Fenêtre sur le pays

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Re: Fenêtre sur le pays

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Voyage passé (5).
Mi septembre 2042, antidaté

Épuisée par le battage des blés, la nuit fut, bien qu'entrecoupée de la dorveille, salvatrice pour Audrey. Dès le réveil matinal, cependant, son ami Álarr, le plus proche après Lester, l'emmena à la rivière pour se laver, avant de la conduire vers une hutte de bain à vapeur que les serfs avaient spécialement chauffé en son honneur. Ces derniers l'invitèrent donc à entrer pendant qu'eux montaient la garde à l'extérieur. Eldríðr [Grant] ne s'en méfia pas le moins du monde, finalement à raison : détendue, elle se prélassa si bien et se requinqua si bonnement qu'elle fut aussitôt prête à reprendre le travail.

Le lendemain, Holma, autre de ses ami(e)s, la conduisit sur une prairie près de la forteresse. Les bêtes y paissaient paisiblement, souvent en compagnie de leurs veaux. Un chien surveillait le troupeau et semblait toujours en alerte, quoique les attaques de loup furent ici hautement improbables, autant que l'action de voleurs qui, si près des créneaux, se feraient aussitôt trucider sous une pluie de flèches ou seraient implacablement poursuivit par les chevaliers. En regardant Holma, Eldríðr [Grant] apprit elle même à traire les vaches, constatant que l'exercice obligeait a un certain doigté pour presser correctement la mamelle, sans la broyer, tout en glissant la main vers le bas et d'ainsi en faire jaillir le lait. Elle montra, à cet effet, moult contentements après son premier seau mais déchanta en comprenant que la serf, sourire en coin, en eut, entre temps, déjà abreuvée deux de plus. Audrey redoubla alors d'efforts et progressa, s'y prenant à chaque fois mieux au fil de la journée. Comme le lui conseilla son amie, la Saxonne se mit même à parler aux vaches qui, en tant que telles, comprenaient la conversation des Hommes.

Quatre jours plus tard, la Westréenne fut appelée dans un petit bâtiment en bois semi enterré, la laiterie castrale, afin de participer à la fabrication du beurre, comprenant le barattage de la crème, la malaxation à l'eau, le passage dans le moule, la salaison et l'entreposage des mottes apprêtées au sein de pots de grès recouverts d'eaux salées. Eldríðr [Grant] observa attentivement et, comme depuis le début, se montra fort volontaire et appliquée en son travail. Il s'agissait tout même des beurres qui seraient mangés durant hiver, un labeur donc éminemment sérieux, pour ne pas dire crucial, au sein d'un pays tel que le Thorval.

Vers la mi-septembre, elle partit avec Álarr en forêt afin de récupérer trois chèvres qui y divaguèrent. Sur le retour, ils se firent, cependant, attaquer par des brigands qui tentèrent de leur arracher les caprins. La Westréenne se démena énergiquement, lutta de toutes ses forces, mais les assaillants, en surnombre, eurent finalement raison de sa hardiesse. La dame se releva difficilement, titubante et encore légèrement sonnée par le coup qui l'avait envoyé à terre. De son coté, Álarr ne put également rien faire et vint la soutenir. Les chèvres avaient disparu, emmenées par les voleurs. Une bien triste journée.

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Audrey, après le guet-apens, dépitée de n'avoir pas pu mieux résister.

Heureusement, les bandits furent facilement retrouvés et les chèvres récupérées. La Reine Marie fit immédiatement clouer [par la main droite] les coupables au pilori du château, sous le regard satisfait d'Audrey.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Voyage passé (6).
16-19 septembre 2042, antidaté

Au jour de la Sanct Kornelíus, immédiatement après avoir cloué les voleurs au pilori, la Reine s'en alla avec plusieurs familiers pour une grande partie de chasse vivrière au bois de Ljóma, situé sur une enclave basse du domaine, à seulement mille pieds d'altitude, au sud-est. Rien que de s'y rendre prenait déjà une journée de cheval. L'expédition promettait donc de s'étendre sur au moins deux semaines. Les compagnons qui y suivirent Marie étaient très divers et allaient des chevaliers de la mesnie jusqu'aux écuyers, en passant par certaines vierges de fer [Járnmærar], quelques serfs, des limiers et... Eldríðr [Grant] qui, férue d'apprendre, demanda à suivre l'expédition. La forêt se trouvait au sommet d'une colline et arborait une légère pente. Son essence la plus courante était le hêtre suivis de près par le genévrier. Les lieux regorgeaient de gibiers, en particulier de chevreuils et de sangliers, alors que les clairières grouillaient de lièvres ! La traque se fit au hasard, sans viser de bêtes particulières, s'effectuant à l'arc ou à l'épieu, et même avec des pièges, sommaires mais ingénieux, posés un peu partout. Ceux-ci se révélèrent d'ailleurs particulièrement heureux et permirent, l'après-midi du deuxième jour, d'attraper une bonne dizaines de lièvres.

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Quelques uns des pièges. Les hêtres aux alentours entameront très bientôt le
jaunissement de leurs feuilles, à la Sancte Tekla (23 septembre), pour une saison
végétative moyenne de 148 jours, propre au climat continental.

