Fenêtre sur le pays

Dytolie 122-123-128-129-130
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Zaldo
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Ausculta ô filia (2).
5 février 2042, suite

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Le puits en fond de vallée, lieu d'interrogatoire...
[Ici durant l'été précédent.]


Le Frère Convers, porteur de la Bulle, vit que des chevaliers étaient à ses trousses et hurlaient en sa direction. Le religieux obéit car n'ayant de toute manière aucune chance d'échapper à des combattants aguerris et bien meilleurs cavaliers que lui. Se pliant aux injonctions, il descendit de bidet et se confronta à un guerrier de carrure imposante et aux longs cheveux clairs. Portant un tabard noir flanqué d'un majestueux arbre blanc, semblable à Yggdrasil, ainsi qu'une énorme épée à la ceinture, le bellator se présenta comme un humble serviteur de la Reine et fut étonnamment affable. L'interrogatoire se déroula dès lors sous les meilleurs auspices et le Frère Convers relâcha peu à peu sa garde. Néanmoins, sa dernière réponse renfrogna le Grand Capitaine. Aussitôt, sa bienveillante face disparut au profit de la brute à laquelle on ne la faisait pas. Il traina le religieux jusqu'à un vieux puits et lui plongea la tête dans l'eau froide. Söfren reposa à nouveau la question : qui se trouvait à l'origine de la soi-disant bulle ? Toussant et à bout de souffle, le Frère maintint le même discours, celui qu'un émissaire du Vice-chancelier pontifical était venu au monastère Saincte-Marie d'Horikþokaland demander que le parchemin soit remis à Marie III. Sa tête repartit derechef sous l'eau pour finalement ressortir et... répéter exactement la même version. Le Grand capitaine recommença et à mesure que le temps passait, l'y maintint à chaque fois un peu plus longtemps. A la vingtième reprise, le clerc sembla enfin céder. Alors qu'il se débattait et gémissait, Söfren le tira vivement hors du puits. A bout de force et essoufflé, le Convers tomba au sol et balbutia quelques mots : « Meis ben... dols messire... est Chevalier Sinople, li num d'icelui. » Et ajouta avoir été menacé pour ne pas parler et brouiller les pistes. Lui ayant visiblement tout révéler, le serviteur de Marie III décida finalement de laisser partir le suspect. Qui était ce mystérieux Chevalier Sinople ? L’Église avait-elle une part dans cette sombre histoire ? Et le monastère Saincte-Marie ? Telles furent les questions qui tourmentèrent le Grand Capitaine sur le chemin du retour.

Hélas, des regards indiscrets le virent entrain de rudoyer le moine et rapportèrent l'incident à l'Inquisition de Ginnheilagrleiðar. Le lendemain, 6 février 2042, un servant de l'Inquisition se présenta au château de Meltorfahamarr et informa Marie qu'un témoin avait surpris l'un de ses hommes entrain de maltraiter un Frère Convers. A ce titre, elle se trouvait convier devant le tribunal de l'Église pour répondre des accusations portées contre elle, rappelant que le sort réservé à pareil manquement, en l'absence de pénitence, n'était nul autre que l'anathème et l'excommunication majeure. L'émissaire indiqua pour terminer qu'il espérait la voir venir de son plein gré, l’Église n'ayant aucune envie de l'y forcer en prononçant l'Interdit sur elle, son clan et l'ensemble de ses fiefs. La menace fut toutefois très clairement reçue.
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Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

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Zaldo
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La vie au milieu des champs (16).
11 février 2042,

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Deux étalons chauffés à blanc peu avant un Hestavíg d'hiver près des Eaux brumeuses méridionales.


