Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques et historiques du Liang

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Frederick St-Luys
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Re: Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques et historiques du Liang

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Thèmes: Les conquêtes Syires ; les symboles du pouvoir

Durant la douzième année du règne du Grand Khan Khalagaï, Seigneur du Monde, alors que l'armée assiégeait la ville de Veh-Nurshagir dans le pays de Zarsistan, aux extrémités du couchant de la Grande Mer Intérieure, des étrangers se présentèrent au camp, porteurs d'un message et de cadeaux pour lui.

Lorsqu'il entendit cela, le Seigneur du Monde fit s'avancer dans sa yourte les messagers. Ceux-ci provenaient des régions lointaines de Moristan, que l'on nomme les terres fumeuses, et apportaient un anneau d'or gravé de symboles de puissance. Parmi les peuples du couchant, il est coutumier pour les rois et les chefs de porter des anneaux dorés et des couronnes du même métal, car leur pouvoir repose sur la cupidité et la vantardise.

Un homme de grande noblesse était chef de cette délégation. Après s'être prosterné, il déclara:

"Seigneur Grand Khan, mon souverain m'envoie vers-toi en pleine humilité, porteur d'un symbole de puissance. Par cet anneau unique, tu domineras tous les hommes, et ta noblesse sera reconnue entre tous."

Le Seigneur du Monde se fit apporter l'anneau, et l'examina. Il le trouva insuffisant, et le rejeta. Il demanda à l'homme:

"Tu m'apportes un tribut, mais tu tais ton nom, et celui de ton maître. Viens-tu pour m'apporter la soumission d'un roi ou d'un mendiant sans nom?"

L'homme se présenta comme un dénommé Borgu, serviteur de Zaran. Il reconnut que son maître ne l'avait pas chargé de donner sa soumission, seulement de faire parvenir à cadeau au Grand Khan. Ce dernier répondit alors:

"Par le pouvoir de Tengri, tous les royaumes sous le soleil appartiennent au peuple Syir. Par la volonté de Tengri, je commande à dix mille tumen, et aucun mur ni aucune mer ne sauvera les rebelles qui prétendent rejeter l'ordre juste de l'univers. Cet anneau n'est qu'un bijou, un jouet. Suis-je une concubine que ton maître entends apaiser? Un enfant dont il recherche la sympathie? Repars, Borgu, de là d'où tu viens, et fais savoir à ton maître qu'il doit venir le cœur sincère se prosterner devant moi, car, s'il refuse la volonté de Tengri, il sera l'ennemi du peuple Syir, et sa lignée s'éteindra."

Suite à cela, le Seigneur du Monde fit placer l'anneau dans la nourriture d'une truie, et ordonna qu'elle fût jetée depuis un navire dans la Grande Mer Intérieure.
    Extrait de l'Histoire Secrète des Telenge (milieu du XIVème siècle). Vie de Khalagaï Khan (1227-1242), deuxième Grand Khan

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    Frederick St-Luys
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    Re: Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques et historiques du Liang

    Message par Frederick St-Luys »

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    Thèmes: Légendes traditionnelles de la steppe:
    La légende de Yarik Teg Khagan et de Tegra, la Bête aux Sept Têtes

    Durant le règne du Seigneur du Monde, le Grand Khan, Yarik Teg [r. 1242-1246], fils de Khalagaï, fils de Djaghataï, Conquérant du Monde, une immense calamité s'abattit entre les Quatre Extrémités de la Terre. Les malédictions des peuples rebelles et les invocations des sorciers malfaisants avaient fait jaillir du sol Tegra, la Bête Abominable aux Sept Têtes, qui ravageait les steppes.

    Le Grand Khan avait autour de lui dix mille savants, philosophes, hommes saints et moines de tous les peuples soumis, qui avaient rejoint la horde durant les glorieuses entreprises de Djaghataï et de Khalagaï. Le Seigneur du Monde, après avoir rassemblé de nombreux Tumens*, les fit s'avancer dans la yourte impériale, située sur la colline de Talang Khur, et leur tint ce discours:

    "Mes terres sont ravagées par Tegra, la Bête aux Sept Têtes. Son souffle impur détruit les troupeaux, ses griffes anéantissent les récoltes, ses yeux effraient mes chevaux. Vous qui êtes les plus sages de mes sujets, je vous ordonne de me révéler la manière de détruire ce péril!"

    Les savants débattirent entre eux. Le premier s'avança: il s'agissait de Luo Gonzi, un docteur de grand talent chez les Liang.

