Fenêtre sur le pays

Dytolie 122-123-128-129-130
En ligne
Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Une Théophanie (4).
25 juillet 2044,

A la sixième heure du jour,

« Este mei ci... » répondit une voix familière. Hyrsa se retourna et vit la Reine tenant une faux sur l'épaule. La Járnmærar [Vierge de fer] poussa un soupire de soulagement, inquiète de ne guère la trouver après avoir longuement hélé son nom et scrupuleusement arpenté la sole de blé. Elle s'inclina légèrement avant de lui remettre une missive scellée d'or, venant soi du Pape soi de l'Impératrice. Remerciant sa guerrière, la suzeraine rompit le sceau quand un franc sourire illumina soudainement son visage... Teodora attendait un enfant et s'excusait de ne pas pouvoir recevoir l'Hommage Féodal à la fin des Moissons. La nouvelle enchanta Marie, tant pour son amie, que le radieux destin offert à son puiné Óláfr, et du renforcement par le mariage de l'union entre le Thorval et le Monde Roman. Après quoi, la dame retourna vers les serfs et moissonna en leur compagnie jusqu'à Complies. Assommer de fatigue, elle tomba, le soir venu, sur sa couche du dortoir des moniales, et s'assoupit aussitôt. Ces dernières chantèrent les prières nocturnes sans celle-ci, comme souvent depuis que la suzeraine travaillait aux champs monastiques. Entre chaque coup de faux, la Reine parvint toutefois à faire amener les dépouilles de deux de ses enfants, Margréta et Ragnarr, rappelés respectivement à Dieu en l'An de Grâce 2038 et 2039, afin de les inhumer au sein de l'abbaye en de petits tombeaux taillés à leurs attention.

Image
Le tombeau de Margréta (abbaye Nostre-Dame de Mildrland), près du porte-cierges

En la même crypte, plusieurs artisans s'attelaient aussi, depuis quelques jours, à sculpter les sépultures de la Reine et du Roi. A ce titre, Marie choisit un gisant taillé dans la pierre, entièrement dépourvu de cuivre, de peintures, d'émaux et de dorures. Par dessus le sarcophage, l'effigie devra y figurer à plat-dos, couchée mais vivante, les mains jointes, et gardant les yeux ouverts dans l'attente béate du Jugement dernier ; position témoignant fidèlement de la foi chrétienne en la résurrection de la chair. Une épée posée le long du corps rappellera, de son coté, que Marie fut une suzeraine guerrière. Bien que toujours très jeune et âgée seulement d'entre 25 et 27 ans, la Reine tenait à préparer le jour de sa mort. Une épée de Damoclès planait constamment au dessus de sa tête. Elle pouvait, en effet, et du jour au lendemain, mourir au cours d'une patrouille, périr sur le champs de bataille, être assassinée ou subitement tomber malade et agoniser... Dieu seul connaissait son destin, ainsi que le temps qu'il lui restait à passer sur terre. Elle pouvait trépasser demain comme demeurer plusieurs décennies supplémentaires sur un trône particulièrement ingrat qui n'accordait aucun repos, ni répit. Afin que tous respectent ses vœux, la dame rédigea un edict récapitulant les caractéristiques de son tombeau et ordonna d'y pendre haut sur un arbre quiconque s'aviserait à l'enrichir et l'orner davantage.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

En ligne
Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Grandeur et servitude impériale (6).
29 juillet 2044,

Image
La dite arme.

Ce jour de juillet, Vitomir de Panské Lesy (ni au Thorval ni en Radanie la particule ne faisait la noblesse mais constituait le plus souvent un simple rattachement géographique), fonctionnaire impérial, reconnaissable à son pourpre himation, visita la forteresse royale de Meltorfahamarr. Reçu devant toute la cour par le Chancelier, l'homme y remit une très belle hache, pesant deux livres, au manche gainé de cuir et à la lame tranchante, quoique un peu émoussée. Le chanoine y discerna très vite la hache personnelle de la Reine Marie léguée, quelques années auparavant, au chef du Valskheimr [Valdaquie] pour célébrer son écrasante victoire contre les cités marchandes céruléennes. Face aux troubles qui secouaient dorénavant la Valdaquie, l'Impératrice Teodora avait, en effet, remué ciel et terre afin de la récupérer, craignant de voir l'arme disparaitre ou d'être vendue au plus offrant. Honoré par le geste, le Chancelier manda Vitomir de remercier la Basilissa pour sa bonté, avant de l'inviter à se sustenter et à prendre du repos. Au cours de la même journée, le chef de la Foi Militante admit une nouvelle guérisseuse, Sóma, aux cotés de Dálkr, le sage apothicaire du château. En cela, le clerc commit, très certainement là, sa première erreur depuis que Marie l'appela « Seneschal ».

Image
Les chiots arrivés dans leur nouveau foyer.

Un deuxième serviteur de l'Autokrateira s'arrêta, quant à lui, à l'Abbaye Nostre-Dame de Mildrland où il offrit trois chiots à la suzeraine. Ceux-ci étaient sevrés, blancs comme neige, de race Čuvač. A peine mis en sa présence, les chiots s'empressèrent de lécher les pieds de la Reine, de lui sauter sur les jambes, de chercher à jouer, de la suivre aux champs et de s'attacher à celle qui leur apparut telle la cheftaine de meute. Marie les baptisa tout trois Edda, Gísla et Folki.

