Fenêtre sur le pays

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Zaldo
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Hefna ! Hefna ! Hefna ! (1)
2 avril 2044,

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La fontaine Sancte Niðbiǫrg dont la concentration en sel donnait à ses eaux leurs
couleurs caractéristiques.


Établit sur la face septentrionale de la montagne, Hvítarkelda était un petit terroir des Monts Heilagrbjǫrg, peu peuplé et densément boisé. Seuls quelques sept cent âmes y vivaient au sein de villages qui ne comptaient jamais plus d'une dizaines de huttes, réunis autour d'une église en bois norroise ornée de croix, et de têtes de dragons qui, à l'image des gargouilles, étaient perçues comme des démons ne pouvant être apprivoisés que par leur propre magie. L'écho des forêts y répétait inlassablement le cri d'appel des bergères et des pastourelles, le bêlement des moutons, le tintement des clochettes, l'aboiement des chiens et le frissonnement des ruisseaux dévalant les douces pentes de la région. En effet, Hvítarkelda recelait trois belles sources d'eaux salées, serpentant au milieu des arbres, bénies par l’Église et baptisées Sancte Bóthildr, Sancte Marie et Sancte Niðbiǫrg. L'or blanc qui en ressortait servait à de cruciaux travaux tels que l'affinage des fromages, la salaison des viandes et des poissons, etc. Ces fontaines de sel furent d'ailleurs, par le passé, l'objet de nombreuses guerres et aiguisaient toujours la convoitise de la plupart des Jarlar voisins. Eistulfr III, seigneur de Hvítarkelda, en repoussa néanmoins les diverses incursions mais fut assez sérieusement blessé au cours de la plus récente escarmouche, quelques jours auparavant, contre la Dame Sofie IV de Brimirland, où il reçut un vicieux coup d'épée à l'épaule. Depuis, l'homme demeurait dans son lit, affaiblit et grognant constamment sous d'épaisses peaux. Son état inquiétait alors que les vautours murmuraient et le cernaient toujours davantage. Une affreuse crise de succession semblait se préparer...

Eiríkr, de son coté, creusait le sol en compagnie d'une dizaine d'autres serfs à proximité de la Sancte Bóthildr. Il s'essuya le front, releva sa tunique et reprit le labeur dont le bruit cadencé des pioches se poursuivait depuis l'aube. Le soleil se situait à son zénith et une légère brise soufflait sur la montagne. Les jours défilaient, sans découverte notable, tous plus vains les uns que les autres. Le découragement grandissait et guettait à chaque fois que le groupe rentrait bredouille, tête basse, le visage fermé. Nonobstant, dévoués à leurs corvées, les serfs continuaient de creuser, inlassablement et sans cesse, des les premières lueurs du jour jusqu'au couché. Soudain, Adelbert s'écria et tous accoururent vers lui. Là, à ses pieds, affleurant en surface, luisait une belle roche aux cristaux majestueusement blancs. Parfaitement purs. Ils se remirent aussitôt à fouiller et découvrir maints dépôt semblables. Un gisement d'or blanc, du sel partout, comme ils n'en virent jamais auparavant !
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Zaldo
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Une Théophanie (1).
12 avril 2044,

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Quelque part dans un monastère thorvalois,
une moniale copiste venait de terminer une
enluminure de Saint Martin, blond de chevelure...


A la troisième heure du jour,

Fulminant l'ordre depuis les remparts, la herse de la forteresse de Meltorfahamarr s'ouvrit, laissant se déverser un remarquable flot de déshérités, de pauvres, de nécessiteux et d'indigents, accompagnés de sept vaches, d'une dizaine de chèvres, ainsi que de trois charrettes contenant les biens que chacun put emporter avant la fuite. Ils étaient une bonne soixantaine d'âmes, quelques vieillards et des enfants en bas age, presque tout un village ! Les arrivants demandèrent à voir « chastelain ou chastelaine d'icelieu » et un chevalier les conduisit prestement à la salle de la Cathèdre, où se tenaient, mais plus pour longtemps, les audiences publiques. Après que se fut arbitrée une querelle de poules entre deux serfs voisins, les malheureux purent, à leur tour, pénétrer dans la pièce et se placer entre les gens occupant les galeries [parties latérales], moines, seigneurs, prêtres, serviteurs, chevaliers, gardes mais aussi serfs, forgerons, charpentiers, enfants, cousins, parents du clan etc.

Un des démunis s'écarta des rangs afin de parler à la Reine au nom des siens. Vêtue de son haubert, de ses spalières et d'un tabar à ses couleurs, la dame leur parut impressionnante, réellement superbe, ainsi que sur le pied de guerre. A raison car la Reine s’apprêtait à sortir et rencontrer par le fer les seigneurs Kristján VI et Aldviðr II ! A l'instant présent, toutefois, son intention se tournait vers l'odieux récit des pauvres hères dont le village fut conquis, brûlé et entièrement ravagé par le truculent Jarl Hánarr III d'Hróðgæirrgarðar. Hélas ! Grisés par leur force, n'obéissant à personne et livrés à eux mêmes, les féodaux ne juraient trop souvent que par la hache, l'épée et la lance. La guerre, sous toutes ses formes, constituait, de loin, leur principale occupation. Les habitudes invétérées d'une race guerrière, la suspicion à l'égard de l'étranger et le choc de droits mal définis, des intérêts et des convoitises, aboutissaient à des luttes perpétuellement sanglantes où chaque seigneur avait pour ennemis ceux qui l'entouraient, et où les paysans se confrontaient, souvent sans défense, aux raides des hommes et femmes d'armes.