De son coté, Audrey ne participa, jusqu'alors, qu'en tant que simple observatrice, se tenant souvent aux arrières, à l'écart de la lutte. Quand bien même, elle ne fut jamais vraiment à l'abri de la furieuse charge des laies. Alors que soleil commençait à se coucher, Álarr lui ramena un lièvre, fraichement piégé, et lui demanda de le dépecer. Entendant la conversation, non loin, Marie s'approcha aussi pour voir. Prenant son courage à deux mains, la saxonne réalisa plusieurs petites entailles au milieu de la carcasse et déchira la fourrure de chaque coté, réalisant, par la suite, moult autres coupes pour en détacher complètement le pelage. Elle décapita ensuite le chef, avant d'inciser minutieusement sur le coté et d'ouvrir la panse de l'animal afin d'retirer toutes les mauvaises viscères. Ce fut donc un bel ouvrage ! La Reine l'en félicita et proposa de lui apprendre à combattre les sangliers. Audrey accepta de bon cœur. Quant à la viande récoltée, elle fut, comme les autres, salée, séchée au vent ou fumée afin d'être mangée durant l'hiver.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Hors série : Traits de caractère (4).
intemporel,
Les Hors-séries visent à illustrer un ou plusieurs aspects présents dans le monde RP, et parfois également au Thorval.

Une BOUSSOLE sur certains traits de caractères perçus comme fondamentaux.

L'axe horizontal va de la Civilité, tendance à régler les conflits féodaux et claniques par la discussion, le consensus et l'aménité, jusqu'à la Brutalité qui face aux soubresauts du royaume penche plutôt pour la sévérité, la force, le conflit, la guerre et la violence. Le centre correspond à une sorte d'équilibre entre ces deux réactions.

L'axe vertical va de la Lâcheté, renvoyant à un comportement qui évite non seulement à tout prix le danger mais qui fuit aussi ses responsabilités, et ne prend aucun risque, jusqu'à la Témérité, désignant une bravoure extrême habitée de tout les excès, dépourvue de réflexion et de prudence, s'adonnant aux actes les plus inconsidérés, au point d'en devenir un important défaut. Figurer trop bas dans l'axe conduit tôt ou tard à se faire écraser ou renverser ; y être trop haut expose aux catastrophes militaires et politiques, ainsi qu'à une mort certaine, à plus ou moins brève échéance, sur le champs de bataille.

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Marie III est la Reine de Thorval.
Teodora est l'Autokrateira, Impératrice des Romans.

Bjǫrn de Faarbjarg est un oncle puissant et ambitieux de la Reine Marie.
Kriströðr de Valborg est le chef politique de la Cité de Valborg, dernier refuge des bourgeois. Il est le Père d'Ágáta.
Ágáta de Valborg est la fille et l'héritière du bourgmestre de Valborg. Cette dernière s'est fait totalement retournée par la Foi Militante.
Gisela d'Haguigarðr est une puissante féodale, alliée de la Reine Marie.

Le chanoine (prêtre) Markus est le Chancelier de la Reine Marie et présumée Tête de la Foi Militante.
Le Frère (moine) Eldir de Jensigarðr est le chef de la Fraternité qui règne sur la Cité de Jensigarðr depuis 2039 A.D.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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La Foi militante (23).
2 novembre 2044,

L'astre du jour s'en allait à l'horizon. Ses scintillants rayons quittaient peu à peu Miðgarðr [Monde du milieu, Monde des Hommes au sens de l'écoumène, ou encore un autre nom donné au Thorval lui-même] et sa douce lumière s'évanouissait implacablement face aux forces grandissantes du crépuscule. Au sein de la carrière d'Aujasverð, le cliquetis des mineurs, ainsi que celui des tailleurs de pierre, se poursuivait néanmoins intarissablement, étant sans cesse encouragé par le chant des moines dont les prières et les cantiques, environnés de poussière, comblaient le cœur des gens, et s'envolaient sans faille jusqu'au ciel. Soudain, le Prieur sonna Vêpres tandis que résonnaient, en s'éloignant, le sabots des chevaux emmenant les pierres déjà apprêtées vers le chantier de la nouvelle Abbaye. Les travailleurs déposèrent aussitôt leurs outils et se réunirent, en compagnie du clergé, devant la statue de Sanct Tiǫrvi, protecteur de l'ouvrage et martyr céphalophore du XIIIe siècle qui, confronté à la cruauté des païens sans Dieu Jernlanders, fit le témoignage ultime de la Foi ! Une nuée de cierges enceignaient le saint. Une de ses reliques, le crâne, trônait aussi majestueusement à ses pieds.

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Le Saint cerné de cierges de suif, ici lors de la prière matinale.

La scène éleva la ferveur des fidèles et chacun tomba à genoux, priant comme un seul. Le labeur à la carrière promettait de durer jusqu'à la Nativité. Ensuite les mineurs pourraient s'en retourner à leurs étables et à leurs champs. Déjà, de grandes quantités de bois furent amassées aux alentours afin d'allumer les immenses brasiers destinés à les chauffer. Comme avant qu'elle ne tombe sous la juridiction ecclésiastique, plus précisément de la Foi Militante, l'extraction de pierre à Aujasverð s'effectuait au besoin, souvent pour les grands chantiers, et ne fonctionnait donc pas toute l'année, seulement en certains mois. Il arrivait même qu'aucune pierre n'en fusse extraite plusieurs années à la suite. Nonobstant, l'emprise de la Foi Militante semblait ferme et irriguait de plus en plus les cœurs, y compris ceux des seigneurs qui demeuraient, eux également, de fervents chrétiens. Au grand dam de Røros, il était sans doute trop tard...

