Fenêtre sur le pays

Dytolie 122-123-128-129-130
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Zaldo
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Et Dieu nous rendit visite (6).
26 novembre 2042, antidaté

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L'Abbaye Nostre-Dame des Ardents vue de l'extérieur.


En un peu plus de trois semaines, des milliers de chrétiens vinrent au Pape dans un déluge de dévotion. Une Foi populaire se nourrissant d'une mystique aux aspects fondamentalement voyants, friande de manifestations extérieures et loin de toute intériorisation. Ainsi, les audiences furent pauvres en conversation mais riches en ferveur avec des fidèles, souvent d'humbles conditions, souhaitant, parmi d'autres, se placer en l'ombre du Pontife, toucher ses vêtements, boire la bière dans laquelle il eut préalablement plongé sa main, gratter la cathèdre de Léon XIV afin d'en récupérer la poudre, dormir une nuit près de lui, récupérer les fourrures couvrant sa couche, se laver en la même eau, etc. Bref, tout objet, tout lieu et toute allée étant entrés en contact avec le Saint Père était instamment investi d'une puissance magique, de vertus miraculeuses et du don de provoquer des miracles (pouvoirs thaumaturgiques).

La salle du Tribunal de l'Inquisition fut donc, des jours durant, pleine de gens venus des quatre coins du royaume. Paysans, serfs, seigneurs mais aussi marchands et bourgeois, pourtant très loin des portes de leur ville. Ces derniers amenèrent quantité impressionnante de dons, parmi lesquels monnaies de bon aloi, orfèvreries, poteries, tapisseries, enluminures, parchemins précieux etc. Le 26 novembre, la rumeur d'un immense groupe de pèlerins conduit par la Reine parvint aux oreilles de Léon XIV. Il ordonna de la faire entrer, tout en revêtant la triple couronne papale. Passant les portes, elle approcha, vêtue d'une robe de pèlerinage, aux cotés de... Teodora Comnène la Byzantine. Comme le monde était petit pensa le Saint Père en la voyant. Quittant sa cathèdre, il s'avança et tendit la main. Tombant à genoux, Marie en baisa l'anneau du pêcheur et prolongea ses marques de dévotion en embrassant également les pans rouges de sa mosette, avant de poser son chef contre la soutane, espérant ainsi bénéficier des forces divines et miraculeuses qui s'en dégageaient. Comprenant la demande, le Pape mit la main sur sa tête, pria et réalisa le signe de bénédiction traditionnel.

Après quoi, la Reine se releva, prit son fils Óláfr dans les bras et présenta ses enfants au Chef de l'Église. La conversation s'effectua par l'entremise de Teodora chargée de traduire et de transmettre les propos.

« La Reine espérerait que Votre Sainteté daigne bien vouloir bénir ses deux jeunes enfants dont voici l'ainée Marie et le petit Óláfr dans les bras de sa mère.
– Nous le faisons avec plaisir, répondit le Souverain Pontife en se penchant sur les enfants, nous vous adressons notre bénédiction, que Dieu vous accorde longue vie, sagesse et force dans les moments de difficulté et modération durant les temps de prospérité.
– La Reine vous en remercie et... se sent très honorée de se trouver en présence du Vicaire du Christ, personne la plus sacrée de toute la Chrétienté, énonça Teodora.
– Nous sommes aussi honorés de faire sa rencontre, assura Léon XIV, et avons entendu beaucoup de choses à son sujet, toutes positives. Il est universellement dit qu’elle est une grande et très chrétienne souveraine, chose rare à notre époque. Nous la remercions aussi pour son hospitalité et sa générosité.
– ... Elle s'en montre plus que ravie car... l'hospitalité représente un devoir impératif au sein de la civilisation norroise... Nul ne peut le bafouer sans en subir de graves et dramatiques conséquences. Cela en est du moins la règle, ici au Thorval.
– L’hospitalité est également une règle d’une grande importance. Hélas, cette règle se fait de plus en pus rare dans le monde chrétien, surtout les Etats chrétiens du Sud. Nous pouvons donc que louer le Thorval pour avoir su préserver cette noble tradition ainsi que tant d’autres. Nous avons été positivement surpris de la ferveur populaire et aussi de la place que tient la Foi dans le quotidien de votre peuple. Le Thorval est bel et bien un royaume chrétien. J’espère que la gouvernance d’un pays aussi particulier ne soit pas une tâche trop épuisante pour Marie.
– Que votre Sainteté se rassure... en dépit des guerres, des machinations, des querelles et des... intrigues, Marie n'entend reculer... devant aucun... péril. Elle n'espère pas seulement survivre, mais aussi... prospérer, oui prospérer !
– C’est très louable et la tâche n’est pas aisée, jugea le Makengais, qu’elle sache qu’elle pourra compter avec notre entier soutien pour sa mission.
– Très Saint Père, la Reine voudrait savoir si vous ne possédiez pas quelques nouvelles sur la situation des chrétiens en Terre Sainte, ainsi que sur l'état dans lequel se trouve Hierosolyme ?
– Elle fait bien de poser la question. Nous avons que peu de nouvelles depuis Hierosolyme depuis la Guerre de Cerulée. Nous pensons qu’il serait une bonne chose de dépêcher une mission à Hierosolyme pour récolter des informations. Si Sa Majesté désire, elle pourra joindre un représentant de la Couronne du Thorval à une mission officielle du Saint-Siège vers Hierosolyme.
– Fort bien, se satisfit la Byzantine, Marie est intéressée et... vient de me choisir comme... députée du trône durant cette mission de la Papauté en Terre Sainte ! Aussi... Votre Sainteté n'a-t-elle connaissance d'aucune hérésie à travers... Miðgarðr [la terre] ? La Reine souhaite vous faire savoir qu'elle... extirpera et anéantira chaque hérésie qui aurait le malheur de se manifester en son royaume.
– Il s’avère que les hérésies sont hélas très nombreuses. Trop nombreuses. Nous avons même entendu parler d’une Confrérie Sanct-Óláfr qui agirait au Thorval. Est-ce que Sa Majesté en a entendu parler ?
– Marie connait la Confrérie et aimerait dissiper vos inquiétudes en vous assurant de sa... fidélité, ainsi que de l'orthodoxie de cette dernière dans la Foi. La Confrérie compte en effet bien des ennemis qui n'hésitent pas à la calomnier.
– C’est une bonne chose à savoir. Les rumeurs courent vite et il est important de dissiper celles qui sont infondées. En tout cas, le Saint-Siège veillera à traquer l’hérésie afin de ne pas la laisser prendre racine dans monde chrétien. C’est un fléau particulièrement dangereux. Nous vous faisons bien évidemment confiance pour assurer la lutte contre l’hérésie dans votre royaume. L’alliance du trône et de l’autel est d’une grande importance.
– Cette alliance... vivra... au Thorval, très Saint Père, et... en votre Curia, avez-vous beaucoup d'adversaires ? Qu'en est-il aussi des nobles du... Gáljǫrð [pays galliques] ?
– Hélas oui, mais nous gardons un oeil vigilant sur eux. Les nobles galliques, hélas, sont une perpétuelle source d’inquiétude pour nous. C'est pourquoi nous envisageons de créer une garde personnelle composée de guerriers de votre royaume. C'est un projet qui est encore à l'étude, mais nous pensons que cela serait une source de sécurité pour notre personne et le Saint-Siège. Qu'en pensez-vous ?
– Des Thorvalois ont jadis, traduisit Teodora, bravement combattu... au service des Empereurs d'Orient [IRL Garde varangienne]. Il serait un honneur... d'en compter... désormais... parmi la garde papale. Marie vous promet d'en faire personnellement la sélection et... de vous en réserver les meilleurs combattants.
– Nous la remercions. Cette aide nous est précieuse. Pouvons-nous l'aider d'une quelconque manière en retour ?
– Oui, la Reine aimerait que vous receviez l'immense foule l'ayant suivit en ce pèlerinage. Elle a hâte de vous approcher et de connaitre vos dons thaumaturgiques.
– Vous pouvez lui dire que ce sera un honneur d'accueillir les pélerins. C'est la raison principale pourquoi nous sommes venus dans son royaume. Nous voulons que le Saint-Siège et les croyants soient en communion » annonça le Saint Père.