Mue par un regard de Foi, Marie eut de la compassion à l'égard des errants. Et cela concordait avec la vision que le pays se faisait des humbles. Il n'y avait en effet guère de bons ou de mauvais pauvres, de méritants et d'oisifs. Au contraire, les nécessiteux étaient non seulement considérés comme des malheureux, victimes de la dureté du temps et du péché des hommes, mais aussi tel des apparitions divines, une Théophanie, figures du Christ, voir encore des intercesseurs privilégiés auprès du Ciel, dont les prières plaisaient au combien davantage au Seigneur que celles des puissants. Au Thorval, la pauvreté et l'acte d'assistance se trouvaient dès lors sublimés et constamment magnifiés par l'heureux souvenir de Sanct Martin qui, prit de pitié devant un indigent transi de froid, lui adressa la moitié de sa cape. En outre, le « Haut Seignor Jhesu » n'avait-il pas également affirmé : Ce que vous ferez au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le ferez ? Il était donc intolérable de tourner le dos aux petits, de les chasser, de mal les considérer, de les mépriser, des les ignorer, de ne pas les soutenir, de ne pas les secourir et de ne pas prendre soin des faibles, des vieillards, des malades, des estropiés et de tout ceux dans le besoin. Les chrétiens qui s'y refusaient, violant la vertu de Charité, celle d'aimer son prochain par amour de Dieu, en enfer iraient brûler.

Après un conciliabule avec son Chancelier, Marie annonça aux déshérités leurs concéder des terres à cultiver où ils pourraient aussi reconstruire leurs maisons et village. A ce titre, elle promit de subvenir aux besoins en bois, en torchis et en chaume, ainsi que d'également construire une église à ses frais. La suzeraine leur permit enfin de rester dans la forteresse, d'y dormir et d'y manger, le temps que les choses ne commencent. Tandis que les humbles lui rendaient grâce et se dirigeaient vers la basse cour, Marie chuchota des instructions à un serviteur. Ce dernier revint ensuite en trombe, annonçant que le trésor se trouvait presque vidé et que n'y demeurait plus qu'une dizaine de piecettes sans grande valeur. L'accueil de la Haute Assemblée, sans oublier les guerres, semblaient avoir lourdement dilapidés le denier royal. La Reine s'entretint alors derechef avec le chanoine pour savoir comment y remédier. Et elle eut rapidement une assez brillante idée : passer un édit abolissant l'exil des usuriers, puis une fois revenus d'en rançonner les richesses, et de les bannir à nouveau ! Non loin, l'un des chevaliers royaux, Óðinkárr, proposa, quant à lui, de se faire ouvrir les portes de Valborg, de ravager la cité et d'emporter tout ce que les bourgeois conservaient de précieux ! L'idée plut. Quelques instants plus tard, Marie fit appelé l'homme qui avait parlé et lui annonça son intention de les venger, lui et ses gens, afin de permettre à la communauté, si elle le désirait, de retourner, un jour, chez elle. Tout cela en plus des diverses choses promises précédemment. A ce but, le Chancelier s'attelait déjà à la fabrication d'une fausse lettre de revendication qui sera brandit au moment venu...
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Zaldo
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Hors série : Boussole politique (2).
intemporel,
Les Hors-séries visent à illustrer un ou plusieurs aspects présents dans le monde RP, et parfois également au Thorval.

La BOUSSOLE POLITIQUE adaptée aux réalités de Thorval.

L'axe horizontal va de la Communauté des biens à tendance pleinement rurale jusqu'à la prédominance des guildes bourgeoises et la domination des villes sur les campagnes. Le centre désigne un système féodal assez typique.

L'axe vertical va de la Foi jusqu'à l'Apostasie, en passant par l'Hérésie. Au delà de la seule croyance, il désigne également la proportion de chacun à rester fidèle ou de s'affranchir des dogmes établit, des traditions et de la morale religieuse. Le centre correspond à une Foi du milieu, c'est-à-dire ne souhaitant ni l’héroïsme de la sainteté, ni les profondeurs infernales de l'apostasie.

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Marie III est la Reine de Thorval.
Teodora est l'Autokrateira, Impératrice des Romans.
Le Kommandor est le Chef d’État du Jernland voisin.

Bjǫrn de Faarbjarg est un oncle puissant et ambitieux de la Reine Marie.
Kriströðr de Valborg est le chef politique de la Cité de Valborg, dernier refuge des bourgeois. Il est le Père d'Ágáta.
Ágáta de Valborg est la fille et l'héritière du bourgmestre de Valborg. Cette dernière s'est fait totalement retournée par la Foi Militante.
Gisela d'Haguigarðr est une puissante féodale, alliée de la Reine Marie.

Le chanoine (prêtre) Markus est le Chancelier de la Reine Marie et présumée Tête de la Foi Militante.
Le Frère (moine) Eldir de Jensigarðr est le chef de la Fraternité qui règne sur la Cité de Jensigarðr depuis 2039 A.D.

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Voyage passé (3).
Début août 2042, antidaté

Roger Lester et Audrey Grant entrèrent au sein de la forteresse, dont la herse ainsi que portes demeuraient ouvertes, en l'absence de danger immédiat, afin de faciliter le va-et-vient des porteurs d'eaux, des lavandières et d'autres serfs venant quérir l'arbitrage royal sur une dispute quelconque. L'ambassadeur se plut à lui faire visiter l'endroit et à l'introduire auprès des gens comme une puissante cheftaine du lointain Vinland ! Ainsi, la dame vit les écuries et ses chevaux, la forge et son atmosphère brûlante, l'armurerie et sa ribambelles de haches, d'épées, de lances, de boucliers, de masse d'armes et d'arbalètes, l'apothicairerie et sa pléthore de plantes, de flacons divers, de décoctions et de chaudrons fumants, puis enfin la boucherie où un bœuf venait d'être décapité et se faisait rudement mais habilement dépecer. Elle arpenta ensuite les galeries extérieures et monta, très haut, jusqu'aux remparts où plusieurs hommes d'armes effectuaient continuellement des rondes. Entre les gardes et les chevaliers, Audrey y compta au bas mot une bonne centaine de guerriers et de guerrières patrouillant un peu partout dans le fort.

Revenant à la basse cour, les Westréens tombèrent sur Erik Vindheim, représentant du Kommandor, qui se figea et toisa Grant comme s'il eut s'agit de Jǫrmungandr en personne. L'échange fut court et glaciale. Ils rejoignirent ensuite les cuisines pour y attendre le Chancelier. Si tôt prirent-ils place sur les bancs et entamèrent leur poulet que l'homme apparut. Grand et sérieux, arborant son habituelle soutane noir surmontée d'un rochet en dentelle aux fuseaux, le Chanoine salua d'abord la dame puis le maitre « Hróðgæirr », avant de prendre lui même place autour du tréteau. La conversation démarra sous la houlette de l'ambassadeur qui en fut l'interprète.