Originaire des Vysoké Hmlistý en Radanie, la race y prospérait depuis le XVe siècle. Sa carrure massive, son ossature solide, sa forte corpulence, atteignant jusqu'à 90 livres, étaient typiques des chiens de berger. Malgré sa grande fidélité et son besoin de contact avec les Hommes, le Čuvač demeurait un chien au tempérament indépendant, supportant bien la solitude et capable de garder seul les troupeaux. Intrépide et doté d'un caractère très protecteur, il se méfiait naturellement de ceux qu'il ne connaissait pas et ne rechignait jamais à se battre contre un intrus, fusse-t-il un loup ou même un ours. Plusieurs de ces animaux furent, à ce titre, tués par des Čuvač lors des cinq dernières années.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

En ligne
Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

L'eau et l'art du bain.
6 août 2044,

A Jensigarðr, plus grande ville du Thorval, les bains publics, appelés « estuves », étaient fort animés. Les larges cuveaux d'eaux chaudes regorgeaient de gens venus y nager, se laver, se prélasser, se reposer, jouer, discuter et prendre du plaisir. D'autres préféraient flâner au sein des étuves à proprement parlés, lieux saturés de vapeurs offrant des bains de chaleur sèche. La Fraternité, à son avènement, en rendit l'usage parfaitement gratuit, en plus d'y séparer les hommes des femmes afin d'en restaurer les bonnes mœurs. Avant, les bains étaient, à ce titre, notoirement réputés pour la débauche et la prostitution qui s'y déroulaient, de même que pour la propagation du Mal Montalvéen (syphilis). De nos jours, les établissements impressionnaient par leurs fresques, leurs sculptures, leurs bas-reliefs, leurs chapiteaux ornés et leurs systèmes de chauffage du plancher via d'énormes chaudrons d'eaux chaudes situés en sous-sol. Même le chef Eldir, frugal et humble moine à la tête de la Cité, venait désormais s'y reposer, deviser avec ses frères et méditer les mystères de Dieu.

Image
L'intérieur d'une étuve des campagnes entrain de chauffer.

En revanche, les bains publics demeuraient choses inconnues des pagus ruraux. L'on pouvait, néanmoins, au sein de certains villages, trouver de petites huttes servant au bain de vapeur à l'aide d'un poêle constitué d'un gros tas de pierres porté à incandescence par un feu de bois. Sinon, les serfs, les paysans et les seigneurs aimaient se baigner dans les rivières, les mares et les petits lacs, tant pour se rafraichir après une chevauchée ou une journée passé aux champs, que pour se laver, s'amuser, s'adonner à des jeux et s'entrainer à la guerre par la nage. Lorsque les cours d'eaux gelaient, en hiver, la baignade s'en tenait aux baquets en bois, que l'on recouvrait d'un linge qui protégeait des échardes. Somme toute, l'eau demeurait au sein du royaume un élément SACRÉ, un remède, un symbole de puissance et surtout un grand plaisir. Il s'y côtoyait, à ce titre, des traditions norroises, finnoises et romanes bien que, pour celles-ci, dans des circonstances très différentes de la Cattavenna antique.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

En ligne
Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Hors série : Boussole politique (3).
intemporel,
Les Hors-séries visent à illustrer un ou plusieurs aspects présents dans le monde RP, et parfois également au Thorval.

Une AUTRE BOUSSOLE POLITIQUE adaptée aux réalités de Thorval.

L'axe horizontal va de la Suzeraineté royale, illustrant la prédominance de la figure royale en son royaume, mais aussi à l'extérieur, par rapport à la Couronne impériale, jusqu'à la Suzeraineté universelle qui marque la supériorité de l'empereur ou de l'impératrice sur les princes chrétiens. Le centre désigne des relations harmonieuses entre les deux principes (tribal et universel).

L'axe vertical va de l’Église royale ou impériale, contexte au sein duquel celle-ci est plus ou moins entre les mains du pouvoir temporel, qui décide dès lors ou influence fortement la nomination des évêques et des abbés, pouvant également se déclarer Chef et présider les Conciles, jusqu'à la Théocratie pontificale qui admet aussi bien la pleine indépendance de l’Église, que le respect strict de ses juridictions et sa supériorité intrinsèque par rapport aux princes chrétiens, qu'elle chapeaute, sacre ou destitue et auxquels elle impose, via l'ensemble de ses armes spirituelles (Excommunication, Interdit...), de sévères limites à leurs pouvoirs. Le centre ne correspond pas à la laïcité mais à des rapports équilibrés entre les glaives temporels et spirituels.

Image

Marie III est la Reine de Thorval.
Teodora est l'Autokrateira, Impératrice des Romans.
Le Kommandor est le Chef d’État du Jernland voisin.

Bjǫrn de Faarbjarg est un oncle puissant et ambitieux de la Reine Marie.
Kriströðr de Valborg est le chef politique de la Cité de Valborg, dernier refuge des bourgeois. Il est le Père d'Ágáta.
Ágáta de Valborg est la fille et l'héritière du bourgmestre de Valborg. Cette dernière s'est fait totalement retournée par la Foi Militante.
Gisela d'Haguigarðr est une puissante féodale, alliée de la Reine Marie.
Roger Lester est l'ambassadeur actuel du Westrait.

Le chanoine (prêtre) Markus est le Chancelier de la Reine Marie et présumée Tête de la Foi Militante.
Le Frère (moine) Eldir de Jensigarðr est le chef de la Fraternité qui règne sur la Cité de Jensigarðr depuis 2039 A.D.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

En ligne
Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

La Foi militante (21).
17 août 2044,

La Cité de Valborg ruisselait d'activité. Tout semblait bien aller, malgré l'hostilité de l'ensemble du royaume à son égard. Les bouchers abattaient des bêtes à foison, engraissées pendant plus de douze lunes, au foin en hiver, et sur les prés urbains le reste du temps. Ceci conférait aux carcasses ce persillé si caractéristique, offrant aux bourgeois des viandes tendres, fondantes et très riches en graisse. Au sein de leurs ateliers, les orfèvres s'attelaient, quant à eux, à la confection du nouvel Antependium, devant d'Autel, de la Cathédrale. Posant délicatement les feuilles d'or, ils en martelaient ensuite habilement les contours afin de leur faire épouser les formes de la plaque de bois sous-jacente. Celle-ci fut, au préalable, sculptée par eux et arborait, en un style roman, trois arcades séparées par de petites colonnes. La plus grande et haute accueillait le Christ en Gloire munit d'un nimbe, debout et prenant l'attitude de l'orant, bras écartés et paumes ouvertes. Les orifices qui en agrémentaient le disque se destinaient, quant à eux, à recevoir trois pierres d'ambres récoltées dernièrement dans la mer des crabes. Les autres arcades, entourant le Seigneur, hébergeaient Saint Jean et la Vierge Marie. Les parties planes, en dehors des niches, étaient, de leur coté, décorées de rinceaux d'entrelacs norrois, de feuillages et de fleurs. Un socle en relief fermait le bas, autant qu'un fronton occupait le haut. Quelque chose promettait bientôt d'y être gravé en latin, cela ne faisait aucun doute.

