Encyclopédie du Kishū

Ventélie 104
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Frederick St-Luys
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Encyclopédie du Kishū

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Le bleu est la couleuir de l'océan et du ciel, tandis que le symbole central est le Kamon traditionnel de la famille royale.


Index:



    Informations générales


    Nom officiel : Dai Kishū-okoku (Royaume du Grand Kishū) ou Kishūkoku, plus rarement Kazeshoto-okoku (« Royaume des îles du Vent »)
    Nom courant: Kishū (紀州, prononcé « Kichou »), ou « Shizhou » en liangois ; plus rarement, Kazekuni ("Pays du Vent"); Fukajiguo (même sens, en Kishien)
    Capitale : Azaikyo (1.150.000 habitants dans l'agglomération de Shikki-Azaikyo)
    Principales aires urbaines : Agglomération Shikki-Azaikyo (1.150.000 hab.); Kurasoe (350.000), Yamamachi (300.000) et Urumo (250.000)
    Population : environ 3.200 000 habitants
    Superficie : 23.428km²

    Langues officielles : Teiko (nippon) ; Kishūan (langue nipponique apparentée, i.e. similaire à l'okinawan), généralement et improprement nommé "Kishien"

    Autres langues parlées sur le territoire: Yumito

    Régime politique : Monarchie parlementaire et constitutionnelle
    Système politique : Démocratie parlementaire
    Assemblées législatives : Chambre de la noblesse (chambre haute) et la chambre nationale (chambre basse)
    Pouvoir Exécutif: le roi (Ohu) et le premier ministre (daissho-dashin, i.e. chancelier de l'Etat)

    Hymne national: La vertu s'élève aussi haut que le mont Yankei
    Devise nationale : "Honorer la terre, la mer et les ancêtres" (informelle)
    Monnaie : Yana (1 yana = 100 ren)
    Indice boursier : KSE
    Gentilé : Kishien (français), Kishū-jin (langue locale). Alternativement, Kazekokujin, Kaze ou Kaku (formes courtes) ; Kazekunien (français).
    Domaine internet : .ks
    Indicatif téléphonique : + 70

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    Re: Encyclopédie du Kishū

    Message par Frederick St-Luys »

    I -Géographie et atlas du Kishū


    1) Géographie physique

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    Le Kishū est un pays archipélagique, de taille relativement réduite (39 297,25 km²). La mer y est omniprésente dans les paysages et les modes de vie. Le territoire est divisé en trois ensembles principaux:

    Kiyano
    L'île principale et de loin la plus grande est Kiyano (Kiyano-jima), une île ovale, située au centre de l’archipel. Elle a donné son nom à l'archipel (le « Ki » de Kishū est celui de Kiyano, lui-même repris du nom antique de la déesse Kayo-no-kami, jadis nommée Kiya-no-kami).
    L'île est traversée par deux chaînes de montagnes grossièrement parallèles, dominées respectivement par les massifs de Yankei-Haishi et de Kaitori, respectivement au nord et au sud, avec des altitudes augmentant graduellement d’ouest en est. L'est de l'île est le plus montagneux, culminant à 2.100m avec le mont Yankei, et l'essentiel de la population vit dans l’ouest et le sud de l'île.

    La capitale, Azaikyo, se situe dans la plaine de Yaena, à une vingtaine de kilomètres de Shikki, le principal port et capitale économique du pays. Les autres grandes zones de peuplement (et de riziculture) sont la plaine de Yoniseki dans l’est, la plaine d’Otsu dans le centre, et la plaine de Yoroka dans le sud-est.
    Le vaste port naturel de Shikki facilite depuis le moyen-âge les échanges commerciaux avec les pays voisins: Teikoku, Shinkyoko, Uhmali, Liang. Les autres villes importantes de Kiyano sont Kurasoe, Yamamachi et Urumo. Excepté dans les zones de haute montagnes, l'île est très urbanisée et développée.
    La plaine de Yoroka dans le sud-est est connue depuis le XVIème siècle comme un lieu d’immigration Teiko, et de nombreux clans bushi s’y sont installés, à l’invitation de rois Kishiens. La région possède donc des traditions et une culture assez différentes du reste du pays.
    Au nord-est, dans les vallées des contreforts nord du Haishi et du Yankei, vivent aussi les représentants de la minorité Yumitoi, un peuple ancestral, présent depuis le néolithique dans la région, et graduellement évincé par les Kishiens et les Teiko.

    Tsugari
    La deuxième île de l'archipel est Tsugari (Tsugari-jima), séparée de Kiyano par le passage d’Iyano. C'est un territoire beaucoup plus rural et calme que Kiyano, qui abrite notamment la vaste forêt primaire de Hanko dans sa moitié est, où vivent de nombreuses espèces endémiques. L’île est habitée par une population très attachée à ses traditions et à son mode de vie, et les clans locaux possèdent encore une grande importance dans la vie quotidienne. La religion Kishienne y est passablement présente.
    Les principales villes sont Naka et Maegami, dans le nord-ouest de l'île. Ce sont des ports de pêche assez endormis, marqués cependant par une petite industrie de la conserve de poisson.

    Autres îles
    En plus des deux principales îles, l'archipel Kishien est également caractérisé par un grand nombre de plus petites îles, voire d’îlots, dont beaucoup sont inhabités. Souvent, le mode de vie traditionnel Kaze y est perpétué par des petites populations d'agriculteurs et de pêcheurs.

    Au nord-ouest de Kiyano, au-delà du détroit de Kimon, se trouvent les îles de Hokushiri, Ukeno et Itademi, ainsi que les groupes d’îles de Tsukogi et de Hatsuko. L’empreinte culturelle Kishienne y est très forte, et on y trouve d’importants lieux saints Kishinto.

