Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques, historiques et culturels du Liang

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Frederick St-Luys
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Re: Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques et historiques du Liang

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Thèmes: Les conquêtes Syires ; la campagne de Dytolie orientale

Durant la quatorzième année du règne du Grand Khan Khalagaï, Seigneur du Monde, après avoir subjugué Ghandorz et Roan, la grande horde passa le fleuve Djuka et, conformément à la volonté du Ciel Éternel, ordonna à tous les peuples des terres de Ditol et de Yessoz d'envoyer des émissaires, et de faire allégeance. En avant-garde de l'armée se trouvaient Yarukhaï, que l'on nommait le Dogue du Khan, et Kituq Temür, fils de Hulag du clan Urian.

Nombre des peuples du Couchant étaient couards et rebelles, et nombre des souverains se dérobèrent, laissant leurs sujets en proie au Seigneur du Monde. Le Grand Khan ordonna que ceux qui se soumettent volontairement fussent épargnés, car un sujet n'était pas responsable de la lâcheté de son maître rebelle, mais tous ceux qui résistaient, il les fit passer par le fil du sabre. En effet, le grand prêtre des hommes du couchant, qui portait le nom d'Anaclet, avait exhorté le Seigneur du Monde de recevoir le baptême, mais n'avait pas répondu à ses instructions de se présenter devant sa tente. Au contraire; il avait incité ceux qui lui rendaient hommage à prendre les armes contre leur juste maître.

En ces terres habitait aussi un peuple vivant des Cinq Animaux*, nommé les Ditaki, dont le chef portait le nom de Kal, et qui avaient pour bannière le dragon. Ils vivaient comme des animaux, leurs yourtes étaient laides et mal édifiées, et ils plongeaient au combat armés de sabres, sans prêter attention aux ordres de leurs chefs. Leur Kal avait épousé une noble femme, parente des maîtres anciens du Ghandorz, et tous deux étaient en rébellion contre le Grand Khan. Ils avaient souillé leur honneur en faisant tuer ses émissaires, bafouant les règles de l'hospitalité.

Ayant entendu cela, le Seigneur du Monde fit s'abattre son armée sur le peuple des Ditaki. A l'avant-garde se trouvait un tumen, sous le commandement de Yarukhaï: celui-ci avança si vite et si bien qu'il rencontra avant tous les autres l'armée des rebelles. Ceux-ci ne portaient que le sabre, et abhorraient l'arc, le bouclier et la lance. Au nombre de cinquante milliers, ils chargèrent alors férocement les guerriers du Khan, et moururent jusqu'au dernier. Après cette victoire, Yarukhaï apporta au Seigneur du Monde les têtes du Kal des Ditaki et de son épouse, qu'il donna alors à dévorer aux chiens. Quant à ceux des Ditaki qui vivaient encore, ils furent enchainés, et devinrent esclaves. Pour le récompenser de son exploit, le noyan Yarukhaï reçut un dixième des troupeaux et des esclaves capturés.

Ainsi Khalagaï, Seigneur du Monde, soumit les Ditaki dans les terres du Couchant.
    Extrait de l'Histoire Secrète des Telenge (milieu du XIVème siècle). Vie de Khalagaï Khan (1227-1242), deuxième Grand Khan


    * Pratiquaient le nomadisme.

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    Frederick St-Luys
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    Re: Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques et historiques du Liang

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    Thèmes: Les conquêtes Syires ; le destin d'un bouffon

    Durant la douzième année [1239] du règne du Grand Khan Khalagaï, Seigneur du Monde, après que ce dernier eut capturé la ville de Veh-Nurshagir dans le pays de Zarsistan, aux extrémités du couchant de la Grande Mer Intérieure, une rumeur se répandit parmi les habitants de ce pays. Longtemps ils avaient suivi les dieux du feu, de la croix et de Mahumat, et ils les tenaient en grand honneur. Tous les jours, ces peuples, qui étaient rebelles à la juste volonté du Khan, priaient leurs idoles de les délivrer de son joug légitime. Dès lors, leurs prêtres et leurs saints firent savoir qu'un enfant naîtrait, qui marcherait devant leurs dieux, et libérerait leurs terres. Et lorsque cet enfant naquit, dans les terres de Zarsistan, de grands prodiges se produisirent: l'eau des rivières se changea en miel et en sang, le ciel s'obscurcit, et des serpents sortirent de la bouche des hommes.

    Lorsqu'il apprit cela, le Seigneur du Monde convoqua ses conseillers. Il y avait là Hughar, fils du frère du grand khan Djaghataï, et Yarukhaï, que l'on nommait les Dogues du Khan, Kituq Temür, fils de Hulag du clan Urian, Zheng Li, le Maître de l'Artillerie, et l'astrologue Gai Ning. Le Grand Khan leur exposa la situation, et demanda conseil, car il était certain que l'enfant susciterait de grands troubles parmi le peuple, qu'il demeurât vif ou fusse mis à mort. Longtemps, ces hommes illustres débattirent des mérites des décisions à prendre, avant que Yarukhaï ne s'avance, et déclare:

    "Seigneur Illustre, glorieux parmi les mortels, donnez-moi cent cavaliers et votre tailleur, et je briserai les espoirs du peuple en l'aide des esprits!"

    Le Grand Khan, qui accordait plus qu'à tout autre honneur et confiance à Yarukhaï, l'autorisa à procéder ainsi. Alors, ce dernier, accompagné de ceux des cavaliers du kheshig* du Khan, se rendit dans le village où naquit l'enfant. En chemin, il mis à bas trois rois du Zarsistan, qui étaient venus rendre hommage au nourrisson.
    Les parents de l'enfant et les prêtres cherchèrent à le dissimuler, mais furent dénoncés par leurs voisins lorsque Yarukhaï offrit l'or et la vie sauve à ceux qui lui désigneraient les fuyards. Les parents de l'enfant devinrent alors les esclaves d'Arkachaï, qui était honoré parmi les soldats du kheshig, et avait combattu aux côtés de Djaghataï durant la bataille d'Y'lan. L'enfant fut confié par Yarukhaï au tailleur du khan: ce dernier l'habilla comme sont habillés dans le couchant les amuseurs et les bouffons. Dans chaque village, il fut ainsi exhibé, et Yarukhaï laissa la vie sauve à ceux qui le rencontraient.

