Fenêtre sur le pays

Dytolie 122-123-128-129-130
Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 921
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Une affaire de famille (4).
24 juin 2043,

Image
Des Thorvalois fêtant la Saint Jean.


En ce 24 juin de l'An de Grâce 2043, les Thorvalois fêtaient la Saint Jean. Pour ce faire, ils dansaient en ronde près des villages, brûlaient des effigies de sorcières, se recueillaient à la messe, vénéraient les reliques, cueillaient plantes et baies médicinales, se baignaient dans lacs et sources magiques, etc. Bref, la piété chrétienne s'y mélangeait allègrement avec les croyances populaires, les anciennes légendes, les vieux mystères ainsi que les traditions matinées de superstitions et de magie. Pourtant, le temps n'était guère partout aux célébrations. En effet, soutenue par quatre chevaliers, la Reine patrouillait le pays de Fjárþvait et y avait repoussé trois attaques de jarlar rivaux. Constamment sur ses gardes, la troupe scrutait scrupuleusement les alentours, les chemins de crête et les massifs forestiers. Leur plus grande crainte demeurait, en dehors des trolls, les guets-apens. Néanmoins, la présence de Marie rassurait les serfs qui pouvaient ainsi fêter la Saint Jean en toute quiétude, sans redouter les coups de main et les méfaits des écorcheurs.

Ils ne réapparurent à la forteresse royale qu'en fin d'après-midi suivant un parcours harassant. La basse cour s'y trouvait apprêtée de fleurs, de courtines rouges et noires ainsi que de bannières religieuses. A peine la suzeraine fut-elle descendue de cheval et débarrassée de son casque que la petite princesse Marie, héritière du trône, afflua vers elle. La prenant affectueusement dans ses bras, la Reine s'enquit sur sa journée, et voulut également connaître ses progrès avec le maitre d'arme. En effet, outre l'enseignement de la Foi, la jeune fille recevait une éducation portée essentiellement sur la politique et l'art de guerre. Ensemble de connaissances et d'aptitudes qui lui serviront, plus tard, à défendre le clan, le trône, ainsi que les pagus sous protection royale. La maitrise de la lecture et de l'écriture venait, quant à elle, bien après. A cet effet, celle-ci était, au sein du contexte féodal, une véritable exception royale face à des Jarlar pour l'immense majorité complètement illettrés.

Après les retrouvailles, Marie rejoignit son Chancelier qui patientait non loin. Sortant deux missives de sa manche, ce dernier lui annonça d'abord son invitation au mariage de Teodora et du Grand Joupan de Radanie, puis la nomination d'un Légat Apostolique au Thorval assortie d'une ligue défensive proposée par le Pape Léon XIV aux pays se réclamant du Christianisme. Il fut ensuite question de la Papauté et de l'Empire Roman, ambition au sujet de laquelle le Chancelier possédait une entente avec la Byzantine. Les évènements récents, les tensions et la rupture Jernlando-thorvaloise en découlaient même fortement.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 921
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

La vie au milieu des champs (33).
29 juin 2043,


Image
Arnórr chantant dans le village de Hljóðrfjara.


Environné de serfs qu'il connaissait, Arnórr le scalde dit « Lingue di Serpens » pinçait les cordes de sa lyre norroise et entonnait un poème depuis le parvis de l'église. Doté d'un rythme enjoué et vivant, chaque vers était ponctué des esclaffements d'une foule aux anges. Et pour cause, l’œuvre mettait en scène l'incroyable vie d'un puissant chef des Eaux Brumeuses du Sud. Glouton, ce dernier n'appréciait rien de plus que les immenses banquets. L'homme mangeait toute la journée, dissimulait de la nourriture dans sa couche, et préférait la compagnie d'une litanie de chevreuils rôtis à celle d'une belle femme. Au final, le seigneur devint si gros que sa bedaine recouvrit la lumière du soleil et qu'un rempart tout entier s'effondra sous ses gargantuesques pas. Le scalde poursuivit ensuite avec d'autres chansons moins satiriques. Le premier poème effectuait, en effet, la satire d'une personnage bien réel, le Jarl Kveld-Úlfr d'Ótamfjara, dont le goût immodéré pour la ripaille, typique des guerriers chasseurs, était régulièrement la cible des satires les plus humoristiques, farfelues et même grinçantes. L'homme ne s'y trouvait toutefois jamais cité explicitement et la critique de ses mœurs dévoyées toujours via des sous-entendus et de manière détournée.

Les traditions de la poésie norroise se prêtaient bien aux dissimulations, étant peu avare en kenningar (périphrases imagées à vocation métaphorique) et en heitir (synonymes peu habituels ou figures de style distinctes mais associées par le sens), le tout dans une constante recherche de prouesses rythmiques et de raffinements en terme d'allitérations, d'accents, etc. En effet, s'ils étaient trop directs, les scaldes et autres poètes anonymes risquaient bien vite de se prendre une hache dans la tête.

Les moines et dignitaires de l'Église se retrouvaient eux aussi pris à partie par les satires. Bêtises, malice, gourmandise, cupidité, convoitise, dépravation sexuel... tout y passait ! La critique des poètes thorvalois vis-à-vis du clergé s'effectuait néanmoins à l'intérieur des valeurs chrétiennes. Leur but n'était donc pas d'affaiblir, de mettre à mal ou d'éradiquer l'Église mais le souhait de voir les brebis galeuses ou égarées se bonifier et purifier leur comportement indigne de Dieu.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 921
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

La Foi militante (18).
2 juillet 2043,

Image
Síðastrbygð était le village le plus méridional du royaume. Ágáta s'y trouvait-il ?
Peut-être que oui, sans doute que non.