    "La Bête aux Sept Têtes est née d'un déséquilibre de l'univers en faveur des énergies yin de la terre. Le rituel des trois portes rétablira l'équilibre, et fera disparaitre la Bête."

    Le Grand Khan ordonna que Luo Gonzi fût escorté hors du camp, où il effectua le rituel des trois portes. La Bête aux Sept Têtes n'en souffrit pas, et déchiqueta son corps.

    Ensuite, ce fut Zakaria, qui était un chamane des chrétiens, qui s'avança.

    "La Bête aux Sept Têtes est l'émissaire du Grand Ennemi, comme le décrit le Livre Saint. Mais le dragon impur sera impuissant face à la croix."

    Le Grand Khan ordonna que Zakaria fût escorté hors du camp, et qu'il chassât avec l'aide de la croix la Bête Tegra. Celle-ci n'en souffrit pas, et déchiqueta son corps.

    Ensuite, ce fut Nandapala, le grand professeur de l'école du Soutra de la Suprême Perfection, qui s'avança.

    "La Bête aux Sept Têtes est l'avatar affamé de Mara, qui est opposé à l'établissement du dharma. Il ne peut être vaincu que par celui qui a atteint l’Éveil."

    Le Grand Khan ordonna que Nandapala fût escorté hors du camp, et qu'il bannisse la calamité. Celle-ci n'en souffrit pas, et déchiqueta son corps.

    Or, pendant que la Bête dévorait les sages, le Grand Khan avait ordonné à son général, le valeureux Gokshud Noyan, de rassembler les guerriers, et d'édifier un barrage de cinq-cent aldes de long [plus d'un kilomètre] et de dix aldes de haut [plus de douze mètres], retenant les eaux du fleuve Hulug Gol. A l'instant de la mort de Nandapala, une très grande quantité d'eau s’était accumulée. Alors, le Seigneur du Monde il ordonna que soit ouverte brèche: une immense crue s'abattit alors sur les steppes, et balaya devant elle la Bête aux Sept Têtes, qui ne fut jamais revue.
    Notes sur la Légende de Yarik Teg et de la Bête Tegra:
    Cette célèbre légende Telenge remonte au moins jusqu'au XVème siècle dans sa forme complète, mais certains de ses éléments proviennent de sources bien plus anciennes. Le motif de l'interrogation des sages de la cour est visiblement emprunté à une littérature légiste et moyiste liangoise déjà ancienne à l'époque des Grands Khans, de même que celui de l'échec des sorciers et religieux à résoudre les problèmes des monarques.

    Le personnage du chrétien Zakaria a été rapproché de l'archevêque orthodoxe Zakarie, qui avait été enlevée après le sac de sa ville par les Syres en 1237. Il semblerait également que le personnage de Nandapala possède des bases historiques, même si aucune école du Soutra de la Perfection Suprême n'est connue.

    L'identité de la Bête aux Sept Têtes fait elle débat parmi les spécialistes. Ölgumur Tarkug postule dans la Revue de Philologie Liangoise qu'il s'agirait d'une métaphore, servant à désigner la peste noire, qui ravage à l'époque de nombreuses possessions de l'empire Syiro-Telenge. Les auteurs de l'école littéraire traditionnelle y voient une image des querelles dynastiques, qui ne cesseront de dévorer de l'intérieur l'empire, jusqu'à sa partition définitive à la fin du XIIIème siècle. Enfin, les milieux ésotériques associent traditionnellement Tegra avec certains démons des folkores liangois ou abrahamiques.
      Extrait de l'Encyclopédie des Légendes et du Folklore des Steppes, de Surguul Kokomur, 1998.


      *: Tumen: Unité de 10.000 soldats de l'armée Syire puis Telenge.

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      Re: Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques et historiques du Liang

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      Thèmes: Les conquêtes Syires
      Lettre du Grand Khan Khalagaï au pape Anaclet III

      A tous ceux qui liront ce message: recevez ce commandement de nous, Khalagaï, Grand Khan des Syires, Seigneur du Monde, par la grâce du Ciel Éternel, fils de Djaghataï du clan Sira.

      Si ce message te parviens, seigneur pape, lis-le attentivement, et prends connaissance de nos instructions. Car, tout comme l'eau des montagnes s'écoule en descendant jusqu'au plus profonds des mers, il est convenable que les commandements du Seigneur du Monde soient entendus et exécutés par tous ses sujets entre la terre et le ciel.