    Bientôt, dans tout le pays de Zarsistan, la parole des prêtres et des saints invitait le mépris et les quolibets du peuple, et leur volonté de lutter contre la juste domination du Khan s'émoussa. Yarukhaï se présenta alors avec l'enfant devant le Seigneur du Monde. Ce dernier félicita son Dogue pour son ingéniosité, et ordonna que de nombreuses étoffes et pièces d'or lui soient données.
    L'enfant, qui fut nommé Jurgug-Ol, demeura pendant de longues années le bouffon du Khan. Il périt à Aralbakan durant la deuxième année du règne de Yarik Teg Khan.
      Extrait de l'Histoire Secrète des Telenge (milieu du XIVème siècle). Vie de Khalagaï Khan (r. 1227-1242), deuxième Grand Khan


      * Kheshig: La garde d'honneur des grands Khans

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      Re: Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques et historiques du Liang

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      Thèmes: Récits traditionnels de la steppe:
      Yarik Teg Khan dupe l’ermite Bai Jing

      Durant la troisième année du règne du Seigneur du Monde, le Grand Khan, Yarik Teg [r. 1242-1246], fils de Khalagaï, fils de Djaghataï, Conquérant du Monde, un saint homme du nom de Bai Jing se présenta devant la yourte du Khan à Aralbakan, Là Où Les Chevaux Sauvages S’abreuvent. Cet homme s'était rasé les cheveux, s'était vêtu d'un sac, et avait vécu pendant dix années dans les montagnes, et professait y avoir obtenu le joyau de la connaissance suprême.

      Le Seigneur du Monde, en voyant le saint homme, l'invita dans sa tente, et le fit asseoir à ses côtés sur une peau de tigre blanc. Il ordonna que de l'alcool de jument et de la viande soient amenés, mais son invité affirma ne plus se nourrir de viande et d'alcool depuis avoir atteint la connaissance suprême. Le Grand Khan, intrigué, lui demanda alors:

      - Saint homme, tu as passé dix années sans alcool et pourtant tu affirmes avoir découvert la connaissance suprême dans la solitude des montagnes. Quelle est cette connaissance?
      - Seigneur Khan, la connaissance suprême est celle qui est obtenue par les Six Exercices et par la cultivation assidue de l'énergie spirituelle. elle permet de distinguer le vrai du faux, de s'élever jusque dans les cieux et de vaincre la mort. Mais elle n'est atteignable que par ceux qui ont abandonné l'orgueil, l'ignorance et la chair.

      Le Seigneur du Monde demanda alors au saint homme de lui faire la démonstration de ces pouvoirs étonnants. Celui-ci refusa par trois fois. Puis, devant l'insistance du Khan, Bai Jing déclara:

      - J'ai l'obtenu la connaissance suprême l'espace d'un instant, et me suis élevé jusqu'au firmament. Mais l'instant d'après, l'appel de la chair me ramenait sur la terre: il me faudra de nouveau cinq ans avant de m'élever ainsi.

      Le Grand Khan réfléchit longuement à ces paroles. Le lendemain, il fit revenir devant lui Bai Jing, et lui tint ses paroles:

      - Saint homme, je pense déjà posséder la connaissance suprême dont tu parles. Car, à chaque instant, je peux dépêcher des émissaires vers les Quatre Coins du monde, et ils m'apprendront ce qui y est vrai et faux. J'ai dans mes terres les plus hautes montagnes de l'univers, et je peux les gravir dès que l'envie m'en vient. Enfin, je ne périrai jamais, car mon souvenir demeurera éternellement parmi les peuples du monde. N'est-ce pas là le véritable joyau de la connaissance suprême?

      Il est dit que le saint homme Bai Jing demeura coi.
        Extrait de l'Encyclopédie des Légendes et du Folklore des Steppes, de Surguul Kokomur, 1998.

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        Re: Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques et historiques du Liang

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        Thèmes: Les conquérants de la steppe ; la justice dans l'empire des grands Khans

        Juraï Khan, fils de Kadangtaar Noyan, fils de Khalagaï, fils de Djaghataï, succéda à son oncle, le noble Yarik Teg dans le règne sur les Quatre Coins du Monde [en 1246], et régna pendant treize année. (...)

        Durant la cinquième année de son règne, le sage Juraï, Seigneur du Monde, fit venir devant lui le Grand Juge de l'empire et les lettrés des lois de l'ensemble des terres où s'étendait son autorité. Il leur tint ce discours:

        - Mon noble ancêtre, le Premier Grand Khan, a établi la Grande Loi [Ikh Zasag], qui est la plus heureuse et la mieux bâtie des lois du monde. Tout comme la yourte, elle est légère et aisément transportable partout où le cheval peut paître. Mais aujourd'hui, les peuples innombrables sous le Ciel Éternel me jurent allégeance, et demandent à être jugés selon leurs lois. La Grande Loi ne suffit pas à leurs vies loin des steppes, dans les cités, les forêts et les montagnes, aussi, je vous ordonne de préparer une autre loi, qui fixe la place et les devoirs de chacun, et les châtiments de tous.

        Pendant trois années, les meilleurs hommes de loi de l'empire s'affairèrent, et établirent le Code de Juraï, qui apporta la paix et l'ordre dans l'empire, depuis les plaines et les montagnes du Couchant jusqu'aux villes populeuses du Levant.