Des flocons tremblotaient au milieu des paysans et achevaient leur course sur le fin manteau blanc, déchiré par le piétinement constant des bêtes et des Hommes. En février, le gros des tempêtes était heureusement passé, même si l'on n'était jamais à l'abri d'un coup de froid soudain au printemps. A l'horizon, les tours du château d'Heillborg rassuraient car nul n'oserait s’immiscer si près des murs du Seigneur Hár VI. Composée des clans villageois de la région, la foule encourageait tour à tour son champion. Ce type de combat possédait, dans l'imaginaire, une profonde importance culturelle. Ainsi, l'atmosphère demeurait tendue, les spectateurs juraient les uns contre les autres et l'on se demandait, par moment, comment une bagarre générale n'avait pas encore éclaté. Soudain, l'étalon à la robe souris mordit le rouan à l'encolure qui lâcha un horrible cris. L'agitation devint plus considérable et se chargea d'une colère intarissable. Le tumulte et les clameurs grandirent. Et alors que les chevaux s'entretuaient, la situation explosa. Brandissant leurs armes, qui couteaux, qui hachettes, qui fourches, les clans se chargèrent réciproquement dans une violente mêlée hors de contrôle. L'évènement fut un bain de sang et quand la situation se stabilisa, plusieurs corps gisaient là, sans vie, dans une marre de sang. Aidés des leurs, les blessés rentrèrent chez eux ou se rendirent à l’Hôtel-Dieu le plus proche. Les équarrisseurs se trouvaient déjà là et coupaient les étalons en quartiers...

Les combats de chevaux, appelés Hestavíg, étaient très suivis dans tout le royaume. Leur saisonnalité dépendait des différents fiefs : certains les organisaient plutôt en été ou au printemps, d'autres, comme dans le Skilfþjóð, préféraient la fin de l'hiver ou l'automne. Amusement tant populaire que nobiliaire, l'Hestavíg servait à mettre les étalons à l'épreuve et à choisir le meilleur pour la reproduction. Les perdants étaient soit pansés, soit équarris et mangés. La saison des tournois chevalins était aussi le moment privilégié pour faire la cour aux dames, ainsi que renforcer les amitiés claniques ou, au contraire, donner lieu à menaces, guerre des mots, échauffourées et affrontement général.
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Zaldo
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La Byzantine (6).
21 février 2042,

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De l'aide venant des Chevaliers de la Foi dont l'emblème était la Croix Azur.
Ici en Heiðrúnland, leur bastion historique.


Janvier et Février furent riches en évènements pour Teodora. Au temps de l' « Espiphanie », un groupe de chevaliers errants se présenta au château affirmant chercher un seigneur qui servir. Mais Sigurðr, le vieux moine, déconseilla à la jeune Valdaque de les prendre. En effet, ces derniers étaient en rupture de ban et ne valaient sans doute pas mieux que des mercenaires. Toutefois, la Byzantine passa outre le conseil et les joignit à son service. Quelques jours plus tard, l'un d'eux, FarulfR, commença même à la courtiser. Indubitablement, la seigneuresse ne put se dire insensible au charme et aux douces attentions de son courtisan. Néanmoins, comme toute dame de l'amour courtois, elle s'évertua à le repousser et à lui faire accroire qu'il devra affronter bien des périls et montrer d'éminentes bravoures avant de trouver la clé de son cœur. Sigurðr regardait l'amourette avec circonspection et dépit. A la fin janvier, ce dernier amena dix archers expérimentés, prêtés par l'ordre religieux et militaire des Chevaliers de la Foi. Teodora l'en remercia vivement et se dit bénie d'avoir un clerc si dévoué à ses cotés. Elle déchanta malheureusement très vite lorsque Sigurðr lui annonça quitter son chevet pour s'en retourner à la contemplation de Dieu. Le religieux y réfléchissait déjà depuis quelques semaines, voyant n'être plus écouté comme au début. Avant de s'en aller, il veilla à mettre sa maitresse une dernière fois en garde concernant ses chevaliers, assurant qu'elle finirait par regretter le jour où elle les recueillit.