    Au sud de Kiyano se situe le groupe d’îles d’Akasu, comprenant l’île éponyme, ainis qu’Onijima, Yujinojima et le chapelet des îles Toyoni, qui relie Onijima à Kiyano à travers le détroit d’Akishi. Cette région est l’une des plus belles et des plus touristiques du Kishū, même si des rumeurs mystérieuses courent depuis longtemps au sujet d’Onijima.

    Au sud-ouest d’Akasu, au-delà du détroit de Yoshu, se trouvent Tashiro et ses îles satellites. Peu peuplées et éloignées, elles sont un lieu de vie calme, caractérisé par la pêche aux crabes, et une gastronomie riche. Ce sont également les îles les plus ensoleillées de l’archipel.

    Au sud-est, enfin, se trouvent Yakagijima et ses îles périphériques. Il s’agit d’un territoire assez particulier, ayant absorbé certaines traditions Teiko en sa qualité de port d’étape, mais possédant également de nombreuses traditions d’indépendance et d’idiosynchrasie. Ses habitants furent longtemps naufrageurs et pirates, et ont renâclé à la domination lointaine des rois d’Azaikyo. La religion ancienne y est matinée de superstitions diverses, importées des quatre coins du monde par les étrangers de passage.

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    Re: Encyclopédie du Kishū

    Message par Frederick St-Luys »

    2) Géographie administrative et humaine

    a) Découpages administratifs: les provinces, villes et districts ruraux du Kishu


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    Provinces
    Le pays est historiquement divisé en provinces, centrées sur un Temple Provincial, et administrées traditionnellement par des Chiko nommés par le roi. Depuis les réformes du XIXème, les administrations communes élues ont remplacé les Chiko dans l’ensemble de leurs fonctions, exceptées celles, cérémonielles, ayant trait à la réalisation des rites religieux provinciaux. Les provinces continuent cependant de faire partie des identités territoriales fortes dans les milieux ruraux, et dans les archipels extérieurs, où le périmètre de l'ancienne province est généralement simplement repris par les nouveaux découpages.
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      Villes et districts ruraux
      Le découpage contemporain du territoire est celui des des villes (Shi) et en districts ruraux (Han).

      Comme son nom ne l'indique pas, la ville administrative (Shi) est en réalité un territoire assez étendu, organisé autour d'un centre urbain, mais auquel de nombreuses villes secondaires peuvent appartenir. Elle dispose d'une autonomie fiscale limitée, et est présidée par un conseil urbain élu.

      Le district rural (Han) couvre généralement un territoire peu urbanisé, situé dans les régions montagneuses de l'intérieur de Kiyano, ou dans les îles extérieures. En raison des communications parfois difficiles sur ces territoires, il dispose d'institutions aménagées pour tenir compte des distances et des différences entre les environnements de vie.
        b) Centres urbains

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        L'essentiel de la population du pays se concentre dans l'ouest de Kiyano, dans la plaine de Yaena, où se situe l'agglomération d'Azaikyo-Shikki. Des villes assez peuplées se situent du reste le long de la côte sud et est, où se situent des plaines côtières de moindre importance. Plus plate mais également moins peuplée, la deuxième île du pays, Tsugari, est principalement peuplée dans son quart nord-ouest, autour de la plaine de Kitatsu.
        • Shikki - Population: 750.000 habitants
        • Azaikyo - Population: 400.000 habitants
        • Kurasoe - Population: 350.000 habitants
        • Yamamachi - Population: 300.000 habitants
        • Urumo - Population: 250.0000 habitants
        • Ogaku - Population: 140.000 habitants
        • Chizaki - Population: 115.000 habitants
        • Kurano - Population: 100.000 habitants
        • Tsunozen - Population: 90.000 habitants
        • Shinga - Population: 85.000 habitants
        • Seki - Population: 75.000 habitants

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        Re: Encyclopédie du Kishū

        Message par Frederick St-Luys »

        II - Histoire du Kishū - index général


        Archipel situé à l'est de la Ventélie, à la rencontre entre les mondes insulaires, continentaux et coralésiens, le Kishū possède une riche et ancienne histoire, marquée par une longue période de consolidation et de formation du coeur du pays, sur l'île de Kiyano, puis un millénaire d'évolution du royaume, jusqu'à nos jours.
        Cette histoire ne comprend pas de référence mythologiques: la mythologie Kishinto possédant son propre récit de la création de l'archipel et de l'installation de ses habitants.

        Accédez aux éléments relatifs à chaque période de l'histoire Kishienne via les liens ci-dessous:

        Le Kishū avant le Kishu

        Le Kishū après l'unification
        (en cours)

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        La préhistoire Kishienne - les périodes Sonoi et En-kei

        Message par Frederick St-Luys »

        1) La préhistoire Kishienne - les périodes Sonoi et En-kei (-30.000 à 200 EC)

        a) Le paléolithique et néolithique : la période Sonoi (-30.000 à -300 EC)


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        La grotte de Nagasegawa dans le district rural de Kaitori abrite les plus anciens ossements humains du Kishū

        La date exacte de l'arrivée des premières populations humaines au Kishū est méconnue. Cependant, les fouilles menées dans la grotte de Nagasegawa dans le district rural de Kaitori ont révélé des restes humains remontant à plus 30.000 ans. D'après les théories des anthropologues et préhistoriens, a priori confirmées par des comparaisons génétiques, ces premières populations "Sonoi" proviendraient de l'aire Natolique, et auraient migré vers le sud-est, à travers l'actuel Ostlandgar et Chikkai, en profitant d'un niveau de la mer plus bas, qui réduisait la distance entre les principales îles de l'archipel néchinésien.