        (...)

        Tous les hommes s'étonnèrent de la miséricorde du Grand Khan, car le Code de Juraï fixa le nombre des crimes passibles du châtiment suprême à seulement cent-vingt-trois, et tous ceux qui étaient condamnés au châtiment ultime purent pétitionner le Seigneur du Monde, afin que nul ne soit injustement mis à mort entre les Quatre Coins de la Terre. (...) Voyant l'exemplarité de leur maître et la perfection de sa justice, les sujets eurent honte de commettre des crimes, et il est dit que durant aucune année du règne du Grand Khan le nombre des exécutions n'excéda cent.
          Extrait de l'Histoire Secrète des Telenge (milieu du XIVème siècle). Vie de Juraï Khan (r. 1246-1259), Quatrième Grand Khan

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          Re: Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques et historiques du Liang

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          Thèmes: La Société des Adjudicateurs Exaltés et la Voie de la Loi Pure

          La Société des Adjudicateurs Exaltés désigne collectivement les adhérant de la Voie de la Loi Pure (communément surnommés "les Adjudicateurs"), un courant de la pensée légiste hétérodoxe puisant ses racines dans les idées de Cheng Guizhang, un penseur, artiste martial et érmite liangois du IIème siècle avant l'ère commune.

          Les tenants de la Voie de la Loi Pure s'écartent de la doctrine commune des légistes, qui postule le fait que la loi, norme plus ou moins absolue, n'en demeure pas moins changeante et dérivée des autorités politiques: pour les Adjudicateurs, la loi est statique, éternelle et cumulative. Dès lors, tout jugement doit se faire en fonction de la loi telle qu'elle était pratiquée à l'époque de Cheng Guizhang. Il n'est pas possible d'en retrancher la moindre partie, seulement d'y ajouter des éléments nouveaux, en fonction des situations nouvelles, sur la base d'une évaluation fondée sur la prise en compte d'un impératif central: l'équilibre en toutes choses.

          Mais ce n'est pas cet extrême conservatisme qui est la caractéristique la plus frappante de la Voie de la Loi Pure, mais sa très grande réticence à faire intervenir l'Etat, ce qui en fait une des premières idéologies anti-étatiste de l'histoire liangoise. Si la loi des premiers souverains Jin est effectivement considérée comme la source de la loi pure, son application ne nécessite plus l'intervention des pouvoirs politiques par la suite: bien au contraire, ceux-ci sont susceptibles de dénaturer la doctrine. Pour les tenants des principes de la Société, la justice doit dès lors être obtenue par la Juste Adjudication, un processus d'arbitrage, obtenu par la demande humblement adressée par le justiciable à un ermite membre de la société. Cette "justice" se termine souvent de manière notoirement violente, parfois même pour les deux parties, lorsque des torts sont observés de part et d'autre, car les ermites Adjudicateurs pratiquant les arts martiaux et souvent souvent bien armés. Même pour un litige mineur, ils sont capables d'exécuter aussi bien le plaignant que le défenseur, ce qui a pu conduire à de nombreuses complications.

          La secte n'a pas de chef, et est essentiellement composée d'ermites vivant seuls, ou alors enseignant à jusqu'à une demi-douzaine de novices.
          Cette vision non-conventionnelle de la loi a fait de la Voie de la Loi Pure une secte assez marginale, tantôt en conflit ouvert avec les autorités impériales et les mandarins légistes orthodoxes de leur administration. La conséquence est que les membres de cette secte physiquement et idéologiquement hautement exigeante ont souvent vécu en exil, ou en ermite dans les vallées les plus isolées des monts Tianzhu. On trouve encore jusqu'à nos jours des petits ermitages d'Adjudicateurs au Dongzhou, tandis que leurs confrères du côté liangois de la frontière ont cessé de pouvoir exercer leurs adjudications brutales depuis le XIXème. Les Adjudicateurs entretiennent une relation hostile avec la Secte des Maîtres Céleste de l'Est.

          Voir aussi dans la même catégorie: Les écoles de la pensée ultra-légiste
            Extrait de l'article "Légisme" de l'Encyclopaedia Liangica (éd. 2041)

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            Re: Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques et historiques du Liang

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            Thèmes: La dispute du fer et du sel (I) ; Politique économique au Liang impérial

            Durant la vingt-troisième année du règne de l'empereur Xiao de la dynastie de Zhong du Grand Liang [197 Av JC], une grande calamité naturelle s'abattit sur l'empire lorsque les digues des berges du fleuve Jin se rompirent, et que de vastes terres agricoles furent inondées. Nombre de paysans se présentèrent devant les magistrats des yamen, et se prosternèrent devant eux sans pouvoir payer leurs impôts. L'un d'entre eux, un jeune homme connu pour sa piété filiale, fut admis devant le Fils du Ciel, et lui révéla l'ampleur de la détresse du peuple.

            L'empereur fit venir devant lui les plus sages des membres de la cour, et leur tint ce discours:

            - "Les eaux couvrent la terre, nombre de mes sujets ont péri, et ceux qui vivent connaissent la pauvreté et la détresse. Le Fils du Ciel est comme le père de l'empire, et ses sujets sont comme ses enfants. Quel père ne viendrait pas au secours de son enfant en péril? Je souhaite secourir les sujets de l'empire des provinces de Jinzheng et Jinshing, mais cela signifierait diminuer les soldes des soldats, et dégarnir les Douze Commanderies Frontalières et les Deux Protectorats Généraux septentrionaux. Sûrement les barbares envahiraient aussitôt l'empire. Comment puis-je secourir mon peuple sans mettre en péril l'empire?