« Et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point reçue » Saint Jean 1:5
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Grandeur et servitude impériale (10).
12 novembre 2044,

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Une journée de labeur ordinaire pour Áma.

La tisserande Áma s'attelait devant son métier à tisser dans l'un des nombreux ateliers communs que comptait Jensigarðr. Non loin, d'autres gens s'affairaient au filage, quenouille en main. L'afflue, depuis les campagnes environnantes, d'immenses charrois débordant de laine, au début de l'automne, rendait l'époque particulièrement riche en labeurs. Áma ne s'en apitoyait toutefois guère et paraissait, au vu de sa bonne mine et de son constant sourire, particulièrement heureuse. La dame ne rêvait plus que d'une chose : rencontrer son amant, se marier à lui, devenir Mère, perpétuer son clan et être entourée d'enfants et de petits enfants.

Le sort des artisans s'était grandement amélioré depuis que le moine Eldir de Jensigarðr régnait sur la Cité, particulièrement pour les métiers du tissu (fileurs, tisserands, teinturiers, foulonniers...). Ces derniers furent, parmi d'autres aspects, entièrement libérés du bon vouloir des merciers qui profitèrent, des siècles durant, de leurs influence politique pour tromper leur monde en vendant au prix fort de la mauvaise laine dissimulée sous une toison de premier choix ! Ou encore en rachetant les étoffes ouvragées à vils prix ! Áma était, de son coté, sans doute trop jeune pour avoir connu cette sombre période mais depuis 2041 A.D, le bourg négociait directement la laine auprès des serfs contre divers poissons péchés sur les côtes, comme du saumon ou du hareng. Il l'a cédait ensuite gracieusement à ses artisans qui travaillaient ensemble au sein d'échoppes communes. L'organisation en guildes, et notamment de la hiérarchie entre maitres et apprentis, y avait totalement disparu. Quant aux merciers, leurs ossements reposaient dans l'ossuaire d'une des nombreuses chapelles de la ville.

---

Au sein du Gesta Thorvalorum, les divers Légats impériaux inscrivirent que les Cités recouraient aux métiers à tisser horizontaux (Cf image ci dessus), tandis que les pagus ruraux s'en tenaient aux métiers à tisser verticaux à pesons, plus courants dans le vieux Nord (au sens de l'ère norroise). Ceux-ci peuplaient presque toutes les chaumières et servaient non seulement à la confection d'habits mais aussi, de manière sans doute inconsciente, au souvenir des déesses tisseuses du Destin (Passé, Présent et Futur entremêlés dans le cour du temps), les Nornes.

Les matières utilisées par les Thorvalois allaient de la laine au cuir, en passant par le chanvre, l'ortie, le lin et les fourrures. La soie y demeurait, quant à elle, extrêmement rare. De races à queue courte, les moutons étaient de taille moyenne, rustiques et frugaux. Leurs chaleurs s'en trouvaient rigoureusement saisonnières mais offraient, en contre partie, des portées très prolifiques de trois, quatre ou cinq agneaux. Les ovins étaient donc élevés pour leur laine et leur lait. Effectuée à l'aide de forces, chaque tonte apportait de deux à trois livres de laine, selon la race, de quoi payer impôts et suffisamment couvrir les besoins du royaume.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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La Foi militante (24).
18 novembre 2044,

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Les gargouilles de la future abbaye.


Entamé lors des fêtes de Moissons, le chantier de la nouvelle abbaye Sanct Tiǫrvi d'Aujasverð se poursuivait à bon rythme. La pose des perches de l'échafaudage fut délicate mais se déroula sans incident notable, autant que l'ancrage de la structure, par des trous de boulins, sur les murs naissant du chœur et du déambulatoire, que les ouvriers s'empressaient, depuis des semaines, à édifier et à ouvrager afin de, notamment, recevoir deux grands vitraux. Non loin, le maitre d’œuvre jaugeait les dessins des contreforts, des arc-boutants et de la future nef ! Face au vœux de hauteur et de lumière, la Foi Militante trancha pour une architecture gothique, plutôt que norroise ou romane. L'édifice promettait des façades très travaillées, de larges voûtes sur croisée d'ogives, des bas-reliefs, des absidioles et une nuée de sculptures retraçant l’Évangile et la vie des Saints. Les legs seigneuriaux en faveur de la bâtisse affluaient.

Le chantier risquait de s'étendre dans le temps et les premiers bâtisseurs étaient ainsi assurés de ne pas en voir l'achèvement. Quand bien même, ces derniers s'y dévouaient corps et âmes car l’œuvre à laquelle ils contribuaient dépassait de loin leurs petites personnes. A défaut de graves troubles et d'évènements inattendus, la Foi Militante estimait la fin des travaux dans environ cinquante ans. La consécration et les premières messes s'y célébreraient évidemment bien avant.

Un flot d'ouvriers, en provenance des villes de Jensigarðr et de Sanct Þióðgeirr, devait bientôt se déverser en la région afin de prêter main forte aux divers labeurs, y compris agricoles au printemps. Dans le même temps, tandis que les pierres continuaient d'affluer de la carrière, un artisan éprouvait, de son coté, les capacités d’égouttage de ses gargouilles... car tout ornement ne pouvait embellir sans également servir un but. Le raffinement pour lui même, avec nul autre dessein que sa propre beauté, ne faisait pas réellement sens au sein du le royaume.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Agrandir la lignée (1).
27 novembre 2044,

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Le ventre rond de la reine, à la fin octobre.