Quelques semaines plus tard, le printemps approchant, un garde mit la main sur un éclaireur envoyé par le Jarl Sighvatr II d'Eyrrheimr, l'ennemi déclaré, et pour lequel la rumeur affirmait que l'Ost marcherait sur Ginnheilagrbjǫð [le fief tenu par la Valdaque] aux premières lueurs de mars. Sur les conseils de FarulfR, Teodora fit fouetter et violemment tabasser le sergent capturé, avant de le renvoyer à son maitre. Ainsi, la Byzantine espérait montrer ce qu'il en coutait de s'en prendre à elle, ruinant par là tout espoir de paix, aussi infimes étaient-ils. Comme suggéré auparavant, la Dame voulait demander le soutien de la Reine Marie « mi ourse mi fée », en personne si nécessaire ! Déroulant une grande carte, elle s'enquit sur l'existence de tunnels sous la montagne, à quoi un guerrier rétorqua qu'il s'y trouvait un réseau de grottes aménagées en places fortes par les seigneurs locaux. Toutefois, il recommandait de ne pas s'y rendre sans au préalable connaitre les intentions des Jarls présents. Et cela, sans compter les nombreux trolls qui y vivaient, pas moins que la Grotte de Sainct-Siglaug qui conduisait, disait-on, jusqu'aux Limbes, desquels on risquait de ne jamais revenir en s'y aventurant ! Acculée, Teodora proposa alors de passer par les cols. A nouveau, tout le monde refusa, prétextant que l'on risquaient d'être littéralement avalé par la montagne, celle-ci ayant plusieurs bouches et des yeux ! Sans autre solution, la Valdaque se résolut à emprunter la route des contreforts qui obligeait à un long contournement des monts par l'Est. Elle choisit de ne chevaucher qu'à deux, en compagnie de FarulfR, afin d'aller plus vite. Ils partirent ensemble le 10 février.

Le 21 février, Teodora galopait à bride abattue vers le château de Meltorfahamarr. A ce moment, la femme ne se doutait pas que les chevaliers restés à son fief avaient massacré ses gardes et ses archers, avant d'ouvrir les portes devant Sighvatr II. Celui qui chevauchait à ses cotés était lui même un traitre mais la dame ne le savait pas encore. Pire, avec les agents du Sikkerhetsjeneste fouinant à la cour de la Reine Marie, grimés en secrétaires de l'ambassadeur Jernlander, la Byzantine fonçait droit dans la gueule du loup.
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Ausculta ô filia (3).
27 février 2042,

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Les inquisiteurs entrant dans la salle du chapitre,
peu avant celle des accusés du jour.


Convoquée en début de mois, la Reine se rendit à l'Inquisition de Ginnheilagrleiðar le 27 février accompagnée de son Grand capitaine Söfren, principal accusé, ainsi que de cent guerriers parés au combat. C'était donc sous le bruit, quelque peu assourdissant, de l'entrechoc de dizaines d'armures et de cottes de maille que tout ce monde pénétra au sein de l'abbaye Notre Dame des Ardents. La scène n'impressionna toutefois guère le Tribunal, réuni au complet et présidé par l'abbé-mitré Dominikus. En effet, l’Église pouvait, au besoin, elle aussi compter sur le bras armé des Chevaliers de la Foi et sur celui de la Confrérie Sainct-Óláfr. La séance commença par un rappel des reproches, ainsi que des peines encourues. Trois témoins se présentèrent successivement à la cour et relatèrent ce qu'ils avaient vu. L'exercice s'effectua sans crainte, ni hésitation, ni bégaiement et pour cause, l’Église assura ces derniers de sa protection. Se confrontant aux accusations, ni Marie, ni Söfren ne nièrent les faits. Il était en effet établit que ce dernier avait rudoiement questionné le Frère convers Sebbe, du monastère Saincte Marie d'Horikþokaland, sur ordre plus ou moins direct de la Reine. Cependant, pour sa défense, Marie en rappela le contexte, depuis la Bulle Ausculta ô filia jusqu’à sa fausseté évidente, en passant par l'enquête menée afin d'en déterminer la source. L'inquisition demanda à examiner le document papal et se réunit alors en conciliabule. Très vite, le consilium s'indigna de ce qu'il y découvrit : lever le bannissement de l'usure ? Ne plus châtier les usuriers ? Tolérer les marchands ? Que d'insidieuses et coupables hérésies en si peu de mots ! Cette lettre ne venait pas du Saint Père mais du Démon ! Marie sourit, comprenant à l'instant qu'elle ne sera probablement pas excommuniée. L'Inquisition informa son intention d'enquêter sur la bulle contrefaite, ce à quoi la Reine promit d'ébouillanter le coupable, selon la coutume. L'annonce galvanisa soudainement ses guerriers qui sortirent leurs épées et crièrent à sa gloire. Prenant peur, l'Abbé-mitré Dominikus ramena fortement l'ordre et, après délibérations, condamna le Grand capitaine Söfren à dix jours de jeûne au pain et à l'eau, trente pour la suzeraine, assorti de dix « chapelz » [chapelet] à réciter.