      Tu nous as envoyé une lettre, que nous nous sommes fait lire. Tu nous invitais à prendre le parti du baptême, et à profiter des grands avantages qui en résultent. Plus encore, tu affirmes être chrétien, honorer Dieu, et être favorisé devant sa face.

      Mais, de tes mots confus, nous n'avons pas pu déceler ce qu'étaient les avantages du baptême. Et, il est folie de penser qu'un homme autre que le Seigneur du Monde puisse recevoir la faveur du Ciel Éternel. Car, n'est-ce pas la volonté de Dieu, si notre honorable père et nous-mêmes avons conquis les quatre coins de la terre? N'est pas par la volonté de Dieu que, lorsque des rois qui avaient refusé avec arrogance notre suzeraineté et molesté nos messagers, nous eûmes brûlé leurs villes, leurs terres, et leurs personnes? N'est-ce pas par la volonté de Dieu que tous nos guerriers marchent au combat, tuent et pillent?

      Aussi estimons-nous qu'il n'est pas aisé de traiter de ces sujets par le mot écrit, quand il est manifeste que tu ne parviens pas à y représenter fidèlement tes paroles.

      Il est donc convenable que tu rassembles autour de toi tes fidèles et des proches, et tous les rois du couchant, qui, comme on le dit, te rendent grand honneur, afin de te présenter devant nous. Et, une fois que tu auras fait ta soumission avec tous les tiens, nous t'inviterons dans notre tente, et tu nous feras toutes les explications.

      Sache que, si tu venais à t'égarer, et entrer en rébellion contre nous, tu seras compté parmi nos ennemis. Alors, réponds à notre appel avec intelligence, car, sinon, tu verras se révéler la volonté de Dieu.

      Écrit le septième jour de la neuvième lune de la dix-sept année de notre règne.
        Lettre du Grand Khan Khalagaï au pape Anaclet III (1237).

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        Re: Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques et historiques du Liang

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        Thèmes: Les conquêtes Syires

        "Parmi les peuples des terres vertes et des terres jaunes, il est dit qu'un homme sur vingt est un guerrier. Parmi les guerriers de ces peuples, un guerrier sur vingt prétendra que son sang lui donne le droit de commander aux siens, et de recevoir des armes et des armures de qualité.

        Parmi notre peuple, chaque homme, femme et enfant sait tuer une chèvre sauvage à cent pas avec un arc depuis son cheval, et chaque homme sait combattre à l'épée et à la lance. Parmi notre peuple, ceux qui font preuve de courage au combat et de ruse durant les campagnes reçoivent les honneurs du khan, une place dans le kheshig et la tâche de commander.

        Pour ces raisons, alors même que nos ennemis sont innombrables, nous sommes face à eux comme des loups face à des moutons: forts face aux faibles. Car le Ciel Eternel, Tengri, a décrété que le monde appartient à notre peuple.
        "

        Extrait de l'Histoire Secrète des Telenge (milieu du XIVème siècle). Propos prêtés à Yarik Teg Khan (1227-1242), troisième Grand Khan.

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        Re: Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques et historiques du Liang

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        Thèmes: La dynastie Xing ; L'éclat rouge des fusées

        Durant la dix-septième année du règne de l'empereur Bai de Xing [1050], Dian Shu, Général des grandes prouesses martiales et polymathe renommé, acheva l'édification des fortifications de la ville de Yi'an, et retourna à Zhongdu. Il présenta alors un rapport à l'empereur sur la progression des travaux.

        On raconte que c'est en sortant de cette audience que Dian Shu aperçut des enfants jouer avec des bambous explosifs [sortes de pétards rudimentaires] dans les rues du quartier des familles de la domesticité impériale, et que c'est en voyant s'élever en l'air un tel jouet sous l'effet de la minuscule explosion de la poudre qu'il conçut l'idée d'un nouveau dispositif susceptible d'aider à la défense des villes de l'empire.

        C'est ainsi que l'année suivante, le général-ingénieur présenta au souverain du Grand Liang une arme d'un type nouveau: un long tube effilé en métal, rempli d'un mélange particulier de poudre et d'autres composants alchimiques, et enfin une valve. Placé sur un plan incliné de bambou attaché à un chariot, l'ensemble prenait tout son sens quand un artilleur allumait la mèche située à la base de l'appareil.

