Fenêtre sur le pays

Dytolie 122-123-128-129-130
Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

La vie au milieu des champs (35).
21 septembre 2043,


Image
Le chevalier Dómarr l'Ancien, appelé à exécuter un félon,
au nom de ses devoirs féodaux à l'égard de la dame
Gríðr III de Brýnnheimr.


Suivant une chevauchée [service d'ost] victorieuse au nom de son Jarl Aurnir VI d'Hjástóll, Errbjartr retourna, la conscience tranquille, à son donjon qui couronnait la colline aux corbeaux sur les terres de Brúðfe. Tandis que le ciel s’obscurcissait et que l'orage grondait, le chevalier surprit Berta, sa douce épouse, au lit avec un autre homme ! Pris d'horribles tourments, le fier guerrier tira aussitôt l'épée et frappa plusieurs fois sa femme qui trépassa dans une affreuse marre de sang et de chairs. Néanmoins, insidieusement inspiré du Malin et enveloppé de ténèbres, Errbjartr épargna le second, l'amant, et lui permit de s'enfuir. Maintenue d'abord secrète, sa forfaiture se propagea ensuite très vélocement et, par le chuchotement des servantes, se répandit bientôt dans toutes les tavernes de l'Ouest du royaume. Le scandale éclata et fut terrible ! Furieux, le seigneur Aurnir VI leva une armée et marcha sur Brúðfe. Il y sortit brutalement Errbjartr de sa cachette, lui confisqua ses terres et, de par ses privilèges de Haute Justice, le décapita de sa propre hache à la vue et au su de tous. Ainsi prit piteusement fin la vie d'un grand chevalier. Ce dernier avait non seulement bafoué son honneur et sa réputation, mais aussi le droit de vengeance qui, pour être crédible et recevable en pareil cas, devait concerner chacune des partie pratiquant l'adultère. En épargnant l'un au détriment de l'autre, Errbjartr s'était plutôt rendu coupable du meurtre de son innocente épouse, qu'aucune preuve ne pouvait réellement incriminer en l'absence de la dépouille de son amant. Le chevalier aurait dû agir comme la seigneuresse Iliana II de Laufgrœnnborg qui, surprenant son mari, le massacra, lui et sa ribaude, avant de jeter leurs corps nus dans les douves du château, s'adonnant à une vengeance digne et juste, respectueuse des coutumes et des peuples qui habitaient le royaume, au contraire d'Errbjartr !

Comme tout bon seigneur, Aurnir VI d'Hjástóll exécuta lui même le condamné, même si certains préféraient, par faiblesse, confié la tâche à un vassal en tant que devoir féodal ou encore à un serf en guise de Corvée (non exhaustif). Le rôle de bourreau n'était donc pas un office ou une fonction mais un devoir occasionnel confié à telle ou telle personne.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Une affaire de famille (8).
24 septembre 2043,

Image
Une importante Bulle fut remise à Marie III.


Quand bien même ne fut-elle toujours pas couronné, ni n'ayant officiellement revendiquée l'Imperium Romanum, Teodora se fendit de sa première Chrysobulle, délivrée le 24 septembre de l'An de Grâce 2043 Grégorien [l'Église du pays de destination gardant les calendriers latins juliens en usage au XIIe siècle] à la Reine Marie par un chevalier de l'Ordre Hospitalier Saint Jean de Hierosolyme. En effet, la Religion était, depuis son ancienne fondation, bien implantée au sein du royaume. Le Traité se présentait sous la forme d'un parchemin scellé du sceau d'or et rédigé en vieux Thorvalois ! Dénommé « Bulle d'or por Miðgarðr et natios d'icelui », le décret citait la volonté de l'Autokrateira Teodora d'octroyer aux nations de Thorval l'appartenance à l'Empire en tant que Foederati ou Peuples fédérés. Les termes en paraissaient même très généreux : contre la reconnaissance de la primauté de l'Impératrice, la promesse de ne pas lui nuire, de tenir le territoire et de répondre fidèlement aux appels de l'Armée Impériale, les Thorvalois se voyaient offrir la jouissance de leurs terres, ainsi que de la quasi-intégralité des impôts qui en étaient tirés. Cela concernait le grain, la laine, les peaux, les chevaux, les pourceaux, le gibier, le bétail, les fromages, les bières, etc. Seule une part négligeable et essentiellement symbolique devait revenir à la Basilissa. Les nations du royaume conservaient en outre le privilège de vivre selon leurs lois non-romanes, et sous l'autorité de leurs rois, jarlar, seigneurs et chefs de clan. Enfin, Teodora les gratifiait également de la jouissance des terres Jernlander, ainsi que des butins de guerre que l'Armée Impériale y ferait dans le futur. La Reine et son entourage trouvèrent la Bulle très gente, parfaitement susceptible d'adoucir les positions de la HárÞing [haute assemblée] vis-à-vis de la soumission à l'Imperium Romanum. En revanche, le parchemin ne mentionnait pas de feu grégeois, pourtant espéré.

