, deuxième moitié du XIIIe siècle.

Beaucoup d'anti-musulmans dénoncent les campagnes militaires de Mohammed, ou encore la relation qu'il aurait entretenu avec une mineure, malgré les coutumes propres de l'époque, et la polémique sur son âge, qui aurait été selon les données les plus plausibles quant aux dernières recherches biographiques, nettement plus élevé qu'on ne le prétend. Quant aux guerres, elles furent animées par une attitude générale défensive, avant de devenir libératrice : libératrice pour les esclaves et pour les femmes (la "misogynie de l'islam" n'est rien comparée à celle des polythéistes qui les avaient précédé en terres arabes). Le problème n'est donc pas là.
Le prophète de l'islam, aussi grand fût-il en matière d'enseignements, s'est livré aux passions de la chair, à l'impureté ; jusqu’à cumuler plusieurs femmes, suscitant alors une injustice envers celles-ci.*
*L'inverse n'étant pas concevable, la femme est une fois de plus en situation d'infériorité par rapport à l'homme, sans parler du fait que beaucoup trop d'hommes seraient alors mathématiquement dépourvus de vie de couple. Une critique à relativiser dans la mesure où la polygamie pouvait être considérée comme un « sale recours » en des temps de guerre où l'équilibre démographique des genres était rompu en faveur des femmes, celles-ci n'étant pas encore en « capacité » (politiquement et socialement parlant), dans une société toujours profondément misogyne, de mener une vie « indépendante » des hommes.

Quoiqu'il en soit, objectivement, Mohammed ressentait le besoin de satisfaire des pulsions impures, et s'y est livré. Une attitude qui le « rabaisse » au commun des mortels. Ce « rabaissement » n'enlève rien à sa dignité, puisque tout est dans ce commun : comme l'admet l'islam lui-même, certes prophète à leurs yeux, il n'en demeure pas moins un homme, et incontestablement parmi les plus grands dispensateurs à la fois d'enseignement et de lutte, contre le polythéisme, la cupidité, l'égoïsme, l'injustice, contre les oppressions de son temps.

Mais la grandeur de Mohammed ne saurait égaler celle de Jésus, le prophète et messie du christianisme.

A l'instar du judaïsme, l'islam est une religion vétérotestamentaire. Le protestantisme, à son tour, né d'un catholicisme décadent, ne s'est pas contenté de renier (à juste titre) le pape, il s'est écarté de l'essence même du Nouveau Testament. Toutefois, le point commun fondamental de ces trois religions ou groupes d'églises, est l'attachement irrationnel au Livre et la sacralisation outrancière dont-il fait l'objet. Ce sont des religions littérales, respectant scrupuleusement les écrits des Hommes (et non de Dieu) à la lettre, pourtant vieux de plusieurs siècles ou millénaires et adaptés à leur contexte social d'alors. Un contexte qui a profondément changé. Et si Dieu eût réellement une quelconque incidence dans la création de ces ouvrages, il n'en serait rien changé : les incohérences propres au langage et à la lecture des hommes, exigent de toute manière une « dose » d'interprétations, une exigence qui n'a cessé de grandir au fil de l'évolution des sociétés.

En cela, une tendance, très majoritaire (bien que non-consensuelle), chez les disciples de ces croyances ou églises, est de concevoir Dieu comme une entité figée du passé, qui enferme les humains dans une liste de formalités, d'exigeances coutumières, d'obligations soi-disant « morales », qui pouvaient avoir un sens où une utilité particulière il y a plusieurs siècles, mais devenues absurdes voire néfastes aujourd'hui.
Les interdits alimentaires par exemple, se justifiaient par des explications rationnelles (le porc était vecteur de nombreux agents pathogènes, souvent létaux). Aujourd'hui, les progrès de la médecine, du traitement et la conservation agroalimentaire, ont drastiquement diminué les risques, autorisant pleinement la consommation. Mais ces interdits ont été sacralisé, attribués à un ordre divin qui ne demande pas à être compris (« les voix du Seigneur sont impénétrables »).
D'autres habitudes obligatoires, particulièrement absurdes (ex : circoncison) ou injustes (ex : excision), frappent leurs disciples, jusqu'à l'inutile mise en danger de leur vie, comme le refus de soins en certaines circonstances.
La vie du fœtus, considéré comme un être humain dès la conception, est particulièrement chérie par les chrétiens. Mais sa sacralisation excessive, propre à leur vision étriquée et bornée de leur religion, entraine à son tour des effets pervers : le meurtre étant pire que le viol « sur papier », une mère violée sera promise à la damnation en cas d'IVG, tandis que le violeur lui, qui n'a même pas à se soucier des conséquences de son viol, s'en sortira certainement avec un « péché véniel ». Pardonner l'oppresseur et damner l'opprimée : non-seulement ils contredisent la philosophie fondamentale de leur propre religion, mais ils blasphèment en prenant la place qui doit revenir à Dieu seul (sauver ou damner). En réalité, les tenants de cette ligne ne se préoccupent nullement de la vie du fœtus : celui-ci n'est qu'un prétexte. Ils agissent par mimétisme, respectant de vieilles coutumes jusqu'à l'absurde, se bornent à rester dans un cadre qu'ils chérissent par souci de sécurité, mais sans aucune prise de recul, sans aucune adaptation aux contextes du réel, au « bon sens ».

Autant de stupidités, vecteurs d'injustices, qui sont ensuite récupérées au service d'un groupe d'oppresseurs. De phénomène radicalement révolutionnaire, toutes les religions ont été rapidement neutralisé ou récupéré comme outil au service d'une classe dominante (élites socio-économiques et patriarcat). Et l'une des brêches majeures conduisant à cette perversion, provenait justement de ces lois iniques, plus précisément de leur immuabilité, cette conception réduisant la religion à un ensemble de règles et de coutumes inchangeables et abrutissantes au point d'en effacer Dieu Lui-même aux yeux des Hommes.

Et c'est là que nous en venons à Jésus.
Jésus est le premier de tous les authentiques prophètes, à prêcher l'émancipation des humains par rapport aux lois.

Beaucoup connaissent, même si autant l'oublient, ce moment célèbre de la vie de Jésus, lorsqu'il assiste à la lapidation de la femme adultère.
La Loi prescrite « par Dieu », l'exigeait : toute femme qui commet un adultère doit être punie par jets de pierres jusqu'à ce que mort s'en suive. La Torah et donc l'Ancien Testament, le Talmud qui confirme la peine, ainsi que la jurisprudence islamique (fiqh), interprétation temporelle des règles de la Charia fondées sur les hadîths, tous s'accordent à ce sujet.

Les pharisiens, gardiens scrupuleux de la Loi, amènent devant la foule une femme accusée d'adultère. Ils ramassent une pierre chacun, avant d'interpeller Jésus.
« Cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère. Moïse, dans la Loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes. Et toi, que dis-tu ? »
Jésus s'approche immédiatement de la malheureuse femme déjà couverte de petites blessures, et s'abaisse pour écrire sur le sable.
Alors que personne ne comprend son geste, les pharisiens l'apostrophent de nouveau. Jésus se rélève, et leur répond :
« Que celui d'entre vous qui n'a jamais péché, lui jette la première pierre. »
Après un silence de quelques secondes, alors que Jésus s'abaisse de nouveau pour écrire sur le sol auprès de la jeune femme, les pharisiens, accusés par leur conscience, renoncent à « respecter la loi » et abandonnent leurs pierres les uns après les autres, avant de partir.
Désormais seul avec la femme, accroupie auprès d'elle, Jésus l'aide à se relever avec lui.
« Femme, où sont ceux qui t'accusaient ? Personne ne t'a donc condamnée ? »
« Personne, seigneur. »
« Moi non plus, je ne te condamne pas ; va et ne pêche plus. »

Ce passage de la Bible, du Nouveau Testament, est l'un des plus puissants messages chrétiens, autant qu'il est admirable pour sa beauté.
Jésus a d'abord déjoué le piège tendu par ses adversaires pharisiens, en les renvoyant face à leurs contradictions. La Loi n'est pas indépendante du contexte réel, elle ne s'impose pas aux circonstances sociales et matérielles. Et encore moins à Dieu. Jésus vient rappeler ici la supériorité du réel (les accusateurs, l'accusée, les pierres, la souffrance, et même le sable...) sur les « lois » orales ou écrites, rigides et insuffisantes à elles seules, pour assainir le comportement humain.
Mieux : sans en conclure ce qui vient d'être dit, tout porte à croire que Jésus, lui qui n'a jamais péché, aurait du lui jeter la pierre. Or, il n'en est rien. Il s'abaisse au niveau de l'accusée, lui pardonne sans même que celle-ci ait besoin de le supplier, puis la relève, et seulement après, l'invite à ne plus pécher de nouveau.
Il s'agit ici de grâce, de la grâce pure. Le pardon de Dieu est inconditionnel.
Rien à voir pour autant avec de la permissivité : l'accusation dont-elle fait l'objet n'est pas remise en cause. La femme est potentiellement coupable et Jésus l'enjoint à ne plus recommencer. Mais son péché est sans commune mesure avec ceux des pharisiens qui, pécheurs eux aussi, cherchent à la punir d'une mort atroce, cela pour un méfait dont les circonstances et les causes leur échappent.
Mais le plus beau reste à venir !
Plutôt que de lui jeter la pierre (alors qu'il le devrait, d'autant qu'il n'a pas péché lui-même), Jésus refuse de respecter la loi.
Plutôt que d'attendre ses regrets, Jésus lui pardonne sans aucune condition.
Enfin, et là est peut-être le message le plus fort qu'il adresse à l'Humanité : plutôt que de la regarder de haut, par charité condescendante, s'adressant à cette femme impure, en puissant et lointain sauveur, il s'abaisse à son niveau, par deux fois, et la relève à ses côtés, l'accompagnant dans son effort.