Un mois avait (presque) passé depuis le rapt de sa fille et le bourgmestre de Valborg désespérait de n'en retrouver aucune trace. C'était comme si une puissante magie l'eut fait disparaitre dans l'air ! Quel grand malheur !

------


De son coté, Ágáta ne savait toujours rien sur le clan qui la détenait, ni sur le lieu de son incarcération. Enfouit en sa geôle, la jeune fille y perdit peu à peu toute notion du temps, semblant désorientée, déboussolée et au bord du désespoir. Après avoir longtemps été réduite à l'eau et au pain rassis, ses repas s'améliorèrent quelque peu avec du pain frais, une tranche de lard et du saucisson. Un garde lui accorda même une couverture en laine. Le lendemain, un mystérieux prêtre, l'air affable et parlant sa langue, apparut. Que faisait un homme de Dieu en un lieu si sordide ? Celui-ci vint s'assoir à ses cotés et lui annonça que sa pénitence était terminée. Il l'encouragea ensuite à lui confesser ses péchés. Faible et fatiguée, Ágáta entama, sans résistance, une profonde introspection de sa conscience, revenant sur ses actes, ses pensées et ses paroles, regrettant ses nombreuses fautes et implorant le pardon de Dieu. Le chanoine la réconforta et, après l'avoir fait promettre de ne pas retomber dans ses vices, traça un signe de croix et accorda l'absolution.

Baissant le regard, la dame demanda le moment de son exécution. Légèrement surpris, le prêtre secoua la tête et parla plutôt de son père le bourgmestre, du Veau d'Or qui régnait à Valborg, de la corruption, du commerce et de l'usure qui y pullulaient comme les démons de l'enfer. Calmement, Ágáta expliqua souhaiter trahir ni les siens, ni la charte communale. Mais le serviteur de la Foi Militante répliqua, charitablement, que le Christ était venu pour mettre en lutte le fils avec son père, la fille avec sa mère, la belle-fille avec sa belle-mère et que l'on aurait pour ennemis les gens de sa propre maison. Ajoutant ensuite que les bourgeois avaient toujours utilisé leurs privilèges à mauvais escient et que leur joug allait prendre fin. Il l'invita enfin à comparer la femme dans la vie rurale à celle de la vie citadine. La première, même serf, participait aux Þing et y votait parmi les hommes. En outre, les pagus ruraux fourmillaient de suzeraines qui, en tant que Jarlar, jouissaient de la même autorité et des mêmes pouvoirs seigneuriaux que leurs comparses masculins. Était-ce le cas à Valborg, dernier bastion de la bourgeoisie [depuis la prise de Jensigarðr et de Sanct-Þióðgeirr par la Fraternité] ? Certes, les bourgeoises y votaient lors des assemblées mais jamais, au grand jamais, n'occupaient-elles d'offices politiques tels que celui de greffier, prévôt, échevin et encore moins bourgmestre ! Le gouvernement et l'administration municipale y demeurait une prérogative rigidement masculine. Le chanoine laissa Ágáta à ses réflexions et à ses pensées... En plein doutes, la dame s'y trouvait à deux doigts de basculer.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 921
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Une affaire de famille (5).
15 juillet 2043,

Image
Ces derniers jours, la Reine demeura au logis.


En plein milieu des moissons et des troupeaux montant à l'estive, le cour de l'existence à Meltorfahamarr était presque redevenu normal. Il n'y subsistait en effet qu'une garnison de cent cinquante gardes (Járnmærar inclut) et dix chevaliers liges de la mesnie royale. Si la guerre contre le Jernland s'éloignait, les conflits interseigneuriaux, eux, se poursuivaient. Depuis quelques jours, la Reine restait sagement derrière les murs de la forteresse et y tenait des audiences publiques. Un exercice qu'elle trouvait bien moins exaltant que de patrouiller dans les campagnes, affronter les seigneurs rivaux, tendre des embuscades et raser des camps de brigands, mais qui revêtait malgré tout une grande importance. La Reine s'y entretint assez longuement avec le Légat Apostolique à propos des ambitions de la Papauté pour la Chrétienté, ainsi que sur la prochaine Ligue Saint Pierre dont les contours ne cessaient de s'affiner. S'exprimant en Latin médiéval, le représentant s'inquiéta du péril que le Jernland faisait peser sur le christianisme en Dytolie mais aussi de la terrible situation des derniers chrétiens Jernlander, forcés de se cacher, et de la fulgurante propagation des rituels sataniques encouragée par le tyran à Røros.

Après lui s'avança un homme inconnue, jamais vu auparavant. Vêtu de vêtements typiquement slaves, il salua Marie et se présenta comme l'ambassadeur du Veľký Župan Ladislav V. Ensemble, ils évoquèrent l'alliance des deux pays et certains détails de politique matrimoniale. Lui et la suzeraine se satisfirent également des efforts papaux pour conjurer la résurgence inquiétante de la nation païenne, dure, violente, dominatrice, alliée des merciers et des usuriers. Enfin, la Reine s'enquit de Teodora, ainsi que sur l'avancement de la Rénovation Impériale. La menace du Jernland, autant que les bons conseils de son Chancelier, l'avait définitivement convaincu d'accorder Foi et Hommage à la future Autokrateira et de faire de son royaume, une terre d'Empire. A ce titre, la dame présageait de convoquer la HárÞing [haute assemblée] dès cet hiver pour y obtenir, si Dieu le souhaitait, l'assentiment des trois Ordres (Laboratores, Bellatores et Oratores).