De son coté, la Byzantine avait conscience des concessions consenties. Elle était néanmoins pragmatique et savait son dessein norrois littéralement inaccessible sans fortes accommodations. Ayant vécu parmi eux, la dame savait que les Thorvalois n'adopteraient jamais la romanité, ni ne vivraient directement sous la Loi romane ou deviendraient de véritables citoyens romans. Leur romanisation constituait donc un doux rêve et même une véritable utopie. Par ailleurs, si l'on admettait la définition d'un célèbre juriste voyant la Dytolie comme une construction politique et culturelle débutée au XVIe siècle sur le terreau de l'ancienne civilisation romane renaissante, alors les Thorvalois n'étaient pas Dytoliens et encore moins Occidentaux, malgré leur place sur la carte.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

La guerre sans fin (9).
2 octobre 2043,

Image
Le fort dans la grisaille sur la presque-île.

*

Bertold II de Fremjaknǫttr tenait cour en son imprenable forteresse bâtit sur la presque-île de Nál. Il régnait en suzerain sur ses domaines et profitait tant d'hommes habiles à la guerre, que du privilège de Haute Justice qui l'autorisait à écouter toutes les affaires et à prononcer toutes les sentences, y compris la peine de mort. Malgré cela, le Berseker n'était, au sein de la hiérarchie féodale, que le vassal de l'éminent Jensi d'Hàrland, colosse impressionnant qui, même à l'aube de ses quarante-quatre ans, restait le plus illustre chevalier du monde thorvalois. Une véritable légende vivante ! Oncle de la Reine, il enseigna à celle-ci les rudiments du combat au corps à corps, le maniement de l'épée, celui de la hache et de la lance, ainsi que certains coups et enchainements dévastateurs. Jensi fut enfin un second père pour Marie, conformément à la tradition des clans norrois voulant que les neveux et les nièces soient très proches de leurs oncles.

En le 2 octobre de l'an de Grâce 2043, jour des Anges gardiens, Jensi d'Hàrland se trouvait néanmoins en grave danger. Peu avait effectivement conscience du péril qui le guettait et du complot que son vassal Bertold II ourdissait contre lui. Une haine tenace aveuglait en effet ce dernier depuis Pâques, lorsque l'oncle de Marie refusa éhontément de recevoir son fils Ragnarr en tant que Page. Bertold le vécut comme une humiliation et un affront, voir même une trahison. Il ruminait dès lors sa vengeance et intriguait dans le but d’assassiner Jensi, et de prendre sa place sur le trône de Vetrborg [forteresse]. A cet effet, Bertold paya des mercenaires afin de lui crever les yeux. L'attaque échoua lamentablement mais l'identité des comploteurs ne fut pas révélée. Toujours enserré de ses pulsions meurtrières, le Jarl de la presque-île se dota, dans les semaines suivantes, d'une fine poudre blanche, insipide et inodore, de l'arsenic. Un poison suffisamment lent pour ne pas être découvert et dont le mal ressemblait trop aux maladies bilieuses pour n'être, ne serait-ce, que suspecté. Depuis, le conjuré complotait fortement mais prudemment dans le but de convaincre des servants de verser le poison dans la nourriture de Jensi et d'ainsi tuer l'ennemi honni.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

La vie au milieu des champs (36).
10 octobre 2043,


Image
Les frères et sœurs bénédictins de Sanct Þorlákr portaient un habit sombre
tirant vers le gris. Ici un jeune oblat.


Au sein du monastère Sanct Þorlákr de Grǫsugrbrekka, la vie monastique semblait paisible. L'établissement était double, abritant autant de moniales que de moines, placés sous l'autorité d'une jeune abbesse, Marie. En ce début d'après-midi, chacun vaquait à ses travaux dans le silence et l'obéissance. Presque tout le monde se trouvait au sein du jardin monastique, construit de telle façon à renfermer moult symboles de la chrétienté. Le cœur se situait au niveau du cloître, bâtit en carré et découpé en deux allées se croisant à angle droit, illustrant les quatre horizons du monde. Au centre de celui-ci trônait une fontaine qui arborait quatre sources d'eau, symbolisant les différents fleuves du jardin d'Eden, dont l'eau jaillissante, pure et cristalline, était une allégorie de la Grâce divine. Le cloître contenait aussi plusieurs préaux que les frères et les sœurs avaient recouverts de fleurs comme les roses (celles de la Vierge), les roses blanches (renvoyant aux Mystères glorieux), les roses rouges (évoquant quant à elles les Mystères douloureux), les lys (symboles de chasteté virginale), les violettes (exprimant l'obéissance, première des vertus monastiques) et les ancolies illustrant les dons de l'Esprit Saint. L'établissement comptait en outre trois autres jardins, situés dans l'aile Est : le potager divisé en dix-huit sections sur lesquelles on cultivait des pois, des choux, du panais, des navets, des radis, des poireaux, de l'ail, etc. Venait ensuite le verger-cimetière tapissé d'arbres plantés entre les tombes, principalement des poiriers et quelques pommiers. Enfin, et non des moindres, apparaissait l'herbularius dont les simples servaient à la confection de remèdes à l'apothicairerie. Dans l'ensemble, la vision que les moines et les thorvalois se faisaient de l'univers s'opposait radicalement au naturalisme de l'ancien peuple Roman, et plus encore au cartésianisme de Descartes qui demeurait, au Thorval, un illustre inconnu.