Revenue en fin de journée à Meltorfahamarr, la Reine s'enquit naturellement de l'enquête au sujet de la bulle et du Chevalier Sinople. Le Chancelier Markus l'informa qu'après avoir étrillé l'aubergiste de la Roue cassée [nom traduit en Français], le capitaine Ǫnundr se trouvait sur la piste d'un Meunier suspect vivant à Djúprdalr. Le clerc l'avisa également du rapport des éclaireurs concernant deux cavaliers, un homme et une femme, semblaient se diriger vers le château. Marie ordonna de maintenir la surveillance et de les arrêter au moindre acte louche. Après quoi, elle partit voir sa fille qui s'entrainait avec son maitre d'arme, et son fils, dormant au berceau. La Dame se dit qu'il serait peut être bon que ses enquêteurs sachent effectuer des recherches autrement qu'en hurlant ou en bastonnant...
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Zaldo
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La Byzantine (7).
5 mars 2042,

Teodora la vit enfin : Meltorfahamarr, cette imposante forteresse de pierre juchée sur son contrefort. Le convoi s'en approchait doucement via un petit, et sans doute unique, sentier montagneux. Épuisée, la Valdaque tenait à peine sur son étalon alors que le chevalier FarulfR disparut sans réclamer son dû voilà deux jours. La Byzantine ne pouvait croire qu'il l'avait abandonné, pas après l'avoir si aimablement courtisé. Ce n'est qu'au matin du 5 mars, après trois grosses semaines de cavalcade, et alors qu'elle ne se situait plus qu'à quelques lieues de sa destination, que les éclaireurs royaux l'interceptèrent au détour d'un sanctuaire dédié à Sainct Óláfr.

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L'oratoire Sainct Óláfr en question.

La femme eu d'abord peur car les trois gaillards ne paraissaient ni doux ni très commodes. Ils l'interrogèrent sur son identité, son lieu d'arrivée, ses intentions, son éventuelle mesnie... etc. Une personne qui n'avait pas de raison de se trouver à un endroit donné était toujours suspecte. S'expliquant de manière confuse, sans oublier son vieux-thorvalois encore fragile, Teodora échoua à les convaincre, si bien qu'elle effectua le reste du parcours sous leur étroite surveillance. Le puissant son d'un cor ébranla soudain la montagne. Au loin, depuis les remparts, un garde sembla crier « Chevaliers a l'esproich' ! » puis quand ceux-ci furent plus près et reconnaissables, l'homme reprit « Ovrez les huis ! ». Teodora pénétra alors au sein de la forteresse et atterrit au milieu de la basse cour, semblable à celle de son propre château en plus populeuse, autant boueuse, et avec quelques bâtisses supplémentaires. Les paysans l'épièrent bizarrement, plein de suspicions, et se demandèrent ce qu'elle voulait. A l'évidence, en ce terroir ni vu ni visité, Teodora se retrouvait pour l'énième fois dans l'inconfortable position de « l'estrangere, l'icelle au vis misterial ». Le Chancelier l'accueillit d'un salut sobre et s'enquit sur sa présence à Meltorfahamarr, avant de l'intimer à le suivre. Le chanoine était, comme à l'accoutumé, vêtu de sa sombre robe cléricale.