Image
Vue sur une part de l’œuvre presque accomplit :
Les rois et reines du monde à genoux aux pieds du Christ.
Visibles aussi juste en dessous quelques rinceaux
de feuillages.

Au demeurant, la Foi Militante déployait ici grand faste et raffinement. Un des siens, l'évêque Úfeigr de Valborg, occupait la cathèdre épiscopale depuis près d'un an. S'étonner de telles riches eut été mal la connaître. En effet, la Confrérie de Sanct-Óláfr prêchait le dépouillement des hommes et des femmes [Abbesses] d’Église, non des églises elles mêmes qui se devaient d'être brillantes et d'inspirer autant que ce pouvait la Foi par la Beauté. Enfin, il valait sans doute mieux occupés les orfèvres au parement d'une église que de les voir s'adonner aux changes ou de diriger d'odieux trafic de reliques. Les artisans poursuivaient donc fébrilement les divers travaux. Il en allait de même pour les charpentiers, les joailliers, les tonneliers, les boulangers, les drapiers, les tailleurs de pierre et les poissonniers qui salaient leurs poissons grâce au sel provenant d'une mine dernièrement découverte à Hvítarkelda. Depuis l'avènement du nouvel évêque, Valborg jouissait d'une paix notable et ne subissait plus les assauts des seigneurs brigands du lieu de ban. Et pour cause, la Foi Militante ne voyait plus d'intérêt immédiat à les pousser contre la ville.

Pourtant, il n'y régnait guère la tranquillité ou l'harmonie. En effet, depuis le début d'année, c'est-à dire à la dernière nativité, l'évêque Úfeigr de Valborg réclamait, pour lui et son chapitre, la juridiction temporelle sur l'ensemble des quartiers attenant à la Cathédrale. Une revendication que le bourgmestre Kriströðr Eilífring et ses échevins refusèrent avec mépris. La situation se gâtait depuis peu peu mais ne dégénérait pas en conflit ouvert grâce à la diplomatie de la fille de Kriströðr, Ágáta de Valborg, qui semblait très bien s'entendre avec le clergé. Cette dernière était parfaitement épanouie et si elle conserva sa beauté et son goût pour les beaux habits, la dame paraissait désormais moins frivole, beaucoup plus pieuse, prompte à la confession et aux jeûnes, ainsi que dénuée du moindre mépris à l'égard des pauvres. Si son père aurait aimé la voir lui succéder à la tête de Valborg, le marchand savait la chose presque impossible à cause des élections d'une part, de sa féminité d'autre part. En effet, si les suzeraines abondaient littéralement à la campagne (au sein du monde féodal), agissant là-bas à l'égal des hommes, les réalités bourgeoises demeuraient, quant à elles, très différentes et ne toléraient pas de femmes aux offices politiques tels que ceux du bourgmestre, de l'échevin, du greffier ou du prévôt. La lourde porte semblait donc close pour Ágáta, à moins que la Foi Militante ne se décide de la lui ouvrir...
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

En ligne
Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Grandeur et servitude impériale (7).
23 août 2044,

Image
Des panais cueillit dans un jardin au Thorval.

De retour au sein des bureaux impériaux de Skvělá après une abondante exploration du Thorval, le censeur et ses acolytes s'arcboutaient désormais devant leurs machines à écrire afin de remettre une enquête aussi vaste que possible au Vestiarion. Si les coutumes politiques et religieuses y tenaient une bonne place, la principale préoccupation restait l'agriculture, la condition des forêts et la présence de rivières, ainsi que de lacs. Au cours de leur voyage, les servants d'Empire n'y aperçurent nulle part, pas même en ville, certains légumes comme la tomate, les haricots, les courgettes, les courges, les potirons, le maïs, les poivrons, l'aubergine, la pomme de terre, ect. En revanche, les jardins regorgeaient de pois, de choux, d'ails, de carottes, d'oignons, de cerfeuil tubéreux, de navets, de celeris-raves, de poireaux, de radis, de rutabagas, d'arroches, de fenouil de montagne et de panais ! En somme, un certain nombre de légumes et de plantes couramment appréciés au sein du royaume mais qui, partout ailleurs, étaient depuis longtemps oubliés. Parmi les jardins monastiques qu'ils visitèrent, les Radaniens aperçurent d'incroyables herbes aromatiques et médicinales, dont les célèbres mandragores ! Bien des superstitions subsistaient toujours à leurs égards et on pensait la mandragore dotée d'une telle puissance divine que sa cueillette se réalisait avec moult précautions, notamment en s'obstruant les oreilles et en laissant le soin de son arrachage aux brigands emprisonnés ou aux chiens, à l'aide d'une corde, afin que la malédiction retomba plutôt sur eux.

Au demeurant, les Thorvalois mangeaient ce qu'ils pouvaient cultiver, cueillir ou chasser près d'eux. Le commerce y demeurait très faible et largement surpassé par le don ou le legs. Les fromages et le beurre étaient des mets appréciés, fort présents, en même temps que le pain et le poisson. Parmi les viandes les plus répandues, que l'on faisait bouillir ou rôtir, on rencontrait principalement le porc, le poulet, d'autres volailles et le gibier des forêts ou des prés (lièvres). Les chevaux se retrouvaient sur les tables uniquement après avoir été tué au combat ou quand ils devenaient trop vieux pour les travaux ou le trait. Les plats les plus couramment préparés restaient, quant à eux, les soupes, les potages et les ragoûts dont les recettes variaient régionalement à l'infini. Les boissons les plus bues chaque jour étaient la bière, la cervoise et l'hydromel ; les deux premières en très grande quantité !