« Présente lui donc mes respects, ainsi que ceux du peuple Westr... Saxons, veux-tu ? entama-t-elle.
– Déjà fait Audrey, répondit Lester.
– Ah, alors demande lui son avis sur le Kommandor et ses adorateurs.
– Hmm, il dit que... Les Jernlanders sont une peuplade égarée s'étant complut dans les délices du Veau d'Or. Leur chef Magnuss, plus que n'importe qui, persévère orgueilleusement dans le mal et sur les voies de perdition. En réparation de ses nombreux crimes et inénarrables folies, il brûlera sur le bûcher, si Dieu le veut !
– Et bien, on est loin d'un christianisme bon teint, fade, mièvre et niais.
– C'est peu de le dire en effet... attends, le Chancelier ajoute que... Mammon ne pourra être vaincu qu'au sein de la Communauté des Biens dont le peuple chrétien n'en sera que le gardien, l'éminent gérant, à la suite des Pères et Docteurs de l'Église tels que Saint Basile le Grand et Saint Thomas d'Aquin qui, à plusieurs siècles d’intervalle, relativisèrent chacun la notion même de propriété qui n'appartient in fine qu'à Dieu.
– C'est exceptionnel je dois dire, rétorqua la Reine rouge, bien que nos chemins soient très différents et parfois même opposés, nous arrivons à la même destination. Sinon, que pensez de cette bourgeoisie Valborgeoise qui, malgré sa petitesse, continue de faire peser un grave danger sur le Thorval, ses peuples, ses villages et ses cultures populaires ?
– Markus affirme que...n'existe nulle raison de craindre. Les marchands sont redoutables et c'est bien parce que lui et ses compagnons ne font l'erreur de les sous-estimer que la Confrérie finira, un jour, par définitivement les vaincre.
- Comment perçoit-il l'avenir du combat et le sien personnel ?
- ... Son désir le plus ardent est de mourir afin d'être auprès du Christ en son Paradis. Cependant, accepte-t-il de rester encore un peu de temps sur terre afin d'instruire les âmes et de les conduire au Salut, en bon berger. »

De fait, les Thorvalois semblaient comme au temps du Valhalla ne pas redouter la mort et même de l'attendre avec une certaine impatience. La discussion se poursuivit ainsi un long moment encore, jusqu'à la neuvième heure du jour, où le clerc dû prendre congé afin de chanter l'office de None à la chapelle castrale. Celle qui, bien malgré elle, était la figure et le symbole de la Révolution Westréenne semblait convaincue par le personnage. Buvotant sa cervoise, Grant se tourna vers Roger et déclara doucement en langage Briton :

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... pour mener à bien le combat révolutionnaire en accord avec les codes et les particularités propres au Royaume.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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La guerre sans fin (12).
10 mai 2044,

Après la traditionnelle octave qui suivait les fêtes de Pâques, la Reine Marie s'apprêtait à vivre son quatrième mariage et Lofarr, l'heureux futur « Rei », son premier. Selon les mystérieux épieurs cachés dans les proches fourrées, les fiancés se tenaient sous le porche de l'église Sanct Óláfr de Forlǫg et y attendaient patiemment le prêtre. A leur suite, un scalde semblait jouer un air de lyre tandis qu'un talentueux jongleur égayait les quelques dizaines d'autres convives. L'essentiel de ceux-là furent des gens habitant la forteresse royale de Meltorfahamarr et donc des serfs, des serviteurs, des guerriers, des cousins et des parents du clan dont l'oncle Jensi d'Hàrland, dit le Grand. Les espions remarquèrent aussi la présence de visages qui ne leurs furent pas connus, au premier chef desquels le Légat du Pape, le Légat de l'Auguste Impératrice, l'Ambassadeur Roger Lester du Vinland et le Samouraï Wa Ishimaki Shigeie. En outre, quinze gardes et cinq chevaliers surveillaient les abords de l'édifice. Ils étaient armés de lances et d'épées, et portaient une cotte-de-maille. Les intrus redoublèrent de prudence, quand enfin le prêtre sortit ! Chacun fit alors silence et la cérémonie débuta par ce qui ressemblait à l'échange des consentements, main droite dans la main droite. Le clerc encensa ensuite les fiancés et interrogea la foule. Cette dernière ne montra pas le moindre signe d'opposition et l'on procéda aussitôt au rituel de la dation où le père de Lofarr offrit symboliquement son fils à Marie. Avant de poursuivre avec le rite de l'Anneau, la Reine fit l'aumône aux pauvres et apposa ses mains sur la tête des malades afin que Dieu les guérisse. Étant une suzeraine sans le sou, elle ne leur offrit pas le moindre or, ni argent, ni denier, mais plusieurs dizaines de gros pains. Quand chacun en fut comblé et bénit, l'abbé annonça la cérémonie de l'Anneau qui eut lieu, toujours sur le porche, selon un bréviaire très précis de gestes rituels, de prières, de bénédictions et de constants va-et-vient du célébrant entre l'autel et le parvis. Elle culmina au moment où Lofarr, tout en prononçant les bonnes paroles, passa l'anneau à la main de Marie. La suzeraine déclama à son tour la formule consacrée et l'officiant prit alors les deux mariés et les conduisit à l'intérieur de l'église, où la messe de mariage pouvait enfin être solennellement chantée, ainsi que l'union connaître son véritable paroxysme. Seuls les gardes demeurèrent en faction dehors.

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Les mariés et les convives entrèrent à l'église sous le regard des anciennes voûtes
et des peintures sur le haut jubé.

De leurs cotés, les éclaireurs en avaient assez vu et repartirent pour Faarbjarg afin d'en aviser le maitre Bjǫrn, oncle de la Reine, homme à la fois rusé et extrêmement ambitieux. Le mariage de sa nièce avec un paysan lui était tout bonnement impensable, répugnant et scandaleux. Assez pour assassiner son propre sang et prendre, au moment venu, le contrôle de la régence... Les régicides intriguaient dans l'ombre où se tramait une conjuration si odieuse que Dieu en personne aurait du mal à pardonner.
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La guerre sans fin (13).
15 mai 2044,

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A l'intérieur des remparts de la forteresse de Sóbjarg se tramait un régicide...