Le reste de la journée fut dédié aux affaires purement rurales. Ainsi, Marie réprimanda une truie qui avait grignoté le potager de son serf Sigarr et lui fit promettre de ne pas recommencer au risque d'une punition bien plus sévère la prochaine fois ! En effet, à la suite de Thomas d'Aquin, on considérait que les animaux avaient une âme, bien que différente, et que la frontière entre eux et les Hommes était plus que minime, voir inexistante. Enfin, trois autres parmi ses serfs, Niáll, Elena et Brynhildr, approchèrent et la remercièrent d'avoir mis une raclée aux Unnring (famille de paysans libres), empêchant ainsi le vol de leurs lopins claniques.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 921
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Croisement (2).
20 juillet 2043,

Image
Calvaire/oratoire au bord du lac d'Happsævar.


Retournant à la Sacristie, l'abbé mitré Lars III offrit la bénédiction aux fidèles en les marquant d'un signe de croix. Suivant son appel au « Croisement » contre les infidèles Jernlander, il constata que beaucoup de chrétiens portaient désormais la croix sur leurs tuniques ou sur leurs cottes [robes]. Sa messe de la Sancte Magðalena fut également suivie par une bonne centaine de miliciens des Freres Crestiens du Sanct Nom (Foi Militante) ainsi que par des Chivaliers de la Foy (Ordre de moines guerriers fidèles qu'au Pape), tous prêts au pèlerinage armé vers les lieux saints Jernlander. Ces derniers devaient être libérés et le paganisme renversé.

Le rite thorvalois tirait son socle de la liturgie romane du IXe siècle, telle qu'elle se pratiquait autour de l'empereur, à laquelle vinrent ensuite s'incorporer un ensemble de coutumes d'origine norroises, ainsi que slaves et baltes localement. Si le rite roman évolua constamment à travers les siècles, le rite thorvalois se caractérisait, quant à lui, par un conservatisme stricte et demeurait en grande partie inchangé depuis sa naissance. Confronté, au premier temps de la christianisation, à la rareté des prêtres capables de transmettre le latin, le clergé local créa, sous l'impulsion de Sanct Hallvarðr, le vieux thorvalois d'Église, issus du vieux thorvalois profane, et qui servait depuis comme langue liturgique. De là naquit le chant vieux thorvalois en tant que répertoire distinct, bien qu'il s'appuyait sur les mêmes propriétés que les chants vieux roman et grégorien. Il se chantait, en effet, sur une échelle modale et diatonique, toujours a cappella et à l'unisson, sans accompagnement musical, même humble. Quant aux peuples lutaniens, slovianes et autres slaves du royaume, le rite thorvalois s'effectuait pour eux en slavon.

Au niveau de la messe, plusieurs différences et nuances notables se rencontraient entre le rite thorvalois et l'actuel roman. Le chant d'entrée par exemple se composait de l'antienne d'Introït, suivit d'un psaume entier, puis à nouveau de l'antienne (cérémonie latine : psaume divisé en un ou plusieurs versets alternant avec l'antienne). Le rite thorvalois variait également sur d'autres caractéristiques comme la conservation des séquences (disparues ou presque du rite latin), l'utilisation d'un corporal couvrant tout l'autel, le prêtre mettant les bras en croix pendant l' « Unde et memores » et en croix sur la poitrine lors du « Supplices te rogamus », la procession de l'offertoire et l'offrande des fidèles devant l'autel (cérémonie latine : pas de procession et offrandes remplacées par la quête), l'hostie et le calice élevés simultanément, l'usage d'encens uniquement pour les processions et l'autel (cérémonie latine : aussi sur les personnes), la pratique de concélébrations sacramentelles les jeudi et vendredi saints (absentes du rite latin), l'usage de prières d'offertoire et de communions spécifiques, la présence de dix oraisons en plus d'un nombre variable d'oraisons votives, l'existence d'un Sanctoral fourni, le nombre très touffu (en milliers) de Préfaces etc. En somme, les messes thorvaloises renfermaient les coutumes qui existaient habituellement au Moyen-Age, disparues ailleurs dans le monde, et étaient marquées par une variation sans limite des usages et pratiques diocésains. Ainsi, la liturgie catholique thorvaloise constituait un ensemble de rites locaux et ne connaissait pas la moindre uniformisation.