Aussitôt, une vague de chrétiens se déversa dans la pièce, dont certains du clan royal, adoptés ou de sang. Ce fut la cohue. De son coté, la Byzantine fut contente de ses efforts d'interprétation. Le vieux norrois n'était pas aisé à traduire, encore moins en direct. Malgré ses quelques hésitations, la discussion sembla s'être bien déroulée.

Écrit avec la coopération de Danton.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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La Byzantine (16).
12 décembre 2042,

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Teodora pensive, la veille, chez Dálkr l'Apothicaire.


Aidée d'une servante, la Byzantine rangeait ses bliauds et autres habits au sein de la malle à pentures de fer forgé en vue du grand départ vers la Radanie. Son destin de souveraine, voir d'Impératrice de l'Empire d'Orient et d'Occident, l'y attendait. Plus les jours passaient et plus la partance paraissait définitive, une perspective qui ne l'enchantait guère. En effet, comment pouvait-elle se réjouir de laisser derrière elle un pays de moines, de guerriers et de paysans, au sein duquel vivaient désormais nombres d'amis, au profit d'une terre étrangère dominée par les banquiers, les industriels et les marchands, fils de Mammon ? Tandis qu'elle maugréait, ruminant sur ce qui l'attendait, un coursier, visiblement épuisé, débarqua en la basse-cour et remis une missive à son nom, scellée par le Grand Joupan Ladislav V. La lettre était rédigée en Latin.
Chère Dame Teodora,

Notre mariage est repoussé au jour de Pâques, voir à la prochaine Saint-Jean. Je suis désolé.
Demeurez à l'abri là où vous êtes, les choses pourraient bientôt devenir très dangereuses en Radanie.
Assurément, une fleur comme vous mérite le plus bel écrin. je vous écrirais au moment venu.

Ladislav V

Un contenu au combien énigmatique qui troubla Teodora, mais qui l'enchanta encore davantage !
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La guerre sans fin (4).
27 décembre 2042,

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Une tour au Thorval, possession de Reistr Ier. Les guerres claniques et féodales se poursuivaient.


Alors que l’étreinte de l'hiver menait généralement à une accalmie dans les perpétuelles luttes féodales, querelles claniques et faides meurtrières, cela ne fut malheureusement pas le cas cette année. L'approche de la Nativité vit le décuplement des accrochages armées et des dévastations localisées. En effet, bien que chaque terre connaissait son lot d'instabilités, celles-ci avaient rarement lieu au même moment.

*

La seigneuresse Aðísla IV de Þyriland dévastait sans relâche les faubourgs agraires de Valborg, véritable ville refuge pour la Bourgeoisie Thorvaloise restante. La Dame harcelait les coursiers [messagers] et détroussait les convois marchands. Lors de l'une de ces attaques, elle exigea au riche marchand Kriströðr Eilífring, père d'Ágáta, de céder l'anneau sigillaire de sa Guilde. Il refusa et en eut la main tranchée, perdant ainsi son précieux insigne. Baptisée guerre de Valborg, Aðísla IV aspirait à chasser les bourgeois et a devenir maitresse de la ville.

*

L'Ost du seigneur Reistr Ier d'Hylliveðrland rentrait au château après avoir saccagé le Haras d'Aptann, massacrant l'ensemble des palefreniers, ainsi que plusieurs destriers appréciés pour leur endurance et leur courage. Seule la paysanne Cecilia, intendante du Haras, survécu en se cachant dans les bois environnants. L'attaque constituait une escalade supplémentaire des tensions, sur fond d'héritages, de ce que les moines nommaient la guerre de l'Avent.

*

Les Jarlar locaux du pays d'Álptfrekigarðr s'affrontaient continuellement sur les plaines de la région, menant jusqu'à sept escarmouches en trois jours. La source de leur querelle, appelée guerre des Percepteurs, était la captation du tonlieu sur le passage d'un petit pont de pierre enjambant la rivière Sancte-Lúcía. Le partage des gains de l'impôt, d'environ 1/10 chacun, était, pour l'heure, refusé par les nombreuses parties engagées. Et les espoirs de paix d'autant plus vains.