Cinq jours après le mariage scandaleux de sa nièce Marie, Bjǫrn de Faarbjarg avait réunis, à la tombée de la nuit, les principaux complices de la conjuration en sa forteresse de Sóbjarg, sise sur les flancs imprenables du mont Stórmannligr. Avec lui, autour d'une grande table de bois, se tenaient le seigneur Kristján VI de Flagðheimr, ainsi que Egviðr IV d'Almarrsgarðr. Tous avait maille à partir avec la suzeraine, l'un d'eux l'affrontait même sur le champs de bataille dans une longue, dure et harassante guerre d'héritage qui durait depuis maintenant plus d'un an. Un véritable bourbier. Chacun possédait donc quelques bonnes raisons de souhaiter sa mort. A la lueur des bougies, dont l'ombre virevoltait sur la froide pierre des murs, Bjǫrn, le chef du complot, rappela à ses alliés l'extrême dangerosité de leur dessein et le niveau de prudence à respecter, d'autant que la Reine jouissait d'espions discrets et insoupçonnables dans presque toutes les cours seigneuriales, des plus renommées aux plus crasseuses. Les deux compères ne dirent mot et opinèrent silencieusement. Bjǫrn porta alors la coupe à ses lèvres et annonça que le meilleur moyen de brouiller les pistes, et de dissimuler le régicide, était d'empoisonner Marie pas à pas, patiemment chaque jour, au point que tout le monde ne la crut prise de méchantes fluxions et, le temps passant, morte d'une terrible et malheureuse maladie.

A cet effet, il déroula une petite étoffe qu'il posa sur le tréteau, y laissant apparaître une plante aux pétales bleues, de formes arrondies, nommée Aconitum napellus par les clercs [savants] mais que les autres connaissaient plutôt sous le nom de Casque-de-Jupiter, fleure magique associée à la magie noire que certaines guérisseuses prescrivaient à des malheureux qui soupçonnaient de se transformer en loup. Guère rare, on la trouvait sur les étales de tout bon apothicaire. Kristján VI se renfrogna soudainement et éructa contre Bjǫrn, grognant que quitte à tuer sa propre nièce [celle de Bjǫrn], et donc de violer la morale chevaleresque, à laquelle l'ensemble des participants étaient pourtant tenus, autant lui offrir une mort honorable en lui transperçant la chair, non en la tuant à petit feu, d'autant que le Casque-de-Jupiter provoquait une effroyable et cruelle agonie. Méprisant l'emportement de son comparse, Egviðr IV, de son coté, approuva le plan et proposa, en chuchotant, un moyen d'infiltrer la cour royale. En effet, de par le contexte troublé dans lequel elle se situait, où les alliances se faisaient et se défaisaient, la Reine craignait tant les conspirations que les empoisonnements. Une peur très répandue, au Thorval, chez toute personne détenant un tant soi peu de pouvoir. Ainsi, un échanson, devoir à haut risque, lui servait non seulement à boire mais goutait également l'ensemble de ses plats et boissons afin d'en vérifier la pureté, comprendre l'absence de poison.
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Les beaux damoiseaux (10).
17 mai 2044,

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Le Roi Lofarr.

Pour la première fois depuis presque trois ans, la Reine Marie siégeait non plus solitairement sur sa Cathèdre, mais en compagnie de son Roi, et priait qu'il ne lui fusse pas enlever comme ceux qui le précédèrent. Des seigneurs originaires du Massif des Heilagrbjǫrg venaient, sous un beau ciel printanier, saluer et rendre hommage au Roi Lofarr. Ce dernier semblait encore vivre un rêve éveillé, jamais ne fut-il si heureux, et parut toujours ne guère croire en sa fabuleuse ascension, lui le fils de « bochier » qui s'occupa d'abord de chevaux comme valet d'écurie, avant de devenir garde et de patrouiller les remparts, pour finalement se marier et s'assoir sur le trône, au chevet de celle qu'il aimait. Le Destin réservait décidément de belles surprises aux gens qui, aidés de leur volonté, de leur force, de leurs vénérables ancêtres, des saints bien aimés, de Dieu Tout Puissant et de la Bienheureuse Vierge, agissaient pour inverser le cour des évènements... Les voies du Seigneur étaient manifestement impénétrables... Les noces furent mémorables et demeureraient à jamais gravées dans sa mémoire. Si chaque moment en fut parfait, Lofarr était toutefois résolu à en chérir un en particulier, celui dans l'Église, vers la fin de la Messe, lorsqu'au milieu des convives en liesse, lui et Marie burent, chacun leur tour, dans la même coupole, et mangèrent à la même écuelle. Vinrent ensuite le banquet puis, une fois que le clerc, suivit de trois clergerons, eut correctement béni la couche nuptiale, advint le grand voyage... superbe et grandiose à mains égards... mais qui, malgré tout, n'atteignait pas la magnificence du vénérable rite de la coupole et de l'écuelle, symbole d'union par excellence.

L'après-midi, Lofarr fut avisé par le chancelier des guerres et des intrigues en cours. L'homme y apprit qu'il serait, à compter de ce jour, et à l'image de son épouse, la cible des nombreux ennemis du trône. Il ressentit alors pour la première fois le poids de son rang et comprit que son mariage n'était pas une fin mais le commencement de quelque chose de non seulement bien plus grand, mais aussi au combien plus dangereux et périlleux... Sa vie risquait fort de ne plus être la même....
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La vie au milieu des champs (39).
24 mai 2044,

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La fosse à feu de la maison.


Eldríðr, à la longue chevelure flavescente, jeta un subtile coup d’œil vers les petites flammes virevoltantes de la fosse à feu. Autour d'elle, les ombres dansaient sur le vieux bois de la chaumière. Mère et Père dormaient paisiblement, ainsi que ses oncles, ses tantes, ses cousins et ses cousines, à l'autre bout de la pièce. La fillette fut soudain prise de torpeur, ses paupières devinrent lourdes et elle s'assoupit aux cotés de ses neufs frères et sœurs. L'été dernier, ces derniers était plus nombreux mais les malheurs du temps en emportèrent trois.