Ce dernier l'a guida à travers de nombreux dédales. Arrivant à la salle de la Cathèdre, il gravit les quelques degrés du trône et présenta la Byzantine à l'oreille de la Reine en tant que Teodora de Ginnheilagrbjǫð. La pièce était plus clairsemée que d'habitude en raison du Temps de Carême. C'est là que les secrétaires de l'émissaire Jernlander, présents sur place, la reconnurent. De son coté, la femme n'y vit pourtant que du feu et concentra son attention sur Marie, la Reine mi-fée mi-ourse ! Cette dernière lui fit grande impression : avec son armure en cuir bouilli et son épée à la ceinture, elle était une vraie guerrière, ce que Teodora rêvait de devenir ! Prenant le meilleur vieux thorvalois possible, la Valdaque exposa sa vie au sein du royaume, depuis sa venue jusqu'à la guerre qu'elle devra bientôt mener contre le Jarl Sighvatr II, en passant par sa captivité chez Gylfi III. Marie soupira et répondit, d'une voix bienveillante, que le château de Ginnheilagrbjǫð était malheureusement déjà tombé, que des traitres avaient ouverts les portes et massacrés la petite garnison qui s'y trouvait. Tels étaient, hélas, les récits de ses oiselets (espions). La Byzantine commença par le nier, avant de se remémorer les avertissements de Sigurðr et de finalement se rendre à l'évidence : ses féaux l'avaient trahis. Et voilà pourquoi FarulfR avait fui, tout se recoupait hélas... Choquée, désemparée et désespérée, Teodora sans Terre s'agenouilla et implora l'Hospitalité. Marie fit signe vers son écuyer et descendit vers la Valdaque. Le garçon reparut bientôt munit d'une corne emplit de bière qu'il tendit à la Reine. Après avoir bu, la suzeraine passa la chose à Teodora qui, hésitante, avala également du breuvage. La salle applaudit, le pacte d'hospitalité était désormais scellé : tant qu'elle se trouvera sous son toit, Marie devait, sur l'honneur de son Clan, nourrir, loger et protéger la Byzantine. Remettant la politique à plus tard, la Reine chargea le Chancelier de lui trouver une chambrelle. Ce dernier installa l'invitée dans une petite bâtisse en torchis de la basse cour, près de la porcherie, qui fut précédemment occupée par l'ancien Intendant. La pièce restait bien rustique mais on l'a disait la plus confortable du domaine. Elle possédait une fenêtre ! Avec une vitre en mica !

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La Byzantine, pensive, durant ses ablutions.

Peu après, une servante prépara le nécessaire pour les lavements de Teodora. A ce moment, la Valdaque put enfin se détendre et se reposer. Pour combien de temps ? Les Jernlanders rôdaient et promettaient de prévenir Ursachi. Ou bien allaient-ils essayer de l'assassiner directement ?
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Zaldo
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La vie au milieu des champs (17).
11 mars 2042,

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Le moulin d'Ásynjahöll, comme il en existait des milliers
au sein du royaume. De l'ensemble, 85% étaient à eau, 5% à marrée et 10% à vent.


Le meunier d'Ásynjahöll travaillait dur et ne ménageait pas sa peine. Faisant d'innombrables va-et-vient entre le moulin à eau et la grange, il rangeait la dizaine d'énormes sacs de farine obtenue ces derniers jours aux meules à grains. Que cela fusse par vent, soleil, neige ou grêle, l'homme travaillait beaucoup. Outre de moudre, il devait aussi entretenir le mécanisme, démonter et nettoyer les meules, régler la quantité de graines versées entre chaque moudrement, etc. Malgré cela, Rögnvaldr, de son nom, était peu aimé du village. En effet, comme tout bon meunier, celui-ci participait à des activités louches telles que le vol, le recel, la contrefaçon monétaire, la spéculation des subsistances, l'intimidation etc. A ce titre, il disposait d'excellentes relations avec les brigands de la région, qu'il rencontrait souvent, à l'abri des regards, au sommet de la colline derrière le hameau.

Rögnvaldr entreposa le dernier sac et souffla un instant, avant de soulever la peau de sanglier, sise à ses pieds, et laisser apparaître une trappe. L'homme ouvrit et y descendit précautionneusement par l'échelle en bois. Bien des princes seraient jaloux d'un tel butin. En effet, la cache renfermait un grand nombre d'objets de valeur comme des manuscrits enluminés, des bijoux, des pierres précieuses, des reliquaires ouvragés, des croix, des broches, des coupes en or, des épées, des boucliers etc. Rögnvaldr contempla le trésor, avant de remonter et repartir vers le moulin à quelques pas de là.

En chemin, il ouït un étrange sifflement quand une soudaine et vive douleur l'étreignit. Une flèche s'était logée dans ses tripes. Titubant, le meunier scruta autour à la recherche du coupable mais ne vit personne. Un deuxième carreau siffla au dessus de sa tête et alla se perdre quelques part dans les champs et prairies alentours. Un troisième partit et l'acheva, cette fois, en pleine tête. Une bande s'approcha et chuchota, l'un d'eux portait un arc en frêne fréquemment utilisé par les villageois à la chasse. Ils l’emmenèrent sans crier gare. Aujourd'hui, l'on s'était non seulement débarrassé d'un malotru mais sa dépouille servira aussi à engraisser les porcs ! D'une pierre, deux coups en quelque sorte.
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Zaldo
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Ausculta ô filia (4).
18 mars 2042,

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Le Chancelier royal Markus Hundólfring entrain de
pratiquer l'ablation d'une dent chez le chevalier Ǫnundr.
Membre héminent de la Foi militante, le Chancelier était
aussi chanoine, théologien, astronome, astrologue, herbier,
physicien, chirurgien et alchimiste.