*

En représailles de l'assaut contre l'avant-garde escortant le Pape, Marie III pilla le fortin de Flagðheimr (appartenant au Jarl Kristján VI, allié d'Aldviðr II, autre ennemie jurée), emportant massues, haches, mailles et plusieurs tonneaux emplit de flèches. Ne souhaitant pas s'arrêter là, la Reine brûla aussi l'édifice et passa ses occupants au fil de l'épée sauf un, afin de le laisser témoigner du ravage et des conséquences implacables auxquelles s'exposaient ceux qui s'en prenaient à elle. Par la même, l'Église fut vengée. La faide opposant le trône à diverses dynasties régionales ne possédait pas encore de nom.

*


La seigneuresse Nefja II s'était mariée matrilinéairement à Ginnarr, héritier des terres d'Hofland, quelques jours seulement après avoir raflé le jeune homme lors d'une chasse dans la forêt de Gleði. Furieux de s'être fait lésé, le clan adverse contre-attaqua en volant trente moutons à la dame, enclenchant ce qui était déjà appelé la guerre de l'horrible damoiseau.

*


Et plusieurs centaines d'autres conflits locaux, violents ou latents...
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La vie au milieu des champs (24).
3 janvier 2043,

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Le village d'Árni.


Après une rude journée, Árni détacha sa cape et prit place sur une couche non loin du feu. Au sein de la grande chaumière, le Clan circulait ici et là. Certains découpaient et salaient le porc de la récente tuerie, d'autres confectionnaient la bière ou aiguisaient leurs lames avec une pierre. De leurs cotés, les enfants se battaient (jeu). A l'affut dès les premières lueurs, Árni pouvait dorénavant poser sa hache et prendre un repos bien mérité. Comme tout bon Thorvalois, il ne se sentait en sécurité qu'au milieu de son Clan. Et ce sentiment marquait l'ensemble du royaume par delà les rangs : serf, chevalier, paysan, prêtre ou seigneur. Une terre constellée de Thing (appelés wiece, wiec, vieč ou rada par les peuplades slaves du royaume), mêlant insoumission politique et soumission aux coutumes. La base clanique provoquait simultanément deux trajectoires fondamentales : la première allait vers Le-dedans, poussant l'Homme à intégrer la communauté, et à se rattacher à Ce-qui-fut pour devenir Ce-qui-est. La seconde, quant à elle, se penchait vers l'extérieur d'elle même, dans un mouvement profondément rayonnant. Renforcé par le pouvoir de Ceux-qui-ont-été, l'Homme s'attelait dès lors à forger Ce-qui sera en accord avec les Lois du Destin. De fait, les Thorvalois ne se complaisaient que dans l'Action, phénomène qui s'exprimait dans l'Art de la guerre, la conquête de nouvelles terres et la perpétuelle recherche de réputation. Telle était la mystique norroise qui, à maints égards, influençait toujours les Thorvalois, mille ans après leur conversion au christianisme.

« On peut bien s’arranger de n’importe quel chef, mais le mieux serait qu’il n’y en aie pas du tout. » Magnús Þorgrímsson, Chef de clan Thorvalois du XIe siècle, retranscrit en langage moderne.

Magnús Þorgrímsson, dont le Clan peuplait actuellement l'Hervǫrgarðar, visait les Rois et les Jarlar car hier comme aujourd'hui, l'idéal politique tant des Thorvalois que des peuples norrois résidait en une anarchie sacrée faite de Clans indépendants, vivant non seulement en vase clos mais aussi en étroite collectivité. A cet effet, un proverbe local affirmait que si une Reine faible était préférable à un trône vacant, immense source de désordre pouvant conduire à la disparition du monde Thorvalois, un trône vacant demeurait éminemment plus légitime qu'une Reine forte. Ou qu'un Roi. Consciente de la réalité, l’Église voyait dans les Rois et Reine de Thorval une succession ininterrompue de Katechons retenant l'avènement d'une Ère d'effondrement et de néant pire que le Ragnarok. Ainsi, et malgré la faiblesse inhérente à sa position, Marie III constituait une force stabilisatrice par sa seule figuration.
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Une affaire de famille (1).
9 janvier 2043,

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Un messager issu de l'Ordre Hospitalier de Hierosolyme chevauchant en direction de la Forteresse
de Meltorfahamarr.


Assise à l'ample table à tréteaux, la Reine griffonnait quelque chose sur un petit parchemin. A l'image des autres grandes matriarches, elle y était entourée de son Clan parmi lesquels ses propres enfants mais aussi sa sœur Ingiríðr, ses neveux, ses nièces, ses cousins, ses cousines, ses adoptés (où figuraient beaucoup de serfs), ses amis, ses frères et sœurs de lait, ses chevaliers liges, ses guerrières vierges (les fameuses Járnmærar), son Chancelier, etc. Bref, la Salle de la Cathèdre fourmillait de monde. Les petits chahutaient autour de la table, les autres jouaient aux dés, s'entrainaient à l'épée ou se bagarraient à mains nues, tout cela dans un vacarme assez commun. De l'ensemble des personnes présentes, seuls le Chef de la Foi Militante et la Byzantine s'intéressaient aux travaux de Marie. Forte d'une immense toile d'espions, composée d'enfants et de jeunes hommes, elle écrivait visiblement à l'un d'eux. Teodora s'y pencha et aperçut d'étranges caractères comparables aux hiéroglyphes. Voyant sa perplexité, le Chancelier l'avisa aussitôt sur le Fuþark et les vingt-cinq Rúnar qu'il contenait, précisant que la dite écriture cohabitait, au Thorval, depuis environ un millénaire avec l'alphabet latin. Intéressée, la Byzantine demanda si Marie cherchait à monter sa missive en énigme ? Le Chancelier opina et l'aidait d'ailleurs en ce sens. Soudain, l'écuyer royal Valdríkr entra munit d'une lettre apportée par un coursier de l'Église Thorvaloise. Le sceau était celui des Potentats Radaniens. Une demande pressente ?
Chère Dame Marie,

Les bourgmestres et marchands ont trop longtemps opprimé mes peuples pour me voir continuer à garder le silence.
Avec l'aide de Dieu, j'ai décidé de m'opposer aux usurpateurs et de reprendre ce qu'ils ont pillé à ma famille. Ton fils
Óláfr doit s'unir avec la fille qui me naitra de Teodora. Par cette alliance, je te demande de reconnaître la seule légiti-
-mité de mon gouvernement royal et de ne plus traiter avec les Fils du Veau d'Or dont le peuple réclame la tête. Une
fois la victoire acquise, je saurais me montrer généreux à ton égard !