L'abbé-mitré Lars alla, après la cérémonie, à la rencontre de l'évêque Mikjáll de Jensigarðr et le salua fraternellement. Rivaux exacerbés depuis des siècles, les deux diocèses s'étaient finalement réconciliés grâce à leur engament commun au sein de la Foi Militante. Déambulant près du Chœur, ils discutèrent de la Croisade contre le Jernland, ainsi que de la montée des prédicateurs enflammés au sein des faubourgs, tout autour de la Cité. Pendant ce temps, le Légat Apostolique quittait la forteresse de Meltorfahamarr pour se rendre dans le Nord, inquiet au nom du Pape, des continuelles rumeurs sur des appels à la Croisade.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 921
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Une affaire de famille (6).
27 juillet 2043,

Les Járnmærar arpentaient les lices d'entrainement depuis la levée du jour. Situées dans la basse cour de la forteresse, celles-ci représentaient un champs de terre et de sable entouré d'un enclos de bois. En outre, cinq effigies de paille permettaient aux archers de se perfectionner. Les combattantes s'exerçaient donc âprement entre elles. Fondé en l'An de Grâce 2042, l'Ordre des Járnmærar se composait de dix jeunes guerrières vierges d'origine Westréenne. Équipées d'un gambison, d'une cotte de mailles et d'espalières, elles étaient aisément reconnaissables par leur épées à cinq lobes, ainsi que leurs capes bleues marines. Entièrement dévouées à la Reine, les dames se firent peu à peu au vieux thorvalois et adoptèrent les traditions norroises. Contrairement à d'autres femmes (qui représentaient près d'un tiers de la Chevalerie thorvaloise !), elles n'avaient pas le rang de chevalier, même si Marie n'excluait pas des les adouber un jour.

En début d'après-midi, la suzeraine vint scruter le cliquetis des épées, l'entrainement brutal et les cris haletants de ses guerrières, avant d'appeler l'une d'elle, Hyrsa. La rousse rangea son épée et sauta aussitôt par dessus l'enclos. Marchant ensemble vers l'écurie, la Reine lui confia un rouleau de parchemin scellé de cire rouge et la chargea de le remettre en personne à la seigneuresse Gisela d'Haguigarðr. La lettre relatait de sourdes intrigues politiques et demeurait, à ce titre, hautement confidentielle. La guerrière promit à Marie de ne pas la décevoir, monta en selle et se dirigea vers les portes, bannière en main. De par sa loyauté et sa détermination, la Reine ne pouvait que lui faire confiance, d'autant qu'Hyrsa figurait parmi les rares personnes capables de filer à vingt lieues par jour. La missive devait, de son coté, à tout prix parvenir à Gisela et surtout ne pas se perdre. Elle traitait, parmi d'autres sujets, de la prochaine HárÞing [haute assemblée] et du besoin de faire accepter, notamment aux Jarlar, la future Rénovation Impériale. La dame d'Haguigarðr avait, de par sa puissance, un important rôle à jouer. Cette dernière était, en effet, l'alliée de la suzeraine depuis la mort de son père Ragnarr III, tué par Marie au cours d'un duel en 2041, mettant ainsi fin à une rivalité plus que séculaire. L'entente secrète des deux dames fut révélée quelques semaines plus tard et définitivement scellée à la Nativité par le mariage de Biólfr d'Ellriland, cousin de la Reine, et de Gisela ! La paix et la concorde régnaient depuis entre les deux clans.

Image
Rassemblement d'une LandÞing à l'hiver 2043 dans l'Alrekrheimar.

Revenant vers les lices, Marie rencontra son Chancelier. Épuisé, il lui annonça avoir écrit et envoyé les sept cent cinquante parchemins informant le royaume de la convocation, le 19 décembre prochain, de la HárÞing à la forteresse de Meltorfahamarr. La Reine l'en remercia et le laissa prendre un peu de repos. Le sort en était donc jeté : ce n'était pas une LágrÞing (assemblée provinciale) ni une LandÞing (assemblée de pays) qu'elle s'apprétait à affronter mais bien LA HárÞing, rassemblant les représentants de toute la noblesse guerrière, du clergé et des paysans/serfs. En somme, des gens butés, durs, impitoyables, tonitruants, remuants et querelleurs. Nul doute que la séance risquait, à un moment ou à un autre, de se régler aux jurons et à la volée de coups.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 921
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Les Járnmærar (1).
03 août 2043,

Esquivant l'attaque, Ingríðr parvint a percer la défense de son adversaire et frappa durement à la gorge. Le sang jaillit et se déversa dès lors abondamment. Gravement blessé, le brigand rendit l'âme. La guerrière se retourna et vit que l'un des gourgandins tentait de s'enfuir. Elle ramassa aussitôt une lance et la lui envoya... profondément dans la jambe. Agacée, la Járnmær s'avança et acheva la victime, malgré ses suppliques. Il n'y avait en effet guère de pitié à accorder aux écorcheurs. Soudain, le jeune Lofarr [amant courtois de la suzeraine] reparut derrière, son épée maculée de sang, et une légère entaille à la joue. Il semblait heureux. Plusieurs combattants témoignèrent alors de son courage et il reçut une tape sur l'épaule en guise de félicitations. Ingríðr lança ensuite la mise à sac du camps, emportant orfèvreries, coffrets de monnaies d'argent, épées, poignards, mailles, brassards et tonneaux de sel. Les blessés furent placés sur des charrettes et les écorcheurs laissés au festin des corbeaux. Profitant de la forêt, on attrapa aussi un chevreuil et trois lièvres pour le repas du soir.

Image
Oriflamme accordée par Marie à ses Járnmærar.
Malgré sa mauvaise image, le loup (ici la louve) jouissait
simultanément d'une réputation d'animal noble et courageux.