L'ensemble des habitants de Meltorfahamarr, ainsi que les serfs des villages voisins, fut réuni en la salle de la Cathèdre. La Reine se trouvait confortablement assise sur son trône à coté du Roi. Elle était vêtue d'une épaisse cotte [robe] de laine rouge sombre (voir photo ci-dessus) et semblait épanouie au milieu des siens. Arborant son habituelle soutane, le Chancelier se tenait, quant à lui, légèrement en avant et appela la cour au silence. Quand le bruit cessa, et que l'on entendit ni plus épais rires, ni forts grognements, le clerc annonça, avec emphase, la future naissance d'un rejeton royal, se plaisant à lui prédire la destinée d'un grand chevalier ou celle d'un pieux et saint abbé ! L'enfant remuait dans le sein de sa mère et prouvait par cela avoir reçu son âme immortelle du Haut Seigneur. Aussitôt, la cour acclama et adula Marie, tandis qu'un carillon de joie, provenant de la chapelle, retentit dans toute la forteresse. Celle-ci fut alors en fête et festoya grandement le soir venu, tandis qu'approchait le temps de l'Avent où les repas se feraient plus austères et incomparablement plus frugaux.

En vérité, la nouvelle ne surprit personne et chacun pu déjà remarquer, depuis une lune (voir photo ci-dessus), le ventre rond de Marie. Il était néanmoins indispensable que l'évènement se traduise au travers d'un rite public. Tout ce qui s'accomplissait en conscience devait obligatoirement passer en acte visible et symbolique, sans quoi la réalité restait frustrante et inachevée. Le geste poursuivait aussi un dessein politique et permettait de prouver aux seigneurs et aux seigneuresses du pays que la race royale [lignée] demeurait vigoureuse et féconde.

Dès le lendemain, il fut demandé à la suzeraine de se cloitrer et de réduire ses activités. A ce titre, elle pouvait toujours écouter les doléances en audiences publiques et prononcer personnellement la Justice, mais non plus participer aux chevauchées, aux escarmouches, aux patrouilles et aux choses martiales en général. Ce ne fut d'ailleurs, pour elle, guère simple de subitement se priver de la partie la plus exaltante de sa mission : la guerre, le cliquetis des armes, les lances enfoncées, les crânes brisés, les hauberts perforés, le choc terrible des ost, la fièvre de la mêlée, la compagnie des chevaliers et celle des vierges de fer [Járnmærar] etc.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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La vie au milieu des champs (40).
3 décembre 2044,

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Smiðkell entrain de battre le fer.


Smiðkell œuvrait comme chaque jour dans sa forge du village de Leifsbuðir, qui se situait à moins d'une lieue de la forteresse de Ljoðborg où le seigneur Einarr V tenait sa cour. Son renom dépassait les frontières de la province et s'étendait à l'ensemble de Miðgarðr [Thorval]. Son savoir-faire était, en effet, réputé dans les plus lointaines contrées et les plus glorieuses mesnies. Contrairement à d'autres qui se consacraient souvent à un type précis de travail, Smiðkell maitrisait à la perfection l'ensemble des métiers sans distinction, du ferrage des animaux jusqu'à la confection de serrures, en passant par la fabrication du cerclage des roues de charrettes, des outils agricoles (faux, faucille, houe), des cercles pour tonneaux ... et des armes ! Depuis quelques semaines, l'artisan façonnait l'épée d'un jeune chevalier récemment adoubé. Il s'était, plusieurs jours durant, appliqué à chauffer et à marteler le lingot de fer afin de l'allonger et donner à la lame sa forme typique. Dorénavant, le forgeron s'attelait à chauffer le fer à haute température afin d'en aciérer la surface (cémentation). Quand la couleur lui sembla bonne et suffisante, il plongea brusquement l'épée dans un baquet froid et en obtint une lame presque aussi dur que le diamant, tout en restant très fragile. A ce stade, le moindre choc pouvait la briser. Pour éliminer cette contrainte, il fallait désormais lui faire subir un second traitement, appelé le revenu, qui consistait à réchauffer la pièce pendant un temps donnée pour lui conférer, non seulement, la résilience souhaitée mais aussi l'élasticité qui l'empêchera de casser. Une étape minutieuse et crucial commençait.

Soudain, un garçon d'une douzaine d'années apparut. Un écuyer. Sortant l'épée de son fourreau, il se dirigea, d'un pas résolu, vers la meule. Scrutant son arrivée depuis l'âtre, Smiðkell l'apostropha aussitôt et lui demanda s'il savait affuter une arme ? Car a mal s'y prendre, il risquait de l'abîmer et de la rendre complètement inutilisable. Impressionné, l'enfant secoua la tête. Le forgeron l'écarta et fit l'affutage lui même, avant de lui en apprendre chacun des gestes. Ses manières étaient sans doute un peu brusques mais elle permirent toutefois au garçonnet de retourner vers la femme chevalier (Svanni Riddari), qu'il servait, avec une épée parfaitement tranchante. De son coté, l'artisan reprit la phase de revenu. Son nouvel apprenti devait, quant à lui, commencer, au plus tard, le lendemain.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

La vie au milieu des champs (41).
10 décembre 2044,

Les femmes du village de Sólskinheimr se pliaient à la tuaille des cochons comme les hommes. Dans une grande chaumière, autour d'une table constellée de sang et de viscères, chacune s'appliquait à découper et à apprêter les diverses pièces de viande, allant du jambon jusqu'aux saucisses, en passant par le saucisson et les différents lards. Le saindoux fut également précieusement récolté. Et tandis qu'elles s'adonnaient aux labeurs, les dames ne manquaient jamais d'évoquer entre elles les sagesses que chacune reçue, au cours de son enfance, de la part d'une mère, d'une tante, d'une grand-mère et même d'une abbesse. Des connaissances, notamment en matière de plantes, qui leur conféraient le statut respecté de matrone, de commère, de guérisseuse, voir de magicienne ou de sorcière.