            Le Ministre des Travaux, Lin Weifeng, qui était renommé parmi les lettrés adhérant à la voie de la loi, se prosterna alors devant l'empereur, et déclara:

            - Majesté, Le peuple est en détresse, et la solde des troupes menacées, car les revenus de l’État demeurent insuffisants. Tant que ces revenus demeureront faibles, les greniers d’État dégarnis, les distributions de riz insuffisantes, et les officiels mal payés et corrompus. Sans la force d'un État puissant, la loi n'est qu'un mot, qui n'a pas la force de mettre en sûreté un seul homme. Pendant ce temps, les marchands et les saliniers pratiquent des prix usuraires, méprisent les mandarins et les paysans, et se livrent à la spéculation, alors même que les pauvres sont eux dans l'apathie et conçoivent des pensées séditieuses à l'égard de la dynastie. Sûrement Votre Majesté pourra résoudre la crise en augmentant les impôts, en faisant saisir les marais salants et les ateliers, édifiant des forges impériales et creusant des mines de fer, en organisant la conscription les masses pour la réalisation de travaux et en effectuant des distributions de riz et de pain.

            Après cela, le Grand Secrétaire, Tai Weiyun, qui était reconnu parmi les calligraphes et philosophes de l'école de maître Qinlua, se prosterna devant l'empereur, et déclara:

            - Majesté, saisir les biens des marchands et soumettre le peuple à la discipline militaire assurera la paix pour un an, mais la révolte dans dix ans. Lorsque le peuple est en détresse et qu'il n'est pas possible d'y remédier aussitôt, alors il est opportun de diminuer les impôts et d'ordonner aux gouverneurs et aux magistrats d'agir à l'égard du petit peuple comme le fait le père à l'égard de l'enfant malade et égaré: avec sollicitude et mansuétude. En outre, il serait très impropre à la nature de l'autorité impériale et à la dignité des serviteurs de Votre Majesté de les laisser s'adonner à des activités aussi basses et méprisables que celles du marchand ou du salinier. cela d'autant plus que, si un unique artisan ou vendeur de sel se trouvait à exister dans chaque district, et qu'il était porteur du sceau impérial, alors le peuple paierait sous peu le bois au prix de la nacre, et le sel au prix du jade. Votre Majesté, dans sa sagesse, ne manquera donc pas de considérer les immenses avantages que tirerait l'empire de la non-action et de la diminution des taxes, qui permettraient à vos sujets de se secourir eux-mêmes, sans attenter à la dignité du trône.

            (...)

              Extrait de la Chronographie de Huo Fangshen, historien de la dynastie Zhong

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              Re: Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques et historiques du Liang

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              Thèmes: le qinluaisme ; le destin ; la morale individuelle

              "Alors que le maître Qinlua se trouvait dans la ville de Ye, dans le royaume de Zhuo, le disciple Wei Qian lui demanda :

              - Maître, le destin de l'homme repose-t-il entièrement sur la volonté du Ciel?

              Le maître demeura silencieux. Le lendemain, il se rendit avec Wei Qian dans un atelier de poterie. Il dit alors:

              - La volonté du Ciel est le creuset, les choix de l'homme le remplissent d'argile et de kaolin. Si le matériau est corrompu et impur, la porcelaine sera fragile et se brisera. La suivante, quand elle émergera du même creuset, sera parfaite, et honorera la table d'un ministre de la cour. Ainsi est la volonté du Ciel."

              Extrait du Classique des Enseignements, de Shenzi (2ème siècle av. JC.), philosophe qinluaiste.

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              Re: Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques et historiques du Liang

              Message par Frederick St-Luys »

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              Thèmes: La Proclamation devant les Quatre Coins du Monde ; la fondation du grand empire Syire

              Alors, le Grand Khan Djaghataï quitta la tente du Grand Khurultaï. A sa suite se trouvaient les plus nobles des chefs de la steppe:

              Khalagaï, fils du Grand Khan,
              Ghuzur, Khagan des Yarmag
              Murukhaï, Khagan des Narat
              Hulag, Khan des Urian
              Nadeg-Jeh, Khagan des Uzhuar
              Kara-Noyan, Khagan des Irkit
              Uurgalnoi, Khagan des Huzhen
              Yalu Zengar, Khagan des Saïgars de l'aile gauche
              et le grand shamane Gulyuk-Tengri

              Ensemble, ils gravirent le kourgane à Aralbakan où demeurait l'esprit du chef des Cheghars, l'illustre Gurak Khölgu Khagan. On fit amener au Grand Khan les outres de lait de jument et les viandes sacrificielles: il les versa et les brûla, avant de sacrifier un cheval.

              Gulyuk-Tengri, qui était le plus illustre des shamanes des peuples de la steppe, s'avança alors devant les chefs, et leur tint ces mots:

              "Entre les quatre coins de la Terre, tous les hommes vivent sous le Ciel Bleu Éternel. Il en a toujours été ainsi, il en sera toujours ainsi. Or, les hommes se sont adonnés aux vices et à la violence, à l'injustice et au vol, à l'impiété et à la souillure. Quand les tribus subsistant par les Quatre Animaux étaient divisées, les peuples voisins méprisaient les ordres du Ciel. A présent, les tribus sont unifiées. Le Ciel a désigné le Grand Khan pour guider les peuples, de telle sorte que tous ceux qui refusent de reconnaître sa domination sont des rebelles et encourent le plus grand des châtiments. Qu'il soit désormais connu devant les Quatre Coins du Monde partout que Djaghataï du clan de Sira est le Seigneur du Monde, et que tous lui prêtent leur juste allégeance!"
                Extrait de l'Histoire Secrète des Telenge (milieu du XIVème siècle). Vie de DjaghataÏ Khan (r. 1206 - 1227), Premier Grand Khan

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                Re: Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques et historiques du Liang

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                Thèmes: Récits traditionnels de la steppe:
                Khalagaï Khan reçoit trois visites du Démon

                Durant la première année du règne du Grand Khan Khalagaï, Seigneur du Monde, fils de Djaghataï du clan Sira, plus heureux et pieux des monarques, le Démon lui apparut une nuit dans sa tente. Le Maître de l'Air avait l'apparence d'un vieillard, portant les couronnes du monde. Il offrit de donner à Khalagaï le pouvoir suprême sur toute la terre, pourvu que le Grand Khan lui rendit un tribut d'or et de sang.
                Le Grand Khan répondit alors:

                - Va-t-en, vil serpent, matrice du mensonge! Le Dieu du Ciel a donné à la maison de Sira la juste domination des Quatre Coins, pourquoi irais-je avilir le nom de mon clan devant toi pour obtenir ce que je possède déjà?