Sur le chemin du retour, Ingríðr et Lofarr chevauchèrent ensemble tandis que le reste de la troupe chantait à la victoire. La Járnmær veillait sur le jeune homme autant qu'elle l’éduquait au combat. En effet, la Reine avait récemment décidé de le placer sous l'aile d'une de ses meilleures guerrières, chargeant celle-ci d'en faire un brave, un intrépide et un combattant hors-pair, ou du moins solidement réputé. Fils de paysan (boucher), Lofarr jouissait déjà d'un important fait d'arme. Placé à l'avant-garde de l'armée escortant le Pape, il s'était, lors d'une attaque surprise du Jarl Kristján VI, glorieusement illustré et vaillamment défendu face aux soudards ennemis. Maintenant les rangs, il permit l'arrivée des chevaliers et la charge dévastatrice qui suivit. En attendant de prochaines grandes batailles, se frotter aux escarmouches inter-seigneuriales et participer aux raids contre les brigands ne pouvaient qu'être bon pour lui. En plus de servir la Reine, Ingríðr et Lofarr rêvaient chacun de Chevalerie. Deux chemins fondamentaux y conduisaient : le premier requérait de suivre le parcours initiatique classique en devenant Page à six ans, Écuyer à onze et Chevalier vers vingt ans. Le second consistait, quant à lui, à emporter son rang par la bravoure et la prouesse sur le champs de bataille. Selon la multitude, c'était là que demeurait la véritable renommée et la vraie gloire. La dite voie restait d'ailleurs la seule qu'Ingríðr et Lofarr pouvaient emprunter, étant trop vieux (25 et 21 ans respectivement) pour commencer l’initiation.

En arrivant à Meltorfahamarr, la dame aperçut Skjalddís quitter la forteresse en compagnie de l'ambassadeur Drajask. Plus tard, la guerrière apprit que cette dernière se rendait en Orient afin de participer à un tournoi de Chevalerie sous les couleurs de Marie.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 921
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

La vie au milieu des champs (34).
7 août 2043,


Image
A Hásæti en fin de printemps : passage de la herse sur une terre de jachère destinée à recevoir
des semences à l'automne.


Les cloches sonnaient à Hásæti. Occupés à battre les céréales, Tyrfingr et les autres serfs déposèrent les fléaux et partirent en direction de l'église. Pendant ce temps, les enfants poursuivaient la collecte du millier de graines, séparées un peu plus tôt de leurs épis. Quand chacun fut au sein de la nef, Hundalfr « Li Begue », chef de clan, déclara la BóndiÞing [assemblée de village] ouverte. Les discussions se déroulèrent comme souvent dans le grand bruit et sans le moindre ordre. Les villageois y évoquèrent principalement l'avancement des moissons, l'état des grains récoltés, certaines querelles concernant la possession clanique, ainsi que la bastonnade qu'ils espéraient tous donner à Refill le meunier. Enfin, il fut aussi question des nombreuses violettes qui envahissaient les prés communaux du hameau. Suivant moult délibérations, l'assemblée décida d'en récolter la plupart et de les remettre à Alfhildr l’Apothicaire contre dix potions d'absinthe et quinze décoctions diverses. Une fois la BóndiÞing refermée, chacun retourna au battage des céréales. En vérité, le champs de fleurs, que les serfs possédaient bien malgré eux, constituait un véritable trésor. Poussant dans les prairies et sur le bord des chemins, la violette odorante était très demandée et considérée comme une plante magique aphrodisiaque. Ses fleurs mêlées à celles de la valériane, plongées dans une préparation à base d'hydromel et de sève de hêtre, chauffés pendant trois tours, demeuraient d'une remarquable efficacité pour stimuler le désir !
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 921
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Gisela d'Haguigarðr (1).
12 août 2043,


Image
Gisela d'Haguigarðr entrain de recevoir Hyrsa.


Gisela brisa le sceau et prit connaissance du parchemin. Pendant ce temps, le père Patrekr, chapelain de la forteresse, mena la guerrière Hyrsa (issue des Járnmærar) aux cuisines pour se sustenter après sa longue chevauchée depuis Meltorfahamarr. La messagère fut très bien reçue et ne pourra, à cet effet, témoigner que de la bienveillance des gens de Suðrvindr. Depuis sa cathèdre, Gisela eut un bref conciliabule avec son Chancelier avant de l'envoyer rédiger sa réponse à l'écritoire. Celui-ci n'était d'ailleurs pas n'importe quel clerc, formé dans une quelconque école-abbatiale, mais un important membre de la Foi Militante. S'insinuant d'abord discrètement par la poterne, la Confrérie Sanct-Óláf améliora peu à peu sa position au sein de la cour grâce à la profonde piété de Gisela.

En fin de matinée, la dame abandonna ses serfs et partit en expédition à Skútaðar afin de punir un vassal récalcitrant, remuant et très brutal, y compris pour les mœurs thorvaloises, pourtant bien moins regardantes sur ces choses qu'en d'autres lointaines contrées. La Dame revint le soir et, tout en berçant son fils à la nourricerie, repensa à la missive reçue le matin. Les intérêts de son clan convergeaient parfaitement avec ceux de la Reine dans les conflits de succession qui secouaient actuellement les provinces d'Hágarðr, de Myllaen et d'Ùlfrskógr. Les lettres de Marie constituaient, à cet effet, un prodigieux condensé des luttes implacables qui se jouaient au Thorval pour, pêle-mêle, agrandir ses terres ou simplement survivre au milieu du chaos. Intrigues, ruses, complots, trahisons, empoisonnements et massacres, la fin justifiait les moyens et agir d'après sa conscience restait un luxe que peu pouvait se permettre. L'instabilité politique régnait ainsi en maitre et un seigneur pouvait, suivant un simple mauvais choix, perdre de son lustre du jour au lendemain. A ce titre, les mariages morganatiques pénétrèrent les coutumes au XIIe siècle et devinrent peu à peu la règle, nécessité faisant Loi.