Quant à l'usage des terres cultivées, excluant de fait les jachères, les prairies et les sols arables abandonnés à la friche, le blé en recouvrait 75%, produisant environ 4 098 393 454 livres en grains panifiables chaque année, soit 1 859 000 tonnes, près d'une tonne par habitant. Les apports caloriques journaliers estimés s'élevaient à 5500 kcal pour les guerriers, 4500 kcal pour les serfs et 3000 kcal pour les bourgeois. Ceux en protéines atteignaient probablement le rang des anciens chasseurs-cueilleurs. S'il s'y trouvait donc des gens bien gros et corpulents, la richesse des repas thorvalois répondait toutefois aux besoins que requerraient une vie physique, faite d'innombrables efforts. Enfin, un dernier aspect que les étrangers se devaient de ne pas négliger : comme pour presque tous les aspects de la vie, le repas y représentait une affaire résolument collective, communautaire. S'isoler afin de se sustenter seul, en privé, y relevait de l'orgueil et de la vanité.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

En ligne
Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

La Foi militante (22).
27 août 2044,

Image
Le moine copiste Aðalgrímr devant son pupitre.

Installé dans le scriptorium, le Frère Aðalgrímr traçait minutieusement, à la lumière des bougies, les contours de la lettrine qu'il couvrit de feuillages, de fleurs, d'entrelacs et d'angelots. Au même moment, le chat du monastère se faufila par la porte entrebâillée et sauta sur le banc. Surpris, le copiste fit tomber son calame et éloigna aussitôt les parchemins du beau félin, de peur qu'il ne les piétine et ne ruine son labeur, à l'image de la veille et de l'avant-veille ! Après moult câlins et ronronnements, la chatte daigna finalement retourner à la galerie où, à cette heure et comme à de nombreuses autres, elle risquait de rencontrer le circateur qui veillait farouchement au respect de la Règle. Beaucoup de moines se demandaient à ce propos si ce ne fut point elle la véritable Domina, la Dame, plutôt que l'Abbesse Sofía qui régnait sur le monastère depuis trois ans ? Aðalgrímr referma la lourde porte bardée de fer et reprit prestement ses écrits. Un travail d'une grande valeur et d'une très haute importance pour les desseins du Seigneur. Comme depuis une bonne lune, et à l'exception du temps dévolu à la messe et au chant, l'homme de Dieu s'évertuait à copier le livre déposé sur le lutrin, nommé « Li Flor de Nord ».

Image
Le livre Li Flor de Nord telle qu'il se trouva sur le lutrin du moine
les jours précédents (ici au chapitre 208)

Richement décoré et enluminé, l'ouvrage fut écrit en le XXe siècle après Jésus-Christ dans le scriptorium de l'Abbaye Nostre-Dame de Mildrland. Très précieux, le manuscrit contait la généreuse vie de cinquante Saints Norrois, provenant aussi bien du Thorval (Saint Óláfr, Saint Knútr, Saint Hallvarðr, Saint Áskæll, Sainte Katarina, Sainte Ingríðr...) que du Jernland, et des contrées septentrionales de l'Ile de Saint-Patrick. Le livre se répartissait en 211 chapitres, organisés d'après l'année liturgique et les divers âges, de la Grâce jusqu'au Salut. Les textes en latin y déroulaient des histoires hautes en couleurs, épiques, jonchées tant de la Litanie des Saints, que de miracles et d’apparitions de la Vierge Marie et de l'Archange Saint Michel. L'ensemble se mêlant à l’atmosphère brumeuse des légendes norroises, à la rencontre de créatures fantastiques comme les lutins et les Skogvættir (Esprits des forêts), et à celles des magies ancestrales. Les récits exaltaient la Foi et la gaieté du chrétien car si le péché perdait l'homme, la Rédemption le sauvait ; ils présentaenit enfin le combat de Dieu contre les esprits du Malin et démontraient, par son écrasante victoire, que la puissance des persécuteurs n'était guère de taille face au courage des martyrs. Quand la copie en sera fin prête, « Li Flor de Nord » prendra, sur ordre de l'évêque Mikjáll de Jensigarðr, le chemin du Vestriland [Jernland] afin d'y consoler l'Église parmi les tribulations et y entamer une nouvelle évangélisation. Sur un autre parchemin, ses travaux avançant, le Frère inscrivit à la plume d'oie le commencement du chapitre CCIX en chiffres romains.

La numération latine était en effet la plus largement en usage et la plus rencontrée au Thorval. Elle se trouvait néanmoins assez fortement concurrencée par la numération cistercienne, inventée au XIIIe siècle par les cisterciens et propagée dans le royaume au XVe siècle. Se cantonnant d'abord à l'atmosphère monastique, elle sortit bientôt du cloitre pour se rependre dans toute la société. Le phénomène fut sans doute rendu possible par l'importance des monastères et des abbayes, véritables épines dorsales de l'Église au Thorval. Lorsqu'il arriva, l'ambassadeur Westréen Roger Lester en fut dérouté et dû apprendre à en reconnaître les nombres, ainsi qu'à les écrire correctement, d'autant que les Thorvalois comptaient à bas de vingt, et non de dix... Les choses furent plus aisées pour le Légat Wa dont la numération traditionnelle était tout aussi étrange, pour les regards extérieurs, que la cistercienne. Quant aux chiffres Janubo-Marquésiens, quoique présents ici et là, ces derniers ne se trouvaient à ce jour que fort peu en usage au sein du royaume, quand bien même ce fut un Pape, le futur Sylvestre II, qui les propagea et fit découvrir en son temps à la Dytolie.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

En ligne
Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Les écorcheurs (1?).
3 septembre 2044,

Image
Entrée du camps d'écorcheurs d'Alþiófrmǫrk .