Si tôt endormie, la petite s'éveilla dans la mystérieuse brume du royaume des rêves. La mara, spectre féminin malveillant, ne lui chevauchait le corps, ni ne lui foulait les pieds ou la tourmentait ; le pays semblait agréable, joyeux et soyeux. Eldríðr fut soudainement transportée au Puits d'Urðarbrunnr dont la magie l'éblouit. Non loin, elle rencontra trois radieuses femmes, les Nornes, tissant l'avenir des Hommes et, en leur compagnie, se tenait Saint Mikjáll, duquel jaillissait une intense mais douce lumière. L'ange portait de belles ailes immaculées et tenait une grande épée de feu. Subitement, un homme aux cheveux dorés et à la tunique aussi pure que la neige sortit du Puits du Destin. Eldríðr se retrouva alors au chevet du « Haut Seignor Jhesu » et se pâma trois fois devant Sa gloire et Sa Bonté. La fillette fut ensuite amenée en une magnifique terre d'abondance couverte de grasses et vertes prairies. L'herbe y était si haute qu'elle pu presque en toucher le ciel. Dans ce beau terroir pâturait une vache débonnaire. Ses mamelles étaient plus larges que le plus altier des pics du Massif des Heilagrbjǫrg. Saint Óláfr en trayait les généreuses pies desquelles coulaient quatre harmonieuses rivières de lait. Il en émanait d'infinies nuées de crèmes, de meules de beurre et de fromages. Le Paradis de Dieu. Mais bientôt, le bonheur pur disparu. Le nain Vestri lâcha prise ; la voûte céleste occidentale faiblit, s'affaissa et s'effondra. Eldríðr fut aussitôt envoyée au milieu de la mer en furie. Son Knǫrr bondissait à la crête de terribles vagues et était battu par les vents infinis. Le plus abominable orage déchirait le ciel et déchainait les éléments ! Eldríðr eut très peur quand, brusquement, un effrayant serpent, Jǫrmungandr, surgit des profondeurs et fondit sur elle !

L'enfant émergea en sursaut, parmi ses frères et sœurs, qui se réveillaient aussi petit à petit, au milieu de la nuit, alors qu'approchait la dorveille. Que signifiait ce cauchemar ? Était-ce la fin du Monde ? Miðgarðr [Thorval] allait-il bientôt connaître les attaques et la malignité du Démon ? Quelques instants plus tard, un strident cri de corbeau ébranla la lignée. L'ensemble du clan se figea, effrayé. Des Valrhrafnar, corbeaux surnaturels, planaient-ils au dessus de leur humble hutte ? Les trois vaches du clan beuglèrent depuis l'étable adjacente à la maison.

Le rêve de l'enfant constituait une représentation somme toute assez fidèle de l'imaginaire Thorvalois où s'entremêlaient la Foi chrétienne aux anciennes traditions religieuses païennes, l'ensemble baignant dans un océan merveilleux et magique, jonché de mythes, de légendes et de croyances provenant du fond des Ages. Le songe décrivait non seulement les craintes des peuples du royaume mais aussi l'incroyable espérance qui les animait chaque jour.
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Re: Fenêtre sur le pays

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Grandeur et servitude impériale (3).
31 mai 2044,

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Une cage d'écureuil (grue) sur le chantier d'une église dans le pays d'Heilsláta.

Le censeur impérial, accompagné d'une suite d'acolytes, observa, fort intéressé, la manière dont la rivière s'élançait avec impétuosité sur la roue à aubes et actionnait la meule de pierre qui broyait le seigle sous son magnifique poids. Près de là, la force hydraulique servait aussi à activer, élever ou abaisser, alternativement, de gros pillons, sorte de maillets ou pieds de bois, pour fouler la laine des moutons et ainsi préparer l'habillement des moines et des moniales. La scène se déroulait au sein d'une abbaye, Nostre-Dame des Prés, puissante et renommée, particulièrement aimée d'un grand nombre de Thorvalois. Même si la technique paraissait obsolète pour la Radanie, et que dire du Mauvais Jernland, le Radanien jugea la chose remarquable, ne s'étant guère attendu à trouver pareil ouvrage au Thorval. De ce que lui et ses compagnons purent constater au cours des mois de pérégrinations, ce dernier y était sans doute la plus sophistiqué avec les moulins en général, les trébuchets, les mangonneaux et les cages d’écureuil, trouvables près des importants chantiers, cathédrales ou châteaux, permettant de soulever de très lourdes charges. La délégation romane resta dormir au monastère et repartit le lendemain vers le nord-est, derniers terroirs à visiter d'un royaume, certes primitif pour le siècle présent, mais qui savait travailler le fer et pratiquer les rotations culturales (assolement triennal).

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Bâtisse située dans le pays de Þiðrandland.

Concernant les moulins, dont le recensement fut la principale mission confiée par le Vestiarion, le censeur en aperçut 5136 mais il dû y en avoir un peu plus. En l'absence d'inventaires et de registre quelconque, la tâche n'en fut guère aisée mais les fonctionnaires de l'Empire semblaient désormais presque toucher au but. Les moulins étaient souvent construit de bois, plus rarement de pierre. La plupart était hydraulique et se tenaient près des cours d'eau. Les édifices à vent parsemaient plutôt les montagnes et autres lieux dépourvus de rivières. La fonction principale des uns et des autres demeuraient de moudre le blé. Les meuniers n'avaient pas bonne réputation.
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Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

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Une Théophanie (2).
5 juin 2044,