Le chevalier Ǫnundr reparut à la cour l'après-midi fraiche et ensoleillée du 18 mars. Il y découvrit une Reine boiteuse, du moins, souffrant d'un léger boitement causée par une flèche, reçue la veille, lors de l'escarmouche contre la seigneuresse Aldviðr II. Positionné sur les hauteurs de l'Óminniholt [traduction étymologique : "éminence pierreuse de l'oubli"], l'auteur ne fut hélas pas retrouvé et semblait avoir rapidement décampé. La bataille se solda sans vainqueur et chacun pu retourner à ses foyers. Le retour de Marie, en s'appuyant sur ses hommes, avec un carreau planté dans la jambe, suscita une vague d'inquiétudes. Heureusement, le Chancelier Markus s'occupa d'elle en retirant précautionneusement le trait, avant de purifier la blessure à l'aide d'alcoolat de sauge et méticuleusement bander l'ensemble. Grâce aux soins du clerc, la suzeraine ne devrait connaître ni complications ni séquelles, sauf peut être une cicatrice. A la bonne heure, les marques de ce genre participaient à la réputation du guerrier et soutenait son aura ! De même, un archer s'étant fait couper les doigts par l'ennemi jouissait d'une gloire éternelle dans son propre camps. Ainsi, la Reine promettait d'en ressortir grandie.

Ǫnundr fit un léger salut et narrât ses aventures. Il les agrémenta d'une multitude d'anecdotes sur la qualité du lard à Djúprdalr et le savoir-faire pour la salaison des fromages. L'homme évoqua aussi ses soirées à la taverne, ses parties de dés, ainsi que le soir où il rossa Ylfingr, un joueur adverse, à cause de (soit disant) tricheries. Le guerrier avait toutefois, et malgré ses turpitudes, réussi à retrouver la trace du meunier suspect, caché au sein d'un campement en forêt de Veiðiskógr. Mais il ne put, hélas, guère soutirer de renseignements : le paysan était mort à son arrivée, certainement assassiné par des bandits payés par les faussaires. L'enquête sur la bulle contrefaite se trouvait donc au point mort. Sur les avis du Chancelier, Marie décida de patienter et de voir venir les futurs mouvement des conjurés, comme lors d'une partie de Hnefatafl. Il fut néanmoins aussi décidé d'envoyer des Oiselets (les espions personnels de la Reine) épier le monastère Saincte Marie d'Horikþokaland, là où tout avait commencé. Il fallait cependant rester prudent, ne pas faire de vagues et agir discrètement. En effet, la suzeraine n'avait aucune envie de se défendre à nouveau devant l'Inquisition.

Quand Ǫnundr s'en fut partit, Teodora approcha Marie. L'ayant observé tout le long, elle lui demanda de lui apprendre à se battre et à intriguer. En effet, malgré ses ambitions thorvaloises, c'est-à-dire d'y tenir un ou plusieurs fiefs, en plus de graviter autour du clan royal, la Valdaque n'avait pas renoncé à sa destinée qui était de chasser Ursachi du pouvoir et de renouveler l'empire chrétien d'Orient.
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Le second Prophète (4).
24 mars 2042,

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Village de Systrungrhlíf (98 habitants). Entrée principale et palissade sur tumulus en construction.


Lorsqu'il rouvrit les yeux, l'ambassadeur Jernlander était allongé dans sa chambre de Meltorfahamarr. L'homme se sentait épuisé et raide, le visage couvert d’hématomes et d'égratignures, le corps enroulé de bandages. Par dessus le marché, le moindre mouvement eveillait d'insoutenables douleurs. Impossible de savoir s'il faisait jour ou nuit. Que lui était-il arrivé ? Erik Vindheim ne s'en souvenait plus. Pour le savoir, il faillait remonter au moins une semaine en arrière...