Quant aux mots qu'il a bien pu écrire sur le sable, le mystère demeure. Mais la symbolique est puissante : il s'agit très probablement d'une référence à la Loi immuable, que le Dieu vétérotestamentaire avait gravé dans la roche, au Mont Sinaï. Ici Jésus la dessine dans le sable... une loi nouvelle, aux exigences « formelles » souples et passagères, une loi qui s'adapte au contexte, qui pardonne et relève l'être humain, plutôt qu'une loi qui interdit, sanctionne et culpabilise.
Jésus fait ici représenter la nature changeante de cette loi, il rappelle le mouvement qui anime toute chose et tout phénomène. Il révèle que Dieu n'est pas que Passé (Loi, interdits...), Il est aussi et surtout Présent (pardon) et Futur (relèvement, épuration de la personne).

à suivre...
_________________________________________________________________________________________________

Avatar de l’utilisateur
Vladimir Ivanov
Messages : 2375
Inscription : 05 févr. 2020 12:37
NJ : Karmalistan
NJ V3 : Rostovie
Première date d'inscription : 14 mai 2008

Re: Confrérie du Nod

Message par Vladimir Ivanov »

Vieilles archives de Turgaï...
Brouillon synthétique des quatre grandes familles idéologiques

Image

Remarque : Les images/drapeaux ne sont que purement symboliques. Certains critères sont généraux (majoritaires / tendance), et loin d'être systématiques.
_________________________________________________________________________________________________

Avatar de l’utilisateur
Vladimir Ivanov
Messages : 2375
Inscription : 05 févr. 2020 12:37
NJ : Karmalistan
NJ V3 : Rostovie
Première date d'inscription : 14 mai 2008

Re: Confrérie du Nod

Message par Vladimir Ivanov »

Image


07/11/2040
Annonce de la Confrérie de Nod
La Confrérie, conjointement avec le Syirkhanat et les khalqataistes (PRDK-ML), réaffirme son soutien unanime, total et inconditionnel aux Brigades du Peuple du Parti Communiste Kaiyuanais. L'audace de l'opération d'évasion du commandant Asao, la durée et l'ampleur de la répression intérieure exercée par l'empire semi-féodal kaiyuanais témoignent de la survivance réelle du communisme dans ce pays, le ralliement persistant d'une partie non-négligeable de la population à l'idéal révolutionnaire malgré l'issue tragique de la dernière guerre civile.

Le prétendue achèvement de celle-ci par la victoire de la réaction, a laissé placé à une "terreur" blanche qui s'est abattue des décennies durant sur toutes les provinces de l'empire. Au cortège de massacres de la guerre a succédé une répression verticale d’État plus cruelle encore. Au repli communiste dans les périphéries rurales, le gouvernement a répondu par la contre-insurrection au phosphore blanc ou au napalm, au harcèlement continuel tant par le bombardement aérien aveugle qu'au ratissage terrestre et autres rafles y compris d'enfants et vieillards, tant par les opérations militaires que policières, tant par la mort que la torture et les humiliations au quotidien. Les défaites et les cadavres se sont multipliés dans les rangs communistes... à tel point qu'elle doit survivre dans l'errance. Et pourtant, elle tient bon, cette résistance, qui s'adapte et persévère. Mieux encore : elle a conservé son esprit -et retrouvé- sa capacité d'initiative en libérant son illustre commandant. Cela malgré le prix à payer, humain et moral.
Mais les sacrifices consentis tant par la guérilla que par le peuple, n'incombent pas qu'au seul processus révolutionnaire : ces sinistres phénomènes sont avant-tout la conséquence irrémédiable d'actes commis en amont de leur manifestation, en particulier par des acteurs de puissance et responsabilité nettement supérieure (l’État).

Un ennemi acculé est un ennemi dangereux : quels que soient les principes et les faux-semblants moralisateurs, un groupe humain assailli par l'horreur et l'injustice, ne peut être amené qu'à radicaliser ses moyens d'action. Aussi le caractère impitoyable d'une résistance populaire n'est-il que le corollaire mécanique, indépendant de la volonté des hommes et de leurs idéologies, des vices et des crimes perpétrés par les classes dirigeantes et possédantes.
Le gaz sarin, au-delà des apparences, n'est pas ici le produit d'une stratégie née ex-nihilo : il est le phénomène indépendant, terrible, impartial, produit par la contradiction tenace que représente la lutte sans merci entre la soif de justice du peuple conscient de son état d'une part, et d'autre part, l'élite qui instrumentalise une population aliénée pour défendre ses privilèges.

Par amour en faveur du peuple, soyons terribles.

Vive le KCP,
Vive les Brigades du Peuple,

Commandant Asao, présent.
_________________________________________________________________________________________________

Avatar de l’utilisateur
Vladimir Ivanov
Messages : 2375
Inscription : 05 févr. 2020 12:37
NJ : Karmalistan
NJ V3 : Rostovie
Première date d'inscription : 14 mai 2008

Re: Confrérie du Nod

Message par Vladimir Ivanov »

Ambiance musicale
LE PREMIER DES ABRAHAMISMES
« DE MOISE A MAO »


Image
Propagande antisémite du NPR, organisation ultra-nationaliste hinoue rajan

[texte inspiré entre autres de la conférence de José Costa, « Monothéisme, messianisme, communisme : Judaïsme et/ou révolution »]
« Le Juif est l’ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Orient ou l’exterminer… Par le fer, par le feu ou par l’expulsion il faut que le Juif disparaisse. »

Pierre-Joseph Proudhon, l'un des pères de l'anarchisme.


__________________________

Nod signifie « errer » en vieil hébraïque.
Le Nod est la « religion » des déshérités, des damnés, des peuples errants, prisonniers de la nécessité, de la survie, du mouvement perpétuel par le travail et la résistance, d'un long et laborieux progrès. Il est la religion de Caïn bannit à l'Est d'Eden, sur les terres stériles de Nod. Celle des muhâjirun, les exilés de La Mecque, fuyant la ville de ses bourreaux polythéistes, vers Yathrib. Mais également celle du peuple hébreu se libérant du joug illythien après leur mise en esclavage, en direction du Sinaï, désert où ils erreront plus de 40 ans, puis celle de son long exil après la chute du royaume d'Israël en 720 avant-JC, jusqu'aux diasporas juives disséminées dans le Monde, et encore de nos jours.
« Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d'Égypte, et que le Seigneur ton Dieu t'en a fait sortir à main forte et à bras étendu. C'est pourquoi le Seigneur ton Dieu t'a ordonné de célébrer le jour du sabbat. »

Deutéronome 5:15


Il convient d'abord d'admettre que le judaïsme, en tant que première religion révélée, a joué un rôle éminemment révolutionnaire en ouvrant la voie au monothéisme. Le monothéisme qui à son tour, ouvrait la voie à l'ultime quête de l'Homme : la découverte de la Science, la recherche de la Vérité.

Une recherche reléguée au second plan, voire absente avant lui, entravée par un polythéisme qui éparpillait la vérité partout et nulle part.
Le polythéisme exerce sur l'Humanité son influence pernicieuse en lui présentant des « dieux » égoïstes, méprisants, jaloux, stupides et débauchés. Le temps est enfermé dans une fastidieuse saisonnalité, celle d'un cyclisme fermé ne permettant aucune forme de libération ou d'amélioration. La nature, immuable, est sacralisée et donc inaccessible à la compréhension humaine : une conception qui incite au désespoir et donc à une certaine forme de paresse, ou d'aveuglement. Enfin le polythéisme impose une fragmentation de l'Humanité en groupes hiérarchisés par essence, au nom de la biologie ou du destin : le citoyen et le barbare, l'homme et la femme, le citoyen libre et l'esclave.

Une conception du monde paradoxalement récupérée par les religions monothéistes, malgré leur philosophie authentique.
Authenticité qu'on découvrira et déterminera par le rôle que l'Abrahamisme a joué dans les sociétés humaines, tant par le développement initial qu'avec le recul des phénomènes à travers les siècles.