        La première période identifiée à partir de ce point est la période Sonoi (-30.000 jusqu'à -300), correspondant au paléolithique et néolithique Kishien. La population de chasseurs-cueilleurs Sonoi couvre alors l'essentiel de Kiyano et des îles avoisinantes, même si aucune trace d'occupation humaine n'est retrouvée à Tsugari. Les Sonoi, d'abord nomades alternant entre les grottes du nord de l'île de Kiyano et les forêts de la vallée centrale, se regroupent progressivement en villages de huttes, généralement à proximité des cours d'eau. Cette période s'achève avec l'apparition progressive de l'agriculture à partir des troisième et deuxième millénaires, visiblement sur la base de modèles importés depuis le continent. La culture Sonoi est connue pour ses poteries et tumulus circulaires caractéristiques.
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          Ces figures funéraires en bronze attestent de la délicatesse de l'art métallurgique En-kei, et de ses liens avec les traditions continentales ventéliennes
          b) Du chalcolithique à l'âge du fer: la période En-kei (-300 jusqu'à 200 EC)

          La période En-kei (-300 à 200 EC) qui suit la période Sonoi. Elle s'inscrit dans le prolongement de l'explosion démographique du Sonoi tardif, mais marque également une rupture: les styles artistiques continentaux s'imposent, tandis que des mouvements de population depuis le continent Ventélien, déjà observés à moindre échelle jusqu'alors dans les îles du sud de l'archipel, s'amplifient massivement. Vers -200, la culture Sonoi a pratiquement cessé d'exister. Les analyses génétiques confirment que les habitants du Kishū "En-kei" avaient des racines ventéliennes, distinctes des origines natoliques de leurs prédécesseurs, même si une quantité indéniable de brassage génétique entre les deux populations est observée.

          La période En-kei est un temps de grand progrès technologique dans l'archipel: avec l'introduction de la métallurgie à grande échelle et des outils de fer, le mode de vie des habitants est grandement altéré, tandis que les premières chefferies se constituent. C'est également vers cette époque qu'apparaissent les premières traces de la future religion Kishienne, ainsi que les premiers signes de peuplement de Tsugari, la deuxième île de l'archipel. Les outils en bronze et en fer aux décorations animales caractérisent l'art de l'époque, qui a pu être appelée "période des poissons de bronze" dans l'historiographie étrangère.

          La question de l'origine des En-kei a longtemps fait débat dans l'historiographie Kishienne, certains privilégiant la piste "nordique", y voyant un mouvement de population la péninsule nord-est ventélienne, voire une fuite des populations des royaumes soumis dans le cadre de l'unification contemporaine du Grand Liang. D'autres au contraire y lisent un mouvement de population plus graduel, depuis les territoires plus proches situés au nord de l'actuel Uhmali.

          L'héritage Sonoi est également controversé. Les Yumito, une minorité ethnique vivant dans les montagnes du nord-est de Kiyano, revendiquent une ascendance Sonoi, et donc l'antériorité sur les terres kishiennes. Si les analyses génétiques demeurent non conclusives à ce stade, cette théorie a pu conduire à des frictions ponctuelles entre tenants de la thèse et ses contradicteurs.

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          Re: Encyclopédie du Kishū

          Message par Frederick St-Luys »

          2) L'apparition des premiers royaumes Kishiens: la période Iwaka (200-600)

          a) Iwaka I (IIIème à IVème siècles)

          Si les mythes fondateurs Kishiens placent les origines de la dynastie royale dans les brumes de l'antiquité, c'est à partir du IIIème siècle (la période "Iwaka I" dans le jargon archéologique) que les archéologues et historiens peuvent attester de la présence de chefferies organisées sur le territoire kishien, correspondant aux zones de peuplement En-kei le plus dense. L'usage du fer se répand, et permet le développement des activités agricoles et artisanales, notamment dans les régions qui constitueront pour le reste de l'histoire de l'archipel ses principaux bassins de peuplement.

          C'est ainsi qu'on voit émerger plusieurs entités politiques dans les plaines de Yaena, Shujo, Ozu, Yoniseki et Yoroka. A partir du IVème siècle, on voit aussi apparaitre à la périphérie des entités politiques plus petites, mais clairement dans l'orbite culturelle des principales sur la côte sud de Kiyano, ainsi que sur l'île d'Akasu. Cependant, dans les îles extérieures (Hokushiri, Tashiro, Yakagi et Tsugari), le mode de vie En-kei de l'âge du bronze tardif se poursuit largement sans interruption. C'est aussi à cette époque qu'on trouve les premières traces archéologiquement pouvant être assignée sans équivoque aux populations Yumito dans le nord de Kiyano.

          Les premières siècles de la période Iwaka sont une ère de croissance démographique rapide, sous l'influence de techniques agricoles importées du continent, et notamment de cultures en terrasses dans les collines présentes dans le sud-ouest de Kiyano, qui décuplent la production. C'est aussi la période séminale de l'art et du style proprement Kishiens, avec l'apparition des premières représentations divines systématisées, et l'arrivée sur le territoire de l'écriture. Les premières traces de celle-ci se trouvent sur des outils importés du Liang, découverts dans la tombe d'un chef, dans l'actuelle ville de Yojo, sur la côte ouest. A partir de cette période, c'est un système hybride qui est employé, composé de quelques logogrammes liangois mêlés à un syllabaire rudimentaire, principalement à des fins comptables et rituelles.