En tant qu'alliée du trône, Gisela assistait de près aux manœuvres de Marie, secrètes et complexes, impliquant un nombre incalculable de protagonistes, de factions et d'intérêts contraires, que le plus éminent savant ne saurait ni démêler, ni réellement comprendre l'ensemble des tenants et aboutissants. La suzeraine s'attelait, entre autres coups, à nouer de profitables alliances matrimoniales, exciter des vassaux contre leurs Jarlar, retourner des personnes travaillant pour ses adversaires, susciter les révoltes paysannes chez des grands tout en les assurant de sa bienveillance, etc. L'alliance entre les deux dames étaient solides, renforcée autant que se peut, par le mariage de Gisela avec Biólfr [cousin royal], alors que leurs mesnies regardaient chacune d'un bon œil les rumeurs de Rénovation Impériale. La dernière missive évoqua ainsi longuement la dite question et résuma les efforts du trône pour emporter le soutien des Jarlar. De son coté, Gisela travaillait pour s'assurer d'être à la tête des Bellatores lors de la HárÞing [Haute Assemblée, États Généraux] du 19 décembre prochain.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 921
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

La guerre sans fin (6).
18 août 2043,

Image
La place forte d'Halfburinn II.

*

Le seigneur Halfburinn II de Sævarland était un despote notoire et ne tolérait pas la moindre contradiction, qu'il assimilait à la trahison. Maladivement paranoïaque, il enviait l'un de ses chevaliers, Hróðbjartr de Illviðriborg, et lui prêtait d'innombrables mauvaises intentions. Constamment tourmenté, le tyran décida, durant l'été, de le faire assassiner. A cet effet, le conjuré fit, en la proche église Sanct Nikolás, oindre de poison la nappe d'autel que le chevalier aimait baiser à la fin de la messe. Le complot eu lieu le lendemain mais échoua misérablement. Ce fut, en effet, l'épouse du vassal, l'envoutante Marie, qui succomba après maints jours d'atroces souffrances. Désespéré, le veuf sombra alors dans un grave abattement, au point que l'on redouta qu'il ne s'occis soi-même et ne perde son âme immortelle !

Le triste Hróðbjartr eut par la suite connaissance des méfaits de son Jarl. Sa peine se changea alors en colère et il jura de venger la mort de sa mie. Un matin, le chevalier envoya trois de ses hommes voler une bannière au château de Sævarland. Provocateur, Hróðbjartr l'a fit piétiner par son puissant destrier et déversa une prodigieuse quantité d’excréments puisé dans la fosse à garde-robe [latrines]. Enragé par un tel comportement, Halfburinn sortit, armé et accompagné, afin de punir le félon. Par la ruse, ce dernier l'attira où il désira et, soutenus par sept gardes, tomba sur le despote, abandonné des siens qui préférèrent, de leur coté, fuir vers Sævarland ou entrer en rupture de ban. Le Jarl reçut une punition digne de l'animadversion du Ciel et de la Terre réunis. Transporté de rage, Hróðbjartr lui abattit la main droite d'un seul coup de hache et lui assena ensuite un autre coup sur le crâne. Alors qu'il s'effondrait, l'époux furieux frappa de nouveau au même endroit, faisant jaillir la cervelle du seigneur sur le pré. Quelle terrible manière de quitter ce monde ! Épouvanté du sort de son mari, Freyja prit le contrôle de la régence au nom de son fils Halfburinn le Jeune. Toutefois, emporté dans son élan, Hróðbjartr contesta la décision et s’apprêtait en le 18 août de l'an de Grâce 2043 à prendre le château de Sævarland par les armes.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 921
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

La guerre sans fin (7).
23 août 2043,

Image
Le moine Bjarnharðr dans l'apothicairerie de son abbaye.
Considéré comme un saint de son vivant pour le rôle qu'il joua
lors de la chute du tyran Teóbaldr.

*

Teóbaldr était le prevost du Jarl Goðþormr III/Bogumir III [selon celui ou celle qui s'adressa à lui, norrois ou slave] de Byrrland depuis plusieurs décennies. A la tête de trois percepteurs, sa tâche consistait principalement à collecter l'impôt au sein du domaine. Cynique et cruel, l'homme s'attira rapidement l'antipathie des serfs et du clergé. Intensifiant les avances à son égard, il s’aliéna également les faveurs d'Anní, l'épouse de Goðþormr. Dans la fleur de l'age, celle-ci tomba un jour gravement malade et l'on ne put trouver de physicien ou de guérisseur qui connut la cause de son mal et susceptible d'y apporter un remède. Affligée, la dame trépassa dix jours plus tard. En juillet de l'An de Grâce 2043, un moine se rendit à l'Abbaye Sanct Jensi de Byrrland, siège de l'Inquisition régionale, et confessa avoir vu et entendu Teóbaldr s'adonner, vers l'époque de la mort d'Anní, à de monstrueuses sorcelleries. Après discrètes enquêtes, les sergents ecclésiastiques se saisirent du prevost et le déférèrent devant l'Inquisition où il fit face à dix chefs d'accusation, notamment de s'être laissé aller à des actes damnables et dignes d’exécration, en trempant, à sa honte, et pour la perte de son honneur et de son salut, aux œuvres malignes des sortilèges.