Ladislav V
Le texte était en Latin et fut rapidement retranscrit en vieux norrois par l'homme d'Église. Marie se tourna alors vers Teodora afin d'être avisée sur la Radanie. Allait-elle soutenir le Grand Joupan ou ignorer sa requête ?
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Les beaux damoiseaux (7).
18 janvier 2043,

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L'un des établissements visités dernièrement.


Sous une fine chute de neige, Lofarr traversa la basse-cour au pas, suivit d'un chariot barré de trois autres guerriers. Précieuse, la cargaison se trouvait protégée par une épaisse étoffe de fourrure. Il était également peu avisé de la transporter trop ostensiblement, au risque d'attirer les regards indiscrets. L'homme descendit de cheval et alla annoncer son retour à Marie. De leur coté, les serfs entamèrent le déchargement des tonneaux. Dans la Salle de la Cathèdre, la Reine félicita l'aspirant chevalier et l'envoya prendre un repos bien mérité. Sans néanmoins laisser le moindre indice sur ses sentiments à l'égard de Lofarr, et encore moins concernant sa qualité de soupirant. Pour tout à chacun, ce dernier n'était qu'un garde parmi d'autres et personne ne se doutait de rien. Ravi par les louanges, le fils de boucher/paysan salua sa suzerain et monta faire sa ronde aux remparts jusqu'au milieu de la nuit, avant d'enfin rejoindre sa couche et dormir jusqu'au lendemain.

La mission qui lui avait été confiée fut de récolter le droit d'affeurage pour les tavernes du domaine royal de Fegrðtreland. Celles-ci étaient au nombre de quinze et payaient l'impôt en bière. Le soupirant récolta neuf Tierçons et un Quartaut pour un équivalent métrique d'environ quatre-cent huit litres de bière. Sachant que six établissements ne purent guère s'en acquitter et en furent tout simplement dispenser cette année. Quant aux restants, l'affeurage ne couvrait que 1/20 de leurs tonneaux, 1/10 en période d'importantes guerres, mais jamais plus. Durant un bref moment, Lofarr fut tenté de faire du zèle en fouillant les celliers ou en réclamant davantage aux taverniers, lui permettant de ramener une cargaison plus grosse. Cela aurait néanmoins été contraire aux ordres et nul doute que Marie s'en serait rendu compte, soit via ses espions soit via la colère de taverniers venant se plaindre aux Audiences Publiques. Or, l'homme souhaitait devenir chevalier, un rang qui se gagnait par la guerre (pas d'hérédité) mais aussi par la fidélité. En effet, bien que preux et habiles, bien des combattants ne reçurent, pour avoir désobéi, jamais l'adoubement. Une désobéissance souvent doublée de témérité, jetant le plan de bataille aux orties, souhaitant prouver leur valeur, chargeant pour la gloire, conduisant in fine leur Jarl à la catastrophe. Lofarr ne voulait surtout pas finir ainsi. Il partait de loin et ne pouvait se permettre de reculer. Il devait agir avec raison, courage et saisir chaque opportunité. D'autant que Marie sa bien aimée semblait prête à l'attendre... De son coté, si cela ne tenait qu'à elle, le jeune homme aurait surement déjà reçu la chevalerie et leur mariage annoncé. Cependant, l'on n'adoubait pas sans mérites suffisants et reconnaissances guerrières...
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La Byzantine (17).
23 janvier 2043,

Depuis l'écritoire de sa chambrelle, la Byzantine contemplait, abasourdie, la lettre de Sa Béatitude Theodose III. Survenant du fond des âges, le poids des traditions impériales s'abattit subitement sur ses épaules. A l'image d'Atlas, condamné à éternellement porter la sphère céleste, il incombait désormais à Teodora de lustrer l'Empire et d'incarner sa mission chrétienne universelle. Ointe tant par le Pape Léon XIV que le Patriarche œcuménique, figures de proue des deux Chrétientés, plus rien dorénavant ne retenait Teodora. « Ainsi tout commence » pensa-t-elle. Selon des rumeurs persistantes, la Radanie, terre d’élection pour la Rénovation, sombrait dans le chaos et cela était très bon. L'écuyer royal, Valdríkr, entra et étala sur la couche une grande bannière en lin, annonçant la fin de l’œuvre, après plusieurs longues semaines de labeur. Tissé et teint par sept ou huit servantes, l'étendard répondait exactement aux souhaits de la Byzantine qui en fut très satisfaite.

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L'étendard sur le lit.


L'insigne du futur Basileía Rhômaíôn ou Imperium Romanum reprenait l'ensemble des symboles ancestraux et primordiaux de l'Empire. Figurant au centre, l'Aigle Bicéphale, scrutant simultanément l'Est et l'Ouest, illustrait aussi bien l'Universalité que les liens étroits unissant le Basileus à l'Église, sa cour impériale étant une évocation limpide de la cour céleste où il tenait le rôle de Dieu. L'ensemble était surplombé du labarum de Constantin construit autour des lettres grecques Chi (X) et Rho (P), les deux premières du Christ (Χριστός). Enfin, un Bêta ornait chacun des quatre cotés. Ces derniers résumaient la vocation des Empereurs qui étaient de régner universellement : Basileus Basileon Basileuon Basileusi, signifiant Roi des Rois régnant sur les Rois.