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Une des matrones du village.

Ces dernières n'étaient toutefois en aucun cas incroyantes ou hérétiques et se chargeaient donc de porter les nouveaux-nés sur les fonds baptismaux. La Foi s’entremêlait de croyances et de magies. Des abeilles aux Hommes, chaque créature participait aux desseins de Dieu et pouvait subir les malices du Diable. Le Ciel n'était, de son coté, guère silencieux, les miracles se produisaient à foison, et Dieu parlait à Son peuple, que ce fusse à travers ses Saints ou d'une pluie de signes observables dans la nature. Les messages semblaient parfois embrouillés et vagues mais demeuraient simples quant à leurs présages : bonheur ou malheur. Ceux-ci se traduisaient le plus souvent par la manière dont volait un oiseau, le comportement d'un animal, un objet renversé, un phénomène céleste ou saisonnier quelconque (vents, pluies...), etc. Ainsi, les gens avaient le sentiment que la Providence s'adressait à eux, qu'elle leur faisait signe, s'intéressait à eux, à leurs vies, à leurs chemins et à leurs actes. En somme, que le Seigneur n'était pas indifférent au sort des Hommes et qu'Il le prouvait en se manifestant au quotidien.

Quelques unes des gnoses féminines transmises à l'oral à travers les âges et les générations :

Quiconque pouvait chevaucher un ours durant neuf pas d'un seul tenant, serait affranchit et guérit de neufs paires de maladie.

S'il arrivait qu'une femme fusse poursuivit par un loup, que cette dernière fasse traîner sa ceinture à terre, derrière elle, et mette en garde l'animal de n'être frappé par la Mère de Dieu. Le loup s'en ira penaud.

Tout mari s'adonnant à quelque chose sans en avoir, au préalable, parlé à son épouse était en conscience pire que le mauvais larron. Les enfants d'une telle union ne seraient jamais heureux et volontiers menteurs.
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Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Les légendes arthuriennes au Thorval.
21 décembre 2044,

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Le lac d'Eplilundr au Thorval. Ses similitudes avec certains lieux du cycle
arthurien renforçait la croyance d'une ascendance semi-thorvaloise d'Arthur.


Les Scaldes furent ceux qui, en des temps immémoriaux, introduisirent oralement les récits de la Légende Arthurienne au Thorval. Les manuscrits de "Chrestien de Troyes" et de "Robert de Borron" s'y propagèrent par la suite, avant d'être traduit en vieux-thorvalois par des moines et d'être précieusement rangés dans diverses librairies monastiques, en particulier celle de l'Abbaye Nostre-Dame des Ardents. A leur tour, des clercs thorvalois anonymes écrivirent des sagas et des lais relatifs au cycle arthurien. Il en apparut aux XIVe, XVe, XVIIe, XVIIIe, XXe et jusqu’à très récemment au XXIe siècle. L'on retrouvait parmi eux Óláfr ou l'escuyer d'Arthur, Geste di grant Rei, Li las d'Avalon, Li Chivalier Agvaldr ou Mordred li Noir. Mariant la Matière de Britonnie avec des traditions tant chrétiennes, que chevaleresques et norroises, chacun retraçait l'histoire d'Arthur, de son entourage, des chevaliers de la table ronde, dont certains venaient du Thorval, de Merlin et de la quête du Graal.

La Légende Arthurienne marquait donc profondément les esprits et influençait l'imaginaire des gens qui se rappelaient au bon souvenir d'Arthur et de ses chevaliers. Ces derniers n'étaient en effet guère perçus tels des symboles ou des archétypes mais comme des hommes ayant jadis bel et bien existé, au même titre que Merlin, la Fée Morgane et la Dame du Lac, qui vivaient sans doute toujours, quelque part parmi les épaisses forêts et brumes impénétrables de Thorval. Avec le Berserk, Arthur représentait un idéal pour tout chevalier thorvalois : bon guerrier, brave, fort, humble, débonnaire, juste, pieux, etc. Très présente au sein du royaume, la culture chevaleresque y rendait les chevaliers moins arrogants qu'incroyablement téméraires et têtus. Non plus que toujours très loyaux du fait de l'esprit norrois intrinsèquement indocile.

Mi-homme, mi-démon après que sa Mère fût, à son insu, engrosser par le Diable, la perception de Merlin parmi les peuples restait éminemment favorable, racheté justement par sa Mère, pure et innocente pucelle, trompée par le démon et s'étant humblement repentit de ses fautes. Merlin était donc connut comme l'homme sans père, doté d'une admirable sagesse et d'immenses connaissances. Ses pouvoirs dépassaient l'entendement et permettaient notamment de voir le passé et de prédire l'avenir. Un Don qui, pensait-on, lui venait de Dieu, non du Prince du Mensonge. Pour les Thorvalois, Merlin était donc un magicien, un devin, un prophète mais pas un druide, caste religieuse étrangère pour laquelle ils ne possédaient aucune connaissance et ne se référaient jamais.