Qu'on les appela routiers ou écorcheurs, les mercenaires peuplaient les profondes forêts du royaume, y vivant au sein de véritables camps fortifiés, difficiles d'accès et presque imprenables. On pouvaient aussi les retrouver dans certaines tavernes ou auberges qui constituaient, pour eux, d'éminents repères, voir autant de postes-avancés. L'Impératrice Teodora eut, lors sa première venue au Thorval, le grand malheur de tomber sur l'un d'eux, desquels, si elle avait su en remarquer les signes, ne s'en serait jamais approchée, encore moins présentée ! Ces maudits établissements accueillaient tout ce que le Nord comptait d'abjects personnages et renfermaient les pires activités du Monde des Hommes, de la prostitution jusqu'au viol, en passant par les tabassages, les meurtres et les trafics en tout genre. Au XXIe siècle, l'usage de mercenaires pour les guerres féodales avait quasiment disparu, et même les villes s'en méfiaient. Si bien que les routiers ne vivaient désormais plus que par le pillage, quittant leurs quartiers du nord, solitaire et délaissé, pour ravager le sud et ses généreux champs, prendre les gras troupeaux de ses prairies, sans en épargner les villages, autant que les monastères et les abbayes, avant de remonter vers le septentrion et y redevenir inatteignables. Les pays de Myllaen, de Fljótland, d'Ùlfrskógr et les terres ecclésiastiques de Griðungrkors, situées dans le voisinage de la forteresse royale de Meltorfahamarr, demeuraient les plus vulnérables et se trouvaient régulièrement mis à feu et à sang.

Malgré ces malheurs-ci, aussi graves furent-ils, le bannissement des routiers et leur absence des guerres privées constituaient une immense amélioration pour les serfs et les paysans, un soulagement, un don du ciel. Chacun d'eux préférait de loin les chevaliers et la piétaille des armées féodales qui, bien que rudes eux aussi, n'étaient que de doux agneaux comparés à la brutalité des troupes d'écorcheurs dont la simple traversée d'une région, sans même y affronter d'ennemis, suffisait à semer la mort et tout y dévaster. Le XXe siècle fut leur age d'or et jamais le royaume ne connut autant de ruines. De nos jours, le nombre de mercenaires se trouvait grossièrement évalué à 2 250 combattants, tous plus ou moins aguerris, provenant principalement de guerriers en rupture de ban ou de bandits. Pourtant, la situation vis-à-vis des écorcheurs, et à leurs raides, n'était pas désespérée. Peu avant l'affaire du Sel, à l'été 2039 A.D, la Reine montra à ses vassaux qu'il était possible de s'en débarrasser et anéantit les routiers de Hvítrholt qui, quelques temps auparavant, avaient pillé et brûlé Jensigarðr, apportant la tête de leur cheftaine, Ágáta la Hardi, à la foule des bourgeois ébahis. Hélas, l'Affaire du Sel mit rapidement fin à ce prometteur élan...
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

En ligne
Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Les Chroniques Alchimiques (1).
7 septembre 2044,

L'alchimie constituait au Thorval une discipline très sérieuse, un art sacré, qui intéressait trente personnes de riche et profonde sapience. L'ensemble de ses pratiquants appartenait au clergé et pour cause, a nulle époque l'Église ne l'a rejeta formellement comme hérésie mais en reprouva seulement l'usage à mauvais escient tel que le faux monnayage ou la magie noire. Le nombre réduit d'alchimistes s'expliquait surtout par le mystère qui entourait les connaissances alchimiques, n'étant révélées et transmises que parmi une élite réduite et très secrète. Ne devant sous aucun prétexte tomber entre les mains d'une âme animée par le Malin, les laboratoires demeuraient cachés, implantés au sein de caves ou de cryptes. La Guilde des alchimistes se réunissait tout les trois ans à la clairière de la forêt de Laundyrr afin de s'adonner aux savantes disputes et d'éventuellement initier un nouveau maitre. Le prochain rassemblement devait se tenir à l'époque des semailles d'automne de l'An de Grâce 2044. Chacun espérait pouvoir s'y présenter sans embûches.

Image
L'athanor de Mikjáll de Jensigarðr après l'explosion.

Logis capitulaire, Jensigarðr,

Grand alchimiste, l'évêque Mikjáll restait encore abasourdi de l'incident qui, la veille, faillit emporter son établit. Le feu endommagea, à cet effet, une partie du précieux athanor. Selon le diacre Arni, versant aussi en ces expériences, ce fut la grave conséquence d'une erreur de distillation et l'homme conseillait depuis au Prélat d'urgemment abandonner la Voie sèche au profit de la Voie humide, ainsi que de relire consciencieusement le message des astres.

Souterrain de l'Abbaye Nostre-Dame d'Hatigarðr,

Plus heureux, l'abbé mitré Jan observait, par delà le judas de l'athanor, la masse sombre qui se transformait lentement mais prudemment en un bel liquide verdâtre. Le clerc fut alors pris d'un si grand empressement et d'une si forte délectation qu'il manqua de s'en pâmer quatre ou cinq fois. Le Lion Vert, révélant l'or caché au sein des métaux impurs, se trouvait tout proche ! Et même si le Petit Œuvre nécessitait encore un long chemin, et que dire du Grand Œuvre, de la Pierre Philosophale, une étape cruciale était sur le point d'être franchie...

Près des geôles de la forteresse royale de Meltorfahamarr,

Tandis que la matière maturait au sein de l’œuf philosophique et subissait continuellement la chaleur de l'athanor, le chanoine Markus, Chancelier de la Reine, quitta un temps le lieu d'observation afin de prier Dieu et de s'en remettre à sa Sagesse car la réussite du Grand Œuvre ne pouvait avoir lieu sans le concours du Seigneur. L'homme pria dévotement et supplia le Père de lui envoyer les songes qui l'aiderait en sa noble quête !
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