Si l'ensemble du monde promettait d'être ébranlé, la plus importante des batailles, sans doute même la mère de toutes les batailles, se livrera d'abord sur le vieux continent entre deux visions, deux ambitions irréconciliables ; une lutte sans merci entre la Dytolie du Kommandør et la Dytolie de Teodora. Et si Dieu l'entendait, les Chrétiens triompheraient et le païen Magnuss Løvenskiold ramperait devant l'Impératrice, déposant maints dévots baisers sur son pourpre manteau avant de finir castré et de prendre le rôle d'eunuque, humble serviteur de l'Empire Roman. De manière plus pressante, la Byzantine devait pour le moment s'assurer du soutien de Marie à l'égard du Grand Joupan de Radanie.
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La vie au milieu des champs (25).
30 janvier 2043,

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Un petit village du Jörundarholt au centre des attentions.


Une stupéfiante nouvelle se propagea jusqu'aux oreilles du Jarl Klemens IV de Jörundarholt : assaillis par une bande d'écorcheurs en rupture de ban, les villageois de Geitrland, plutôt que de filer en forêt, se défendirent comme des Lions. Leur résistance fut si acharnée qu'ils obligèrent les mercenaires à fuir et à abandonner l'un des leurs blessé à la jambe. Ce dernier était dorénavant retenu prisonnier dans une vieille grange en bois. Devant son entourage, le seigneur fut forcé d'admettre n'avoir jamais envisagé pareille prouesse. Le Bellator se trouvait actuellement embourbé dans une interminable faide, mêlant politique et honneur bafoué, et se confrontait par ailleurs à un inquiétant trafic de monnaies destinées à lever plus de troupes. Il en soupçonnait ses nombreux rivaux – Dísa II de Beinverǫld, ÞóriR d'Æfintýrvǫllr ou l'abbé-mitré Geirvaldr – sans pouvoir les accuser publiquement faute de preuve. A cet effet, le Jarl chargea le capitaine Eiðr de se rendre à Geitrland afin d'y interroger le captif. Peut-être en saura-t-il davantage sur les inquiétantes intrigues qui minaient son fief.

Le village ne se trouvait qu'à une journée de cheval. En route, la troupe traversa quelques paisibles hameaux. L'après-midi, elle croisa des coupe-gorges, fatigués et errant sans but. Leurs réponses ne convainquirent pas le capitaine qui les massacra et décora les arbres de leurs cadavres. En arrivant à Geitrland, le vieux guerrier apprit que les serfs avaient plongé la tronche du prisonnier dans la forge [feu] et jeté sa dépouille en la rivière. Vindieu ! Ventre-sanct-gris ! Complètement hors de lui, le chevalier hurla comme rarement et déversa un flot phénoménal de jurons, expliquant qu'ils auraient du attendre l'enquête avant de se venger, du moins si le captif eu survécu... Finalement, Eiðr soupira et haussa les épaules : au fond, ce n'était pas si grave. Il pardonna aux serfs qui lui offrirent un porcelet pour la bonne route. Ainsi, les problèmes du Jarl Klemens allaient, selon toute vraisemblance, se poursuivre et la fausse monnaie de ses adversaires continuer à lui nuire. Les bandits, quant à eux, y réfléchiront sans doute à deux fois avant de s'attaquer aux villages sans défense. La guerre locale, elle, se poursuivait et promettait encore nombres d'affrontements, d'incendies et de pillages, violant la Trêve et la Paix de Dieu, que l'Église échouait à imposer de facto, alors qu'elle régnait officiellement.
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La vie au milieu des champs (26).
8 février 2043,

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Sjurd le Fort, battant facilement son adversaire.


La salle commune de la taverne était pleine en ce dimanche après-midi. Les serveuses courraient de table en table pour remplir les chopes d'habitués qui buvaient, et buvaient même vraiment beaucoup. Parmi eux, on retrouvait des hommes mais aussi pas mal de femmes, jusqu'aux enfants. Le tavernier fit mettre du bois en l'âtre qui réchauffait le dos et se ressentait aux os. Sa femme cria, simultanément, son pain chaud, son fromage, et ses tripes fumées ! Dans un coin, le serf Filíp, appesantit par la bière, flattait le public et faisait rire aux éclats par ses chansons et contes paillards aux propos absolument obscènes. D'autres, buvant jusqu'à plus soif, réclamèrent les dés et s'affrontaient dorénavant dans des parties où chaque lancée restait effroyablement redoutée. Et ceux qui s'étaient disputés avec Dame Fortune préféraient, quant à eux, se réunir à la table de « Sjurd li Fort », paysan de la région, pour l'affronter au jeu de « Li braz bastaille » [bras de fer]. Le géant avait jusque là vaincu, pour ne pas dire littéralement écrasé, l'ensemble de ses adversaires et amassé une belle somme en monnaie.

Le chevalier Ríkhvatr, présent avec quatre de ses compagnons, en plus de trois gardes, contemplait l'idée de se mesurer au joyeux colosse mais, dans le même temps, ne souhaitait pas faire de grabuge en un endroit où il n'était pas supposé être. En effet, la dame Elíná Ière de Bústaðr n'aimait pas voir ses guerriers à la taverne et leur en avait même explicitement défendu une fréquentation trop régulière. Au fond, au diable tout cela ! Ríkhvatr bondit de son banc et défia Sjurd le Fort, qui accepta sans délai. L'ambiance monta alors d'un cran et s'éleva davantage au fur à mesure du duel. Chacun encourageait son champion et cognait sa chope contre la table. Les deux hommes semblaient de force égale ; la lutte s'intensifia. Le suspense tenait tout le monde en haleine, jusqu'au tenancier... Personne ne lâchait prise et, après en avoir cédé, regagnait aussitôt son retard. Le paysan et le chevalier suaient dorénavant à grosse goutte et se trouvaient tout deux au bord de la rupture. La main de Ríkhvatr s'écrasa finalement contre le bois, voyant le triomphe du Champion Sjurd dans une atmosphère surchauffée et festive. Le chevalier conserva son honneur, mais y perdit son destrier, et n'avait d'ailleurs pas de quoi s'en procurer un nouveau. Oups.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Les fils prodigues (4).
14 février 2043,

Première partie au Kaiyuan ici.
Deuxième partie au Thorval ici.
Troisième partie au Thorval ici.