Le calme de l'existence était néanmoins trompeur. En effet, la communauté fut au mois de septembre frappée par le chahut, la division et le scandale. Plusieurs moines en vinrent même aux mains. Pendant l'office divin des Laudes, la moniale Katarina se disputa gravement avec l'Abbesse Marie. Inspirée par le Malin, elle insuffla bientôt un esprit de désobéissance parmi le monastère, si bien qu'un matin, dix frères et cinq sœurs sortirent du cloitre afin de réclamer le bannissement de l’Abbesse Marie auprès de l'Abbé-mitré Anselm. Ce dernier reçu les plaignants mais leur ordonna de retourner aussitôt à leurs contemplations. Katarina et les autres refusèrent obstinément ! Il les menaça d'excommunication, en vain. Alors, Anselm appela les miliciens des Freres Crestiens du Sanct Nom qui les frappèrent très brutalement avant de les renvoyer de force à Sanct Þorlákr où le calme revint aussitôt. Quant à la moniale, elle fut exilée dans la lointaine région d'Æðraheimr où elle priait désormais, sous bonne garde, avec les sœurs du monastère Sanct Ansgar.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

La guerre sans fin (10).
17 octobre 2043,

Image
Le hameau où vivait la serf Jóanna, cerné de prés.

*


Au cours de l'an de Grâce 2043, les clans seigneuriaux Ívarring et Bjǫrning, dont les chefs se faisaient connaître respectivement comme Æsbiǫrn V de Vísindaland et Kunigunðr III de Sammœðrland, se mirent d'accord sur une alliance contre leurs ennemis communs. En vertu de celle-ci, Kunigunðr prit Alfreð Barbe-de-Fer, neveu d'Æsbiǫrn, pour mari et leur union nuptial fut, aux lendemains de Pâques, débonnairement célébrée à l'église Nostre-Dame di Peneance. Mais bientôt la dame ne trouva, au gré de ses intrigues, plus guère intérêt à tenir parole. Non seulement, répudia-t-elle Barbe-de-Fer mais l'humilia aussi grandement en le jetant dehors et en le forçant à vagabonder, pendant cinq lieues, jusqu'à son ancestral foyer. Arguant la validité du mariage, l'Église pressa la Jarl a reprendre son époux sous peine de recevoir l'Interdit sur l'ensemble de ses possessions. Le peuple supplia toutefois le clergé de ne pas l'entreprendre ! La menace ne fit donc rien et, agacé par la trahison et l'humiliation faite à l'un des siens, Æsbiǫrn V déclara la guerre à Kunigunðr. Depuis, les deux clans se livraient à une lutte sans merci, ravageaient et pillaient. Les frontières politiques, tout comme les allégeances, changeaient au gré des combats, des escarmouches, des embuscades et des coups de main. Bien d'oiseaux messagers y périrent bravement du tir d'archers vifs et attentifs.

La situation des serfs n'était pas enviable et, tandis qu'ils semaient fidèlement leurs terres et celles de leurs seigneurs, se retrouvaient, bien malgré eux, dans la détestable position des félons. Cependant, les belligérants savaient, envers eux, se montrer compréhensifs et miséricordieux. Ainsi en alla de la serf Jóanna qui reçut le pardonnemment de Kunigunðr après avoir, à son insu, car ne sachant pas lire, convié des lettres d'intrigues ennemies à travers le domaine. L'inconnu qui l'en chargea l'a trompa éhontément en l'assurant qu'il s'agissait d'une banale correspondance amoureuse entre de bons gens. Le conflit se poursuivait donc, tandis que l'Église commençait, de son coté, à brandir la menace d'excommunication afin de mettre fin à la guerre. Les abbés-mitrés de la région devaient, en ce sens, très prochainement se réunir en la chapelle du monastère Sanct Skáfiðr de Vísindaland. La majorité, si ce ne fut l'ensemble, professait à la Foi Militante.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

La vie au milieu des champs (37).
22 octobre 2043,


Image
Les filles après le sauvetage. Non loin, leurs bourreaux se préparaient à pendouiller au gré du vent.


Un drôle de personnage ratissait depuis de longs mois l'Ouest du royaume. Arrivant au sein des villages, il s'y présentait toujours tel un humble marchand de Valborg et proposait aux chefs claniques de prendre cinq jeunes filles, de pourvoir à leur éducation et de les intégrer ensuite à sa Guilde. Malheureusement, les serfs nourrissaient une profonde aversion à l'égard des usuriers et le rabrouèrent en chaque occasion. Dans sa Cité, l'homme se faisait connaître comme Líknmundr li Debouniaire et avait, grâce à l'étendue de sa fortune, rapidement prit le contrôle de la jurande. Face à ses échecs répétés, le mercier décida au début de l'été de recourir au rapt en recrutant des mercenaires. La première tentative se tint loin de Valborg, profondément au sud du pays, dans la forêt de Tunglviðr, près du village de Griðgarðr. Alors qu'ils trainaient difficilement leur prise, qui se débattait constamment, les bandits se firent rattraper par une patrouille de chevaliers qui libéra les prisonnières et pendit les ravisseurs aux arbres. Ce jour là, dix de ceux-là moururent et deux autres, blessés, furent, la nuit venue, entièrement dévorés par les loups. Afin de se protéger, Líknmundr mit alors pour un temps ses activités en sommeil.