          Enfin, c'est aussi l'aube de ce qui sera très longtemps la tradition funéraire princière Kishienne: l'édification de tombes sophistiquées creusées dans la roche dure des massifs de Warunashi et Kaitori.
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            le site de Minamitori dans la ville d'Izumi abrite plusieurs sépultures des périodes Iwaka I et Iwaka II

            b) Iwaka II (IVème au début du VIème siècles)

            La deuxième moitié de la période Iwaka ("Iwaka II") est marquée par les premiers signes d'une consolidation politique et religieuse marquée. Celle-ci est la plus forte dans la vallée centrale de Kiyano: trois royaumes organisés émergent dans la plaine de Yaena, un dans la plaine d'Otsu, et deux dans la plaine de Yoniseki.

            Ces entités politiques connaissent une structuration rapide, autour de sanctuaires religieux royaux. Les tensions croissantes et la pression démographique pesant sur des terres agricoles dont la surface est nécessairement limitée conduisent à des conflits récurrents, que les archéologues ont identifié au moyen des traces de batailles, et de l'édification des premiers forts typiquement Kishiens: les ancêtres des "Gusuku" de l'ère classique médiévale présentent déjà leur forme basse et large en anneau, idéale pour servir de plate-forme à des archers, et tirer parti du relief accidenté de l'île de Kiyano, où l'immense majorité d'entre eux se situent. Les noms d'une partie de ces royaumes ont été conservés dans la tradition, comme Kino (qui est habituellement associé à l'unification du pays, et dans la ligne de laquelle se place la dynastie royale Kishienne), Kanyu sur la côte ouest, Agina dans le centre, Uza dans la plaine d'Otsu, et Yagashi et Yono sur la côte est.

            Les fouilles ont aussi permis d'identifier les sites de près de cinq sanctuaires religieux majeurs, associés à des figures divines, et placés au coeur des territoires des premiers royaumes. Le site associé au royaume de Kino a été identifié à proximité directe de l'Uchaajinja, l'actuel sanctuaire royal Kishien, et est postulé comme étant son prédécesseur, d'autant plus que les traces du culte semblent indiquer des liens avec ce qui deviendra le culte de Kayo-no-Kami: plan général du sanctuaire, présence de statuettes de renards, symbolique des objets retrouvés, etc. Dans l'ouest, c'est sur l'île de Kurejima, dans l'archipel de Shimozumi, que les archéologues pensent avoir découvert un site sacré dédié au dieu de la mer, Kuo, et associé au royaume de Kanyu. Plus au sud, sur l'île d'Akasu, un site présentant de nombreuses similarités avec celui de Kurejima a été découvert, et il a été conjecturé qu'il pourrait s'agir d'un précurseur de l'actuel culte de Nurime, protectrice coutumière de l'île.

            La période allant du IVème au début du VIème siècle est aussi le moment où la construction de tombes royales creusées à flanc de montagne est la plus intense, avec des réalisations dont la plus connue est le complexe d'Oshikata, associé à la famille royale d'Uza, qui comprend plus de vingt-cinq pièces et plusieurs passages secrets.
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              A vingt-cinq kilomètres de l'Uchaajinja, des spécialistes en archéologie expérimentale ont tenté de reconstruire une ville-sanctuaire de l'époque Iwaka finale.

              c) Iwaka III (VIème siècle)

              Le dernier siècle de la période Iwaka ("Iwaka III" ou "Iwaka Finale" dans le vocabulaire des archéologues kishiens) voit un net accroissement des conflits politiques entre les différents royaumes de l'île principale, mais aussi une intégration culturelle et économique toujours plusieurs forte des îles de l'archipel entre elles, et avec le reste de la Ventélie.

              Les guerres, sporadiques pendant l'Iwaka II, prennent une ampleur toujours plus forte, et aboutissent à la constitution de grands blocs politico-religieux, dont le plus important devient rapidement le royaume de Kino à l'ouest, et le royaume de Yono à l'est. Il semblerait que le royaume d'Uza dans le centre ait persisté jusqu'au milieu du VIème siècle, avant d'être divisé entre ses deux puissants voisins.

              Pendant que ce processus se déroulait sur Kiyano, les îles voisines connaissaient un développement croissant. Des royaumes s'établissent sur Akasu, puis Hokushiri et Tashiro, tandis que des chefferies émergent dans l'ouest de Tsugari. Les archéologues sont longtemps restés perplexes devant la lenteur de l'installation humaine sur cette île comparativement à ses voisines, malgré l'abondance des terres. Les hypothèses les plus récentes supposent que la combinaison d'un climat local dégradé et peu propice à la culture du riz et de l'abondance d'espèces nuisibles dans la forêt de Hanko ont pu y ralentir le développement de l'économie agraire.

              Malgré cela, le commerce maritime connait une forte croissance, et on assiste à une certaine uniformisation des styles artistiques entre les îles, ainsi qu'une expansion des cultes religieux de Kiyano vers le reste de l'archipel. En parallèle, des liens maritimes sont établis de manière régulière avec les îles du nord de l'archipel néchinésien, et surtout avec le continent ventélien, profitant pour la première fois de la position centrale du Kishū.

              On assiste en quelques décennies à une croissance massive notamment de l'influence économique et culturelle liangoise, les marchands important de nouvelles techniques (métallurgie, fabrication de papier, construction navale), mais aussi et surtout de nouvelles idées: l'écriture liangoise est importée en masse, et remplace l'ancien système hybride, tandis que les cours des royaumes commencent à imiter les manières et titres des lointains souverains du continent. Tout cela est également bien mieux connu, cette période étant couverte par les premières sources historiques, notamment le Livre des Voyages Aux Quatre Coins de Cao Guanfeng dans les sources liangoises, et bien sûr par les Annales Religieuses de Kino, la première source locale, et premier exemple de la langue kishienne archaïque.