En ligne
Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

La guerre sans fin (15).
20 septembre 2044,

Sóma faisait la sieste sur le banc de l'apothicairerie castrale. En son sommeil, la matrone eut soudain le sentiment d'une rumeur montante. Le bruit grandit jusqu'à envahir la petite échoppe qui donnait sur la basse cour. Que pouvait-il bien se passer ? Était-ce le jour du Jugement Dernier ? Le Seigneur était-il apparut d'Orient sur les nuées célestes ? La pensée acheva de la tirer de son repos et la fit courir dehors où les gens s'agitaient et gesticulaient, tandis que les cloches de la chapelle castrale sonnaient à l'unisson. Ce ne fut toutefois pas le tocsin, signe d'alerte et de malheurs, mais un carillon de joie. Sóma s'empressa alors de suivre la foule et louvoya entre les serfs pour se frayer un chemin. Arrivée à la herse et aux portes, elle passa la tête par dessus l'épaule d'un géant et aperçut la Reine et le Roi pour la première fois, accompagnés de leurs enfants. Après presque trois lunes à demeurer à l'Abbaye Nostre-Dame de Mildrland, ils étaient enfin de retour à la forteresse de Meltorfahamarr. Marie descendit de coursier et fut aussitôt entourée de ses gens, de ses chevaliers et de ses serfs. Ces derniers montrèrent grande ardeur a baiser son bliaud et a lui demander d'apposer les mains et de les bénir. A quelques toises de là, Sóma ne put, qu'assez amèrement, constater la popularité dont jouissait la suzeraine parmi le peuple de Meltorfahamarr, ainsi que la foi sincère de celui-ci envers ses pouvoirs thaumaturges. La mort de Marie promettait d'être un gigantesque drame pour eux ; il lui fallait donc fuir et disparaitre le plus rapidement possible après le régicide. Soudain, au milieu des serfs, le regard de Marie croisa celui de la guérisseuse qui se pétrifia. Se doutait-elle de quelque chose ? Fut-elle informée du complot de son oncle Bjǫrn ? Ou n'était-ce que le visage étranger de l'empoisonneuse qui attira son attention ? Sóma s'empressa alors de se faire introduire par Dálkr l'apothicaire, érudit prud'homme, loyal et sans tâche, profondément pieux, aimant et craignant Dieu. Tandis qu'elle se prosternait respectueusement, la matrone remarqua un détail qui échappait encore à tous mais pas à elle : la suzeraine attendait un heureux évènement, un enfant...

Image
Elenóra de Faarbjarg intrigua notamment auprès de la seigneuresse Ádísa II en sa forteresse de Sýnsævar.

Au même moment, à plusieurs centaines de lieues, Elenóra de Faarbjarg sillonnait les cours du royaume afin d'apaiser les mésententes, nouer des liens et rallier le plus grand nombre de seigneurs à la cause de son mari, Bjǫrn de Faarbjarg (oncle de Marie III, excusé du peu). La dame fomentait discrètement la révolte au quatre coins du monde Thorvalois dans l'espoir d'un immense soulèvement à l'avantage de sa lignée et notamment de son fils, Bjǫrn le Bel, qu'elle voyait déjà Roi. Entre le poison et la révolte de ses vassaux, un péril inimaginable menaçait Marie et le Trône, autant que la Foi Militante dont Bjǫrn de Faarbjarg n'était guère proche ou familier, et même franchement hostile.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

En ligne
Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Le barbier...
22 septembre 2044,

Dans sa maison de la basse cour, le Barbier de Meltorfahamarr disséquait un ours sur le tréteau en bois massif. L'artisan faisait minutieusement circuler sa lancette entre les divers organes de l'immense bête. L'exercice lui servait à parfaire sa connaissance de l’anatomie car l'ours était, tant par son comportement que par sa prestance, l'animal le plus proche des Hommes. Il y perfectionnait également son habileté à soigner certaines blessures et à réaliser un type précis d'intervention. Il disposait, près de lui, posé sur un escabeau [tabouret], toute une série d’instruments tels que des rasoirs, des scies, des aiguilles, des tenailles, divers outils de trépanation, de l'onguent, des cautères, etc. En tant que tel, le savant se trouvait en charge de la petite chirurgie et notamment des fractures, fruits des guerres, des chutes de cheval, des rixes ainsi que des accidents agricoles et artisanaux. L'homme était bon en sa discipline et pratiquait la guérison en compagnie du Chancelier royal qui, parmi d'autres arts, maitrisait aussi celui de physicien [médecin]. Le barbier poursuivait donc méticuleusement son exploration, améliorant sa sapience et réalisant de mieux en mieux l'ablation de corps étranger. Pourvu de manuscrits, il n'hésitait guère à les annoter afin d'y ajouter ses propres expériences et transmettre ses avancées à ceux qui lui succéderaient et qui chercheraient à s'appuyer sur ses travaux.

Image
L'ours d'un montreur, après un numéro, jouant
sur la potence du seigneuresse Millý de Sáland.

Ce type d'exercice s'effectuait souvent sur un ours ou un cochon. La bête du Barbier de Meltorfahamarr était précisément un ours noir de Janubo-Ventelie, amené pour la première fois dans le royaume, au XVe siècle, par les Roms. Animal domestique, ce dernier constituait l'attraction principale des jongleurs, personnages errants aux multiples talents : jongleurs mais aussi acrobates, conteurs, bateleurs, musiciens, acteurs (théâtre) et... montreurs d'ours. Quand les bêtes devenaient trop vieilles ou mourraient, au lieu de les manger ou de les enterrer, les saltimbanques en léguaient les carcasses aux barbiers contre une certaine somme de monnaies. Malgré leur condition d'errance, qui eut pu favoriser la méfiance, les jongleurs jouissaient d'une bonne réputation et demeuraient fort appréciés pour l'amusement qu'ils apportaient.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

En ligne
Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Grandeur et servitude impériale (8).
24 septembre 2044,

Image
Deux marchands Valborgeois se désaltérant après avoir trainé leurs carrioles toute la journée.


Depuis les premières pérégrinations du censeur impérial et de ses acolytes, les serviteurs d'Empire, reconnaissables à leurs habits (un himation de couleur pourpre), effectuaient de sempiternels va-et-vient au Thorval, rapportant à la Chancellerie un grouillement de nouvelles et de faits relatifs au royaume, partant de ses pratiques politiques jusqu'à son économie, ses coutumes, ses cultures, ses arts, ses langues, ses dialectes, ses villages, ses villes, ses croyances et sa Foi. Au point que Teodora ordonna que l'on en rédigea un Gesta Thorvalorum ou Geste des Thorvalois. Les clercs laïcs et les moines, en Radanie, s'y adonnaient depuis avec moult contentements et passion.

Nuls de celles et ceux qui y vinrent au nom de la Romanité ne purent échapper à l'un des traits marquant des gens du Nord, des Thorvalois en particulier : peuple d'incorrigibles et impénitents soiffards ! Si l'hydromel, vin de miel, était l'une de leurs boissons favorites, elle ne rivalisait pas au quotidien avec le divin breuvage que constituait la bière ou la cervoise. Décriée par l'Église dans les premiers temps du christianisme, la réputation de la bière changea aux alentours des VIIe et VIIIe siècle pour lentement devenir un véritable bienfait de Dieu, une source miraculeuse.