L'accusé nia avant de céder face au poids de sa conscience, et de se vanter d'avoir appelé à lui en secret un homme possédé de l'Esprit Malin qui lui conta l'art d'invoquer les démons. Une après-midi, Teóbaldr convoqua donc l'Homicide qui lui révéla comment se venger de la dame Anní. Tel un fils d'Iniquité, il écouta les conseils du diable et se rendit la nuit dans une forêt où, vêtu par dessus ses habits d'un rochet de grosse toile, il fit confectionner une effigie de cire baptisée du nom sa victime. Il piqua alors l'image une première fois et, au même moment, l'épouse du Jarl se sentit mal. L'affreux personnage poursuivit ses méfaits les nuits suivantes avant de briser la figure, la fouler au pied et de la jeter au feu brûlant. Quand elle eut été consumée, Anní expira. Convaincu de sorcellerie et de commerce avec le Démon, Teóbaldr fut alors remis au bras séculier. Mais le 23 aout, au jour de sa cession, un prêtre de la Foi Militante souleva les serfs qui, assoiffés de vengeance, se dirigèrent vers l'honni prevost et le massacrèrent par cent vingt trois coups de fléau ! Pour s'assurer de son trépas, un garde lui enfonça son poignard dans le cœur, preuve des nombreux mécontentements que celui-ci engendra pendant des années. La paix de Dieu revint ensuite à Byrrland.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 921
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

La Foi militante (19).
27 août 2043,

Image
En face de l'entrée de la crypte : gisant du premier évêque de Valborg,
« Rachion l'Estranger », sculpté au XV siècle.


Deux lunes après avoir subit le rapt d'une faction inconnue, l'héritière du bourgmestre de Valborg, la jeune Ágáta, reparut soudain de ses mésaventures, au grand soulagement de son père, désespéré de recroiser un jour son regard. La dame parut heureuse et en bonne santé, bien que sommairement affaiblie et vêtue d'une rustre cotte de paysanne verte ! Le soir même, le clan et les échevins festoyèrent grandement pour son retour. Quelques jours plus tard, Ágáta se confia sur son calvaire au père Karl de l'église Sanct Sandarr, qui alla aussitôt rapporter le récit au chef de la Cité. Celui-ci apprit que sa fille fut attaquée et prise par des bandits, préparés à la violer et à lui faire endurer mille sévisses, avant d'enfin réclamer une rançon. Retournant, butin en main, à leur maudit repère, les voleurs tombèrent sur trois chevaliers errants. Un combat très sanglant s'engagea et prit fin à l'avantage des justes, libérant Ágáta, et la confiant ensuite à un pieu et humble monastère, isolé des chemins et à l'abri des terribles soubresauts du monde thorvalois. Les moines la soignèrent, l'habillèrent et prirent soin d'elle avec charité. Ils prièrent pour son âme et nourrirent abondamment sa Foi, avant de la laisser rejoindre sa destinée manifeste au service, non de sa propre Volonté, mais de celle de Dieu. Kriströðr Eilífring remercia le Seigneur d'avoir protégé son enfant de la méchanceté des brigands.

Quelques jours plus tard, alors que le bourg se trouvait toujours dépourvu d'évêque, faute aux querelles au sein du chapitre, le chanoine Palli, homme des bourgeois pour s'assoir sur la cathèdre épiscopale, fut accusé d'être l'amant de Bríet, l'épouse du boucher Agviðr qui se trouvait aussi être le premier juré de la puissante Guilde des Bouchers de Valborg. Le clergé y vit d'odieuses calomnies lancées par une quelconque personne malveillante. Cependant, à force d'être chuchotée, la rumeur se propagea vivement aux oreilles de tout le monde. Les chanoines décidèrent alors nécessaire de la discuter afin que leur frère ne restât pas sous le coup d'une si grave inculpation. Pour son propre bien, ils choisirent de l'éloigner de l'air vicié du bourg et de l'enfermer de force au sein d'un lointain monastère.

Le 27 août de l'an de Grâce 2043, les cloches de la Cathédrale sonnèrent à la volée. Le chapitre était enfin parvenu à choisir un évêque, le très pieux père Úfeigr... Vive Úfeigr de Valborg ! Le légat apostolique fut aussitôt avisé afin d'en informer le Saint Père et obtenir de sa part l'impérieuse consécration épiscopale.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 921
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Une affaire de famille (7).
2 septembre 2043,

Tandis que la Reine s'illustrait vaillamment au combat contre son voisin Kristján VI de Flagðheimr, et luttait aussi en intrigues pour s'assurer des soutiens à la HárÞing [Haute Assemblée, États Généraux], un homme aux oripeaux, sans doute un ermite, se présenta humblement à la cour et lui offrit un vieux parchemin de grande valeur et de haut savoir ! L'enluminure montrait deux peuples, montés sur de robustes bateaux, et dont l'un, tels les chaudrons de poix déversés sur les assaillants d'un château, étendait, par illustre prodige, un inimaginable feu vers ses adversaires. La sapience s'y trouvait hélas apposée en ancien langage hellène et personne, en l'absence du Chancelier, pérégrinant au mariage de la princesse Byzantine et du despote slave, ne fut capable de la saisir. Était-ce le feu incandescent et ravageur que les ancêtres norrois, surtout thorvalois, rapportèrent de leurs voyages et services auprès des maitres de Miklagarðr [Constantinople], les Empereurs d'Orient ? Ce Grégeois était-il davantage qu'une légende oubliée ? L’ermite fut de son coté convenablement nourrit et il put les jours suivant repartir vers la forêt où se déroulait habituellement sa vie solitaire d'oraisons.