              Finalement, à la fin du VIème siècle, il semblerait que le royaume de Kino parvienne à occuper la plaine de Yoniseki, et à définitivement venir à bout du royaume de Yono. Une partie de l'aristocratie et de la famille royale de Yono rejoignent alors celles de Kino. La route de l'unification de Kiyano est alors ouverte, et les dernières chefferies survivantes sont graduellement annexées: c'est le passage à la période Yashijo.

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              Re: Encyclopédie du Kishū

              Message par Frederick St-Luys »

              3) Les origines du Kishū médiéval: la période Tsuwachi (vers 600 à 957)

              a) Du royaume de Kino au royaume du Kishu: organisation politique et sociale

              La fin de la période Iwaka marque aussi l'avènement pour la première fois d'une autorité unique sur l'île de Kiyano, qui représente les 4/5èmes de la surface de l'archipel. Il s'agit dans les faits d'une extension du royaume de Kino à l’ensemble de l'île, accompagnée de l'extension de ses pratiques politiques, culturelles et économiques. Si une partie des élites dirigeantes des royaumes conquis sont cooptées, l'essentiel des nouveaux maîtres de la terres sont issus des plus puissants chefs tribaux de l'entourage du clan royal Hi de Kino - la future famille royale Hirai.

              A cette époque, l'organisation sociale du Kishu évolue aussi, et acquiert certain des aspects qui seront les plus caractéristiques de son évolution ultérieure. En recoupant les informations des premières sources écrites avec les témoignages issus de la culture symbolique de l'époque précédente, il a été possible d'identifier un système des Trois Animaux (renard, poisson et caille), qui définissait symboliquement les classes dirigeantes, hommes libres et esclaves de l'époque précédente, et se superposait pour les hommes libres à un ensemble de corporations professionnelles semi-claniques.
              Avec le temps, la spécialisation économique, mais aussi les contacts croissants avec le monde liangois, les Trois Animaux laissent la place à un système relativement flexible de castes, les "Quatre Rangs", comprenant Ceux du Sang Divin, c'est-à-dire les élites dirigeante et sacerdotale, le Deuxième Rang, rassemblant les serviteurs de la cour et ministres, le Troisième rang, rassemblant les paysans libres et artisans, et le Quatrième Rang, regroupant les esclaves et populations tribales.
              Ce système des Quatre Rangs, malgré les réformes ultérieures d'inspiration liangoise et l'arrivée de population qui lui demeureront extérieures, persistera plus ou moins informellement jusqu'au XIXème siècle, et consacrera une stratification sociale assez stricte. Cependant, le Quatrième Rang, composé d'esclaves, se réduira graduellement à partir du XIVème siècle, sous l'influence croissante du clergé bouddhiste, et se fondra avec le Troisième Rang, pour constituer la classe des Heimin (平民), les roturiers, tandis que le Deuxième Rang évoluera pour correspondre aux Yukatchu (良人). Seules les familles de la plus haute noblesse conserveront leur spécificité ancestrale.

              L'économie évolue progressivement vers une agriculture latifundiaire dans le coeur du royaume, entre les plaines de Yaeno et de Yoniseki, les élites du Sang Divin ayant acquis de grandes richesses dans les guerres d'expansion, qu'elles investissent dans la consolidation de leurs domaines foncier. Le pouvoir de l'élite en sort très renforcé, ce qui permet une concentration toujours plus grande des richesses dans la région centrale de l'ouest de Kiyano. En parallèle, des représentants des mêmes familles financent une campagne de construction de sanctuaires religieux, inspirés des sanctuaires royaux de la période précédente, et qui prendront bientôt une grande importance dans les provinces. Souvent, ce sont les filles de ces familles qui y assument les fonctions sacerdotales, pendant que les garçons héritent des domaines terriens.

              Vers le milieu du VIIème siècle, la cour, longtemps itinérante - près d'une dizaine de sites palatiaux autour de l'actuel sanctuaire d'Uchaajinja ont été répertoriés - se fixe pour la première fois, à Kazekyo, une ville placée sous le patronage de la déesse du vent, Kayonogami, dont le nom évoluera graduellement vers sa forme contemporaine; Kayo-no-Kami.
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                Les premiers témoignages de la peinture Kishienne portent la marquent de l'influence liangoise.

                b) Les Sept Humbles Missions

                Mais face à l'influence croissante des chefs des grands clans, qui assurent un contrôle de plus en plus fort des campagnes et donc des revenus, les souverains de la dynastie Hirai décident de renforcer leur propre légitimité et capacité administrative, en profitant des contacts commerciaux et intellectuels croissants existants avec la Ventélie continentale, et notamment la dynastie Qiang du Grand Liang. Entre 717 et 827, sept délégations officielles du Kishu sont envoyées à la cour impériale - les Sept Humbles Missions. En échange d'un tribut et d'une reconnaissance symbolique de la suzeraineté liangoise, le souverain du Kishu reçoit des empereurs liangois le titre officiel de roi (王), qui, s'il ne change rien sur le terrain, constitue un gain de prestige considérable pour le clan Hirai, qui se trouve ainsi inséré dans l'ordre politique et symbolique ventélien. Plus substantiellement, à partir de la quatrième visite, les officiels Kishiens sont accompagnés de vastes délégations de jeunes nobles prometteurs, qui iront se former dans les académies liangoises, et à leur retour contribueront grandement à répandre la culture littéraire et politique liangoise chez eux.

                En parallèle à l'établissement de ces liens formels, l'ouverture croissante du commerce avec le continent voit l'implantation des premiers ports marchands sur la côte, et de petites communautés liangoises, même s'il faudra attendre le tournant de l'an mil pour que l'un d'entre eux, Ashino, ne grandisse jusqu'au point de former le noyau de la future métropole côtière de Shikki.