La confection de bière ou de cervoise s'effectuant à l'ombre des monastères, au cœur des foyers par les femmes, et à l'arrière des tavernes, il fut difficile d'en déterminer la quantité, cependant, les Radaniens parvinrent malgré tout à l'estimer à trois millions six-cent cinquante mille muids de Valborg, soit un peu plus d'un milliard de litres. Comme l'ensemble était bu dans le royaume et très peu vendu ailleurs, les serviteurs établirent, par déduction logique, que les gens de plus de 12 ou 14 ans, homme ou femme, ingurgitaient entre 700 et 1000 litres de bière ou de cervoise annuelle. La ration des enfants était, de son coté, plus « maigre » et sen tenait à environ 25 litres par an. Si l'on pouvait tomber sur des breuvages brassés à l'avoine ou à l'épeautre, l'orge en restait de loin la céréale reine. Quant aux fermentations, la pratique spontanée était courante mais cohabitait avec la haute, souvent double et même triple, ainsi que la basse, cette dernière ayant été introduite au XVIIe siècle par les prélats Jernlander. Skál !

---

Hors série : consommation annuel par personnage


- Jensi d'Hàrland, oncle de la Reine : 1000 litres.
- Bjǫrn de Faarbjarg, oncle comploteur de la Reine : 995 litres.
- Roger Lester, ambassadeur du Westrait : 988 litres.
- Ishimaki Shigeie, ambassadeur Wa : 755 litres.
- Marie III, Reine de Thorval : 630 litres.
- Audrey Grant, S.G du Westrait (au cours de son séjour) : 450 litres.
- Teodora, Impératrice des Romans (au cours de son séjour) : 400 litres.
- Le Chanoine Markus, chancelier royal : 300 litres

- Serfs : 700 litres en moyenne.
- Chevaliers : 700 litres en moyenne.
- Piétaille : 700 litres en moyenne.
- Seigneurs : 1000 litres en moyenne.
- Seigneuresses : 650 litres en moyenne.
- Évêques et abbés mitrés : 800 litres en moyenne.
- Prêtres, abbesses, moines et moniales : 700 litres en moyenne.
- Bourgeois : 550 litres en moyenne.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

En ligne
Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

La guerre sans fin (16).
26 septembre 2044,

Image
Sóma, servant dans le pays de Friðrjǫfurr, un an avant sa participation au complot.

L'empoisonneuse s'attacha, au cours des jours suivants, à gagner la confiance de la Reine. Les intrigues, les complots et les assassinats pouvaient surgir de toute part. Et à cause de ce contexte incertain et plus que troublé, Marie faisait montre d'une fabuleuse prudence et ne se laissait pas tromper si facilement. Le parcours de Sóma s'annonçait donc semer d'embûches, cela sans compter la défiance de l’Échanson, ainsi que de la continuelle attention des gardes [Húskarlar], des vierges de fer [Járnmærar], de l'écuyer royal et des chevaliers de la mesnie. L'état de guerre permanent, autant que les soubresauts de la féodalité, obligeait en effet la suzeraine à maintenir une forte garnison. La forteresse de Meltorfahamarr grouillait par conséquent de guerriers, matin et soir, en chaque saison, même l'hiver. La matrone aura donc à finasser et a profiter de la moindre inattention pour glisser, à intervalle régulier, le poison au sein des plats et boissons de la reine, la rendre de fait très malade, et finalement provoquer sa mort. Une autre complication, pire encore, se présenta à elle, une circonstance que même le chef du complot, Bjǫrn de Faarbjarg, dans toute son intelligence et sa ruse, n'aurait jamais pu entrevoir, ni anticiper...

Sóma entra dans la salle de la Cathèdre où se trouvait Marie devant un tréteau, en compagnie de ses deux enfants. Le Roi était quant à lui à la chasse au chevreuil. La matrone apportait du lait de chèvre, tout juste trait, pour le petit Óláfr. L'imminente entrée en chaleur des caprins, à l’automne, annonçait le prochain tarissement des mamelles et l'absence du doux blanc nectar pendant l'hiver. Le dit cycle, entièrement naturel, permettait aux chevreaux de naitre en début de printemps, leur évitant ainsi les rigueurs de la saison morte contre lesquels ils étaient particulièrement sensibles et vulnérables.

La guérisseuse s'approcha munit du pot de lait quand soudain les trois chiots blancs se raidirent et la fixèrent de leurs pénétrants regards. Sourds au départ, leurs grognements se firent au fur et mesure plus menaçants. Marie les appela au calme. En vain ! Ses chiens claquaient désormais des dents et Folki, le plus méfiant et agressif des trois, dénuda même ses crocs. Sóma recula, effrayée, et les chiots se mirent, dès lors, à hurler de concert en sa direction. La femme fit tomber le lait, s'en excusa et repartit aussitôt aux cuisines. Pensive, la reine s'étonna d'une telle méfiance de ses chiens. Si elle ne les avait pas retenus, ils lui auraient, en effet, littéralement sauter dessus. Pourquoi se montraient-ils si suspicieux à l'égard de Sóma ? Pourquoi semblaient-ils littéralement ne pas l'aimer ?

Le caractère très protecteur des Čuvač n'était plus à démontrer en Radanie, instinct d'autant plus exacerbé quand la femelle alpha de la meute [ici la suzeraine] attendait un enfant. Sans compter l'odorat, l'ouïe et le sens aiguë de l'observation permettant, notamment aux chiens de berger, de percevoir et de comprendre des choses à priori inaccessibles au sens des Hommes.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

En ligne
Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Grandeur et servitude impériale (9).
30 septembre 2044,

S'il y eut une chose à mentionner au sein du Gesta Thorvalorum ou Geste des Thorvalois, ce fut que le royaume fourmillait d'animaux, tant sauvages que domestiques. Ces derniers comprenaient des vaches, des moutons, des chèvres, des porcs, des lapins, des poules, des oies, des canards, des chevaux, des abeilles et des pigeons.