        Les annales de l'époque racontent que la première fusée militaire liangoise, surnommée la "dent de dragon", s'éleva dans un vacarme tonitruant, terrifiant la cour, avant de manquer de peu de tomber sur le Hall de la Pureté Restaurée, puis d'exploser à proximité du plan d'eau du jardin du palais. Malgré le scepticisme d'une partie de l'entourage militaire de l'empereur, ce dernier identifia immédiatement l'intérêt que pouvait avoir une batterie de fusées sur le champ de bataille. Celles-ci demeurèrent un élément central de l'organisation militaire liangoise jusqu'à l'introduction des canons au XVème siècle.

        Les "dents de dragon" ne furent qu'une des nombreuses contributions de Dian Shu, qui entra dans la postérité comme le père de la balistique moderne.
          Histoire revisitée de la dynastie Xing, Luo Zhengyang (1979)

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          Re: Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques et historiques du Liang

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          Thèmes: le Qinluaisme

          "L'homme de valeur n'est pas un homme qui est sans défaut: c'est un homme qui, ayant observé ses défauts, s'efforce de les corriger.

          L'homme de valeur n'est pas un homme dont la famille remonte aux empereurs des temps passés, et dont les tombes sont les plus illustres: c'est un homme qui rend honneur à ses ancêtres avec sincérité et suivant les rites traditionnels.

          L'homme de valeur n'est pas un homme qui a cessé d'étudier les classiques: c'est un homme qui, après avoir médité pendant dix ans le sens du Classique des Poésies, sait en reprendre la lecture comme un enfant le découvrant pour la première fois.
          "

          Extrait des Propositions de Maître Qinlua (IIIème siècle av. JC)

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          Re: Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques et historiques du Liang

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          Thèmes: La dynastie Zhong Daliang

          Il est dit que le général Yue Qing était le dernier des serviteurs de la maison de Zhong. Quoique descendant de Yue Gan, Général de la gauche de l'empereur Wu de Zhong, Yue Qing vivait en tant que personne privée dans la ville de Jieba dans la commanderie de Longyu de la province de Dizhou. Il était connu pour sa piété filiale et son humilité.

          Après avoir appris le soulèvement des adeptes de la Société pour la Piété Filiale et la Vertu, qui étaient surnommés "armée de la Bannière Bleue" et leur capture de Daijing suite à la bataille de Wuling, Yue Qing rassembla autour de lui de nombreux jeunes hommes valeureux, et jura devant ses ancêtres de rétablir l'empereur Mu de Zhong dans la capitale. A cette époque, la cour était réfugiée à Beikei, qui est aujourd'hui nommée Bianyang [Bi'an] dans les terres de Min.

          Pendant quatre ans, Yue Qing combattit les rebelles dans les terres de Dongzhou et de Dazhou, et reçut pour sa loyauté le rang de marquis de Sheng. Il vainquit les armées de la Bannière Bleue à trois reprises, captura les villes de Xiaojiang et Nanpei, et repoussa une invasion des Barbares des Forêts du Sud. Les superstitions du peuple ignorant retiennent qu'il tua à trois reprises en duel le chef de la Société pour la Piété Filiale et la Vertu, qui se faisait appeler Tianhu, le Tigre Céleste, et qu'à chaque fois celui-ci invoqua des pouvoirs mystérieux pour revenir à la vie et poursuivre la lutte, jusqu'à ce que Yue Qing invoque le nom du Bouddha Gautama en frappant l'homme.

          Malheureusement, le général Yue Qing était également prompt à la colère et à l'intempérance: à cause de cela, il fit tuer sous l'effet de l'alcool Chu Tang, le fils de Chu Ren, gouverneur de Changzhou, qui était alors l'un des piliers soutenant la dynastie. Ce dernier, succombant à un désir de vengeance insatiable, complota pour livrer la ville et le général à Lü Mei, son ennemi. Ce dernier s'empara ainsi de Chengzhou durant la onzième année du règne de l'empereur Mu [324 apr. JC] et fit exécuter Yue Qing. Le gouverneur Chu Ren lava le déshonneur de cette trahison en faisant parvenir à la cour impériale un mémoire en cessation d'existence, et en faisant fuir la famille de Yue Qing auprès de Tai Jing dans la province de Dazhou avant d'ôter sa vie.