                L'Impur fut alors chassé de la tente.

                Durant la huitième année du règne du Grand Khan Khalagaï, le Démon apparut une nouvelle fois dans sa tente. Le Blasphémateur avait l'apparence d'une femme à la beauté irrésistible, dont la gorge était couverte de joyaux et de soieries. Cette femme lui offrit de lui donner un fils invincible, dont le bras abattrait tous ses adversaires, pourvut qu'il couchât avec elle.
                Le Grand Khan répondit alors:

                -Va-t-en, chameau boiteux, ennemi des hommes loyaux! Le Dieu du Ciel m'a déjà accordé de nombreux fils et de nombreuses filles, tous vaillants et loyaux. Le plus humble des esclaves de la horde refuserait de désavouer son clan pour la progéniture d'une prostituée malfaisante!

                L'Impur fut alors chassé de la tente.

                Durant la quinzième année du règne du Grand Khan Khalagaï, alors que celui-ci était malade et reposait dans sa tente après avoir donné ses dernières instructions à ses fils, le Satan lui apparut. Il avait l'apparence d'un jeune homme à la peau claire et aux membres vigoureux. Il lui offrit de vivre éternellement, et de régner jusqu'à la fin des temps, pourvu qu'il se prosternât devant le seigneur du monde matériel.
                Le Grand Khan lui répondit alors en riant:

                -Va-t-en, misérable couard, tu n'as rien à offrir à celui que le Ciel a véridiquement désigné comme le Seigneur du monde. Demain, si telle est la volonté de l’Éternel, je périrai. Tremble, scorpion rebelle, car ce sera l'instant où j'entrerai dans le monde souterrain, aux côtés de ceux des guerriers de ma horde qui ont péri, de leurs flèches et de leurs montures, et, alors, ta couronne aussi sera mienne!

                L'Impur s'enfuit alors de la tente.
                Notes sur la Légende de Khalagaï Khan et du Démon
                Cette légende est issue de la communauté chrétienne nestorienne présente dans l'entourage de la troisième épouse de Khalagaï Khan est caractérisée par l'influence considérable de plusieurs sources religieuses et mythologiques: d'une part, évidemment, l'héritage chrétien nestorien, et en particulier le modèle des trois tentations du monarque juste, visiblement calqué thématiquement sur celles du Christ. D'autre part, on retrouve ici aussi une tradition typiquement touranienne de défiance et de courage individuel vis-à-vis des forces maléfiques. Les philologues ont notamment beaucoup spéculé sur les similarités entre les tentations de Satan dans cette légende, et la présentation de l'anneau de Zaran à Khalagaï, dans l'Histoire Secrète: dans les deux cas, des forces mystiques et malfaisantes proposent la domination du monde au Khan, et, dans les deux cas, le Khan refuse, objectant qu'il en est déjà le détenteur légitime.

                On détecte également dans la réponse à la troisième et dernière visitation des éléments de la descente du Christ aux enfers: il s'agit ici visiblement d'une déformation du thème de la descente dans le monde infernal et de la libération des âmes des justes. Lue par les peuples de la steppe, celle-ci devient la conquête par la force de l'enfer, et la soumission de son maître.
                  Extrait de l'Encyclopédie des Légendes et du Folklore des Steppes, de Surguul Kokomur, 1998.

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                  Frederick St-Luys
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                  Re: Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques et historiques du Liang

                  Message par Frederick St-Luys »

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                  Thèmes: Vous êtes le souverain ; le régime impérial liangois

                  Vous êtes désormais empereur du Grand Liang!

                  Par la succession familiale ou par l'habileté de vos manœuvres politiques et militaires, vous avez reçu entre vos mains le Sceau de Jade, et présidez à présent aux destinées de l'empire des Deux Grues.

                  Cela signifie que vous êtes le fils du Ciel, et que vous avez reçu le précaire mais essentiel mandat céleste pour gouverner dans l'harmonie le peuple le plus civilisé du monde. Partout, les gentilhomme éduqués mais aussi les sages parmi le peuple reconnaitront votre autorité, et s'efforceront d'exécuter votre volonté, tandis que les bandits et les officiels corrompus craindront votre courroux.

                  Mais le mandat du Ciel n'est jamais définitivement acquis, et son maintien ne dépendra au final que d'une seule personne: vous-même. Vous devrez faire preuve de grandes qualités, d'humanité, de sagesse, d'instruction, de tempérance mais aussi d'autorité et d'habileté pour le conserver, sans quoi les puissances de l'univers sanctionneront vos errements par de grandes calamités qui menaceront les vies de vos sujets, et inspireront des pensées de trahison à vos plus loyaux généraux.