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Le don bientôt remis à l'Abbaye Nostre-Dame des Prés et son abbé-mitré Lars III.


Gratifiée d'une importante quantité d'or par un mystérieux marchand arrivé récemment en ville, appelé Líknmundr li Debouniaire, la Cité de Valborg se lança dans une notable émission d'Harengs d'Or et d'Argent, constituant, à cet effet, la deuxième création monétaire au sein du royaume lors des cinq cent dix-neuf dernières années. La corporation municipale, dorénavant entièrement dominée par la bourgeoisie revenant d'exil, se servit des fonds pour payer la dame Aðísla IV de Þyriland et mettre fin à la Guerre de Valborg qui dévastait la région depuis des semaines. Une importante partie fut ensuite dépensée dans la réfection des fortifications, ainsi que la construction de trois nouvelles tours à divers endroits stratégiques. Les travaux étaient en cours et promettaient de durer au moins quelques années.

Enfin, plusieurs émissaires partirent vers les campagnes distribuer des dons à l’Église. Ainsi, trois cents Harengs d'Or furent offerts au monastère Saincte-Magga de Lofríkrland pour l'entretien de la chapelle, huit cents autres monnaies à l'Abbaye Nostre-Dame des Prés pour la fondation d'un Hôtel-Dieu sous le patronage de Sanct Jǫrð, cent à l'Inquisition régionale de Ginnheilagrleiðar sise à l'Abbaye Nostre-Dame des Ardents, et quatre cents à l’École-abbatiale Sanct-Hallvarðr qui instruisait les prêtres ruraux dans le nord-ouest du royaume. Toute cette générosité n'était, à l'évidence, pas désintéressée et permettait au Chef des bourgeois, Kriströðr Eilífring, d'être vu sous son meilleur jour et d'espérer, à long terme, l'éclatement d'une controverse au sein même de la Foi chrétienne, poussant à l'avènement d'une théologie moins sévère et plus tolérante à l'égard notamment de la figure du marchand, du veau d'or et du prêt à intérêt. Une intrigue sur le temps long qu'Ágáta, sa fille unique, reprendra après lui et ses enfants après elle. Le patriarche contemplait toujours l'idée de l'infiltrer au sein de la cour royale. Cependant, la Reine Marie demeurait méfiante et s'entourait, comme toutes seigneuresses, de guerriers et de guerrières, non de dames de compagnie, coutume que le Thorval ne connaissait guère, autant que toute forme d'étiquette. Or, malgré son caractère de battante, Ágáta n'était pas née pour les armes. Une disposition qu'aucun maitre, même habiles, ne serait capable d'infléchir, y compris après des années d'entrainement. Kriströðr poursuivait donc ses réflexions et n'avait pas le droit à l'erreur : il aimait profondément sa fille, sa seule et unique héritière, et souhaitait, peu importe le prix, éviter le sort que ses ancêtres connurent en 1602 (butchered, comme disait les Saxons) après Jésus Christ.
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La vie au milieu des champs (27).
28 février 2043,

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Une grande sœur et son petit frère dans le village d'Hǫghtiið (sud du royaume). La première
semblait beaucoup intéresser certains merciers.


La grande cloche sonna les vêpres. Sombre et imposante, s'élançant vers le ciel, l'église arborait une architecture norroise en bois debout. Le toit en vieux bardeaux déployait d'innombrables croix et pignons à têtes de dragon caractéristiques. Les mâts, les chapiteaux, les poteaux et les portails étaient constellés d'entrelacs, de divinités, de personnages et d'histoires venant du fond des âges païens. Ces différents signes agissaient comme une protection magique contre les démons, les catastrophes et les esprits de la nuit. Partie la plus exposée, le coté nord ne disposait, à cet effet, ni de porte, ni de fenêtre. A l'intérieur, le seuil rehaussé, fantôme, servait, lui, en barrière protectrice empêchant les esprits de la nature d'envahir l'église. Les murs étaient, quant à eux, décorés de fresques représentant principalement la vie de saints locaux (Knútr, Anskar, Ketill,...) et de la Vierge Marie, mais aussi un profond abîme duquel apparaissait une vache géante, Audhumla, autant qu'une scène du Christ, à blonde chevelure, baptisant Freya, l'aimable déesse. Malgré tout ces symboles païens, présents avec force dans chaque église et cathédrale du royaume, c'était bien la Croix qui ornait le chœur, le Christ qui habitait l'Autel et que l'on honorait à la Messe.

Les serfs et paysans du village revenaient des champs où ils avaient passé, l’essentiel de la journée, à étaler la fumure et à s'occuper des travaux de jachère. Un drôle d'homme apparut à l'entrée d'Hǫghtiið. Il se présenta comme un marchand de Valborg et proposa aux cheftaines des clans d'intégrer cinq jeunes filles à sa Guilde. Celle-ci les éduquera, les mariera et leur permettra, au bout de quelque années, de revenir à Hǫghtiið pour y faire la richesse de leurs familles. Toutefois, les Matriarches se méfièrent de l'usurier, toujours prompts à acheter céréales à vils prix avant de les revendre chèrement en ville. D'autant que celui-ci était très loin de son foyer. Ressentant toute la méfiance du lieu, le mercier fit alors miroiter une bourse sonnante et trébuchante, de belles et précieuses Couronnes d'Argent, frappées en 1158 A.D par les forgerons royaux. L'une des matriarche dégaina alors sa hache et fit comprendre que les filles n'étaient pas à vendre. Le marchand s'en excusa, prit les jambes à son cou et quitta aussitôt le hameau. Avait-il été trop audacieux ? En tous cas, sa couverture Valborgeoise, de la langue à l'accent, en passant par l'attitude et les habits, lui sembla parfaite. Personne ne risquait de deviner sa réelle identité, ni à qui se dévouait sa loyauté... Son maitre ne venait ni des Cieux Chrétiens ni du Monde Thorvalois mais d'une terre ambitieuse destinée à régner sur le Monde des Hommes.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Langues des Anciens Skadinaves.
1er mars 2043,

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Pierre runique à Mýkjaskgarðr, élevée au XIIIe siècle par le Jarl Mǫrðr II de Djúprdalr
en mémoire des membres de la Garde Thorvaloise (Empire Roman d'Orient) qui ne
rentrèrent jamais chez eux. A l'été 2042, la pierre fut honorée par Teodora. Les
inscriptions s'y lisaient en Fuþark (alphabet runique).