Cependant que l'automne embrassait le pays, d'affreux racontars sur les merciers de Valborg émergèrent sans crier gare. L'on disait d'eux qu'ils sillonnaient les campagnes afin d'acheter de jeunes pucelles, de les violer en groupe, puis de les vendre comme þrælar [esclaves] au Vestriland [Jernland]. La rumeur fut adroitement rependue par une riche jeune dame, retournée par la Foi Militante, et désormais traitresse à son propre clan. Les marchands de Valborg subirent alors de plein fouet les déchainements de colère. Beaucoup y périrent ou furent gravement mutilés comme dans l'Otrheimr où six furent attachés à des poteaux et roués de coups, avant que les serfs ne se déchainent et ne leur coupent les mains, les oreilles et le nez. De son coté, Líknmundr li Debouniaire resta prudemment chez lui durant les émeutes et, tandis que la situation s'apaisait, repartit, à la fin du mois d'octobre de l'An de Grâce 2043, discrètement vers sa patrie située de l'autre coté de la frontière.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Hors série : l'Occident vu d'extrême-orient (1).
intemporel,
Les Hors-séries visent à illustrer un ou plusieurs aspects présents dans le monde RP. Ils n'ont guère de rapport avec la vie au Thorval.

Image
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Les Járnmærar (2).
24 octobre 2043,

Image
Une rude bataille se tint le 25 septembre (voir ci-dessus) et les affrontements se poursuivirent
ensuite régulièrement jusqu'à ce jour.


Une nouvelle bataille venait de se terminer sur le plateau de Hljóðrvǫllr. La terre s'en était à nouveau abreuver du sang des Hommes. L'affrontement fut violent mais bref, et la clairière sur laquelle elle eut lieu à jamais hantée par le cliquetis des épées, le bruit des lames transperçant la maille ou le cuir et violant la chair, le cri strident des taillés en pièce, le sang se déversant à flot, le bris des lances et des boucliers, l'éclat du choc entre les osts, les clameurs durant le combat et enfin la fuite précipitée des perdants vers les bois. Pourtant, l'énième heurt entre la Reine et les Jarlar Aldviðr II et Kristján VI n'opposa pas d'immenses armées, mais tout au plus quelques dizaines de guerriers. Le conflit s'enlisait depuis presque deux ans : Marie remportait des batailles mais jamais la guerre ; et inversement perdait des accrochages sans jamais s'avouer vaincu. La Faide mettait toutefois chacune des parties à rude épreuve. La suzeraine marchait entre les corps, tandis que des prêtres offraient les derniers sacrements aux mourants et que d'autres gens achevaient les blessés de leur Miséricorde. Elle rangea sa hache ensanglantée et alla rejoindre Lofarr, son amant secret, qui s'était bien battu, au même titre que son écuyer Valdríkr, ainsi que les Járnmærar (Vierges de Fer) Ingríðr, Ljóta et Kárhildr. Elles s'y montrèrent preuses et dévouées, confortant la Reine en sa décision de les impliquer dans les guerres féodales. Leur réputation grandissait et moult en faisaient, de par leur virginité, les plus vertueuses des guerrières.

La nuit allait bientôt tomber et il était trop tard pour rentrer à Meltorfahamarr. On décida donc de monter le camps à proximité d'un ruisseau. Valdríkr et Lofarr furent envoyés récolter du bois, Kárhildr prendre du gibier, et le restant (onze personnes, dont Marie) s'occupa des abris qui furent dressés autour de l'hypothétique feu. Basses et étroites, les tentes ne pouvaient accueillir qu'un ou deux individus et les couches s'y cantonnaient à de simples paillasses en peaux afin de ne pas dormir à même le sol. Kárhildr revint longtemps après l'allumage du feu, hélas les mains vides. Il n'y eut donc rien à manger et chacun dû se contenter de la bière qui restait dans sa gourde. Alors que beaucoup s'était couché et que Marie s’apprêtait à le faire, Lofarr s'approcha de sa tente, espérant être invité à la rejoindre sous les peaux ! Après la boue, le massacre, le sang et la guerre, il avait assurément mérité un peu de réconfort. Mais Marie eut tout autre chose en tête et le chargea plutôt de surveiller le feu, et de prendre la première garde. L'homme s'y résigna par fidélité, et l'espérance que ses efforts et ses sacrifices seraient un jour récompensés par l'adoubement, le mariage et l'union charnelle. La nuit se déroula sans embuche et fut a peine dérangée par le bruit de quelques bêtes sauvages. La troupe rentra en fin d'après-midi à la forteresse, victorieuse mais affamée et fatiguée.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Une affaire de famille (9).
5 novembre 2043,

Au 3 novembre, le Chancelier fut en vue de la forteresse de Meltorfahamarr et, deux jours plus tard, en passa enfin la herse. La Reine l'en accueillit au milieu des serfs, dans le brouhaha quotidien de la basse cour, et ne fut pas peu heureuse de le revoir, trois mois après son départ pour le mariage en Radanie. Elle le laissa se sustenter aux cuisines pendant que, vêtue de sa cotte de maille, s'en alla patrouiller les environs avec quelques hommes. L'expédition se révéla monotone et l'on entendit au loin pas le moindre tocsin, ni ne croisa de brigands à occire ou d'osts à affronter. Étaient-ce les conséquences de la victoire du plateau de Hljóðrvǫllr, au grand retentissement, qui obligeait désormais les Jarlar Aldviðr II et Kristján VI à éluder les escarmouches afin de rependre des forces ? Nonobstant, Marie rentra aux alentours de la Midi sans n'avoir tué personne, et l'épée à peine sortie de son fourreau. Remis de son périple, le Chancelier se plaça, de son coté, aussitôt à son service et reçut d'importantes et nombreuses missions.