                  Mais soyez sans crainte. En tant qu'empereur, vous avez accès à de nombreux piliers de soutien:
                  • Le plus ancien, le plus formidable, mais aussi le plus dangereux est l'armée impériale. Lorsque celle-ci est faible, l'empire est exposé aux attaques des barbares et des bandits, mais lorsqu'elle est trop forte, les commandants militaires usurpent l'autorité provinciale et lorgnent la capitale. Le peuple risquerait alors d'être exposé en proie aux appétits des rebelles, et votre règne pourrait s'achever bien rapidement. Mais, si vous parvenez à tempérer leurs appétits et à conserver la finesse de leurs troupes, les généraux liangois seront toujours prêts à vous épauler dans la défense du Mandat du Ciel. Récompensez-les donc, tout en gardant un oeil sur eux, à tout hasard ...
                  • Le plus immense et le plus remarquable des piliers est la bureaucratie impériale. Plus nombreuse encore que la masse des soldats, omniprésente, elle est composée des ministres de l'empire, des mandarins supérieurs, des mandarins subalternes, et des innombrables scribes qui retranscrivent chaque mot du souverain, chaque boisseau de riz produit, chaque tael d'impôt dû. Elle est essentielle au fonctionnement de la société sophistiquée de votre empire - à mille li de la barbarie obscure et primitive des occidentaux, pour l'administration desquels trois illettrés postés dans une masure suffit. Elle est cependant également vulnérable face aux maux de la corruption et du favoritisme: il ne tient donc qu'à vous de la protéger contre ces périls, et de lui insuffler l'esprit d'intégrité et de piété filiale.
                  • Le troisième, et le plus hasardeux, des piliers de votre règne est le clan impérial. Tout particulièrement si vous devez votre trône à votre seul sang, le clan impérial sera composé de dizaines de vos frères, sœurs, oncles, tantes, cousins et cousines, votre propre mère même, parfois dotés de fiefs considérables, de positions de pouvoir dans l'administration civile ou militaire, et surtout d'une très haute opinion d'eux-mêmes. Vous trouverez parmi ceux-ci vos plus loyaux alliés, mais aussi vos pires rivaux - ceux qui, pourvu que vous subissiez un malencontreux accident, pourraient monter sur le trône des grues d'or. Si vous avez pour ambition de régler longtemps, vous ne devez donc pas oublier que l'on peut choisir ses amis, et non sa famille.
                    Mais évitez tout de même de recourir aux eunuques: cela ne marche jamais à terme.
                  PS: N'oubliez pas de placer des troupes à la frontière avec les steppes. Les retours d'expérience de vos prédécesseurs indiquent qu'omettre de le faire peut avoir des conséquences négatives sur votre espérance de vie.
                    Extrait du "Bréviaire humoristique de l'histoire liangoise" de Shang Weixiao (2041)

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                    Re: Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques et historiques du Liang

                    Message par Frederick St-Luys »

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                    Thèmes: Vous êtes le souverain ; le Khanat global

                    Vous êtes désormais le Grand Khan, Seigneur du Monde!

                    Descendant du sang du grand conquérant Djakhataï du clan Sira, apparenté à son fils, l'illustre Khalagaï Khan, vous avez réussi par la force et par l'intrigue à vous débarrasser de vos rivaux, et avez été nommé Grand Khan lors d'un Khurultaï rassemblant les plus puissants seigneurs des tribus de la steppe.

                    A cet instant, vous avez cessé d'être un simple prince : vous êtes devenu le souverain légitime de l'ensemble des terres sous le Ciel Bleu Éternel - le monde entier. Certes, les pays rebelles à votre autorité ne manquent pas, et certains de leurs chefs rebelles s'imaginent même être indépendants de votre autorité, mais en réalité ils ne subsistent que par votre volonté. Il vous suffirait de tendre le bras, et leurs cités s'effondreraient, leurs soldats tomberaient, frappés sous une grêle de flèches puis piétinés par dix mille cavaliers, et leur nom ne serait plus.

                    Cette investiture universelle n'est pas sans responsabilités! En tant que Grand Khan, il vous appartient de faire se manifester la volonté divine partout sur la Terre - par la conquête, de défendre l'honneur de votre famille et du peuple Syire, de vaincre les rebelles partout où ils apparaitraient, et d'assurer la loyauté, la prospérité et la paix de vos tribus. Dans cet ordre.

                    Vous savez bien que les peuples sédentaires aiment s'entasser dans des villes répugnantes et se donner en spectacle dans de vastes édifices prétentieux. Vous n'avez pas besoin de ces vantardises vides: le monde est votre palais, la steppe votre chambre, la yourte votre trône.

                    Les empereurs du Grand Liang aimaient - avant que vos ancêtres ne les fassent disparaitre dans les sables de l'histoire - s'entourer d'une cour nombreuse de sycophantes, d'eunuques, de femmes et de généraux incompétents. Votre entourage est très différent: vous avez à vos côtés vos loyaux kheshig, une unité d'élite de soldats sélectionnés parmi les plus prometteurs, prêts à vous défendre à chaque instant, mais aussi à servir de messagers, d'espions, d'émissaires, et de futurs commandants. Sinon, vous pourrez aussi compter sur votre famille, vos concubines, vos enfants, vos esclaves. Mais pas trop - un accident de chasse est vite arrivé...

                    Il n'est pas toujours facile d'être le maître légitime et absolu des Quatre Coins du Monde. Malgré vos efforts, et malgré le zèle de vos soldats et collecteurs d'impôts, ces terres ne s'administrent pas d'elles-mêmes. Il a donc été nécessaire de recruter les moins torves et insidieux des mandarins liangois, ainsi que les plus loyaux des musulmans de Touranie, afin de former le Secrétariat Central. Ce dernier reçoit les courriers que vous adressent vos gouverneurs et généraux, expédie les ordres, et gère les provisions et postes de l'empire. Vous aimez à penser que les sédentaires qui y travaillent ne s'adonnent pas à leur habituel passe-temps de la corruption et du trafic d'influence, mais, avec ces gens-là, rien n'est jamais certain. Dans le pire des cas, n'oubliez pas de les purger régulièrement, les remplacements ne manquent pas.