          Ainsi périt Yue Qing. Trois années plus tard, durant le quatrième jour du mois du jasmin de la seizième année du règle de l'empereur Mu, ce dernier fut décapité par le bandit Shu Yang à Beikei, et le Mandat du Ciel fut perdu pour la maison de Zhong.
            Histoire officielle de la Dynastie Zhong, Chen Mengyan (901-963)

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            Re: Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques et historiques du Liang

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            Mythes et Folklore

            Thèmes: Folklore Kuchi: le Karur Zarar

            Le Karur Zarar (littéralement, "celui qui rejette la Roue") est une figure ancienne et complexe de la mythologie Kuchi, qui a pu être comparée avec des degrés variables d'exactitude avec les demi-dieux de la mythologie céruléennes, les démons et des djinns des religions monothéistes, les elfes et fomoriens des mythes nordiques ou encore les vampires et sorcières du folklore occidental plus récent.

            Forme et pouvoirs
            Les Karur Zarar sont des créatures immortelles, hommes et femmes à la beauté - ou la laideur - surnaturelle, dotées de grands pouvoirs, et avant-tout définies par leur volonté de puissance, leur avidité, et leur désir de connaissance. Selon la légende, le premier des Karur Zarar aurait été un prince qui, après avoir chassé pendant dix ans le légendaire oiseau Simurgh, parvint à le blesser sur les pentes du mont Gök Tengri. En dévorant en sang et une plume de l'oiseau, il obtint un pouvoir surhumain, et la capacité à le transmettre à d'autres, en échange d'une avidité qui le pousserait à continuer à pourchasser à jamais sa proie.

            Avec une certaine irrégularité selon les versions des légendes, le Karur Zarar est décrit comme ne pouvant plus se nourrir que des secrets des humains, et craignant les temples manichéens et églises nestoriennes, qui ont longtemps lutté contre les croyances de ce type. A contrario, il est dépeint de manière plus neutre dans les mythes tengriistes et ventéliens, où il est une force de la nature ambigüe et amorale.

            Dans certains contes, centrés sur la région de Yarkush dans l'ouest du Liang, les Karur Zarar auraient un prince, le premier des leurs, et se retrouveraient chaque année dans un palais secret, caché dans un mirage du désert et nommé Ak Hedj ("le Mur Blanc"). En outre, les princes et chefs de tribus de la région pourraient convoquer à tout instant l'un des Karur Zarar, afin d'obtenir leur conseil ou leur assistance, au prix d'un secret royal, qui est le plus délicieux des élixirs d'ambroisie de ces êtres immortels. Mais, les légendes font aussi souvent état des destins détestables et ironiques de ceux qui cherchent une telle assistance surnaturelle.

            Origines du mythe
            Les philologues ont identifié les premières traces parmi les Huit Asuras des Textes Dynastiques de Lanlan (premier siècle av. JC): ces Asuras sont à l'époque les divinités protectrices des rois guerriers des cités-Etats Ziyu, chacune des principales d'entre elles possédant son esprit. La figure du Karur Zarar a connu son évolution décisive au cours des sixième et septième siècles de l'ère moderne, où la forme mythologique originelle s'infléchit sous l'effet des influences bouddhistes. Elle perd sa connotation positive, et prend son nom actuel: "celui qui rejette la Roue", un nom complexe, qui reflète aussi bien le refus de la loi cosmique révélée par le Bouddha inscrite dans la roue du dharma (dharmachakra), que la sortie "impure" du cycle de la mortalité et de la renaissance.

            Certains ont rapproché la figure du Karur Zarar de Tegra, la Bête aux Sept Têtes du folklore Telenge, mais la majorité des experts s'entend à considérer que nous ne disposons pas d'assez d'éléments pour évaluer les possibles liens entre les deux mythes.

            Le Karur Zarar est encore une figure vivace dans la culture et le folklore Kuchi, figurant de manière proéminente dans le Recueil des Contes Traditionnels du Peuple des Sables le Zhola Hurtzigan (publié en 1922), mais aussi dans des productions culturelles récentes, comme le manhua La Fleur du Désert de Yerene Gharyan.
              Site officiel de la Fondation pour la Protection du Patrimoine Culturelle Kuchi

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              Re: Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques et historiques du Liang

              Message par Frederick St-Luys »

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              Thèmes: La dynastie Wei ; biographies

              La princesse Shang (Shun Miao Shang, 1372-1441) était la fille de l'empereur Jian (r. 1376 à 1389), troisième souverain de la dynastie Wei du Grand Liang. Fille cadette de la concubine Dame Xiao, elle partage cette ascendance avec le futur empereur Hong (1389 à 1440), qui fut l'un des plus remarquables empereurs de cette dynastie.