En premier lieu, la suzeraine comptait sur lui pour superviser les préparatifs en vue de la HárÞing [Haute Assemblée, États Généraux], et de s'assurer surtout qu'il s'y trouvait dans les celliers assez à manger et à boire pour l'ensemble du temps de rassemblement. La forteresse risquait après tout de recevoir très prochainement plusieurs centaines de personnes venant des quatre coins du royaume, de toute condition et de tout rang, fussent-ils norrois, slaves ou baltes. Le Chanoine devait également mobiliser « li anfanz » [Enfants] afin d'enquêter longuement et de débusquer la présence d'espions Vestrilandais [Jernlanders]. Ceux que la la Reine nommait ainsi constituaient sa propre toile d'espions, présente dans beaucoup de cours seigneuriales, et dont la majorité des informateurs se trouvaient effectivement être de jeunes filles ou garçons, purs et innocents, que personne ne soupçonnait, ni ne remarquait. Enfin, chargé de s'exprimer devant l'Assemblée, le Chancelier devait aussi préparer son discours et trouver la prose susceptible de convaincre la multitude, et en particulier les Bellatores qui renfermaient les pires têtes de mules et les personnes les plus tonitruantes de la Création.

Image
Les Things (assemblées) parsemaient l'ensemble du royaume, il y en avait de
toute nature, seigneuriale ou populaire, et chacune se disait fermement indépendante
et centrée sur sa communauté. Ci-dessus, une Thing d'été dans le Griprland.


La HárÞing approchait donc à grand pas et, contrairement à sa comparse Radanienne, ne s'intéresserait qu'à deux thèmes, néanmoins fondamentaux et historiques politiquement :

- La Bulle d'or de Teodora la Byzantine, offrant le rang de Peuples Fédérés aux Thorvalois.
- Le Mariage, à priori morganatique, de la suzeraine Marie.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Le second Prophète (5).
11 novembre 2043,

Image
Tandis que l'automne agrippait le royaume, que les guerres se poursuivaient, et que le seigneur Heiðrekr
(ci-dessus) s'échappa des geôles où son ennemi Dólgþrasir III le retenait depuis trois lunes, Roger Lester poursuivait,
pas à pas, son œuvre afin de bonifier l'agriculture sans en ébranler les communautés.


Au cours de ses années de missions, Roger Lester, ambassadeur du Vinland [Westrait], parcourut une grande partie du Thorval. Il y vit ses cotés très sombres comme la pauvreté, la maladie, la superstition, les trahisons, les intrigues, les pillages, les coups de main, les rapts, l'esprit de vengeance, les guerres privées, les massacres... En revanche, et cela le fascina, le pays ne connaissait pas le moindre attribut de ce qu'il appelait lui même la civilisation bourgeoise, sauf de façon anecdotique à Valborg, cité assiégée, en déclin et sur le point de tomber sous l'emprise de la Foi Militante. Les gens du bourg se confrontaient en effet à deux obstacles majeurs : l'absence d'ordre et l'hostilité des savants, dominés par les théologiens, dont l'avis sur l'économie se résumait par le rejet du prêt à intérêt et la dénonciation des marchands en tant que tels. Les Jarlar pouvaient ainsi les restreindre, les punir ou les tuer en bonne conscience. Ainsi, historiquement, dès qu'elle eu un tant soi peu l'occasion de germer, la pouce bourgeoise était arrachée et jetée au feu. Au cours de ses périples donc, Lester, ne décela pas d'esprit d'entreprise, ni de réalité matérielle ou psychologique liée à la propriété privée (différente en soi de la possession féodale et/ou clanique). Il n'y rencontra par ailleurs pas de bourse, même primitive ou simplement frumentaire, pas de foires, pas de système bancaire (dépôts, prêts sur gage, lettre de change, assurance), pas de spécialisation des tâches, pas de division du travail, pas de méthodes de gestion capitalistes, pas de propriété intellectuelle, pas de commerce au long cours, et très peu de commerce intérieur qui, quand il existait, se faisait au moyen du troc. Le don et le legs s'y retrouvaient bien plus nombreux et importants. Cette absence de rapports marchands était, d'après Lester, la caractéristique essentielle qui séparait une communauté traditionnelle d'une société moderne.

En ce 11 novembre Grégorien, 29 octobre selon les calendriers Julien latins en vigueur au Thorval, le diplomate se tenait devant Marie, en la Salle de la Cathèdre, où il venait de lui remettre un tubercule jaunâtre rapporté de Radanie, qu'il nomma de son appellation latine : Solanum tuberosum. Intriguée, la suzeraine en inspecta l'aspect et demanda si le « champignuel » pouvait se manger ou possédait un état vénéneux. Lester répondit que la dame Teodora le certifia bon pour la panse et pouvait, en le cultivant, servir à remplacer le pain manquant lors des temps de disettes. La discussion continua ainsi...
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Le second Prophète (6).
21 novembre 2043,

Image
Un rond d'elfe/de sorcière quelque part au Thorval.