Remarquons d'abord une spécificité dans le judaisme : il s'agit d'abord, du moins littéralement, d'une religion restreinte, limitée, puisque qu'identitaire, réservée à un seul peuple, le peuple juif. Une faiblesse à la fois « morale » et scientifique majeure révélée par un littéralisme... pourtant remis en cause de lui-même, de par ses propres contradictions dont la Bible hébraïque est foisonnée. Les commentaires de la Torah recueillis dans le Taldmud en témoignent, les rabbins interrogeant Dieu sur « l'absurdité » de sa justice pour mieux la comprendre en confrontant les différentes interprétations. Aussi la plupart de leurs disciples, précision rappelée par le célèbre rabbin Adin Steinsatz, considèrent en réalité que la célèbre théorie du « peuple élu », n'est pas celle d'un peuple ontologiquement « supérieur », à qui seul est réservé l'accès au paradis : mais bien plutôt celle d'un peuple « pris en exemple » par Dieu, à l'égal de tous les autres, mais convaincu avant eux d'avoir une mission particulière à accomplir pour l'Humanité. Celle de la sauver de l'injustice. Tel est l'authentique messianisme juif. Sans être directement et explicitement universaliste, son potentiel y amène inévitablement.

A partir de ces premiers constats, nous pouvons établir avec une quasi-certitude cette conclusion : le monothéisme abrahamique a précipité l'avènement de trois révolutions dans l'Histoire des idées.
Définition très succincte d'une révolution :
1- remettre en cause l'ordre établi, une situation existante
2- transformer de manière significative un ensemble de choses ou de phénomènes
3- faire émerger une société égalitaire, sans domination ni servitude
Avant toute naïveté et panégyrique, il convient d'admettre que le monothéisme a d'abord révolutionné la violence elle-même.
Les polythéistes, de part leur relativisme structurel, ne pouvaient qu'entretenir une forme de tolérance, non sans mépris ou sous couvert d'hypocrisie, mais du moins, une forme de laissez-faire. La violence exercée se caractérisait par deux critères substantiels :
_ elle ne visait pas les idées mais les personnes, leurs origines biologiques ou sociales (femmes, esclaves, métèques)
_ son rôle, foncièrement coutumier, était de perpétuer un ordre établi prétendument immuable, sensé resté tel quel au fil du temps (changements uniquement saisonniers)

La violence monothéiste s'émancipe de ce cadre et de ces préjugés :
_ elle vise les idées, non-pas les personnes en tant que tels mais leur comportement, à commencer par l’idolâtrie
_ son objectif est de substituer à l'ordre relativiste et ses vieilles répétitions, une inlassable quête de vérité et donc de perfectionnement, de progrès.

Cette violence est plus terrible (par son intolérance : il n'y a qu'un seul Dieu à adorer), mais aussi plus universelle, égalitaire (elle peut s'attaquer à n'importe qui, quelle que soit l'origine sociale, ethnique, sexuelle) et n'est pas une fin en soi : son objectif est de perfectionner l'Homme, et sa connaissance tant de Dieu que de la nature et de leurs lois.

C'est là, de ce rapport entre Dieu et la Nature, qu'on en vient au deuxième grand apport révolutionnaire fondamental du monothéisme, analysé notamment par Lévinas : le monothéisme juif distingue radicalement les deux concepts.
La Nature est créée par Dieu : elle n'en est aucunement « divine » en elle-même, elle n'est que le fruit d'un travail divin.
Là où les philosophes antiques (tels les stoiciens) divinisaient la Nature, les Juifs la séparent de Dieu et la désacralisent.

Cette désacralisation de la Nature permet à l'Homme de la détacher de sa prétendue « immuabilité » et « intouchabilité » : elle est un ensemble de choses physiques et de phénomènes en mouvement perpétuel, qui peut être étudié, compris, travaillé, transformé.

C'est Hermann Cohen, l'un des grands philosophes juifs – quoique néokantiens – du XIXe siècle, qui mit en relief dans l'Histoire des idées, ce radicalisme de la rationalité juive. C'est ainsi que la désacralisation de la nature opérée par le monothéisme prépare la démarche scientifique.

Le troisième apport touche à ce qu'on a appelé la « révolution rabbinique ». Phénomène né après la seconde destruction du temple en 70 après JC, véritable révolution religieuse à l'intérieur du judaisme, une mutation, déterminant une manière nouvelle d'entrer en relation avec Dieu.

Un commandement émerge alors au cœur de la piété juive, consécutivement à la désacralisation de la nature : l'étude. L'étude de la Torah (Talmud), mais étendu à l'étude en général, la recherche philosophique et scientifique.
La question étant à la proue de la pensée, les juifs se mettent en quête de vérité, ils étudient sous forme de questions posées à eux même et entre-eux, via la confrontation des hypothèses. Le mouvement de la pensée est valorisé, plus encore que son résultat proprement dit, qui n'est jamais vraiment définitif puisque appelant à son tour de nouvelles questions pour se perfectionner.
Cette confrontation des points de vue, exploitant les contradictions internes aux idées, dans le but de les dépasser, pour atteindre une phase nouvelle de la pensée, plus approfondie, plus complexe, mais présentant à son tour de nouvelles contradictions à confronter puis dépasser (1 se divise en 2), est un procédé dont le nom est bien connu à l'extrême gauche : la dialectique.

Ce rapport intime entre judaïsme et marxisme n'a donc rien d'un fantasme inventé de toute pièce par une extrême droite paranoïaque. Ces deux philosophies sont effectivement liées, elles partagent ce « goût », ou plutôt cette nécessité, cet impératif de recherche du vrai et du juste, voie unique pour transformer le monde, améliorer la condition humaine et la compréhension de son environnement : le vrai contre le faux, le juste contre l'injuste.

Historiquement, la persécution des Juifs de la diaspora, des bannissements jusqu'aux pogroms, notamment en Dytolie, en ont fait des opprimés, des « errants » à l'image des disciples de Caïn sur les terres hostiles de Nod.
Cette oppression exercée par des monothéismes qui ont depuis longtemps renoué avec les mœurs et habitudes polythéistes (c'est tout le paradoxe : mais une idée n'est rien sans son infrastructure adéquat), les a logiquement amené dans les bras de l'idéal révolutionnaire, celui des communistes marxistes en particulier.
L'extrême droite anti-moderne, anti-libérale, anti-marxiste, anti-humaniste, ne voit qu'eux dans la décrépitude de leur ordre naturel sacré : et elle a bien raison.

A en croire les Romains, les Juifs (avec une majuscule, en tant que peuple) sont les premiers à avoir développer une idéologie de la libération politique. Flavius Josèphe notait que les sicaires, les zélotes, sont prêts à mourir pour la liberté. Là où les Grecs entretenaient une passion pour la liberté (contre les Perses), les Juifs défendaient celle de la libération (contre leurs innombrables oppresseurs).
Les zélotes qui furent victime de leur propre combat en succombant à une forme de radicalité ultra-nationaliste, ethniciste contre tous les étrangers. Mais une radicalité qui n'a de responsable que l'oppression impériale romaine qu'il était nécessaire de combattre par tous les moyens, et par lequel elle a germé.

Cette tradition de résistance à l'oppression, continuelle du fait de son éparpillement et isolement, le judaïsme l'a cultivé par delà les siècles. Même si elle a, à l'instar de l'islam et du christianisme, été largement recyclé par les classes dominantes pour en faire à son tour un instrument d'oppression, cette religion, comme ses deux prestigieux successeurs, a conservé cette tendance, cet esprit de résistance en rapport avec sa philosophie d'origine. Ce fut le cas en particulier pour les communautés juives opprimées de Dytolie, jusqu'à en faire un véritable « peuple-classe », « peuple-prolétaire ».

Son expression révolutionnaire la plus admirable s'est manifestée au Yiddishtaat, pays juif ashkénaze de langue yiddish. Héritier par certains aspects des khazars nomades judéisés de l'Orient, le Yiddishtaat, du shtetl bas-médiéval (semblable à l'obschina du mir slave) au kibboutz contemporain (semblable à certains aspects au kholkhoz slave), a su défendre un modèle social éminemment singulier et révolutionnaire au cœur du continent dytolien, où l'idéal de justice que Dieu impose à l'Humanité, était scrupuleusement respecté, certes avec plus ou moins de réussite, mais non-sans une réelle détermination, cela face aux invasions, persécutions, ostracisations, déportations et pogroms.