A la neuvième heure du jour,

Sous les majestueuses voûtes de la Salle de la Cathèdre, l'écuyer de la Reine, Valdríkr, s'attelait à la débarrasser de ses spalières après une longue matinée à patrouiller la vallée, suivre les pistes de brigands et même rencontrer les soudards d'Aldviðr II dont l'escarmouche, opposant une petite dizaine de guerriers, faillit mal finir lorsque l'un d'eux parvint à désarçonner Marie, la jetant à bas de son cheval. Heureusement put-elle, ensuite, se dégager et tailler son adversaire en pièce, qui mourut à ses pieds. Au moment de déchausser sa cotte de fer, un servant survint brusquement et lui annonça que les charpentiers censés bâtir l'église promise aux réfugiés de Tjaldgarð avaient cessé le labeur, faute de matériaux. Il leur était, dans le bois de Kunningrá, impossible de se procurer les poutres de la longueur nécessaire. La suzeraine fronça les sourcils et, remettant son haubert en place, manda Valdríkr de l'accompagner. Gardant l'épée à la ceinture, ils quittèrent ensemble la forteresse et se rendirent, à pied, sur les hauteurs, encore plus haut au dessus de la vallée, à la lisière du bois susnommé où attendaient les artisans. Là, Marie parcourut avec eux, et ses suivants, la forêt de long en large et en tous sens, avant de finalement dénicher cinq pins de hauteur suffisante, que l'on avait pas su voir auparavant, et de les désigner elle même aux bûcherons.

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Au sein du sanctuaire...

Sur le chemin du retour, la suzeraine et son écuyer firent halte à un petit sanctuaire marial, connu du terroir, et y entonnèrent, à genoux, au milieu des arbres, patenôtriers en mains, 150 Ave Maria. Le lieu semblait entouré d'une mystique particulière et contenait, en plus d'un crucifix en bois, une assez grande roche, sur laquelle était taillée ou illustrée la fuite de la Sainte Famille en "Égypte" afin d'échapper aux séides d'Hérode. On pouvait y apercevoir, distinctement, Joseph conduisant un âne sur lequel la Vierge se trouvait assise avec l'Enfant Jésus, et une nuée d'anges les protégeant. Malgré quatre bons siècles, et l'ardeur des éléments, la sculpture jouissait d'une bonne préservation.

Avant de prendre le chemin de la forteresse, la Reine se rendit au chantier où les pauvres hères, chassés de leurs foyers par les guerres féodales, fondaient un nouveau village où vivre. Les charrois de chaume y affluaient, tandis que l'église et les chaumières s'élevaient de terre. Les réfugiés, qui s'y affairaient, vinrent à sa rencontre, la saluèrent et la remercièrent trois fois, avant de s'enquérir sur leur vengeance. Marie y renouvela sa promesse et assura chacun que le tyran Hánarr III d'Hróðgæirrgarðar rencontrera son trépas d'ici la fin de l'automne. La suzeraine eut aimé agir plus tôt mais en était bien incapable, déjà empêtrée dans cette inextricable guerre qui l'opposait au Jarl Kristján VI de Flagðheimr et à son alliée. La Dame ne se faisait aucune illusion sur son rang : depuis 1000 ans, la seule ambition à laquelle sa branche put prétendre fut de survivre et si possible d'ajouter quelques grains au chapelet plus ou moins morcelé que représentait leurs divers fiefs. Nombres des vassaux de la Reine possédaient des terres et un ost supérieurs au sien. Son pouvoir en dehors du domaine royal n'était, au surplus, que théorique. Le sacre lui conférait un pouvoir moral et son statut de primer inter pares un droit d'arbitrage sur les démêlés des vassaux entre eux, ainsi qu'un droit de police là ou se produisait pillages et abus de force. En somme, rien qui n'évoquait une autorité souveraine.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Zaldo
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La guerre sans fin (14).
11 juin 2044,

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Près du marécage de Mein, Thorval. Oh la belle plante indiguo !


Bjǫrn de Faarbjarg buvait a ses succès, seul dans la Salle du Trône, du haut de sa puissante forteresse. La conjuration contre la Reine Marie, sa propre nièce, venait d'effectuer un pas de géant. Grâce aux innombrables connaissances de son Chancelier, l'homme était parvenu à dénicher une guérisseuse, Sóma, non seulement dotée de la sapience nécessaire à la conduite du complot mais aussi suffisamment dépourvue de scrupules, moyennant quelques livres d'or, pour commettre le régicide. La dame, pour ne pas dire la sorcière, maitrisait son art à la perfection et ne s'en trouvait, d'après ses dires, pas à son premier meurtre. Elle décrivit devant le féodal les effroyables effets d'une ingestion minime de l'aconitum napellus ou Casque-de-Jupiter. Sa cueillette recelait, elle même, nombre de dangers, causant blessures à la peau au simple touché, voir la mort si le suc pénétrait par des écorchures au niveau des bois. L'agonie et la souffrance en restaient absolument épouvantables, notamment parce que le malade demeurait conscient presque jusqu'à son trépas qui subvenait, à dose adéquate, environ une demi-journée après l'empoisonnement.

Le plan de Bjǫrn était toutefois plus vicieux et consistait à tuer la Reine à petit feu, un peu chaque jour, en n'éveillant aucun soupçon, faisant croire à de malheureux mais mortels flux de ventre. A ce titre, une fois introduite à la cour royale en tant que matrone, et après avoir emporté la confiance de chacun, Sóma prévoyait de glisser, à chaque nouvelle lune, un scrupule, ou un félin d'orfèvre, de racine d'aconitum napellus dans la boisson de Marie. Assez pour l'aliter, l'affaiblir et ainsi de suite au fil du temps jusqu'à son inévitable mort. Si pénétrer la cour ne semblait pas très difficile, Bjǫrn redoutait un personnage plus que d'autres : l’Échanson royal. Selon le rapport d'espionnage, ce dernier se trouvait souvent auprès de la Reine, était le seul à lui servir à boire, goûtait absolument tout ses plats et boissons, surveillait implacablement les cuisines et prenait son devoir très au sérieux. Si Marie ne possédait pas les pouvoirs d'un monarque, elle jouissait néanmoins de certains serviteurs proches et dévoués, prêts à se sacrifier afin de la protéger. La sorcière devra donc finasser et se montrer extrêmement patiente, jusqu'aux scrupules. De son coté, si le complot était découvert, le Jarl nierait toute implication et abandonnerait la guérisseuse à son terrible sort, tout en accusant ses complices dont l'hypocrite Kristján VI de Flagðheimr et la redoutable Aldviðr II de Hraunvangr, engagés tout deux dans une guerre sans fin contre la suzeraine. La machination ne faisait que commencer...
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Grandeur et servitude impériale (4).
18 juin 2044,

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La cité de Sanct Þióðgeirr au couché du soleil...