*

Au sein de la Salle de la Cathèdre, autour d'un grand tréteau, la Reine étudiait les Prophéties de Merlin avec son Chancelier. Celles-ci étaient, en effet, considérées avec le plus profond respect. La discussion portait sur celui qui, il y a plusieurs lunes, se présenta comme le Roi unificateur. Et l'on en conclut qu'il ne pouvait être Arthur mais surement Vortigern ou Mordred. Et qu'en un temps béni de Dieu, Arthur reviendrait et prendrait place sur le trône de Sanct Óláfr [Thorval] afin d'unir les clans thorvalois dans la justice. De là, il étendrait le royaume sur les terres Britonnes, ainsi que partout dans le monde. Car Arthur possédait des racines non seulement celtiques mais aussi norroises, Thorvaloises ! D'après la sapience ancienne, Marie III en représentait même une des lointaines descendances.
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Re: Fenêtre sur le pays

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Éloges du dépouillement.
28 décembre 2044,

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L'entrée de l'abbaye Sanct Knútr à Mundrland.


A la suite d'un long et pénible noviciat, le seigneur Þiorikr VI de Mundrland prit enfin l'habit monastique à l'abbaye Sanct Knútr. Au cours d'un rite millénaire, l'homme prononça ses vœux, changea de nom et reçut la tonsure romane sur le haut du crâne, le reste de sa grisonnante chevelure formant une grâcieuse couronne. Avant d'entrer dans les Ordres, celui qui se faisait dorénavant appeler Frère Benedikt s'attela à réparer le mal commis au cours d'une existence parsemée d'impiétés, de massacres, d'incendies et de pillages, dont de nombreux biens d'Église. Pour se faire, non seulement pria-t-il dévotement et s'astreignit-il à un stricte jeûne, mais encore confia-t-il des terres de la réserve aux villages de la seigneurie, dota en monnaies d'or l'Hostel-Dieu Nostre-Dame, légua plusieurs bois aux monastères voisins et rendit tous les objets mal acquis. Un dépouillement qui ne se passa pas sans tension mais qui, au final, reçut la bénédiction du clan ayant, en tant que telle, son mot à dire sur les diverses possessions, et sans lequel rien ne pouvait se faire. Trois jours après sa réception au sein des Ordres, le 28 décembre Grégorien de l'An de Grâce 2044, et alors qu'il s’apprêtaient à silencieusement se rendre à l'église pour chanter matines, les moines de Sanct Knútr découvrirent le Frère Benedikt, sans vie, sur sa paillasse du dortoir monastique. Le religieux avait paisiblement rejoint Dieu.

Il serait une erreur de sous-estimer l'ampleur du phénomène, surtout depuis la montée de la Foi Militante, tant la peur de l'enfer et l’obsession du salut animaient la vie des gens, y compris celles des pires chrétiens. Il existait une attirance, une attraction et même une véritable aspiration des Thorvalois vers le bonheur du Salut, la vie éternelle. Cette dernière justifiait pleinement la propension à se dépouiller, à la suite du Christ, de sa puissance, de ses richesses, de son rang et de sa vaine gloire. Autant de repentances, certes parfois in-extremis, qui participaient à redistribuer les richesses bien mieux que n'importe quel Edict, par nature vain.
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Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

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Zaldo
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Re: Fenêtre sur le pays

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Chaleureux voyages (1).
3 janvier 2045,

Le pouvoir impérial sis à Pašková, en Radanie, estima qu'environ quinze personnes, tout au plus, s'aventurèrent dans le royaume au cours de l'An de Grâce 2044 du calendrier Grégorien. Depuis, aucun ne donna signe de vie et ne reparut chez lui. Que pouvaient-ils bien leur être arrivé ? Avaient-ils été jetés dans une fosse ? S'étaient-ils énamourés de belles pucelles ? Les destins de chacun divergaient...

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Une nuit d’exécution dans le Jaðarrland.

Massimiliano, rejeton de la célèbre famille patricienne des Orsato (Latina, San Gennaro), entra au Thorval à la fin de l'été dernier avec l'espoir d'y rencontrer des adorateurs d'Odin. Catholique non pratiquant, les anciens dieux romans le fascinaient et ceux des barbares germaniques d'autant plus. Quelle ne fut donc sa surprise lorsqu'il tomba, peu de temps après le franchissement des marches [frontières], sur quelques masures agglutinées autour d'une chapelle romane au toit couvert de bardeaux de bois. Il y pénétra et observa un instant les fresques. Incrédule, il s'approcha alors de l'autel et défonça le tabernacle, avant de pissoyer sur les hosties tombées à terre. Apparaissant soudain sous le porche, le prêtre observa toute la scène et courut prévenir le seigneur de Jaðarrland. Massimiliano fut brutalement arrêté et jeté dans une cage en fer avant d'être ainsi convoyé, une semaine durant, jusqu'à l'Inquisition de Ginnheilagrleiðar pour son jugement.