En cela, le système social promu dans le sillage du Bund, par le Yiddishtaat, est l’œuvre, à titre symbolique, d'un peuple sans terre, qui cherche une voie de renaissance, de lutte pour sa survie, un peuple errant, la voie du « juif errant », celui-là même qui est tant diabolisé par la réaction dytolienne, le considérant comme un « nomade » déraciné, apatride, comme ses ancêtres khazars. Le yiddish du Bund va de l'avant par l'innovation sociale, en opposition avec l'hébreu sioniste et à sa logique conservatrice et « impérialiste par sous-traitance » sous prétexte de « retour au foyer d'origine » pour fonder un État capitaliste oppresseur parmi tant d'autres.
D'où les accusations de trahison : oui, le juif "trahit". Il trahit l'ordre naturel imposé par les catégories sociales privilégiées au nom d'un christianisme perverti par une vision néo-classique de la philosophie dont les racines mêmes puisent dans les polythéismes.
Un juif diabolisé, qu'on retrouve pêle-mêle dans l'égalitarisme communiste et dans le capitalisme financier ou spéculateur libre-échangiste mondialiste néo-nomadisant, par opposition au capitalisme agro-industriel "sain", sédentaire, patriote et protectionniste incarné par l'entrepreneur schumpeterien "chrétien" élevé au rang de modèle pour un pseudo-christianisme recyclé... qui n'est pourtant que l'antichambre de l'inévitable capitalisme financier qu'il conspue avec hypocrisie en l'associant avec son antithèse absolue qu'est le communisme.

Pourtant, le communisme des intellectuels juifs, n'est pas le capitalisme financier des spéculateurs juifs. Il en est sa négation, sa conséquence irrémédiable chargée de détruire son "géniteur", comme celui-ci avait précédemment germé des contradictions de la féodalité "chrétienne" avant de la détruire. On peut donc éventuellement considérer, au prisme réactionnaire, que le judéo-communisme est "pire" encore que le capitalisme financier tant honni par les nationalistes pseudo-"chrétiens". Il est la phase suivante de la "dégénérescence" suprême, la phase terminale de l'anéantissement de la civilisation et de ses fondations qu'est la propriété privée.

La Confrérie du Nod en est une fidèle disciple. Elle est l'organisation de l'errance (« Nod » en hébreu), celle de l'ostracisé sans terre, "enlaidi" mais renforcé par les tourments qu'il subit, celle du juif errant, réincarnation diabolisée du khazar nomade, ce juif ouvertement hostile à la prétendue "loi naturelle" (hiérarchies essentialistes), et à "civilisation" (la propriété privée), elle est l'incarnation franche et assumée du "comploteur" judéo-bolchévique.
Et la mission du « peuple élu » (en réalité, celui de tous les opprimés), suprême exigence divine, n'est autre que d'instaurer la justice parmi les Hommes, accueillir la venue du prochain messie avant la fondation de la Cité de Dieu sur Terre.

Image
Autre propagande ultra-nationaliste associant judéo-christianisme et communisme


[HRP : possibles éditions futures pour correction et amélioration]
_________________________________________________________________________________________________

Avatar de l’utilisateur
Vladimir Ivanov
Messages : 2375
Inscription : 05 févr. 2020 12:37
NJ : Karmalistan
NJ V3 : Rostovie
Première date d'inscription : 14 mai 2008

Re: Confrérie du Nod

Message par Vladimir Ivanov »

Rappel très important : viewtopic.php?p=1850#p1850

Les « pestiférés » de Ruprahad : l'arme du Nod pour transformer le Monde
Ambiance musicale

Image
Une jeune fille à Ruprahad (bidonville de Daharpur), cherchant des objets à recycler dans la mer de déchets déversés par les habitants de la plus grande ville du Karmalistan.

C'est probablement le plus grand bidonville de la planète. Agglomérant près de cinq millions de miséreux de toutes origines, il est l'autre Daharpur, celui qui se dissimule à l'ombre de ses hôtels de luxe et gratte-ciels de bureaux. Situé loin des résidences pavillonnaires des classes dites "moyennes" et fortunées, il est la honte de la grande cité, son versant obscur, son anagramme. Enfer terrestre côtoyant le "paradis" consumériste, il est sa redevance, le prix à payer, le sacrifice à consentir pour que se réalise le bonheur des plus chanceux.

A Ruprahad, il n'est pas question d'admettre le "manque" de services élémentaires. L'eau potable, l'électricité, les égouts, les écoles et les hôpitaux ne sont pas "rares". Ils sont absents.
Les conditions de vie proprement dites ne sont pas déplorables. Elles sont abominables. Contre les intempéries : un empilement de quelques taules ondulées. Les déchets font disparaître la surface du sol. L'odeur ne donne plus nausée à personne : on s'y est habitué. Les moustiques et les rats pullulent, se frayant leur chemin sur cet océan d'ordures et récipients ouverts d'eaux usées à peine assainies par les pluies acides. Dépourvu de monnaie, on y survit grâce au troc, au triage et recyclage manuel de détritus, de plastique, d'aluminium, de ferrailles... Au point qu'une énorme usine informelle s'y est développée. L'un ne va pas sans l'autre, la criminalité est le lot quotidien des habitants : petits larcins et rackets, règlements de compte et guerre de gangs, kidnapping et rançons, viols et proxénétisme, trafic de drogue, trafic d'armes, trafic d'organes et d'êtres humains. Beaucoup y laissent la vie.
Mais le crime, spontané ou organisé, ne représente pas, et à juste titre, leur plus grande peur. Ce qui terrifie les marginaux, qui n'ont accès ni à l'hygiène, ni aux soins, c'est bien la maladie. Elle tue plus que le crime, les guerres et les accidents, et davantage ici que partout ailleurs : l'absence de vaccin, de médecin et de soin, la multiplication des vecteurs que sont la puce du rat, l'anophèle, et l'être humain victime d'une promiscuité malsaine qu'impose la surpopulation, expliquent cette tragédie. L'anophèle transmet le paludisme, l'être humain - la tuberculose et le sida, les eaux et l'air impurs - respectivement le choléra et la pneumonie infantile.
Indigence, ignorance, insalubrité, choléra, crime, désespoir ; en un mot, la misère.
A Ruprahad, les militants de gauche comme ceux de droite n'y mettent jamais les pieds de peur d'être souillé.
Ce vide politique a donc été comblé...
...par la Confrérie

Contrairement à tous ceux qui s'y sont essayés avant elle (associations humanitaires ou de charité musulmane ou chrétienne), la branche locale du Nod, « l'Organisation des Damnés de l'Impérialisme », s'est évertuée, non-pas (seulement) à la soulager, mais à donner un sens à leur misère.

Celle-ci n'est plus conspuée, elle est désormais vue comme un signal d'alarme, un symptôme salutaire qui averti la patient d'un danger, celui d'une maladie plus grave que leurs tourments présents : une maladie qui ronge l'âme et menace jusqu'à la damnation éternelle.

Recouvrant leur dignité, parce qu'ils s'assument tels quels, les « pestiférés », les « aliénés » de Daharpur n'ont plus rien à perdre : tout en eux est désormais orienté vers un seul objectif : le salut des âmes.

Et ce salut ne peut avoir qu'un seul accès, qu'une seule voie : celui d'un changement radical de société, celui d'un bouleversement social et politique en vue de l'avènement d'un monde plus favorable à l'éveil de la vertu humaine. Un seul chemin, celui de la révolution.

Mais la révolution n'est pas l'attente d'un grand soir. C'est une lutte de longue haleine, qui nécessite et exige une patience de fourmi.
Dans la perspective de l'avènement d'une société communiste, parousie dont ne pourra certainement connaître que les générations futures, l'ORDI sème le désespoir. Ce qui pourrait être paradoxal, et qui plus est contre-productif. Mais ce désespoir là n'est pas le cycle fermé produit par l'injustice lorsque celle-ci est exacerbée : il est celui d'une véritable fuite en avant. En clair, l'ORDI appelle les parias de Ruprahad à s'assumer comme tels, à s'identifier à leur sort pour recouvrer leur dignité. Ils sont des pestiférés, et là est justement leur force, leur indépendance, leur dignité.

Concrètement sur zone, l'ORDI a d'abord amorcé une vaste campagne de recrutement de milices. Le processus a pris du temps, en raison de la pauvreté initiale de l'organisation. Toutefois, cette campagne reçue des fonds secrets taxés de « providentiels » (certaines rumeurs prétendent qu'ils proviennent de Shaul Khairajul, le banquier marginal, véreux et indocile, détesté par tous ses pairs).
Grâce à ce soutien apparemment inattendu, mais aussi à l'effort déployé par ces agents fanatiques venus du Nord, habitués par la souffrance et la vie en marges de la société, ces milices populaires levées par l'argent, les armes et l'idéologie, imposèrent à la population, usant de persuasion comme de coercition, une nouvelle façon de vivre.
Rebâtissant certains lieux en centres communautaires d'entraide et de solidarité : petits dortoirs et réfectoires assainis, entrepôts divers à outillage, carburants bon marchés ou produits agro-alimentaires, hospices et hôpitaux de fortune, salles d'enseignement voire petites écoles, sites de stockage de déchets et de recyclage (manuel évidemment).
Le travail est la norme : tous doivent contribuer à la renaissance de Ruprahad en fonction de leurs moyens. La misère demeure, les outils et le savoir-faire manquent toujours, mais il y a de légères améliorations, et surtout, une meilleur cohésion, un sentiment d'appartenance populaire est en train de naître.
Bien-sûr tout ne se passe pas comme prévu : face au crime organisé omniprésent, permettant à une infime minorité de Ruprahad de vivre en privilégiés parmi les miséreux (les principaux chefs de bandes et leurs familles), les milices du Nod doivent osciller entre l'affrontement et la compromission. Des alliances de circonstances sont ainsi nouées avec tel ou tel groupe criminel pour en affronter d'autres. Des accords sont même conclus pour faire transiter diverses marchandises plus ou moins légales ou en assurer leur sécurité... Autant de mains salies, autant de semi-trahisons circonstancielles, que l'organisation estime inévitable avant d'avoir obtenu l'influence et la puissance suffisantes pour y mettre un terme.
Mais il y a deux choses avec lesquelles l'ORDI ne transige pas : l'esclavage et la prostitution. C'est un combat qu'il mène sans pitié contre les prédateurs sexuels, trafiquants d'êtres humains, les violeurs et proxénètes.