                Le résultat des Missions est un renforcement graduel de l'influence de la couronne, et de ses plus proches alliés parmi les seigneurs de l'ouest, enrichis par le commerce, mais aussi l'arrivée du bouddhisme dans l'archipel.
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                  L'Arakan Dai-Ji est le premier des monastères Kishiens. Les bâtiments actuels ont été édifiés à partir de la période Rokuon (XIème siècle).

                  c) L'arrivée du bouddhisme

                  En effet, cette religion accompagne les marchands et les émissaires dans leurs trajets entre le Liang, où elles est implantée depuis plusieurs siècles, et le Kishu. Dès 737, des moines bouddhistes se présentent devant la cour à Kazekyo, et obtiennent de fonder le premier monastère de l'archipel, le Arakan Dai-Ji, le Grand Monastère du Très Honoré, dans l'actuel municipalité de Kurasoe.

                  La nouvelle religion progresse assez rapidement parmi les élites urbaines et les communautés marchandes, servant d'interface pour l'entrée de la culture plus sophistiquée du continent, mais se heurte aussi à des résistances dans les campagnes, où le culte traditionnel demeure fort, et parmi certains des clans du Sang Divin, y compris dans l'entourage de la famille royale. Ces tensions se superposent à celles, politiques, liées à la propriété de la terre, et aboutissent à la rébellion de Shoni no Shirakame dans le sud-est de l'île en 810. Cette révolte, qui dure plus d'un an avant que les troupes de la capitale ne parviennent à y mettre un terme, voit la destruction de plusieurs des premiers monastères, dont le premier Arakan Dai-Ji.

                  Cette période voit également l'émergence d'un art bouddhiste Kishien caractéristique, dont le statuaire partage certains traits avec l'art de la période Iwaka tardive. Sur le plan doctrinal, si l'ère n'est pas encore à l'osmose Bouddhiste-Kishinto, les deux fois coexistent sans s’exclure mutuellement: la famille royale, tout en finançant des monastères, conserve ses fonctions religieuses ancestrales, et son lien très personnel avec la déesse Kayo-no-Kami. Le bouddhisme kishien précoce se caractérise par sa diversité, et regroupe aussi bien des sectes ésotériques Mahayana (Tendai, Shingon) que Nikaya (Kusha-shū et Ritsu).
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                    Illustration du XIIIème siècle, représentant la Guerre des Trois Princes

                    d) La Guerre des Trois Princes et les Trois Rectitudes

                    La fin du premier millénaire est une période de tensions politiques croissantes au sein du Kishu: malgré les premières réformes subséquentes aux Sept Humbles Missions, le pouvoir de la dynastie royal Hirai ne cesse de s'effriter, et doit de plus en plus souvent s'appuyer sur le clergé de Kayo-no-Kami, qui gagne en puissance et fait édifier l'Uchaajinja, le grand temple royal, à proximité des anciens sites sacrés. En parallèle, les grands nobles de la cour ont amassé des fortunes considérables, et étendu leur influence, notamment en menant des guerres privées pour annexer certaines des îles voisines: c'est ainsi que le clan Asano s'empare d'Hokushiri en 870, et le clan Naga capture Yakagi en 886. Pire, dans l'est de Kiyano, les clans ont conservé une tradition d'indépendance relative à l'égard du pouvoir central, tandis que dans l'ouest, le coeur originel du royaume, les riches terres agricoles sont sous contrôle des grands Kuge de la cour.

                    Un conflit dynastique est le catalyste de la Guerre des Trois Princes, qui oppose entre les princes Eiji et Shō, fils du roi Chūzei. La guerre est déclenchée après l'échec d'une expédition royale de conquête de Tsugari, la grande île voisine de Kiyano, dans laquelle le prince héritier, Kamino, perd la vie. La succession, contestée, ne peut être décidée par le roi Chūzei, frappé de démence. Les Kuge de l'est prennent alors fait et cause pour Shō, et chassent Eiji de la capitale. Ce dernier trouve alors refuge auprès de son oncle, le prince Nariakira, qui soutient sa cause, avec l'appui des milieux marchands, du clergé Kishinto et des moines de l'Arakan Dai-Ji. Pendant quatre ans, de 940 à 944, le pays est dévasté par la conflit, et ce monastère notamment est incendié durant la capture de la capitale. La guerre se poursuit jusqu'à la mort des deux princes à la bataille d'Eyama en 944. Par défaut, la couronne revient alors à Nariakira, qui prend le nom de règne de Kōtoku.

                    Profitant de sa position de force militaire, il impose alors un programme ambitieux de réforme de la monarchie et du pays: les Trois Rectitudes. Présentées dans un Mémoire pour la Restauration du Peuple par la Pratique des Trois Rectitudes, celles-ci comprennent la Rectitude de l'Intention, la Rectitude des Paroles, et la Rectitude des Actes, et procèdent à une centralisation sur le modèle impérial liangois. Les domaines tribaux hérités de la conquête Kino et la grande propriété terrienne sont remplacés par le système des provinces des gouverneurs (dont la carte est visible ici), tandis que la cour royale est entièrement réformée. les anciens rangs et titres disparaissent, excepté sur le plan religieux, et le système des Quatre Rangs est officiellement proclamé comme la base de la société kishienne. Enfin, l'ancienne capitale, Kazekyo, dévastée par le conflit, est remplacée par une nouvelle, située plus au sud: Azaikyo, édifiée sur le modèle de la capitale du Grand Liang, Kaijing.