L'introduction de la pomme de terre à la cour de Marie fut chose facile pour l'ambassadeur Lester. Son adoption, en revanche, et l'homme le constata très vite, risquait d'être beaucoup plus difficile. D'une part, tout le monde voyait en la tubercule une forme inconnue de champignon, depuis la Reine jusqu'aux serfs, en passant par les chevaliers, les gardes, les garçons d'écurie, etc. Or, les « champignuel » gardaient au Thorval une réputation des plus ambivalente. Ils étaient, avec les baies et les plantes sauvages, abondamment cueillit dans les forêts et constituaient donc une source de subsistance notable. En outre, les guerriers absorbaient des mixtures, notamment à base d'amanite tue mouche, pour atteindre la rage guerrière du Bersek. Enfin, les Slovians, vivant dans le sud-est du royaume, mangeaient des champignons à la Nativité afin d'entrer en contact avec les morts, et les Lutaniens (Baltes), installés, quant à eux, au sein du nord-est Thorvalois, voyaient dans les variétés comestibles une offrande divine pour les plus pauvres. Malgré tout ces aspects bienheureux, les champignons recelaient de nombreuses autres parts sombres, leurs conférant leurs réputation sinistre. Classés très bas dans l'échelle de la nature (quand bien même le dit traité aristotélicien ne fut pas très diffusé), ils étaient en effet perçus comme des excréments de la terre, diaboliques et démoniaques, associés aux mauvais esprits telluriques, à la putréfaction, à la mort, à la perversité et à la luxure. Poussant en forêt, ils appartenaient à l'imaginaire brumeux des fées, des nains, des elfes qui dans le Nord n'avaient rien de bonnes créatures mais demeuraient le plus souvent des personnages aussi ambiguës que complexes. Enfin, les champignons servaient à la confection d’élixirs empoisonnés et peuplaient les ronds de sorcières/d'elfes dont la mauvaise renommée n'était plus à faire, ni à prouver.

Lester réfléchit donc plusieurs longues journées sur la manière de faire accepter la pomme de terre au Thorval. A l'évidence, la parole de Teodora n'y avait pas suffit et il semblait littéralement impossible de les convaincre qu'il s'agissait d'un tubercule (un quoi ?) et non d'un « champignuel ». Alors, le diplomate comprit que la meilleure façon serait de donner l'exemple en mangeant soit-même des pommes de terre en public !
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Les beaux damoiseaux (9).
29 novembre 2043,


Image
Lune finissante au dessus du ciel Thorvalois, ici sous ciel dégagé de fin septembre.


Lofarr et Marie se rejoignirent sous les escaliers de la galerie extérieure conduisant aux remparts. Des gardes y patrouillaient mais qu'à cela ne tienne, les amants apprirent, avec le temps, à se cacher et se faire parfaitement discrets. Haut dans le ciel, la Lune éclairait petitement le Monde Thorvalois et, contrairement aux précédents jours, n'arborait plus qu'une face minime, un dernier croissant très peu visible. L'homme vint dans sa tenue de garde, avec casque, cotte de maille, camail et tabar, tandis que la Reine portait une cape sombre par dessus un bliaud d'épaisse laine verte olive. Leur relation murissait sans aucun contact physique et s'en tenait, depuis plus d'un an, à des paroles, des gentillesses, des tendresses, des regards et des bonnes attentions. Telle une fleur, leur amour croissait lentement, patiemment mais très surement. Lofarr passa toutes les étapes du fin'amor et prouva à Marie sa capacité à l'aimer pleinement d'un amour pur, et d'être bien davantage qu'un rustre ours à la passion dévorante uniquement désireux de la connaître charnellement [BAISER]. En cela, il montra être un homme bon et parfaitement viril, que la suzeraine pouvait aussi aimer en retour. Au cours de la nuit, ils se remémorèrent les différents moments passés, notamment celui de la précédente matinée, aux lices, quand elle le blessa à la main droite par excès de volonté. Lofarr en portait d'ailleurs les séquelles, un bandage, mais ne lui en tenait absolument pas rigueur, sachant que la rudesse et le sérieux que sa mie montrait à son égard n'était que le témoignage de sa tendresse et de son amour, ainsi que de son désir ardent de le voir croître.

L'aube venue, Lofarr se rappela du mariage que la Reine contracterait à l'issue de la HárÞing [Haute Assemblée, États Généraux], osant en demander les tenants et aboutissants, mais surtout de savoir qui était l'heureux élu. Marie le regarda et il comprit. Elle lui demanda de ne pas s'en inquiéter, ayant de son coté suffisamment intriguer et prit de dispositions pour que leurs épousailles fussent acceptés par tous ! Bien que de très basse extraction, Lofarr était désormais un guerrier habile doté d'une certaine réputation. Les mariages morganatiques n'avaient en outre rien de réellement tabous et se trouvaient même être plutôt courants en raison de l'instabilité du système féodal qui rendait les unions nuptiales entre égaux rares, précaires et extrêmement difficiles à dénicher. Faute de mieux, les seigneurs surent, entre eux, toujours être pragmatiques. Pourquoi ne le seraient-ils pas ici ? L'amant mit un certain temps à réaliser: ainsi, bientôt, lui, paysan, garçon d'écurie, fils du « bochier » allait peut-être devenir « Rei » ! Quelle ascension vertigineuse cela serait !
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Une affaire de famille (10).
6 décembre 2043,