              La princesse Shang est connue pour avoir participé activement à l'expansion de l'empire durant l'essentiel du règne de son frère ainé, cela aux côtés de son frère cadet, le prince Ji'er, et de son époux, le général Cai Yue. Son action est tout particulièrement manifeste durant la conquête des steppes du nord, où elle joue un rôle déterminant dans l'établissement de la "Première Domination Liangoise", une période de soixante ans de contrôle du Da Liang sur la région durant la première moitié du XVème siècle. Habile, pragmatique, dotée de nombreux contacts dans les milieux marchands et parmi les tribus Telenge de la steppe de Khangaï - son fils, le prince Shun Ren, épousera la fille d'un khan des Telenge Heiliari - la princesse Shang sera le gant de velours derrière la main de fer du prince conquérant Ji'er.

              Les manipulations de la "Dame Qilin" permettent aux armées des Wei de jouer les tribus nomades et les cités caravanières Kuchi les unes contre les autres, maintenant les ennemis de l'empire dans un état de faiblesse et de division constante. La légende veut que la princesse n'hésitait pas à s'infiltrer elle-même dans les cités adverses, sous divers déguisements, voire à liquider ses ennemis à tête de bandes de sicaires, ce qui a contribué à entourer cette femme de son vivant d'une certaine aura de scandale.

              Durant la fin du règne de son frère, la princesse Shang se retire graduellement des affaires publiques, et devient la matrone de sa branche de la famille impériale, qui continue de prospérer encore de nos jours au Dongzhou. Elle conserva jusqu'à sa mort cependant une grande influence dans le nord de l'empire, où elle fut invoquée à de nombreuses reprises qu'arbitre de disputes entre autorités locales. Son décès en 1441 marqua une importante fragilisation de l'emprise impériale sur la région.

              L'historiographie a retenu Shun Miao Shang comme une habile stratège intrigante, mais aussi comme une femme hautement loyale à la dynastie, et à la personne de son frère. Elle a également été employée comme icône de certains mouvements féministes modernes au Liang, notamment en mémoire des propos qui lui sont attribués jusque dans les chroniques officielles : "Lorsque le moment viendra de défendre la maison impériale, je serai la première. Et peu importe que je sois une femme, si Sa Majesté demande que je ceigne une épée, je le ferai."
                Prosopopée de la dynastie Wei, Presses Universitaires de Bi'an, 2004

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                Frederick St-Luys
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                Re: Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques et historiques du Liang

                Message par Frederick St-Luys »

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                Thèmes: L'avenir du Liang ; le Dongzhou ; la littérature contemporaine


                "Jadis, le rêve du peuple liangois fleurissait comme le lotus illustre dans les bassins du palais impérial.




                Mais aujourd'hui le rêve du Grand Liang de demain prend parfois l'apparence d'un concours de visions inquiétantes:

                Les Maîtres Célestes de l'Est offrent une vision d'un royaume inspiré de dieux mystérieux, né dans les volutes de l'encens d'un discours qui a depuis des siècles plongé la terre dans les eaux du yin tout en proclamant l'équilibre entre le yin et le yang.

                Les dirigeants sans visage et sans morale de Longyi n'offrent rien, ne promettent rien, et laissent la réalité d'une cité se développer comme une plante impure, abreuvée de l'argent du crime et des compromis cyniques avec la vertu publique.

                Le prince de Chenjing ne sait que montrer le Sceau Impérial de Jade, et inciter les descendants des sujets oppressés de ses ancêtres à remettre leurs chaînes, et se prosterner de nouveau pour l'éternité, comme si la fiction de la supériorité d'un homme sur l'autre demeurait entière.

                Les esprits échauffés des sous-comités querelleurs Matong annoncent la révolution mondiale et la fin de l'exploitation de l'homme par l'homme, mais ne sont pas même en mesure de choisir le premier pas à faire dans ce sens.

                Enfin, les froids artisans de la loi de Jizhou travaillent dans l'ombre à construire un temple dédié au monde matériel, et annoncent un futur dont l'horizon est borné par les schémas, les codes et les administrations générales.




                Hélas, les âges d'or et de jade sont passés, et, à l'âge du fer et du plastique, le rêve du peuple liangois n'est plus qu'une fleur de métal, prête à couler au fond du bassin, disparaissant de la vue de tous.
                "

                Extrait du Roman des Trois Lunes, de Jin Taisheng, Prix national de littérature (2041), exilé du Dongzhou

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