L'un d'eux, connu pour avoir réduit en esclavage deux centaines de jeunes femmes, droguées et prostituées de force pendant plusieurs années, a été kidnappé dans sa luxueuse résidence, par une milice du Nod, qui l'a contraint à assister au massacre intégral de sa famille - laquelle profitait financièrement des largesses de son juteux business. Ses vieux parents, ses quatre frères et sœurs, ses deux épouses, et même ses trois filles encore mineures : tous exécutés d'une balle dans la tête. Lui-même a été laissé en vie, au milieu des cadavres de sa famille, les yeux crevés suivie d'une ablation de ses parties génitales. Il aura survécu dans la douleur (et peut-être les remords, qui sait ?) quelques jours après les événements, avant d'avoir été battu à mort par une bande de jeunes voleurs qui ont profité de son état désespéré.
Parmi les 230 femmes libérées... 90 sont désormais membres d'une des milices les plus redoutables de l'ORDI, les autres ayant elles-aussi pu bénéficier d'une nouvelle vie, certes toujours dans l'extrême pauvreté, les déchets omniprésents et les maladies, mais avec leur liberté, les soins basiques élémentaires, l'instruction lente mais sûre, et l'entraide nécessaires pour rendre leur vie désormais supportable.

Quant aux combats lorsqu'un conflit éclate entre une milice de l'ORDI et un gang local, ce qui finit toujours par avoir lieu après chaque compromission, ils font de nombreuses victimes civiles. Et les combattants du Nod n'hésitent pas à tuer. C'est ainsi.
Néanmoins, et là encore c'est un autre de ces curieux paradoxes, outre une rigoureuse égalité dans les conditions de vie matérielle selon ses principes communistes, l'organisation prêche l'amour et le pardon. Exceptés les proxénètes et autres propriétaires d'êtres humains, ainsi que les violeurs, tous les délinquants sont pardonnés : voleurs, narco-trafiquants, membres de gangs violents et même les assassins. Mais ce pardon n'est pas sans condition. Une rééducation est imposée à tous dans leurs écoles de fortune, où la philosophie du Nod leur est enseignée, dans le respect toutefois des religions abrahamiques (essentiellement l'islam et plus marginalement, le christianisme). Dans le cadre des litiges privés et affaires personnelles, un phénomène est impitoyablement combattu : la vendetta. La vengeance, définie comme la volonté ou l'action de nuire à autrui après un méfait passé plus ou moins lointain, est considérée comme un blasphème de la pire espèce. Lorsqu'on te frappe sur une joue, il faut tendre l'autre joue. Sauf en certaines circonstances (légitime défense ou de menace sérieux à l'égard d'un proche ou tiers innocent), un ennemi (personnel, et non-politique), doit recevoir en retour... notre pardon.
Une tâche extrêmement difficile, insurmontable même en certaines circonstances là encore, d'autant que beaucoup s'y refusent, jusqu'au dégoût. Les idées promues par la Confrérie ne sont ainsi pas toujours bien accueillies et de nombreux rebelles s'y opposent ouvertement, ou violent ses principes dans l'ombre ou par opportunisme. Mais le Nod le sait : cette tâche est longue et difficile, tout sera mis en œuvre, jusqu'aux plus lourds des sacrifices dans le sang et la boue, afin d'agir sur ces mauvaises circonstances (à savoir essentiellement, les injustices sociales), afin d'en permettre l'accessibilité, l'accessibilité au pardon, à la fraternité, et à la vertu.
Voilà bien un curieux contraste entre l'extrême violence de la Confrérie lorsqu'elle agit sur le plan politique (guerre contre les mafias), et son exigence d'humilité, d'abnégation et de renonciation dans les relations personnelles d'ordre privé.

L'éducation, ou plutôt la ré-éducation, joue ainsi un rôle fondamental. Couplé aux soins prodigués (même si encore insuffisants ils sont bien réels et ont sauvé déjà bien des vies), et à l'intimidation objective de l'armement détenu par l'ORDI (des simples bobines de films étirables pour nouvelles recrues aux fusils d'assaut des plus expérimentés...) l'endoctrinement est l'objectif principal, par-delà même la lutte contre la misère.

Image
Un membre de milice de l'ORDI, branche du Nod à Daharpur (bidonville de Ruprahad).
La peur, et l'intimidation politique, représentent une stratégie assumée dans la conquête des esprits, au même titre que l'amour et la vertu dans les relations personnelles.


Rappelons-le, aux yeux du Nod, la misère n'est pas le mal en soi, elle n'en est que le symptôme, celui d'une société malade, qui doit être guérie. Et cette guérison passera par la préparation lente et méticuleuse d'une prochaine explosion sociale, qui se manifestera par une série de révoltes sur la durée, une véritable guerre, celle des opprimés contre leurs oppresseurs.

Par l'amour et la terreur, les « pestiférés » sont l'arme du Nod pour arracher le pouvoir, et transformer le monde.

Image
_________________________________________________________________________________________________

Avatar de l’utilisateur
Vladimir Ivanov
Messages : 2375
Inscription : 05 févr. 2020 12:37
NJ : Karmalistan
NJ V3 : Rostovie
Première date d'inscription : 14 mai 2008

Re: Confrérie du Nod

Message par Vladimir Ivanov »

Image
Trois des principales représentations de « l'Harmonie » (équilibre, éternité et immuabilité de la nature), en fonction des différentes cultures (dytolienne, ventélienne et janubienne).
Le Nod les considère comme des symboles démoniaques.


-----------------------------

Le Communisme du Nod, contre « l'Harmonie »


Remarque : ne pas confondre le très récent néologisme « classisme » et le classicisme (qui renvoie à l'époque classique, par opposition à l'époque moderne) ; c'est ce dernier mot qui est employé ici.

Il y a ceux qui prient (entre deux orgies), jusqu'à leur belle mort à 85 ans. Il y a ceux qui combattent (dans leurs hippodromes) jusqu'à leur décès par suicide en costume d'apparat à 75 ans. Et il y a ceux qui travaillent seize heures par jour pour se nourrir et nourrir les autres, leurs intestins envahis de vers parasites, jusqu'à ce que le typhus ou la tuberculose les emporte à 35 ans.

Dans la société organique traditionnelle, chacun sa « dignité », chacun son « sacrifice ».


C'est le droit naturel classique : les droits humains sont dits « attribués » aux individus de l'extérieur, d'une « nature » des choses (Antiquité) ou de « Dieu » (Moyen-Âge), ces droits octroyés les forçant à exercer une activité (droits et devoirs) relative à une fonction particulière dans la société... plus ou moins honorable et gratifiante, et pire : plus ou moins respectée.

Inutile de dire que pour des raisons matérielles évidentes, le rôle des deux premières catégories ne peut être réservé qu'à un groupe extrêmement restreint de l'Humanité, une sorte de grand « club privé » réunissant les très minoritaires « meilleurs », qu'ils soient les plus capables de par leurs talents, où les détenteurs d'un sang pur, celui d'un code génétique favorable : un fils de « talentueux » aura fatalement plus de chances d'hériter des qualités de ses pairs parentaux (même si, en réalité, bien davantage pour des raisons d'éducation et de faveurs matérielles), qu'un fils « d'incapable » n'en aura de s'extirper de sa condition. Quoi de plus facile de ce fait, à conjuguer le caractère biologique de la société organique défendue par la vieille noblesse, avec une forme arriérée et stagnante de social-darwinisme perverti, une loi du plus fort grossière défendue ici par la bourgeoisie émergente (alors immature) des parvenus qui se chercherait une noblesse.

Objectivement, les membres de ce vaste club privé se mettent à l'écart du reste de la « populace » méprisée des travailleurs, ouvriers et paysans, sans laquelle pourtant, ils ne sont rien. Et ils le savent : par conséquent se sont-ils attribués une légitimité aussi artificielle que superficielle pour conserver leur statut supérieur, celle de la « Nature », ou de « Dieu ».