                    L'arrivée au pouvoir du roi Kōtoku voit donc une augmentation massive de l'influence des lettrés, en particulier d'origine liangoise, de la classe marchande, et des grands monastères bouddhistes. Les monastères, à commencer par l'Arakan Dai-Ji, reçoivent d'importants émoluments et terres, récupérant notamment nombre des territoires qui avaient appartenu aux alliés du prince Shō. Cette importante emprise terrienne sera l'une des caractéristique de l'époque monastique féodale Kishienne par la suite.

                    Traditionnellement, les historiens marquent la fin de l'ère Tsuwachi à la mort du roi Kōtoku en 957.

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                    Frederick St-Luys
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                    Re: Encyclopédie du Kishū

                    Message par Frederick St-Luys »

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                    Modèle d'Azaikyo au XIème siècle

                    4) Grandeur et stagnation durant l'ère ère Ensho (957-1275)

                    a) La monarchie d'Azaikyo

                    La mort du roi Kōtoku marque l'amorce d'une période de centralisation et de consolidation du régime royal Hirai autour d'Azaikyo, la nouvelle capitale. Le plus jeune fils de Kōtoku, En'wa, connût un long règne stable, jusqu'en 1010. La monarchie ne fait pas l'objet de contestation sérieuses. Le pouvoir est hautement centralisé autour de la cour, où les ministres deviennent les figures dominantes, éclipsant les chefs locaux. Le poids des grands monastères sort également renforcé du conflit, tandis que de nombreux monastères secondaires profitent de la générosité et des sympathies bouddhistes du pouvoir central pour gagner considérablement en richesse. C'est de cette époque que datent les Trois Monastères de l'Est, le Shurikawa-Ji, l'En-Ji et l'Abidatsu-Ji, qui finissent de marquer la consécration de la domination cultuelle de l'ouest et de la plaine de Yaena sur les traditions de l'est et de la plaine de Yoniseki.

                    C'est durant cette période que les Kuge deviennent réellement l'armature centrale de l'Etat, finissant de balayer les survivances des anciennes hiérarchies tribales. Ils adoptent largement le costume et le protocole liangois, sans cependant jamais se départir d'une certaine approche clanique de la politique. C'est notamment à cette époque qu'émergent les clans qui constitueront plus tard les "Trois Rangs Exaltés" des Kuge: les Asano, les Mitsujo, les Naegusuku et les Tochai. L'un d'entre eux, Tochai-no-Uchihara, occupe pendant près de cinquante ans entre 1005 et 1054 l'une des plus hautes fonctions de l'Etat, celle de Ministre de la Gauche.
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                      Les forêts et mangroves de Tsugari ont représenté des obstacles redoutables à la progression kishienne

                      b) La conquête de Tsugari et la résistance de Hankai-no-Azu

                      Cette stabilité relative permet au roi En'wa de réaliser l'entreprise qui avait coûté si cher à son prédécesseur, Chūzei: la conquête de Tsugari, l'autre grande île de l'archipel Kishien. Cette fois-ci, les chroniques royales relatent qu'il fit organiser des cérémonies Kishinto et Bouddhistes avant l'embarquement, et fait porter à chaque soldat un bandeau portant le nom de Tamanten, divinité bouddhiste de la guerre. L'armée effectue la traversée sans encombre, et débarque sur les côtes de Tsugari, dans l'actuel plaine de Kitatsu. Une coalition de tribus locales, menées par un frère et une soeur, les chefs Shiku et Azu, leur livre bataille. La légende dit que les soldats de Kiyano virent le dieu Tamanten lui-même combattre à leurs côtés, ce qui leur assura la victoire. Les historiens considèrent que c'est la supériorité de l'armement de l'armée royale, inspiré des armées continentales ventéliennes, ainsi que leur aguerrissement durant la Guerre des Trois Princes, qui permet de faire la différence. La coalition tribale est brisée, le chef Shiku tué, et les survivants s'enfuient vers l'est de l'île, dans la forêt de Hanko.

                      La province de Hokusho est alors établie dans la plaine de Kitatsu, tandis que plusieurs châteaux "gusuku" sont édifiés à des points clés afin de contrôler le territoire, et mater les indigènes. Un lent mouvement de colonisation se met en place, au départ de l'est de Kiyano, mais Tsugari restera encore pendant des siècles une destination impopulaire: le sol y est moins propice à l'agriculture qu'à Kiyano, et la population locale tsugarienne se révèle extrêmement hostile aux envahisseurs. Pendant tout le reste de sa vie, Azu, chef et shamane, organiser une guérilla sans concessions depuis les profondeurs de la forêt de Hanko, une zone de mangroves et de végétation luxuriante extrêmement dense, où les troupes royales ne parviennent pas à progresser. A sa mort en 1018, elle laisse à son fils Nao le soin de poursuivre le combat, marquant la naissance de la dynastie de chefs locaux ("Shuryō") des Hankai, qui siège encore aujourd'hui dans la Chambre de la Noblesse du Parlement Kishien.