Contrairement à la procédure accusatoire des justices seigneuriales, limitant le rôle du jarl à celui d'un juge impartial entre les parties, les coutumes inquisitoriales des juridictions d'Église offraient aux abbés une implication bien plus forte. Ces derniers instruisaient littéralement l'affaire, écoutaient les arguments, entendaient les témoignages et menaient des enquêtes parfois extrêmement scrupuleuses. Quand bien même le blasphème et le sacrilège furent au Thorval des notions toujours assez vagues, mal définies et peu théorisées, donc difficilement condamnables, l'acte de Massimiliano fut d'une telle gravité, d'une telle violence et d'une si manifeste hostilité que les clercs ne purent rien pour lui, malgré ses innombrables suppliques en un latin visiblement dévoyé [Italique]. Déclaré coupable, l'homme fut renvoyé au jarl de Jaðarrland qui, au soir du 1er novembre de l'An de Grâce 2044 Grégorien, trois jours après son retour, le fit brûler sur le buché.
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Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

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Zaldo
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Re: Fenêtre sur le pays

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La guerre sans fin (17).
9 janvier 2045,

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La viande séchée au sein d'une des chaumières ou vivaient les serfs.

Alors qu'une vague de froid traversait le royaume, les serfs s'amassaient dans leurs chaumières, recroquevillés autour du long feu. Certains bâtaient le blé de la précédente moisson, d'autres brassaient la bière, tissaient la laine ou parlaient aux vaches, dont l'étable se trouvait, souvent, attachée au même ensemble que les masures. Les quartiers de viande, séchés et salés, se tenaient suspendus à la charpente des maisons, aux cotés de poissons, d'oignons, de panais, de navets et de divers autres légumes anciens.

L'aisance à la cour royale était sans doute quelque peu meilleure mais ni douce, ni réellement enviable. Bâtit pour la défense, la forteresse de Meltorfahamarr symbolisait la puissance guerrière de son détenteur et arborait une silhouette imposante. Elle était toutefois austère, sombre, froide, à la merci des rats, des courants d'air et de l'humidité. A dire vrai, seules les demeures des plus riches bourgeois de Valborg, orfèvres et trafiquants de reliques, jouissaient d'un mobilier raffiné et d'une vie douce.

Assise sur sa couche, la Reine recevait Ǫrn IV d'Eirland avec l'assentiment de sa Seigneuresse la Dame Hella de Myllaen. Grand, preux et robuste, le Jarl baisa la main de la suzeraine et loua sa fécondité. Marie rétorqua en adulant sa stature, sa corpulence et son allure ursine. L'homme apprécia beaucoup le compliment qui semblait sincère. Tout deux eurent, ces derniers temps, maille à partir avec la remuante Aldviðr II de Hraunvangr et son indéfectible allié le tonitruant Kristján VI de Flagðheimr. La guerre d'héritage que la Reine leur menait semblait s'éterniser. Les combats se succédaient depuis bientôt trois ans sans désigner de réels vainqueurs. Le dit conflit était en outre le deuxième d'ampleur en très peu de temps, après la guerre des Trois Couronnes, ayant été le théâtre de huit sanglantes batailles et d'un nombre infini d'escarmouches, finalement remporté par la reine en novembre de l'An de Grâce 2040. En s'unissant contre leurs ennemis communs, Marie III et Ǫrn IV pouvaient ainsi changer les choses.

Organisée secrètement à l'instigation du chancelier royal, la venue du Jarl, dont les terres se situaient aux extrémités nord-est des monts Heilagrbjǫrg, relevait de la plus haute importance. Une alliance fut suggérée puis âprement négociée. Au final, on s'entendit sur le partage d'égal à égal des domaines ennemis : le Flagðheimr irait à Ǫrn IV et l'Hraunvangr, dont sa mine de cuivre, reviendrait à Marie III. L'acte fut enfin scellé par un mariage: puisque sa fille ainée, la petite Marie, était déjà promise, par union matrilinéaire, à Hjálmarr le Jeune afin de rattacher à terme le fertile Fljótland au domaine royal, et qu'Óláfr, son cadet, renforçait l'appartenance à l'Empire en épousant, au moment venu, l'hypothétique fille qui naitrait à Teodora, Ǫrn IV accepta de marier sa fille Finna, 2 ans, ou son fils Sigrdríf, 1 an, à l'enfant qui grandissait actuellement dans le sein de Marie. A la fin, les alliés s'assurèrent mutuellement de leur honnêteté : la Reine sortit une dague et s'entailla la paume avant de jurer, sur son honneur, de rester fidèle à son serment. Le Jarl l'imita en toute chose.

La suzeraine venait indubitablement d'obtenir un notable soutien, d'autant plus précieux que les coffres royaux étaient désespérément vides depuis neuf mois. Un appauvrissement causé par les guerres ainsi que ses trop nombreuses largesses. Une débordante générosité qui la poussait à doter les humbles beaucoup plus que ce qu'elle pouvait réellement se permettre de donner.
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Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

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Zaldo
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La guerre sans fin (18).
15 janvier 2045,

Au lendemain de l'alliance que la Reine scella avec le seigneur Ǫrn IV d'Eirland, un émissaire parut au donjon et adressa à la suzeraine les éloges du Jarl Bjǫrn de Faarbjarg pour sa future maternité. Depuis sa couche, Marie rendit grâce et manda au légat de transmettre à son bon oncle l'ensemble de son amour, ainsi que toute sa bienveillance. L'échange de sentiments ne fut évidemment guère sincère : Bjǫrn complotait pour assassiner sa nièce [la Reine] et cette dernière s'en méfiait comme de la mer précédant l'orage. On veilla donc à ne pas conduire l'émissaire aux cuisines et à étroitement surveiller ses allers et venues.