Une nature perçue comme un état de fait immuable, un cercle infini et de toute éternité, sans début, ni fin, un univers qui n'évoluerait donc pas, au mépris de toutes les découvertes scientifiques. Leur conception cyclique du temps, selon un schéma circulaire fermé et parfaitement sphérique, s'accordant avec leur conception d'un espace infini, éternel, ordonné et immuable, doit s'appliquer à la société humaine qui doit y soumettre la volonté humaine et s'y conformer politiquement.
Pour les croyants monothéistes travestissant leur propre religion pour tenter de justifier cette hiérarchie naturelle immuable, Dieu, dont la « volonté » est l'excuse suprême, est perçue comme une entité divine « à l'hellène », antique, païenne, un dieu de l'état de fait, un dieu de ce qui est et doit demeurer. Un dieu « fort », arrogant, colérique et capricieux, mais toujours garant d'un ordre humain où seuls les élus doivent être sauvés. Ces élus ne sont pas ouvertement ou systématiquement associés aux deux ordres supérieurs, les oratores et les bellatores, puisque la porte du paradis est théoriquement ouverte aux laboratores, mais sous des conditions si drastiques et surhumaines que la corrélation inconsciente entre l'élection de naissance (aisance ici-bas) et l'élection à la mort (salut de l'âme) tendent toujours à se confondre d'une façon ou d'une autre, quelles que soient la doctrine religieuse officiellement enseignée.

« Qu'il sera difficile à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu » (paroles d'origine de Jésus Lui-même), est alors devenu aux yeux de ses pagano-chrétiens : « qu'il sera difficile à une fille de misérable d'échapper aux flammes de l'enfer, s'étant livrée à la prostitution et donc à l'adultère, pour survivre et aider son indigne et indigente famille » (comme c'est le cas bien souvent dans les bidonvilles).

Ici, la véritable cruauté ne se manifeste pas dans la guerre ou la violence : elle s'exprime à travers l'acceptation, la paix sociale, à travers... l'Harmonie.
L'Harmonie, la société harmonieuse, est cet idéal propre à l'ensemble des courants ultra-conservateurs ou traditionalistes des sociétés païennes, taoïstes, confucéennes, hindouïstes, ásatrú-jernlanders, néopaïennes-« féodo-chrétiennes » et néopaïennes-« féodo-musulmanes », qui prônent la paix sociale (si ce n'est la stagnation routinière), par la résignation, la soumission de l'humain à cet ordre naturel hiérarchique immuable où les uns peuvent se permettre d'échapper à leurs devoirs d'humilité envers Dieu grâce à leur fortune - accordée par Celui-là même, tandis que d'autres, pécheurs parmi les pécheurs, devront s'imposer tous les pires sacrifices dans l'espoir d'accéder à cette infime chance qu'est l'entrée au paradis.
Parce que si l'oppulence mène au péché, ce péché sera toujours relativisé, là où à l'inverse, la misère est un cercle vicieux qui favorise les péchés véritablement « impardonnables ».

L'invocation de l'Harmonie comme objectif, relève donc du classicisme, de la société organique, que ses partisans opposent à la « modernité », vouée aux gémonies pour avoir détrôné la vieille noblesse, permettant à la bourgeoisie industrielle de s'arroger tous les pouvoirs. Pouvoir bourgeois qui, malgré lui, ne peut déboucher à leurs yeux qu'à l'essor de son avorton et successeur logique, le marxisme.

Aussi, à ce classicisme confucéen en Orient, ou « chrétien-médiéval » (mais d'origine hellèno-antique) en Occident, les partisans de l'Harmonie, cette paix sociale où chacun reste à sa place, lui opposent les bouleversements violents bourgeois-industriels et marxistes de la très honnie « modernité ».

Une réaction qui rappelle celle de la fin de l'Antiquité, lorsque les monothéismes issus du judaïsme, chrétien ou musulman, sont venus bouleverser l'ordre ancien qui classait l'Humanité entre les maîtres et les esclaves, les citoyens civilisés et les barbares étrangers, les pères de famille intelligents et protecteurs, et leurs épouses idiotes et soumises. Ces religions monothéistes qui, du moins aux origines, étaient venus enseigner l'égalité de tous les humains aux yeux de Dieu.

C'est en particulier l'essor du christianisme qui a balayé cette conception du monde propre au néopaganisme :
« Il n'y a plus ni Juif ni Hélène, il n'y a plus ni esclave ni homme libre, il n'y a plus ni homme ni femme, car vous tous, vous êtes un en Jésus-Christ. » Saül, Épîtres aux Galates 3:28

Saül de Tarse, dit Saint Paul, père de l'universalisme chrétien, a fait évoluer le judaïsme, déjà mal-vu par l'empire céruléen pour sa désacralisation dialectique de la nature et son potentiel humanisme égalitaire, en religion égalitaire de la vérité universelle, non-plus réservée au peuple hébreu, mais d'aspiration mondiale, appelée à se répandre partout, pour tous les peuples.
Cette religion saülienne renverse toutes les valeurs de son époque : le temps n'est plus une suite continuelle et harmonieuse de cycles répétés aux quatre saisons, mais une flèche, une tempête, avec un avant et un après définitifs, des renversements et des rapports de force non-plus « normaux et encadrés » mais inédits et radicaux, remettant en cause la sécurité de la civilisation entière. Pour le christianisme émergeant et universel des origines, le christianisme paulinien, les forts sont les véritables faibles, et les faibles – les véritables forts. L'esclave est l'égal du maître en dignité et aux yeux de Dieu, le métèque l'égal du citoyen, le barbare l'égal du civilisé. Une égalité qui n'est pas rassurante, consolante, théorique et passive (bien qu'elle le soit devenue par la suite après la corruption de l'Eglise...), mais bien éminemment révolutionnaire, puisqu'elle implique une remise en cause totale, un renversement radical de l'état de fait social, de l'ordre social, de la division classiciste et classique d'un Monde sensé désormais se transformer pour une société où l'humain serait à l'image de Dieu, l'avènement de la Cité de Dieu sur Terre où tous seraient sujets à son Amour infiniment juste, où tous sont appelés à ne faire qu'un avec le Messie Jésus-Christ.

Et pourtant, une fois le pouvoir obtenu et les « bienfaits » des privilèges goûtés, le christianisme lui-même s'est acclimaté et perverti pour se recycler en machine à justifier une nouvelle oppression de l'Homme par l'Homme.

Mais à travers l'Histoire, le christianisme a toujours tendu, en fonction des circonstances, à revenir à l'enseignement paulinien lui-même en droite ligne du Sermont de Jésus sur la Montagne.
« Je me plais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les calamités, dans les persécutions, dans les détresses pour le Christ ; car, quand je suis faible, c'est alors que je suis fort » (Première épître aux Corinthiens, verset 10).
« Mais ce que le monde tient pour insensé, c'est ce que Dieu a choisi pour confondre les sages ; et ce que le monde tient pour rien, c'est ce que Dieu a choisi pour confondre les forts ; et Dieu a choisi ce qui dans le monde est sans considération et sans puissance, ce qui n'est rien, pour réduire au néant ce qui est, afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu. » (Première épître aux Corinthiens, 1, versets 27-29)
« Jusqu'à cette heure, nous souffrons la faim, la soif, la nudité ; nous sommes maltraités, errant çà et là » (I Cor., IV, 11-13)


Cette « morale de tchândâla » (« mangeur de chien » en sanskrit, intouchables dans l'hindouisme, expression utilisée directement par Nietzsche pour dénigrer la religion chrétienne), serait selon les partisans de l'Harmonie, née de ressentiment, de jalousie ou de vengeance impuissante.
Le christianisme était alors la « religion des esclaves », la foi des lépreux et des martyrs, celle des catacombes. Ces assoiffés de justice sont donc, aux yeux des élites qui tiennent à leurs privilèges, des « barbares » « jaloux » de la grandeur de la civilisation hellène, qui expriment leur frustration « égoïste » dans une violence illégitime et condamnable, parce que remettant en cause l'ordre harmonieux du monde, de la vie, de la nature, qui exige que chacun reste à sa place pour un fonctionnement sain et « fraternel » de la société.

Selon les tenants de l'Harmonie, la paix sociale doit être obtenue à n'importe quel prix, même par la guerre à l'extérieur si nécessaire. Parce que seule cette « paix » (qui n'a rien à voir avec la paix chrétienne), leur permet de faire perdurer l'ordre politique indispensable à la perpétuation de leur suprématie.

L'Harmonie désigne donc aussi bien la sacralisation de cette Nature en toute-éternité qui justifie la position permanente des élites au sommet de la hiérarchie, que la « paix » (en réalité, l'ordre) sociale et politique qui leur permet de la consolider.

Tout comme hier, le classicisme hellène opposait (à juste titre) la « dangereuse » révolution monothéiste égalitaire – à l'harmonie sociale garantie par les religions polythéistes, les courants réactionnaires opposent la « modernité », qualifiée indistinctement, qu'elle soit capitaliste ou marxiste, « d'égalitariste » – à leur idéal très classiciste et païen de société d'ordres.