Arborant l'himation de soie pourpre des fonctionnaires impériaux, la délégation d'Empire, constituée du censeur et de ses acolytes, prit congé des habitants de Sanct Þióðgeirr en passant les portes de la Cité, qui se refermèrent aussitôt derrière elle. Le séjour en ville se révéla fructueux, autant que les conversations avec le moine bourgmestre, GórmR, chef d'une mystérieuse Fraternité, afin de mieux saisir les coutumes politiques du royaume. Les Radaniens se montrèrent intrigués et furent très curieux à l'égard des Þing, cette myriade de petites assemblées, saisonnières ou régulières, de toute nature, seigneuriales ou populaires, de grandeurs diverses, locales, provinciales ou d’États-Généraux, accueillant chaque membre de la communauté, et qui tapissait l'ensemble du royaume jusqu'en ville. A défaut de registres baptismaux, introuvables au sein des campagnes, villages et châteaux seigneuriaux, extrêmement réduits dans les rares places citadines (trois), le censeur parvint, en dépit des dites circonstances, à réaliser un recensement populaire plutôt convenable grâce aux divers votes à main levée dont lui et ses compagnons furent témoins. Il en ressortit que les clans des champs étaient les plus nombreux, bien supérieurs à neuf sur dix, frôlant même les 99 pour cent. Par ailleurs, bien que la vie des Thorvalois était résolument communautaire, celle-ci ne s'articulait pas autour de l'ethnie, mais de l'appartenance familiale au sens large, et voyait nombre de clans norrois se lier par le mariage aux slaves (Slovians, "Polonais") et baltes (Lutaniens, "Lituaniens") qui peuplaient le royaume. L'esprit traditionnel animant le Thorval ne s'opposait donc pas à l'universalisme portée par Teodora, contrairement au nationalisme norrois, de l'entre-soi ethnique et tribal, prêché par le Jernland.

Un long périple qui fit également comprendre aux Radaniens un autre fait important : les Thorvalois méprisaient les manières. Aguerris par une existence rude et âpre, ils ne supportaient, qu'avec impatience, les marques de politesse qu'on daignait leur offrir. Les raffinements de l'étiquette semblaient les agacer sans commune mesure, autant que les titres pompeux, les termes fleuris et les formules interminables. Surtout, sous la politesse obsédante, les Norrois paraissaient, infailliblement, y flairer l'ironie, le mépris, voir la traitrise. Un jeu que le censeur cessa immédiatement, comprenant que ses exquises paroles pouvaient lui coûter sa tête. Malgré l'instauration de rangs et de titre au sein de la Bureaucratie, l'Autokrateira faisait bien de ne pas reprendre tout le cérémonial qui, traditionnellement, accompagnait les Basileus d'Orient. Un faste incroyable élevant l'Empereur au rang de Dieu, à coté duquel Teodora paraissait très humble. Quant aux moulins, principale mission des représentants de l'Imperium, ils en décelèrent finalement 5537.
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Voyage passé (4).
Fin août 2042, antidaté

Audrey se tenait près des lices et observait, en compagnie des serfs, l'entrainement des chevaliers. La foule montrait de l'entrain, encourageait son champion, quel qu'il fusse, et semblait apprécier le combat. De son coté, la Westréenne se massa l'épaule et bailla, non guère d'ennui mais de fatigue. Bien des choses, en effet, s'étaient produites depuis sa passionnante conversation avec le Chancelier.

Le bon Lester su, tout d'abord, et sans grand mal, lui débusquer une chambrelle près de la Salle de la Cathèdre. Elle y partageait, depuis, la grande couche avec dix autres gens de la mesnie, de tout rang : Álarr, Uggi, Týlir, Valdís, Holma, Jóðdís et Ísfríðr étaient serfs ; Gautráðr et Jórunna gardes au sein de la garnison ; Valdríkr écuyer de la Reine. Aucun ne parlait Britton, ni nul idiome extérieur au royaume. Audrey redoubla donc d'efforts pour apprendre le vieux thorvalois, et tissa quelques liens avec eux. Par ailleurs, grâce à l'habileté de Lester, habitué des lieux, la Westréenne, qu'on se mit bientôt a appeler Eldríðr, fut assez rapidement acceptée à Meltorfahamarr où plus personne ne la considérait comme « estrangere ». L'auberge du roge bovier n'était de fait plus que de l'histoire ancienne.

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L'ancienne grange en fond de vallée.

Un matin, vers le milieu du mois d'août, le ciel fut gris et morne. La nature déployait, quant à elle, plusieurs signes annonciateurs de pluies : les hirondelles volaient bas et les chiens s'agitaient sans raison. Que dire des araignées qui, demeurant longtemps oisives sur leurs toiles, rentraient désormais se réfugier au sein des maisons. Soudain, l'orage gronda à l'horizon. Inquiets, les serfs se regardèrent avant d'agripper Audrey et de filer sans attendre vers les champs, en fond de vallée, dévalant dangereusement la pente, à s'y rompre le cou ! Là, dans l'immense ombre du fort qui les surplombait, une myriade de gerbes, entassées en meules, gisait sur le sol. Un nouvel éclair luisit haut en le ciel. Sous l'éclat du tonnerre de plus en plus proche, chacun se démena, comme il put, afin d'amener la récolte, à l'abri, dans la grange à toit de chaume ! Des hommes du village voisin vinrent même leur prêter main forte. Et ce fut ainsi que la dame du Vinland joua un rôle majeur lors du sauvetage de la Moisson. Les jours suivants, celle-ci donna derechef du sien pour battre le blé, frappant, ici et là, de son fléau afin d'extraire le précieux grain des épis. Un labeur qui lui fut particulièrement éreintant et cause principale de ses crampes.

Las, Eldríðr [Grant] s’apprêtait à quitter les lices quand quelqu'un la frappa gentiment à l'épaule. Elle se retourna et vit un visage familier.