Le Vieux-Thorvalois [Vieux-Norrois] était essentiellement parlé au Thorval. En tant que tel, il ne représentait pas UNE langue mais un large ensemble d'idiomes variant de terroir en terroir qui, eux-mêmes, produisaient des patois variant ensuite à l'infini. L'intercompréhension au sein du Vieux-Thorvalois était donc difficile. A cet effet, l'Université de Jensgard jugea bon de standardiser le Jensgardois afin de doter le royaume d'une langue véhiculaire. Au cours du processus (2029 AD.), le dit idiome se rapprocha du Jernmål aujourd'hui parlé au Jernland. Treize ans plus tard, ses ambitions d'être la « lingua gallica » dans le Monde Thorvalois restèrent lettre morte.

Intercompréhension du Vieux-Thorvalois (dans ses nombreuses variantes) avec le :

1-2 Excellente | 3-6 Très bonne | 7-10 Bonne | 11-20 Moyenne | 20-30 Mauvaise | 30+ Aucune

Modurmale (Ennis) : 10. Bonne intercompréhension. La langue qui se rapprochait le plus du Vieux-Thorvalois.
Jernmål rural (Jernland) : 17. Moyenne intercompréhension.
Jensgardois non-standardisé (Jensgard) : 21. Mauvaise intercompréhension.
Jensgardois standardisé (Jensgard) : 24. Mauvaise intercompréhension.
Jernmål (Jernland) : 26. Mauvaise intercompréhension.
Tötterne (Asdriche, Rabstickel, Nachtal...) : 30+. Aucune intercompréhension.
Zeederlandais (Zeederland) : 30+ Aucune intercompréhension.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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La Byzantine (18).
Du 5 au 9 mars 2043,

Au crépuscule du 5 mars, un chariot richement ouvragé se présenta à la forteresse royale. Le cocher s'y annonça, en Latin, comme l'envoyé du Grand Joupan Ladislav, venant emmener la Dame Teodora vers son avenir en Radanie. Aux aguets, le garde ne comprit un traitre mot de ce que l'étranger venait de lui dire. Balayant l'horizon de son flambeau, il lui intima de « viste s'eslongier y mors ne gaaigniera ».

Le carrosse revint derechef le lendemain, insistant pour voir la Byzantine. Rare latiniste du château, le Chancelier fut appelé aux remparts pour résoudre la situation. Le dialogue commença et s'étendit de longues minutes. Au final et après quelques hésitations, les portes s'ouvrirent. Plus de quanrante jours après son départ, le cocher n'était pas peu heureux de rejoindre enfin sa destination. Son arrivée causa un large attroupement dans la basse-cour qui fut bientôt rejoint par la Reine, son Grand capitaine, et la Dame Téodora. Le slave salua dignement ses hôtes et remis une missive à la Byzantine. Pendant ce temps, les gens lorgnaient sur le luxueux chariot : celui-ci était recouvert d'un fin tissu rouge sur lequel trônait de beaux gallons et un écu inconnu en ce pays. La charrette arborait aussi six vitraux latéraux adroitement conçus. Le bois était doré par endroit et l'intérieur affichait plusieurs bancs rembourrés de plumes d'oie, à coté de merveilleux voiles [rideaux] aux fils d'or.
Chère Dame Teodora,

Au moment où vous lirez, l'écrin que je vous ai promis sera fin prêt et resplendira de mille feux.
Il est grand temps pour vous de venir vivre à mes cotés et de vous familiariser avec vos peuples.
Je vous ai envoyé mon plus magnifique carrosse ; faites confiance au cocher qui est un loyal servi-
-teur. Notre mariage aura lieu le jour de la Saint Jean, la cérémonie promet d'être grandiose.
Dites adieux à vos amis du Nord et rejoignez moi au plus vite à Ábelová où se situe notre nouvelle
demeure.

Ladislav V, en le 17 janvier 2043
On emmena le cocher se sustenter aux cuisines pendant que Teodora annonça son futur départ à la foule. La nouvelle se propagea dès lors très rapidement. Dubitative, la Reine fixa le carosse et eut bien mal à croire que le Grand Joupan envoyât quelque chose d'aussi peu solide. En effet, le minable véhicule ne possédait réellement aucune qualité : il n'était ni bardé de fer, ni construit en bois massif, ni recouvert de meurtrières ; à la place, il n'affichait que de faibles vitraux promettant d'être une aubaine pour brigands et seigneurs ennemis. Et que dire de maigrelettes petites roues qui risquaient de se briser au moindre obstacle ? Enfin, les très curieux voiles ne seraient d'aucune utilité contre les flèches mais serviraient au mieux à se torcher le cul. La remarque royale fit rire l'assemblée aux éclats, y compris Teodora. Le garde Gautráðr, membre de la garnison, voulut ensuite tester la solidité des fenêtres avec sa masse d'arme mais la Byzantine le retint, in-extremis, lui assurant, souriante, que ce n'était pas la peine.

Les jours suivants, la princesse Comnène déploya des trésors de persuasion afin de convaincre Marie de la laisser partir avec « li piteable charrier». Néanmoins, celle-ci demeura inflexible, avant de finalement céder au soir du deuxième jour, acceptant de la laisser partir si et seulement si vingt de ses propres guerriers l'escortaient jusqu'à la frontière. Aux aurores du 9 mars, tandis que le slave s'occupait des malles, Teodora fit ses adieux à Meltorfahamarr. Elle salua chaleureusement chaque personne, partant des servantes jusqu'aux chevaliers, en passant par les membres du clan, les gardes, les paysans, les enfants et les serfs. Elle faillit même mourir sous l'étreinte de Kári le Berserker. Elle remercia ensuite Marie pour son hospitalité, qui lui sauva la vie, et l'étreignit affectueusement. Celle-ci lui remit une dague pour sa protection, autant sur la route qu'en son futur pays, la Radanie.