L'idéologie du Nod s'inscrit en faux avec le classicisme. Nous considérons le Monde comme un chaos où s'affrontent, dans un combat à mort, des forces contradictoires : le Bien, le vrai contre le Mal, le faux. Dans cette logique nous voyons l'Histoire comme une guerre permanente, qui peut être larvée ou ouverte, entre les oppresseurs et les opprimés. Cette guerre peut avoir plusieurs théâtres, internes ou externes. Caïn contre Abel. Les occupants romaniens contre le peuple hébreu. Les pharisiens et les sadducéens contre les zélotes et les esséniens, ces derniers devenus nazaréens lorsque Jésus a renoncé à leur mise à l'écart volontaire pour se joindre au peuple, avant sa mutation en christianisme universel avec Saül. Les peuples nomades aux marges inhospitalières du Monde, contre les civilisations sédentaires sur leurs terres fertiles. En leur sein, le paysan contre le patricien. Le manufacturier contre le propriétaire. Celui qui profite du fruit du labeur des autres, et celui qui, littéralement, sacrifie sa vie pour survivre.

Dans cette guerre, les partisans de la « paix » sont les oppresseurs. Ceux-ci détenant le pouvoir (force politique) et l'avoir (richesse), jusqu'à obtenir la gloire (attraction culturelle, prestige, popularité) et le savoir (sagesse), ne veulent pas de remise en jeu de leurs avantages. Ils cherchent à défendre leur confortable position par tous les moyens, et la paix est l'un d'eux. Cette paix est vue comme une harmonie, puisqu'elle permettrait, en théorie, aux opprimés d'en tirer profit à leur tour, jusqu'à aimer leurs oppresseurs, attitude de « sagesse » qui rappelle les enseignements païens de l'Antiquité hellène.

Cette « sagesse », se prétend l'antonyme de la très mauvaise « jalousie ». Elle est en réalité une association parfaite entre le vice et l'ignorance, entre la lâcheté et l'idiotie.
L'inférieur, le subalterne, qu'il soit spécifiquement ouvrier, roturier, femme, étranger ou marginal, doit suivre la « sagesse » de son maître qui l'enjoint à l'aimer, en retour de sa générosité et magnanimité. De fait, lorsque cette « sagesse » propre à l'Harmonie est exercée par l'opprimé, elle relève en réalité, d'une attitude particulièrement abjecte consistant à se soumettre à son supérieur dans l'espoir d'en tirer un traitement de faveur, par opposition envers son semblable, pourtant non-moins opprimé. Cela jusqu'à se réjouir de la colère du supérieur envers ses subalternes récalcitrants ou indociles. Se joindre à plus fort que soi, contre plus faible que soi. Voilà « l'harmonisation entre les classes réconciliées » promues par la pseudo-sagesse païenne. Autrement dit, de la lâcheté pure, mêlée à du sadisme et surtout, une fausse perception de ses intérêts, une croyance erronée selon laquelle accroître sa dépendance envers son maître en même temps qu'accroître la puissance de celui-ci en contribuant à éliminer ses rivaux potentiels « d'en bas », arrangera ses intérêts personnels. Grossière erreur.
Une mentalité qui rejoint celle de la « hyène », théorisée par les stratèges militaires karmali à propos des coalisés anti-Commonwealth et anti-Aminavie durant la décennie 2030. S'attaquer au plus faible aux côtés et au profit d'un tiers déjà beaucoup plus puissant, n'est pas seulement lâche et cruel, mais revient à renforcer celui-là même qui est le plus susceptible de représenter une sérieuse menace... une attitude par conséquent tout aussi cruelle que suicidaire à terme.

En somme, les idéologues de l'Harmonie, tous ouvertement réactionnaires... exceptés curieusement, aujourd'hui (du moins en apparence), les théoriciens du linisme (idéologie du PPNT au Shidao), souhaitent faire imposer une paix verticale, qu'ils considèrent « juste », pour mieux dissimuler et entretenir une guerre horizontale d'une cruauté inouïe qui s'ajoute déjà à la souffrance passive subie par le contraste des fortunes et leur inamovibilité. Cette Harmonie consiste pour les maîtres, à enseigner une pseudo-sagesse aux serviteurs, contre « l'impardonnable » péché de « jalousie », facteur de désordre... qui pourtant, est encouragé à un certain niveau : du moment qu'il reste endogène socialement, tourné contre leurs semblables dans la pyramide de la hiérarchie. Ce que certains appellent avec un enthousiasme pacifiste absurde, la « réconciliation des classes », par opposition aux affrontements des contradictions suscitées par les « ploutocraties modernistes » (marxistes ou capitalistes), ces sociétés coupables de trop s'intéresser à l'économie. Une réconciliation des classes, non-seulement vaine, mais surtout contraire à la vertu puisque l'effort consenti par un opprimé à l'égard d'un oppresseur en surpassant sa jalousie... se répercutera en indifférence (voire complicité) envers le mal perpétré contre les autres opprimés, qui n'ont pas tous la même expérience de vie et donc de ce fait, n'ont pas la même capacité physique ou psychologique à développer cette pseudo-« sagesse » de l'acceptation. L'harmonie sociale, autant que la « réconciliation des classes », sont des mensonges qui perpétuent les injustices sociales, lesquelles ne peuvent qu'à leur tour, favoriser l'envie des uns et l'orgueil des autres, les frustrations, les ressentiments, la colère, le mépris, la haine, la condescendance de tous contre tous.

Paix verticale par l'obséquiosité, concurrence horizontale par une jalousie honnie mais tolérée. Fausse-paix, fausse-justice, fausse-morale, fausse-piété, faux-dieux, cette « civilisation [païenne] alliant harmonieusement puissance et raffinement, grandeur et sagesse », n'accorde d'égards ni à la justice, ni à la vertu, ni à la vérité. Elle n'est qu'hypocrisie et mensonge. Des instruments plus ou moins efficaces pour effacer tout discernement entre le Bien et le Mal, entre la vérité et l'erreur. Elle préserve et entretient l'exploitation de l'Homme par l'Homme.

Les adeptes de l'Harmonie sont donc à nos yeux, d'irréconciliables ennemis. Le combat que nous leur livrerons sera sans trêve ni pitié de parts et d'autres, si bien qu'ils n'auront jamais le luxe d'y goûter réellement.

_______________________________________

Nous opposerons toujours à la très égoïste et païenne « fierté du devoir accompli » des hautains "harmonieux", le partage et la soif de justice défendues par le Jésus révolutionnaire dans son Sermont de la Montagne. L'harmonie et l'honneur des scribes sadducéens, doit laisser place à la vertu et au partage des nazaréens.
_________________________________________________________________________________________________

Avatar de l’utilisateur
Vladimir Ivanov
Messages : 2375
Inscription : 05 févr. 2020 12:37
NJ : Karmalistan
NJ V3 : Rostovie
Première date d'inscription : 14 mai 2008

Re: Confrérie du Nod

Message par Vladimir Ivanov »

Les « martyres vivantes » de la Confrérie


Au Karmalistan comme ailleurs, une épouse vitriolée par un tiers est bien souvent répudiée par son mari dans l'année, voire les quelques semaines suivant le crime.
Et pas seulement parce qu'elle suscite le dégoût chez son époux qui la regarde avec mépris. Mais aussi parce qu'elle lui fait « honte », honte devant sa famille, ses amis... Il est en effet tellement plus valorisant de montrer une « belle conquête », plutôt qu'un « monstre », dépourvu de valeur humaine depuis son enlaidissement au vitriol.

Plus encore qu'un homme en raison du caractère patriarcal de la société, une jeune femme enlaidie de la sorte, représente en tant que sujet, ce qu'il y a de pire en terme d'oppression. Sans expérience pour l'indépendance (elle n'a été élevé que pour son futur rôle d'épouse), dépourvue de sécurité financière, dépendante d'un mari qui la rejette, horrifiant sa famille qui ne la reconnaît plus... la femme vitriolée n'a plus rien et n'est plus rien.

Opprimée parmi les opprimés, présente à raison de plusieurs dizaines de milliers rien qu'au Raj Dahar, la femme vitriolée incarne tout-à-la-fois la résultante conjuguée de l'ignominie du patriarcat et de l’infamie du fascisme, qui pétrissent encore le Karmalistan méridional.

Ce fléau, la Confrérie du Nod à Ruprahad s'est résolu à le combattre frontalement.

Les femmes vitriolées et répudiées sont d'abord approchées, puis soutenues (voire séduites) et enfin recrutées. Malgré une pauvreté et insalubrité persistantes (universelles à Ruprahad), elles sont logées, nourries, respectées, et recouvrent un peu de joie dans ce monde cruel.
Leur « laideur » est élevée au rang de « marque de pénitence et d'élection divine » : une souffrance rédemptrice, non-pas pour ses propres et prétendus péchés, ceux de la « marquée de Dieu », mais pour le rachat des vices de tous les biens portants. Elle n'est ainsi plus l'objet d'un mépris, mais bien à l'inverse d'une véritable admiration : de monstre laid et misérable, la voilà élevée en martyre vivante, si ce n'est en "sainte" (pas exempte de péchés, mais reconnue comme plus particulièrement vertueuse et proche de Dieu).