                      Malgré la bravoure des combattants indigènes, leur perte définitive du tiers nord-ouest de l'île est devenue claire à la fin du XIème siècle, et, durant les siècles suivants, ils n'auront de cesse de défendre leur territoire restant contre les incursions des kishiens de Kiyano. Celles-ci ne cesseront réellement que pendant une assez brève période, au XIIIème siècle, lorsque la guerre des Myoji (voir ci-dessous) a monopolisé les énergies du pays, mais connût un soudain regain après la fin du conflit, quand Tsugari fut choisie pour accueillir les exilés et perdants du conflit.
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                        La vie brillante de la cour royale durant l'ère Ensho a contribué à la dévitalisation de l'économie du pays

                        c) De la prospérité à la stagnation

                        Paradoxalement, le retour à l'ordre et la centralisation à Azaikyo, accompagnés du renforcement du poids des monastères, ont pour effet de graduellement dévitaliser l'économie et la société du pays. La richesse drainée depuis les provinces afin de servir à l'édification de la capitale et à l'entretien d'une cour illustre et cultivée ne bénéfice aucunement à la majorité de la population du pays: les investissements dans les infrastructures agricoles et dans l'artisanat stagnent, et, du fait du désintéressement des Kuge, les marchands liangois prennent le contrôle quasi-exclusif du commerce extérieur. Pendant ce temps, dans la capitale, la corruption et le luxe abondent. Les Kuge et leurs familles vivent dans d'immenses villas urbaines, entourées d'une nuée de serviteurs. Le gouvernement de l'Etat est lent et inefficient, en partie paralysé par l'importance toujours plus grande du rituel, et des jours "néfastes", durant lesquels il n'est pas possible de prendre une décision. Ceux-ci finissent par représentent une partie substantielle de l'année. Souvent, les souverains, pour s'échapper d'une existence ritualisée où il n'est plus possible de gouverner, décident de se faire moines, et de gouverner depuis l'ombre: c'est l'émergence du "Gouvernement Cloitré" (Unushitira en kishien, Insei en teiko).

                        Le résultat de ces tendances est qu'au milieu du XIIIème siècle, les experts estiment que la production globale de riz de l'archipel a diminué de 15% par rapport à ce qu'elle était sous le règne de Kōtoku trois siècles auparavant, et la population totale de 5%. Dans de nombreuses provinces, l'économie monétaire a entièrement disparu, remplacée par le troc. La chute du Grand Liang face à l'invasion des nomades Syires s'accompagne d'un écroûtement du commerce international. Les grands monastères, jaloux de leur indépendance, ne payent aucun impôt, et n'hésitent pas à armer leurs moines et à défendre leurs terres, voire à attaquer d'autres monastères. L'armée royale, sous-financée et sans expérience, est dans un état de délabrement considérable, ce qui conduit à une humiliante défaite des forces kishiennes contre les guerriers du "prince pirate" liangois Xian Yun, qui pille en 1248 Ashino, la future Shikki, et rançonne près d'une dizaine des plus hauts Kuge.

                        Dans les année qui suivent, le pouvoir royal se fissure à une vitesse alarmante. Le roi Yutoku est incapable de reconstituer rapidement une armée, et les hausses d'impôts destinées à payer les rançons conduisent à des soulèvements paysans dans les provinces cruciales de Yanoe, Otsu et Yoniseki. Les moines guerriers du monastère d'Arakan Dai-ji, jadis un soutien de la couronne, descendent alors dans la capitale, et forcent la cour à accepter de nommer des abbés favorables à leur secte dans de nombreux autres monastères. En réponse, les Trois Monastères de l'Est se soulèvent, et rejettent l'édit royal. Sans armée et coupé de l'est du pays par les révoltes paysannes, Azaikyo est incapable de restaurer son autorité.
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                          Le roi Yutoku durant les dernières années de son règne

                          d) L'ascension de Myoji-no-Imashi et le commencement de la guerre des Myoji

                          C'est à ce moment, en 1251, que meurt le roi Yutoku. Son fils, Kosei, monte sur le trône. Mais le nouveau souverain n'est alors âgé que de 8 ans, et montre des signes d'arriération mentale. Une lutte impitoyable s'engage alors au sein de la cour entre deux factions pour le contrôle de l'enfant:

                          La première faction, est officiellement menée par le Ministre de la Droite Mitsujo-no-Kagecha, mais en réalité contrôlée par un homme mystérieux, dont la postérité aura fait un magicien maléfique aux pouvoirs extraordinaires: l'onmyōji (devin) officiel de la cour, lui-même issu d'un illustre clan Kuge du sud-est du pays, Myoji-no-Imashi. Bénéficiant d'importants soutiens parmi la classe dirigeante de la capitale et dans le sud de l'île, il est le premier à s'assurer de la personne du jeune monarque, le faisant quitter Azaikyo pour la forteresse de Yamagusuku, dans les monts Kaitori.

                          La seconde faction est menée par la mère du roi Yutoku, la reine cloîtrée Fumiagari. Retirée dans le monastère occidental de Shōsen-Ji à l'ouest de la capitale, celle-ci a réussi à s'emparer du contrôle d'une partie de la cour et des gouverneurs provinciaux en utilisant sa position de souveraine cloitrée. Soutenue par les clans kuge des Tochai et des Asano, elle compte aussi sur l'assistance de la plus ancienne des autorités spirituelles du pays: la grande prêtresse de l'Uchaajinja, toujours à la tête du culte Kishinto.

                          Début 1252, le pays est donc au bord du gouffre. Les deux partis émettent des ordres au nom du roi, tandis qu'une bonne partie de l'est de l'île principale est en révolte ouverte. Des craintes d'une seconde attaque du prince-pirate Xian Yun abondent, et parmi la population courent des rumeurs selon lesquelles Myoji-no-Imashi se serait allié avec des Akuma, des démons libérés par un tome mystérieux qu'il aurait obtenu d'un monstre marin. C'est dans ce contexte que les troupes privées du clan Myoji entrent dans Sachu, la capitale provinciale Shimoji, et en font exécuter le gouverneur, Asano-no-Hiratsu. Immédiatement, le clan Asano riposte, et fait incendier le manoir des Myoji dans la capitale, tuant la nièce d'Imashi.

                          C'est le commencement de la guerre des Myoji.

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