« Oh Roger, serra-t-elle les dents.
– Pardonne-moi, s’esclaffa-t-il taquin, c'est douloureux mais crois-moi, encore quelques battages et tu ne ressentiras plus rien ! »
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Une Théophanie (3).
12 juillet 2044,

A la troisième heure du jour,

Avant de quitter sa forteresse en la mi-juin de l'An de Grâce 2044, la Reine appela [nomma] son Chancelier Markus « Seneschal », fonction peu précise, comme souvent au Thorval, mais qui consistât, généralement, à tenir la place du seigneur toutes les fois où ce dernier ne pouvait être là par lui même. Elle fit ensuite route, en compagnie de son Rei Lofarr, de ses enfants Marie et Óláfr, de son écuyer Valdríkr et de quelques autres familiers, vers l'Abbaye Nostre-Dame de Mildrland. Un voyage de cinquante deux lieues qui s'étendit sur dix jours et que la suzeraine passa sur son coursier, endurant comme chacun, à l'exception des petits, la rudesse des grandes chevauchées. Au commencement du dernier jour, les fortifications de la communauté monastique apparurent enfin à l'horizon ! Entourées de champs, de vergers et de prés, les serfs s'attelaient, cette époque-ci, à y faucher l'herbe mûre à la faux, dans une cadence étonnement rythmée et harmonieuse. Ainsi en allait-il souvent, l'Abbaye était un monastère double de moines et de moniales, placés sous l'autorité d'une abbesse, Mathilda, mais séparés en deux par une sévère clôture. L'église gothique, voutée et magnifiquement ornée, les réunissait, en même temps que certains autres lieux de la vie communautaire.

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L'église commune de l'abbaye.

Le cloitre et les lieux communautaires tels que le scriptorium arboraient, contrairement à la chapelle, une architecture romane aux chapiteaux sculptés de feuillages, de fleurs et d'épis, quand les murs se couvraient de fresques sacrées. Le grand jardin monastique en regroupait, quant à lui, plusieurs, allant de l'herbularius et ses simples jusqu'au potager et ses dix huit sections composées de pois, de choux, de navets, de panais, d'ails, de radis, etc. L'abbesse Mathilda, jeune veuve âgée d'une trentaine d'années, célèbre pour sa beauté et son esprit, accueillit Marie, ainsi que sa suite, avec diligence et fort empressement. Aimant profondément l'Abbaye, au point de souhaiter s'y retirer à la fin de sa vie et d'y être inhumée, la Reine ne manqua, dans le passé, de la combler de biens, de legs et de privilèges en tout genre. Et la Dame fit de même cette fois encore, en confirmant non seulement la fondation en ses droits mais aussi en lui accordant le bois d'Allfriðrfrú, sous réserve du respect des coutumes liées à l'usage. Ensuite, la suzeraine revêtit une austère tunique, d’étoffe rude, et prit part, le mieux possible, en guise de pénitence, aux prières, aux oraisons et au silence des moniales. Quant vint finalement le temps des moissons et que le soleil trônait haut dans le ciel, Marie rejoignit les champs des alentours. Munit d'une faux, elle entama, avec entrain, la coupe des blés en compagnie des serfs et des convers. Son mari, le roi, vint, quelques jours plus tard, également travailler.
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Re: Fenêtre sur le pays

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Grandeur et servitude impériale (5).
18 juillet 2044,

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Le chemin creux par lequel passèrent les impériaux.

Les fonctionnaires impériaux chevauchaient dans la campagne et voyaient des serfs moissonner les champs, pendant que d'autres guidaient les longs troupeaux vers les hautes forêts et hauts alpages des gigantesques Monts Heilagrbjǫrg. Une belle lumière inondait le pays et une petite brise d'ouest faisait doucement se lever les pans pourpres de leurs himations. Les Radaniens lancèrent alors leurs sommiers et pénétrèrent au sein d'un chemin creux remplis d'oiseaux. Une vision enchanteresse s'il en fut, qui les débarrassa de la mauvaise bile et les égaya profondément. L'un des acolytes reconnut plusieurs des chants, parmi lesquels ceux de l'hirondelle rustique, du pic vert, de la pie bavarde, du rousserolle des buissons, de la tourterelle des bois, du verdier, de la locustelle fluviatile et de bien d'autres ! Du reste, l'existence de chemins creux au sein du royaume surprit, la première fois, le censeur. En effet, ce genre de paysage était l'apanage des régions bocagères. Or, l'organisation agraire au Thorval reposait sur les champs ouverts, sans clôtures, ni haies, même si l'absence d'arbres y demeurait tout de même moins marquée qu'ailleurs en Dytolie centrale et orientale. Quel était donc le rôle des chemins creux ? Après s'être renseignée auprès des serfs, seigneurs et seigneuresses de différentes régions, la délégation comprit fort vite : ils servaient à délimiter les seigneuries ! Et cela, quand bien même les frontières restaient mouvantes, souvent imprécises, et que l'on pouvait, à cause du morcellement politique, en traverser dix sans guère s'en rendre compte, y entrer, en sortir, pour à nouveau y revenir à la suite de seulement quelques pas !

Alors qu'il ne leur restait plus que cinq à sept lieues avant de quitter le Thorval, les serviteurs d'Empire eurent, au milieu de la nature et du pays agraire, la satisfaction du travail accompli. En plus du comptage des moulins, ceux-ci recensèrent la population et apprirent grandement des coutumes politiques. Ils dénombrèrent également le bétail, concluant que les chèvres s'y trouvaient presque aussi abondantes que les hommes. Et il en allait de même à propos des vaches ainsi que des porcs. Seuls les moutons étaient relativement plus rares, sans doute parce que les brebis donnaient moins de lait. Pour autant, le royaume comptait un beau nombre de bois. Le nord arborait des forêts mixtes, la montagne des conifères, et le sud des forêts décidues. Chacune servait les besoins nourriciers des gens, soit grâce à la chasse et à la cueillette, soit par le pâturage des porcs et divers troupeaux.

Au final, la délégation de Teodora décrirait le Thorval comme un ensemble de contrées certes instables, remuantes, avec guerres et meurtres sanglants, mais non point couvertes de ténèbres, et sans doute pas plus violentes que d'autres nations non-archaïques.
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