Venaient ensuite les chats, les chiens et les oiseaux capturables sur le territoire tels que les aigles royaux, les faucons pèlerins, les pygargues, les chouettes effraies, etc. On ne pouvait sans doute pas les considérer comme de vrais animaux de compagnie, mais plutôt tels des familiers du clan ou de la communauté qui, via leurs habiletés, savaient se rendre indispensables en tuant les rongeurs, en guidant ou en gardant les troupeaux, en chassant ou en aidant à toute autre activité agricole.

Image
Quelques chats rencontrés durant leur séjour par les agents impériaux (Un Thorvalois, et trois sans race précise).

L'Histoire du Chat au Thorval se gâta au XIVe siècle, lors de la Grande Peste. Les félins entièrement noires y furent presque tous exterminés ou chassés, alors que ceux aux robes blanches ou de toutes autres couleurs échappèrent à la saignée, notamment grâce au respect certain dont ils jouissaient mais aussi parce que le chat fut, dès les premiers temps de l'évangélisation, associé à la Vierge Marie et à diverses Saintes Norroises particulièrement vénérées. A ce jour, ils s'en trouvaient à foison au sein des monastères, des abbayes, des villages et des forteresses. Les pelages variaient de région en région, allant du blanc jusqu'au tigré marron, en passant par le bleu. La plupart des spécimens étaient des chats de gouttière, souvent à poil mi-long, a-priori issus de croisements avec la race endémique du royaume : le Thorvalois, aussi appelés Norrois (voir Jernlander au Jernland).

Image
Les spécimens recensés par les agents impériaux (voir ci-dessous).

A l'image des chats, les chiens bénéficiaient d'une grande popularité et nombreux parmi eux reposaient dans les même tombes que les Hommes. A de rares exceptions, la plupart étaient de type spitz et, comme souvent pour les rameaux norrois, ils montraient une franche indépendance, bien que restant fidèles et dévoués :

Le Hàrland : robe grise, ressemblant à un loup, énergique, courageux, impassible ; bon gardien et excellent chasseur de grands gibiers.
L'Alrekrheimar : robe sombre, persévérant, fort ; parfait gardien, chasseur d'ours et auxiliaire de guerre des Chevaliers.
Le Björndalr : robe grise, court sur patte mais musculeux, vigilant, vif, sans crainte ; très bon chien de berger.
Le Slovianmaðr robe noire et marron ; équilibré et doux ; excellent chien de chasse aux petits et grands gibiers.

Ceux-ci constituaient les principaux spécimens présents, en plus des bâtards et du Čuvač récemment introduit par l'Impératrice Teodora. En somme, le chat et le chien jouissaient, d'après les serviteurs impériaux, d'un respect égal et pullulaient tout deux littéralement, leurs populations communes dépassant sans doute de peu les deux millions.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

En ligne
Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Une Théophanie (5).
14 octobre 2044,

Au commencement,

Après une escarmouche où il lamina ses ennemis, le remuant Hánarr III lança sa monture contre le village de Staðfesta et le dévasta si brutalement qu'il n'en resta plus que cendres et ruines fumantes. Ses hommes pillèrent les chaumières et n'en épargnèrent même pas l'église qui fut détruite par les flammes. La majorité des villageois parvint néanmoins à s'enfuir, emportant avec eux leurs bétails et plusieurs charrettes de biens, alors que le curé s'était, quant à lui, attelé, en les dissimulant dans ses habits, à sauver le missel, le bréviaire, les reliques et, saint des saints, le ciboire pleins d'hosties consacrées. Les pauvres errèrent quelques jours sur les dangereuses routes du royaume, à la merci des brigands, avant de finalement aller vers l'édifice qui dominait le fond de vallée, la forteresse de Meltorfahamarr, sans savoir le moins du monde que la Reine Marie y tenait sa cour. Ils purent s'y abriter et reçurent charitablement plusieurs lopins où rebâtir leur village et cultiver des potagers. Au début de l'été, la suzeraine assura aux malheureux que leur bourreau allait comparaître devant son Créateur avant que les arbres n'aient pleinement perdu leurs feuillages et que les neiges aient recouverts les champs. Sûr de son fait, Hánarr eut, de son coté, plusieurs fois l'audace de réclamer les serfs à la suzeraine, mais celle-ci le rabroua à chaque fois et l'envoya au diable.

Temps présents,


Image
La basse cour du château de Hróðgæirrgarðar.

Au sein du fort d'Hánarr III, rien ne semblait sortir de l'ordinaire : le panetier, serf s’affairant au pain, pétrissait la pâte, pendant que plusieurs femmes salaient le poisson en vue de l'hiver. Le Seigneur, quant à lui, chassait le sanglier en la forêt Sancte Magnhildr au nord de la forteresse. Cependant que la neuvième heure arriva et que l'église castrale sonna None, une inquiétante rumeur monta au sein de la basse cour. Les gardes beuglèrent des ordres et sommèrent aux gens de s'écarter. Une charrette passa au milieu de la foule, interdite, portant le corps sans vie d'Hánarr III. Criblée de flèches, la dépouille arborait, en sus, une profonde et effroyable plaie à la panse. Accablée, son épouse tomba à genoux, dans la boue, et chercha à s'occire soit-même, mais on l'en empêcha de justesse.

Selon le récit des familiers présents au moment des faits, le groupe tomba dans un guet-apens que rien ne put prévenir : les traits plurent soudain de toute part et un malandrin, surgissant des ronces, frappa le Jarl d'un épieu, qui le tua sur le coup. Lancés à sa poursuite, les limiers réussirent, suivant une longue course, à le rattraper. Il fut jeté en geôle et horriblement torturé le jour suivant ! Las, l'homme endura et demeura bravement muet. De son coté, la Reine Marie semblait avoir tenu parole en vengeant les serfs de Staðfesta, bien qu'elle eut préférée affronter et tuer Hánarr III le Cruel de ses propres mains. Las, son ventre rond ne le permit guère.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Répondre

Revenir à « Thème des Thorvalois »