                    Enfin, il existe un dernier aspect de votre règne de Grand Khan auquel il faudra prêter attention: la consommation excessive d'alcool nuit à la santé. Mais cela, vous le savez bien, car après tout, votre père, votre grand-père et votre arrière-grand père sont sans doute morts à cause de cela.

                    PS: Gardez l'invasion du Wakoku pour quand les rebelles du reste du monde auront été subjugués.
                      Extrait du "Bréviaire humoristique de l'histoire liangoise" de Shang Weixiao (2041)

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                      Re: Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques et historiques du Liang

                      Message par Frederick St-Luys »

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                      Thèmes: le légisme ; la philosophie politique du Liang moderne

                      Dans de nombreux pays, tant en Ventélie qu'en occident, la royauté est associée à une dimension magique, voire divine, qui confère à la personne du souverain et à ses actes une qualité presque surnaturelle, qui dépasse dans son poids symbolique et mental la simple réalité matérielle. Il en a longtemps été ainsi au Liang, où, sous les dynasties comparativement moins rigoristes dans leur application des principes légistes, le souverain était nommé le Fils du Ciel, et disposait du Mandat du Ciel.

                      Mais, avec la disparition de l'empereur Yuntian en 1546, et l'établissement d'un régime de facto républicain dans le reliquat nord de l'empire, la support concret de cette puissance sacrée était manquant. Plutôt que, comme dans bien d'autres endroits, aboutir à la fracturation de la société et à l'émergence de chefs revendiquant des légitimités concurrentes, la société hautement alphabétisée, politiquement structurée et idéologiquement pré-conditionnée par des siècles de Légisme du Liang a vu un déplacement graduel de la sacralité du pouvoir du souverain vers la loi pure.

                      Il n'y a désormais ni de dieu(x), ni de souverain unique, ni magie, au Liang, mais bien quelque chose qui tient un peu de chacune de ces notions: une loi dont l'expression façonne l'univers, une allégorie sans visage, mais brandissant mille bras.
                        Extrait du Traité des Principes de la Souveraineté, de Lin Xian (1802 / 1879), philosophe syncrétique qinluaiste-légiste, membre de la commission ayant rédigé la constitution moderne du Liang.

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                        Re: Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques et historiques du Liang

                        Message par Frederick St-Luys »

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                        Thèmes: droits et libertés ; le légisme-qinluaisme

                        "L'ordre, sans liberté, n'est que tyrannie.

                        La liberté, sans ordre, n'est qu'un mot.

                        L'harmonie, c'est l'équilibre entre la liberté et l'ordre.
                        "

                        Extrait du Traité des Principes de la Souveraineté, de Lin Xian (1802 / 1879), philosophe syncrétique qinluaiste-légiste, membre de la commission ayant rédigé la constitution moderne du Liang.

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                        Re: Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques et historiques du Liang

                        Message par Frederick St-Luys »

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                        Thèmes: la période des Neuf Royaumes et des Vingt-Sept Guerres ; les Neuf Royaumes du Liang antique

                        Pendant dix générations, les successeurs de l'Empereur de Jade régnèrent sur la dynastie Gan, et enseignèrent au monde la culture du riz, l'agriculture, la fabrique du bronze et les sacrifices aux ancêtres. Puis, les souverains de la dynastie Yu leur succédèrent: ils nommèrent des nobles dans les fiefs, repoussèrent les barbares, et répandirent les armes de fer.
                        Mais l'empire fut dispersé sous le règne du tyran Ji Feng, quand les Neuf Princes rassemblèrent des troupes et entamèrent une lutte contre l'injustice de la cour Yi, et que la terre fut divisée: c'est le temps que l'on nomme la période des Neuf Royaumes et des Vingt-Sept Guerres.

                        Le duc (公, "gong") Zhuang de Dai fut le premier des rebelles à s'octroyer les Neuf Honneurs (九錫), après avoir pris la capitale et mis à bas le tyran Ji Feng. Ses descendants régnèrent sur le royaume de Dai, par delà le Mont Gu, au méridion du fleuve Ding. Les hommes du royaume de Dai étaient connus pour leur ardeur dans la conduite des chars de guerre, et le nombre de la progéniture de ses souverains. Ainsi, il est dit: "nombreux, comme la maisonnée du duc de Dai".
                        Le royaume de Dai fut conquis par le roi An de Jin [en -380], et la famille du roi de Dai fut rétrogradée au niveau de marquis de deuxième rang.

                        Le marquis (侯 ; "hou") Chen de Zheng avait avancé son armée aux portes de la capitale quand le tyran Ji Feng fut mis à mort, et conçu une grande frustration de la perte du prestige de la victoire. Les terres du royaume de Zheng se trouvaient au septentrion du fleuve Ding et des terres de Dai, et pendant de nombreux siècles ses descendants guerroyèrent contre la maison de Dai.
                        Le roi Yuan de Zheng rassembla autour de lui les princes, et fut défait par le roi An de Jin à la bataille de Dinguan [en -370]. La famille du roi Yuan de Zheng fut alors exécutée.

                        Le duc Mu de Jin avait vaincu les armées de Ji Feng, et avait rassemblé autour de lui de nombreux héros. Il fut le deuxième à s'octroyer les Neuf Honneurs, et le premier à se proclamer roi (王 ; wang) de Jin, installant son palais sur les rives du fleuve Jin. Le royaume de Jin était renommé pour la richesse de ses rizières et l'attitude martiale et disciplinée de ses sujets. Nombre de héros et de grands lettrés légistes ont vécu sous le règne des Jin.
                        Le roi An de Jin conquit l'ensemble des terres des Gan et des Yu, et établit l'Empire de Jin [en -370], en prenant le nom de Shin Jin An Di.