A quelques jours de la HárÞing [Haute Assemblée, États Généraux], la forteresse de Meltorfahamarr ressemblait à s'y méprendre à une fournaise. Les gens y affluaient de chaque recoin du royaume, partant du plus isolé et pauvre des hameaux jusqu'au plus puissant et imprenable château-fort. De nombreux clans se côtoyaient dans la basse cour ou se croisaient dans les couloirs, ainsi que sur les galeries extérieures. Chacun s'y trouvait munit de ses propres susceptibilités, ses traditions familiales, ses caractères, ses tempéraments, ses rivalités, ses relations, ses vengeances, ses guerres et son idiome, dans la mesure où le vieux thorvalois, autant que le vieux slovan et le vieux lutanien, n'étaient pas des langues formalisées mais un ensemble large et fourni de dialectes à l'intercompréhension très difficile, en dépit de racines communes entre eux. La garnison royale, au nombre de deux cent cinquante guerriers et guerrières, dont les fameuses Járnmærar, Vierges de Fer, s'attelait à maintenir l'ordre, séparer les bagarreurs, apaiser les tensions et désamorcer les conflits. Son travail concernait aussi bien les Jarlar que les paysans, pas plus doux et moins violents que les premiers. De nouveaux légats arrivaient au fur et à mesure, faisant toujours gonfler la foule de personnages tapageurs, remuants, bravaches, grossiers, brutaux, turbulents, fougueux, chatouilleux, colériques, provocateurs, querelleurs, pugnaces et martiaux... Si bien que malgré les héroïques efforts de la garde et le sens diplomatique du Grand capitaine de la Reine, la situation dégénéra à la Midi du 6 décembre 2043 Grégorien [correspondant au 23 novembre des calendriers juliens latins en vigueur au Thorval].


Image
La messe à laquelle Eva IX et les siens assistèrent, au sein
d'une église des environs, avant de s'impliquer dans la terrible rixe.


En effet, suivant la Messe du dimanche, les seigneurs Aðalraðr VI et Eva IX, accompagnés de leurs gens, se rencontrèrent par hasard au milieu de la basse cour. Les deux clans s'épièrent, se provoquèrent puis s'injurièrent copieusement, avant que l'un d'eux ne brandisse une épée et n'entraine tout le monde en un gigantesque désordre. La bataille fut implacable et sans merci, et les hommes de la Reine eurent beaucoup de mal à y mettre fin. Durant le chaos, les querelleurs bousculèrent des serfs, effrayèrent les chevaux, manquèrent de tuer des chèvres, brisèrent des tonneaux, renversèrent des gerbes de blé, mirent le foin sans dessus dessous ! La dispute fit en outre trois morts et dix blessés.

Les coupables furent enchainés et sur le champs trainés devant Marie afin d'être jugés. Sans trop de délibérations, la suzeraine condamna publiquement Aðalraðr VI et Eva IX, ainsi que leurs complices, à trente jours de geôle, et de n'y être nourris que de pain rassi, sans recevoir ni bière, ni cervoise ! A la décision, beaucoup applaudirent mais certains nobles protestèrent énergiquement et insolemment. Mais la Reine leur rétorqua que les « houliers » avaient, en se comportant de façon exécrable chez leur hôte, déshonoré les lois de l'Hospitalité, et qu'ils ne méritaient par conséquent aucune compassion. Elle prévint ensuite les protestataires que la prochaine fois qu'ils oseraient lui parler de cette manière, elle les ferait attraper et leur couperait personnellement la langue. Ainsi, tout à chacun avait dans le royaume le droit de s'exprimer mais, suivant les propos tenus, n'était pas sûr d'être en état de recommencer... Le calme revint, alors que les légats continuaient d'affluer dans le château en vue de la Haute Assemblée. Allait-elle seulement pouvoir se tenir, sans que le monde ne s'entretue avant ?
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Une affaire de famille (11).
21 décembre 2043,

En l'après-midi du 8 décembre Julien, renvoyant au 21 décembre Grégorien, la HárÞing fut déclarée ouverte. Ce jour là, le royaume célébra également avec profusion la Fête de l'Immaculée Conception, symbole de la victoire des Immaculistes sur les Maculistes lors des disputatio théologiques qui émaillèrent les XIIe, XIIIe et XIVe siècles, triomphe de la Vérité sur l'erreur, bien que celle-ci fut, chez ses adversaires-là, souvent de bonne foi, non celle de l'orgueil et de l'opiniâtreté. Quant au passage du Julien au Grégorien, il ne put jamais se faire et le Thorval continuait de s'appuyer sur les anciens calendriers (un par diocèse, voir plus). Cela ne posait toutefois guère de problème dans la vie quotidienne étant donné que les gens se repairaient non selon des dates ou des horaires précis, mais par rapport aux fêtes (quatre jours après Noël, par exemple) et à la Liturgie des Heures (Laudes, Tierces, etc). Il n'y avait en effet pas d'opposition ou de distinction formelle entre fin religieuse et fin laïque, la première étant la boussole de la seconde, autant que l'axe sur lequel toute vie gravitait dans le monde thorvalois. A ce titre, le pays ne comptait que de rares opposants à la théocratie pontificale, primauté du spirituel sur le temporel, du droit du Pape et de l'Église d'exercer un pouvoir et de se mêler d'affaires politiques. D'où l'existence d'Inquisitions qui savaient se prononcer non seulement au spirituel mais aussi au temporel, se plaçant souvent comme rivales des justices seigneuriales.