Deux jours après son départ, Marie fit belle collation avec du gruau assaisonné au miel, avant de prendre sa couche. A l'heure de matines, elle éprouva soudainement un malaise général. Ses gémissements alertèrent le Roi et, en peu de temps, tout le fort, des servants jusqu'aux chevaliers, en passant par les gardes et les serfs, accoururent à son chevet. La Reine s'y plaignit de douleurs d'entrailles, de vertiges, ainsi que d'une ardeur brulante dans la bouche et le gosier. A Laudes, elle sembla devenir tout à fait folle, prononçant des paroles désordonnées et croyant voir plusieurs milliers de fourmis envahir sa chambrelle, autant qu'une nuée de bêtes monstrueuses dont la redoutable Mara, esprit malfaisant responsable des cauchemars. Elle parut si mal que le Chancelier lui donna le Viatique à la troisième heure après le levant.

Tandis que l'on priait dévotement dans la chapelle, l'examen scrupuleux de l'écuelle mit enfin le Chancelier sur une piste. Revenant au sein de la chambrelle, il administra à Marie d'amples et régulières gorgées d'eau de genièvre. Peu à peu, le mal faiblit et s'estompa complètement en trois jours. Marie fut guérit et le rejeton en son sein bougeait, paraissant en bonne santé. La joie revint et l'on sonna un carillon de remerciement à l'égard du « Haut Seignor Jhesu ». Peu après, l'échanson se présenta auprès de la suzeraine et pleura à ses pieds, honteux d'avoir faillit à son devoir. Marie le releva doucement, le rassura et le fortifia. L'homme jura alors sur son honneur de débusquer le démon qui avait tenté d'attenter à sa vie par la plus vile des manières : le poison.

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Sóma déambulant ces derniers jours.

De son coté, Sóma la guérisseuse sombrait en une lente panique : comment avait-elle pu confondre la Mort aux poules (jusquiame noire) avec le Casque de Jupiter (aconit napel) qui eut été funeste ? Était-ce la faute de l'émissaire qui, durant son séjour à la forteresse, ne manqua pas de la menacer et de rapporter la dangereuse impatience qui gagnait peu à peu le seigneur Bjǫrn de Faarbjarg ? Poussée à agir, la sorcière perdit ses moyens et se trompa de plante...
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Zaldo
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Re: Fenêtre sur le pays

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Chaleureux voyages (2).
21 janvier 2045,

Le pouvoir impérial sis à Pašková, en Radanie, estima qu'environ quinze personnes, tout au plus, s'aventurèrent dans le royaume au cours de l'An de Grâce 2044 du calendrier Grégorien. Depuis, aucun ne donna signe de vie et ne reparut chez lui. Que pouvaient-ils bien leur être arrivé ? Avaient-ils été jetés dans une fosse ? S'étaient-ils énamourés de belles pucelles ? Les destins de chacun divergeaient...

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Un cadran canonial sur une église gothique
dans le Kynjǫrð.

Jan Ptáček, de nation yotvingienne, prépara longtemps à l'avance son expédition au Thorval. Il s'était notamment débarrassé d'objets susceptibles de lui causer de graves ennuis avec des villageois ou les tribunaux d’Église, plus communément appelée l'Inquisition. Il traversa finalement la frontière au mois d'août. Laissé à lui même, en pleine nature, l'homme marcha quelques lieues vers l'est avant d’apercevoir une première église. Celle-ci arborait une architecture romane. Il vit ensuite un moulin à eau, puis une motte seigneuriale, et diverses masures dispersées ici et là. Observant de loin, l'homme poursuivit sa route jusqu'à un embranchement rural où gisait les ruines d'un édifice. L'endroit avait été littéralement incendié et l'enseigne, tombée à terre et recouverte de cendres, marquait ce qui fut une auberge ou une taverne.

Prudemment, Jan rebroussa chemin et croisa un petit cortège de paysannes munit de paniers aux étranges légumes jaunes, terreux, longs, ligneux... Étaient-ce du panais ? Voir des carottes ? L'aventurer aux drôles de vêtements essaya de s'annoncer toutefois son Jernlander fut beaucoup trop académique et citadin pour être comprit. Les serfs n'en discernèrent, à cet effet, absolument rien. Une douce jouvencelle, au yeux d'un bleu profond, s'attarda, de son coté, sur le curieux bracelet qu'arborait l'étranger et le vit, soudainement, changer d'aspect ! Les dames se raidirent et reculèrent aussitôt. Intrigué, le yotvingien resta d'abord coi lorsqu'un terrible frisson lui traversa l'échine : sa montre connectée ! Il avait omis de l'enlever ! « ALTEK ALTEK ALTEK » baragouina-t-il. En vain, les paysannes prirent la fuite. En effet, l'écoulement du temps au Thorval se mesurait par la sonnerie des cloches et les cadrans solaires canoniaux. Mais guère d'horloges automates, aussi humbles fussent-elles.

Le voyageur courut donc vers la forêt. Un furieux tocsin retentit. Ensuite, Jan ne se souvenait plus vraiment. Le soir venu, il se réveilla prisonnier dans une hutte enterrée. Sa montre fut jetée au feu et, quand on le fit momentanément sortir, crut reconnaître un large camps fortifié au milieu des arbres. Une communauté d'écorcheurs. Et le malheureux s'y trouvait toujours en l'An de Grâce 2045...
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Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

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