                        Le duc Xiang de Han avait rassemblé de nombreuses troupes, et avait traversé le plateau de Yue, afin de porter assistance au duc Zhuang de Dai dans la bataille contre le tyran Ji Feng. Il arriva en retard, et ne reçut aucune part du butin: il en conçut une grande rancœur envers le duc de Dai et le marquis de Zheng. Il se proclama alors roi de Han, et mis à sac les terres de Dai. Le royaume de Han était connu pour ses cavaliers et ses pêcheurs.
                        Le royaume de Han fut conquis par le roi An de Jin [en -379] après avoir dépêché l'assassin Min Huan pour ôter la vie à celui-ci. Le clan royal de Han fut alors exterminé, et les tombes royales détruites.

                        Le marquis Kang de Yan était resté loyal au tyran Ji Feng, et lutta contre le marquis Chen de Zheng. Après la chute de la capitale, il se proclama duc de Yan, puis roi de Yan, et s'illustra dans la lutte contre les barbares des forêts du nord. Le royaume de Yan demeura illustre pour ses marchands et l'impénétrabilité des fortifications de ses villes.
                        Le royaume de Yan fut le dernier des royaumes conquis par le roi An de Jin [en -367]. La princesse Si de Yan fut acceptée dans le harem impérial, et le clan royal de Yan fut rétrogradé au niveau de duc de deuxième rang.

                        Le vicomte (子 ; "zi") Jiao de Liang était entré tardivement en rébellion contre le tyran Ji Feng, et ne parvint pas à traverser les collines de Zhongqian avant la fin de la guerre. Il perdit alors de nombreuses terres dans la lutte contre les rois de Bayi et de Zheng. Les habitants du royaume de Liang étaient connus comme des hommes rudes et propices à privilégier les céréales au riz. L'arbalète fut inventée par l'ingénieur Ju de Liang.
                        Le royaume de Liang fut conquis par le roi An de Jin [en -369]. Le clan royal de Liang fut alors rétrogradé au niveau de vicomte de premier rang.

                        Le marquis Xi de Ba était resté neutre durant la guerre contre le tyran Ji Feng, et tira parti du chaos pour s'emparer des terres de Yi autour du lac Xunyang. Il est depuis lors dit "opportuniste comme le marquis Xi de Ba". Après la défaite du tyran, il se proclama roi de Ba et de Yi. Les terres du royaume de Bayi étaient connues pour l'habileté de leurs artisans, et la richesse de leurs mines de fer.
                        Le royaume de Bayi fut conquis par le roi An de Jin [en -370] après qu'il se fut allié au royaume de Zheng. Le clan royal de Bayi fut exécuté.

                        Le vicomte Ai de Yue était en campagne dans les terres barbares des Xu pendant la rébellion. A son retour, il rejeta l'allégeance du tyran, et se proclama duc de Yue. Le royaume de Yue était connu pour les manières barbares de ses sujets, dont beaucoup partageaient le sang des Xu, et pour ses exportations de bois et d'animaux exotiques. Il était dit que les épéistes de Yue étaient d'une habileté sans égale. Sous la conduite du roi Ling de Yue [vers -420], Il obtint de nombreuses victoires, et conquit le royaume de Zhuo et les terres de l'ouest des royaumes de Jin et de Han.
                        Le royaume de Yue fut conquis par le roi An de Jin [en -368]. La famille royale de Yue fut rétrogradée au niveau de marquis de premier rang.

                        Le vicomte Wen de Zhuo était entré en rébellion contre le tyran Ji Feng, mais n'avait pas assemblé ses troupes. Il s'octroya les Neuf Honneurs, et fit organiser des sacrifices au Ciel pour la victoire sur le mont Huanyun. Les hommes du royaume de Zhuo étaient connus pour leur rusticité et leur manque d'éducation, qui les faisait parler dans une manière étrange et peu familière.
                        Le royaume de Zhuo fut occupé par le royaume de Yue sous le roi Ling de Yue [vers -420], puis conquis par le roi An de Jin [en -368]. La famille royale de Zhuo fut rétrogradée au rang de vicomte de deuxième rang.
                          Extrait de l'Histoire Universelle de Jia Meng (1488 / 1558), Historien de la dynastie Wei.

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                          Frederick St-Luys
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                          Re: Pavillon de l'Hirondelle de Bronze - Textes philosophiques et historiques du Liang

                          Message par Frederick St-Luys »

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                          Thèmes: Sagesse de la steppe ; la guerre moderne

                          La guerre, pareille au serpent rampant dans l'herbe de la steppe, mue toujours, sans jamais changer sa nature.

                          Jadis, nos ancêtres faisaient s'abattre dix mille flèches sur leurs adversaires tandis que retentissait le tonnerre des sabots frappant le sol des plaines. Aujourd'hui, mille missiles s'échappent vers les cieux, où ils rencontrent autant de missiles antimissiles. Les hommes, pris dans la lutte, vivent et meurent par le douloureux projectile.

                          Jadis, d'innombrables chariots et troupeaux de chevaux de remonte accompagnaient la horde, apportant nourriture, flèches et montures fraiches aux guerriers. Aujourd'hui, les cieux sont parcourus par autant d'oiseaux de métal, ravitaillant les avions luttant au front, comme autant d'escadrons de cavaliers habiles. Et la campagne peut durer jusqu'à la victoire.

                          Jadis, le Khan avisé envoyait un grand nombre de cavaliers légers à l'oeil acéré tout autour des terres ennemies, et ne perdait jamais la trace de leurs combattants, afin de pouvoir frapper l'adversaire lorsque ses forces étaient faibles et dispersées. Aujourd'hui, de grandes et puissantes machines volantes de détection électronique parcourent les cieux, et espionnent les mouvements adverses jusqu'au-delà de l'horizon. Et le champ de bataille est connu bien à l'avance dans la tente de commandement.

                          Pour nous, peuple Telenge, le passé est aussi l'avenir.
                            Extrait des mémoires du général Cholgan Zuryantaar, publ. 2044.

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