Par ailleurs, si cela ne suffit pas, un soin particulier est donné pour les chérir, que ce soit par l'aide matérielle ou l'attention morale, jusqu'au réconfort affectif. Une initiative notamment menée par la très active solidarité féminine au sein d'organisations de femmes propres à la Confrérie.
Certaines mauvaises langues, surtout dans les milieux conservateurs aisés du Dahar, accusent ces organisations d'être des « lupanars à lesbiennes ». Si, en effet, la branche nodienne du Dahar est plus « libertaire » que celle des Syirs - les relations homosexuelles (si mariage) sont tolérées au même titre que les relations hétérosexuelles, ces dernières font l'objet d'un égal encadrement et d'une même répression de la part du puritanisme ambiant propre à la Confrérie et à sa philosophie prônant la réserve, la pudeur et si possible, une certaine forme d'ascétisme.

Une fois conquises (de cœur), ces femmes sont endoctrinées et rééduquées. Une rééducation physique et morale particulièrement rigoriste, propre à la Confrérie, pour en faire selon leur degré de handicap, des soignantes, des enseignantes (pour celles qui ont perdu la vue)...
...ou des combattantes, souvent d'élites, prêtes à donner leur vie pour le Nod et sa cause.
Toutes se découvrent alors des talents cachés. Au cours d'un entrainement au fusil de précision, l'une d'entre-elles, pourtant malvoyante, est même parvenue à faire voler en éclats "l'Unique et sa propriété" de Stirner, au tir de SVD à 1 310 mètres de distance.

En date du 1er janvier 2047, on estime à 1 700 le nombre de ces malheureuses qui font désormais partie des troupes d'élite de la Confrérie. Perpétuant de nombreuses tueries dans les rangs du crime organisé, mais aussi de la police – surtout à Ruprahad (le bidonville géant de Daharpur), elles font l'objet d'une crainte justifiée par ces derniers, autant que d'une grande admiration chez les femmes révoltées karmales et chez les habitants misérables de cette ville géante qu'elles sont chargées de protéger.

Le Nod enseignant avec un soin particulier l'amour durable et fidèle par-delà tout le reste... particulièrement la primauté du cœur sur le physique, il n'est pas rare pour ces recrues de retrouver l'amour auprès de leurs camarades masculins dans la Confrérie. Les nombreux mariages célébrés chaque année au sein de l'organisation à Ruprahad entre hommes et femmes vitriolées témoignent de ce changement de mentalité une fois la "secte" intégrée.

Image
Le visage du Nod.
Une femme rajane de Ruprahad, au corps et au visage meurtries par un jet au vitriol. Reniée par son mari, ses proches et sa famille... elle fut recueilli par les "terroristes" du Nod dans un état proche de l'agonie, au milieu d'une ruelle malfamée du bidonville sous averse... Prise en charge avec le plus grand soin, elle est désormais enseignante, aimée de ses élèves, mais également martyre, « marquée de Dieu » et reconnue comme telle par tous les membres.


Le visage du Nod. La confrérie entière s'approprie cette « laideur » pour en faire une marque divine de repentir, qui la caractérise désormais, une marque relative aux souffrances qu'elle et ses membres doivent et devront endurer pour mener la prochaine révolution, celle qui fera du Karmalistan un autre pays, de l'être humain, un Homme Nouveau.

La chute de Mamta a récemment donné le signal à l'organisation que se rapprochait l'heure fatidique du déclenchement de la phase intensive, ouverte, de la guerre populaire.

Et ce n'est que le début.
_________________________________________________________________________________________________

Avatar de l’utilisateur
Vladimir Ivanov
Messages : 2375
Inscription : 05 févr. 2020 12:37
NJ : Karmalistan
NJ V3 : Rostovie
Première date d'inscription : 14 mai 2008

Re: Confrérie du Nod

Message par Vladimir Ivanov »

9 février 2046

Image
[Rappel : dernière photo prise d'une martyre du Nod, peu avant sa capture, sa torture et son exécution par le KhAD.]

Note interne à la Confrérie du Nod sur la situation début-février 2046


Nier avoir été pris de court par la chute de la souveraine Mamta Ismaïla le 19 décembre dernier, et la violence de la répression qui s'en est suivie, serait un mensonge.

Des milliers d'entre-nous ont été tué, des dizaines de milliers croupissent sous la torture physique ou psychologique dans leurs geôles secrètes.

Malgré notre travail en amont depuis 17 ans, il faut se rendre à l'évidence : nous n'étions pas encore prêts.

Cela dit, malgré nos yeux favorables d'un point de vue purement humain, et au-delà de leur caractère rationnellement vain à long terme, les réformes sociales menées sous l'ancienne reine, leurs succès notamment dans la répartition moins inégale des nouveaux biens et services, les droits des femmes, et l'universalisation des soins, ne pouvaient qu'éroder notre développement. Pire, le contexte semi-féodal dans lesquelles elles produîrent leurs fruits ne pouvaient conduire en réalité, par l'agissement interne des phénomènes sociaux contradictoires, qu'à ce scénario tragique, celui du triomphe de l'impérialisme, qu'il soit extérieur ou intérieur (Raj Dahar).
Rien n'est plus instable et propice aux réactions fascistes qu'une société de transition entre semi-féodalité pourrissante et capitalisme en développement.

Rappelons également que notre confrérie était déjà réprimée sous le régime précédent du « socialisme-islamique », une répression plus « douce », mais non-moins hostile en définitive. L'ancienne reine nous reprochant d'ailleurs (à tort) l'assassinat de son père et son ancien époux.

Si les communistes traditionnels (PRDK et PRDK-ML) et le Syirkhanat s'en étaient bien accommodés – ils profitent d'ailleurs toujours d'une large indulgence de la part du KhAD, nous avions dut poursuivre notre développement dans l'ombre des bas-fonds de la société karmale et dans la peur d'opérations ciblées du KhAD alors toujours à l’œuvre contre nous, y compris du temps de l'ancienne reine.

Si cette indulgence ne sera pas éternelle (et les premiers à réagir ont été les urzharistes du PRDK-ML qui nous apportent tout leur soutien – conscients que ce sera bientôt leur tour après nous), le KhAD s'emploie par tous les moyens et avec une efficacité remarquable, à diviser le large camp des opprimés du peuple.

En effet, ce sont d'abord les urzharistes au PRDK-ML (la faction qui nous est le plus favorable), qui sont victimes d'une réaction révisionniste au sein même de leur parti (son aile droite, distante des thèses d'Urzhar), prônant un prolongement de la « trêve » avec le gouvernement karmali sous le prétexte officiel qu'il n'a toujours pas officiellement renié son « orientation socialiste », et officieux que nous serions assurément des « terroristes religieux ».
Par ailleurs, le Syirkhanat, autrefois bienveillant à notre égard, a pris brutalement ses distances du temps de l'ancienne reine : la princesse Orghana nous déteste particulièrement, suspectant chez nous un projet d'uniformisation culturelle totale de la société karmale.
Nous éprouvons et éprouverons toujours à leur égard, tant au Syirkhanat qu'au PRDK-ML, une sincère, profonde et inaltérable forme de respect pour leur solidarité passée avec la petite communauté de Turgaï, d'où est partie notre Confrérie. Mais en fin de compte, nous sommes seuls désormais.
Le Kurganat syir lui-même, qui nous permettrait de bénéficier d'un inestimable réseau de bases arrières vitales pour la lutte... s'avère hésitant. Petit pays, sous-équipé, extrêmement pauvre, et surtout désarmé – relativement au Karmalistan, le Kurganat n'a pas les moyens de nous soutenir autant qu'il le souhaiterait. Si son implication est trop ouverte ou visible, le Karmalistan n'en ferait qu'une bouchée.

En définitive, dans cette lutte qui s'annonce longue, douloureuse et périlleuse...
...nous ne devons compter que sur nous mêmes.

Assurément, et en dépit des aboiements de la presse daharane, le règne de Mamta nous aura été nuisible à bien des égards. Et alors qu'il s'achève, ce sont toutes les opportunités manquées sous un hypothétique régime ouvertement droitier, qui se rappellent à nous avec la plus grande violence.

Une situation bien sombre qui paradoxalement, nous sera cette fois-ci nettement plus favorable à terme que sous le régime précédent : nous sommes les fils et les filles de la misère, la misère noire causée par les Hommes. Et c'est d'elle seule, par la Terreur et la Justice, que prospéreront la Vérité et la Vertu.

Les tragédies humaines ne sont jamais souhaitables, et nous devons nous efforcez ensemble, d'en épargner le monde. Mais rappelons-nous qu'elles ne sont que l'écho des hurlements de nos frères et sœurs injustement traitées : notre devoir est de les écouter et de les aider. En cela, les tragédies sont non-seulement inévitables, mais aussi et malheureusement nécessaires.

Image
_________________________________________________________________________________________________

Répondre

Revenir à « Karmalistan »