Image
Jensi d'Hàrland.

Les derniers légats arrivèrent la veille à la forteresse. Parmi eux se trouvaient notamment Gisela d'Haguigarðr, alliée de la Reine, mais aussi Jensi d'Hàrland, oncle de Marie. La suzeraine se montra honorée, radieuse, heureuse, ravie et enchantée par la venue de ce dernier, qu'elle considérait comme son « paire » [père] et indubitablement l'une des personnes qu'elle aimait le plus et de laquelle elle se sentait le plus proche, cela depuis sa tendre et tumultueuse enfance. Jensi fut pareillement enjoué, enlaçant sa « fillote » avant de la combler de baisers.

Installée dans la Salle de la Cathèdre, la Haute Assemblée réunissait près de cinq cent représentants de l'ensemble du royaume. La pièce était tout juste assez large pour les accueillir tous, quoique la moindre panique ou bousculade devant y advenir, et les conséquences en seraient funestes... Le Chancelier ouvrit les débats en présentant avec détails et emphase la Chrysobulle fulminée par l'Impératrice Teodora qui proposait au Thorval de rejoindre l'Empire comme Peuples Fédérés. Le chanoine s'étala longuement sur les privilèges qu'offrait l'Autokrateira et la décrivit telle une pieuse chrétienne, celle qui respectait le mieux les traditions norroises, et même la dame la plus norroise que les Hellènes aient jamais enfantés. L'homme se lança ensuite dans une terrible diatribe à l'encontre du Vestriland [Jernland] qu'il accusa non seulement de violer le Traité de 1602 mais aussi de vassaliser le Thorval, de brûler des églises, de prendre la place des Évêques et du Pape en prononçant lui-même Interdits et Excommunications, de persécuter la Foi, de vouloir introduire le culte démoniaque des Dökkálfar [Elfes noirs] au Thorval et d'être le meilleur défenseur des merciers et des usuriers ! Pour conclure, il dénonça « Magnús Rei » [Kommandor] comme Fils du Diable, coupable d'avoir... copulé avec une sorcière afin d'enfanter des Démons ! La salle explosa de toute part, scandalisée par le comportement satanique et la félonie du Vestriland. Les odieuses rumeurs que Gisela d'Haguigarðr propagea à ce propos semblaient avoir parfaitement fonctionné. Marie prit alors la parole et interrogea la foule, en ébullition, sur ce qui était bien et bon pour leur clan : les plaines fertiles et célestes de Teodora ou les marécages de perdition de « Magnús Rei » ?

Les légats du Clergé, des Guerriers et des Paysans demandèrent alors de pouvoir se retirer sept jours afin de délibérer convenablement. La Reine accepta la doléance et ordonna la suspension de la HárÞing jusqu'à la « Sanct Eusebius ».
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 1210
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Une affaire de famille (12).
29 décembre 2043,

La HárÞing, Haut Parlement du Monde Thorvalois, se rassembla de nouveau, comme annoncée, en la journée de la Sanct Eusebius. Les légats pénétrèrent doucement au sein de la Salle de la Cathèdre et prirent place sur les bancs. Le Chancelier s'avança au milieu d'eux et donna sa bénédiction à chacun mais en particulier à celles et ceux qui la lui demandait. Quand il eut tracé le dernier signe de croix, le clerc revint près de la Cathèdre, occupée par Marie, et appela les hérauts à remettre le choix de leur Ordre concernant l'Empire, fruit de leurs bonnes réflexions et secrètes délibérations au cours des sept précédents jours.

Celui des paysans, Þjóðrekr Li Bechevet, vint le premier et jeta une Rune blanche dans le chaudron. « Vive dame l’empereriz Þeódóra ! » clama-t-il en repartant. Se leva ensuite l’Abbé-mitré Klement de Nostre-Dame des Povres qui déposa à son tour une Rune immaculée. « Gloire a li nostre Seignor Jhesu Crist et a li Virge Marie tres dulce. » rappela-t-il en se revenant vers les siens. Et se montra enfin le héraut des Bellatores Gisela d'Haguigarðr, qui, en nom des guerriers et guerrières du royaume, plaça également une Rune d'approbation et glorifia son alliée la Reine Marie, avant de prononcer « Mort au Magnús maufait ! » sous les applaudissements, les cris, les clameurs et les braillements sauvages de la HárÞing. L'Empire Roman de Teodora la Byzantine fit donc l'unanimité.

Ainsi, le Monde norrois, représenté entièrement et parfaitement par le Thorval, joignait ses forces à la civilisation hellène et latine portée par l'Empire Roman restauré. Le Vestriland [Jernland] se retrouvait, de son coté, bannit, jusqu'à sa repentance, de la fraternité des vivants et de la sacralité des morts. Dieu, le Destin et la Providence se retiraient de lui : ses peuples et ses chefs, dans leur immense vanité, folie et grave apostasie, plongeaient entiers dans le Néant et promettaient d'y errer comme des fantômes jusqu'au Pardon du Seigneur qui marquera le retour des fils prodigues au sein du Monde Norrois et de Miðgarðr, c'est à dire du Thorval.

Image

► Afficher le texte
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Répondre

Revenir à « Thème des Thorvalois »