Image
Le précieux manuscrit de l'ermite.

Une telle arme, correctement possédée et domptée, confèrerait à la Reine un privilège incontestable. Son esprit divagua alors à imaginer les réactions stupéfaites qu'une démonstration à la HárÞing provoquerait, forçant seigneurs et seigneuresses récalcitrants à se ranger à sa position vis-à-vis de la Restauration impériale. Le déluge de feu, telle la Colère Divine, enfermait également en lui la terrible conséquence de tuer des milliers de guerriers en un seul instant et de retourner, ce faisant, la fortune et le sort d'une bataille. L'idée ne resta néanmoins guère longtemps et sortit pressement de ses pensées car il n'y avait point d'honneur, de valeur et encore moins de vertu à se battre munit d'autant de couardise. Le Grégeois demeurait toutefois fort utile afin d'impressionner les gens à la haute assemblée. A cet effet, Marie manda ses serviteurs de partir vers les monastères, abbayes et importants lieux de sapience afin de ramener les secrets de la concoction à son apothicaire Dálkr. Les recherches se révélèrent cependant infructueuses. La Suzeraine se tourna dès lors vers sa bonne amie Teodora qui, en tant qu'hellène, en savait surement beaucoup sur les pratiques de ses glorieux ancêtres. Un parchemin confidentiel fut ainsi envoyé à son attention cinq jours après la fête de Saint Augustin de l'An de Grâce 2043 (2 septembre). Le manuscrit remit par le providentiel visiteur fut quant à lui précieusement gardé là où nul autre pouvait le dénicher. Il ne devait, sous aucune justification, être partagé, au risque de tomber entre de mauvaises mains.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Avatar de l’utilisateur
Zaldo
Messages : 921
Inscription : 03 févr. 2020 14:12

Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

La guerre sans fin (8).
7 septembre 2043,

Image
Sur les bords de la mer des crabes, un personnage faisait son retour.

*

Tandis que les labeurs de la terre prenaient fin, un homme de haut lignage siégeait en son Grand Skáli. Sise sur les rivages rocheux et escarpés de l'Atsetagarðr, au confins nord orientaux du monde thorvalois, la bâtisse comprenait une radieuse salle du trône, absolument sans pareil, dont les murs étaient ornés d'entrelacs et de fresques parés d'or qui contaient tant les légendes des peuples thorvalois, que la généreuse épopée de son clan personnel. Aux voyageurs de passage, il disait être Aðulfr le Mauvais en personne, celui là même qui unifia par le sang, les massacres et la guerre, les cent onze petits royaumes thorvalois, avant que sa vaniteuse œuvre ne disparaisse dans le chaos de l'hiver 980 A.D par un juste châtiment de Dieu. L'homme prétendait s'être, au début de l'été, réveillé à coté de sa vieille épée, au fond de son tertre funéraire, s’élevant dans le Nýráðrland, avant de parvenir, grâce au soutien de Sanct Knútr, à déjouer les embuches du démon et ressortir vivant, animé de la Grâce, des profondeurs de la terre ! Son destin, répétait-il, était désormais de restaurer la paix parmi les clans norrois, slaves et baltes, pour les réunifier sous un même joug et les gouverner tous éternellement par une même Loi.

Doté d'une rare éloquence, comme s'il s'eut enivré de l'hydromel poétique, le revenant pouvait déjà s'enorgueillir d'une vingtaine de guerriers prêts à le suivre en sa quête, notamment parmi les vassaux mécontents du Jarl Magnús III d'Hǫrgrvǫllr qui s'estimaient injustement traités par leur seigneur après l'avoir plus qu'honorablement servit, et vaillamment combattu à ses cotés. La rumeur du retour d'Aðulfr le Mauvais se propagea bientôt très au delà des frontières de l'Atsetagarðr, atteignant les berges du fleuve Ǫlfossá, prenant sa source dans les hauts sommets des Heilagrbjargen et serpentant notamment en les verts terroirs du Miðgarðr, au cœur du royaume. Égayés ou fort intrigués, personne n'osa encore remettre en question le retour de l'antique roi qui, d'après les gens de sapience, se comportait exactement comme tel en tenant une cour, en possédant des guerriers, en écrivant aux Grands, et en étant animé d'un caractère étonnamment identique. Il ne pouvait à l'évidence guère s'agir d'un imposteur. Le 7 septembre de l'An de Grâce 2043, Aðulfr le Mauvais chargea l'un de ses chevaliers de remettre une missive, dans la région de Meltorfahamarr, à celle qui se prétendait Reine afin d'obtenir sa soumission, ainsi que de celui de son clan. Pendant ce temps, Magnús III, ennemi du revenant pour s'être fait subtiliser ses guerriers, fourbissait ses armes et ourdissait sa vengeance.
Image
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

Répondre

Revenir à « Thorval »