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Le chariot sur le point de s'élancer...

Les portes de la forteresse s'ouvrirent ; le chariot passa accompagné de l'escorte. Plus mûre et surtout plus aguerrie qu'à son arrivée en août 2041, poursuivie par les sicaires Valdaques, la Byzantine marchait dorénavant vers son destin impérial.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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La vie au milieu des champs (28).
11 mars 2043,

Dans la région d'Ófærrjǫrð, Ullr passait le plus clair de son temps à chasser, pêcher, moissonner, labourer, cueillir et semer. Cependant, il lui arrivait également d'être appelé au château du seigneur ÞórlæifR II afin de construire des boucliers, art pour lequel le paysan était passé maître. Il y disposait même d'un atelier dans la basse-cour, à coté de l'armurerie. Actuellement, Ullr confectionnait un bouclier rond en bois de tilleul, essence appréciée tant pour sa robustesse que sa légèreté. Après l'avoir rembourré de cuir, il s'attelait à la partie la plus délicate : peindre les armoiries du Jarl, en l’occurrence un sanglier rouge en entrelacs sur champs noir. L'animal était une représentation d'Hildisvíni, chevauché par Freya dans les vieilles coutumes norroises. Une fois terminé, le bouclier allait être confié à Róðný la forgeronne pour le cerclage de fer. Si la dite forme était la plus commune, Ullr ouvrageait aussi des boucliers normands et des écus pour les chevaliers [pas tous, certains en portaient des ronds], ou du moins effectuait-il une partie du travail nécessaire. Le jarl ÞórlæifR récompensait son service en dispensant son clan de Taille.

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Faune des campagnes.

Ainsi, trois animaux caractérisaient au mieux le Royaume, apparaissant sur la plupart des emblèmes seigneuriaux et des insignes claniques : l'ours brun, le sanglier et le grand aigle des mers. Le premier jouissait d'un culte païen christianisé célébré les 11 novembre et 2 février. Le sanglier rappelait, quant à lui, Hildisvíni, compagnon de l'aimable déesse Freya, mais aussi Gullinbursti du dieu Freyr. Enfin, l'aigle se rattachait surtout aux traditions des peuples Slovians [polonais, slave occidentaux] et Lutaniens [lituaniens, baltes] vivant respectivement au sud-est et au nord-est du royaume, même s'il pouvait également renvoyer à Hræsvelgr, géant à la forme d'aigle dont les gigantesques ailes formaient un vent glacial qui balayaient le Monde des morts. Son nom signifiait littéralement « l'avaleur de cadavres ». Le privilège dont jouissait ces trois animaux, élevés au dessus des autres, était foncièrement coutumier et sanctionné par aucun édit, dénotant le profond mépris des Thorvalois à l'encontre non seulement du droit roman mais aussi de la loi écrite en général. Teodora risquait, à cet effet, d'avoir bien du mal à légiférer au sein de l'hypothétique Thème des Thorvalois. Au cours de l'histoire, les édits royaux ou seigneuriaux y restèrent souvent lettre morte.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Les beaux damoiseaux (8).
18 mars 2043,

Lofarr s'entrainait rudement dans l'arène de combat/d'entrainement du château. Son adversaire était de grande valeur et semblait à nouveau le déborder ! Essayant de reprendre l'avantage, il lança une haute, mais maladroite, attaque de taille que l'autre esquiva sans mal, avant de lui loger son bouclier dans la face et de l'envoyer, pour la énième fois, au sol sous le rire bruyant des guerriers attroupés. Le jeune ria à tour ; les moqueries, taquineries et petits quolibets faisaient entièrement partie du jeu, quelque chose de très banal. Beau joueur, il accepta la main tendue de son adversaire qui, en le révélant, lui conseilla de travailler ses déplacements et d'être plus patient. Rangeant son épée, elle lui souffla discrètement quelque chose à l'oreille : rendez-vous ce soir dans les entrailles du château. La Reine, sa bien aimée, était décidément très forte et bien au dessus de son niveau. Respectée des plus illustres guerriers du royaume, beaucoup l'estimait même membre à part entière de ce cercle très fermé. Lofarr apprit énormément à ses cotés et en savoura chaque instant, y compris les coups qui furent portés avec moult retenue et bienveillance, assez pour déséquilibrer, mais pas pour briser les dents et encore moins fracasser les crânes. L'entrevue prévue la nuit venue accapara soudain ses pensées. Avait-il montré assez d'Agapé pour mériter l'Éros ? Avaient-ils, lui et Marie, enfin atteint la Joie Commune et le Bonheur Pur indispensables à l'Union Charnelle ? Lofarr était en tous cas impatient de le découvrir.

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L'entrée des cachots.

A la nuit tombée, l'homme croisa Marie à l'entrée des cachots et s'excusa de son retard. La suzeraine sourit et lui fit signe de ne pas s'en inquiéter. Elle le félicita pour ses progrès au combat et l'encouragea à s'entrainer sans cesse. Elle évoqua ensuite la Mêlée de la Sanct Hallvarð, organisée chaque 15 mai par les rois et reines de Thorval à destination des guerriers non-nobles. Vieille de trois siècles, l'épreuve jouissait d'une importante renommée. Et à ce titre, Marie chargea Lofarr de s'y inscrire et de remporter l'épreuve. Prêt à tout pour satisfaire sa dame, le garde accepta et jura sur son épée d'en sortir victorieux. Satisfaite, la Reine lui remis de quoi payer les droits d'entrée et s'en alla. De son coté, Lofarr n'avait plus que sa nouvelle quête en tête et en avait presque oublié ses envies d'union charnelle. Au final, leur relation allait, pour un temps encore, demeurer platonique et faite exclusivement de paroles, de regards, de gentillesses et d'attentions.
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