Escorté de ses assistants, l'émissaire s'était rendu sur les basses terres de l'Ǫrkland. Le petit terroir à grain constituait une enclave du domaine royal dans le Grand fief de Ginnheilagrleiðar. Comme décidée par le Reine, sous l'insistance du Westréen Roger Lester, jusqu'à en feindre une volonté divine, la jachère de la Réserve allait prochainement être semée de Luzerne et de Trèfle [connus respectivement comme Divin Graing et Graing marial]. Les Jernlanders souhaitaient saboter la chose afin de salir la réputation et réduire l'influence de l'ennemi Westréen. Cependant, contrairement à ses plans, les mercenaires ne réussirent ni à manipuler ni à corrompre les serfs. Ces derniers semblaient moins malléables qu'il n'y paraissait. La faute en revenait peut-être aux curés de villages qui appartenaient, d'après l'enquête, à la Confrérie Sainct-Óláfr. Y avait-il au juste un prêtre ou un abbé-mitré qui n'en était pas membre ? L'ambassadeur décida donc d'agir lui-même. Arrivant au cours de l'après-midi, le groupe trouva le village de Systrungrhlíf complètement désert. Et pour cause, villageois et villageoises travaillaient qui aux champs, qui dans les bois, qui près des pommiers. Vindheim pénétra dans la première chaumière venue, ses acolytes se concentrèrent sur les suivantes. Il leur fallait trouver les semences et les remplacer par des graines semblables mais bidons achetées à un charlatan de la région. Où les gueux avaient-ils bien pu les cacher ? Le diplomate fouilla jusqu'au moindre recoin sans trouver le Saint Graal. Et si... Au même moment, plusieurs paysans apparurent sur le pas de la porte et lui demandèrent ce qu'il faisait chez eux. Le Jernlander tenta de s'expliquer, prétextant être en mission secrète pour la Reine. Mais les serfs n'en crurent pas un mot, les esprits s'échauffèrent et ils ruèrent sauvagement vers l’intrus. Encerclé, l'ambassadeur se fit malmené et rossé. Il appela désespérément à l'aide mais ne reçu aucune réponse, sauf celle d'un garde royal qui, au lieu de le secourir, participa aussi à la bastonnade.

Depuis sa couche, le diplomate retrouvait quelques bribes de mémoire. Il se souvint que ses assistants n'étaient pas venu le secourir... pour quelle raison au juste ? Seuls les Dieux pouvaient l'expliquer ! Peut-être ne voulurent-ils pas attirer l'attention sur eux ? Fragiliser leur position en se faisant remarquer dans une rixe paysanne ? Vindheim se remémora ensuite l'affreux soudard : sa face, son regard, ses dents gâtées, sa barbe blonde, la cicatrice sur sa joue, son haleine à bière, son casque de fer, la visière en lunette puis l'énorme bouclier rond avec lequel il le frappa. Plongé dans les méandres de ses souvenirs, le Jernlander reçu alors la visite du Chancelier qui vérifia ses plaies et s'enquit de son état, avant de lui raconter qu'une charrette l'avait ramené dans un piteux état et que le garde coupable de l'avoir battu s'était fait administré trente cinq claquades en guise de punition. Une servante amena ensuite une miche de pain et une écuelle de soupe au pois. En repartant, elle emporta décoctions, restes de plantes, ustensiles et autres récipients médicinaux.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Ausculta ô filia (5).
30 mars 2042,

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Des guerriers peu avant l'aube, rentrant d'un massacre mettant vraisemblablement un terme
à une rivalité plus que centenaire.


Comme ordonné, un petit groupe d'Oiselets (espions au service personnel de la Reine) toisait le monastère Saincte Marie d'Horikþokaland, à l'affut du moindre évènement inhabituel ou comportement suspect. Pour l'instant, rien de probant n'en sortit, la vie monastique se poursuivait sans soubresaut : les moines priaient dans le cloître pendant que les frères convers semaient les céréales de printemps, bêchaient les potagers, taillaient les pommiers, nettoyaient un peu les granges, entretenaient les étangs à poissons et allaient chasser le petit gibier dans le bois de Seiðraskr. Les Oiselets prêtaient aussi l'oreille aux rumeurs d'auberges et questionnaient les tenanciers, qui constituaient de véritables mines d'informations sur le cours et les aléas de leur région. Leurs dires furent hélas des plus banals, l'Horikþokaland semblait être un long fleuve tranquille. Avaient-ils été payés ou menacés pour ne rien dire ? Les Oiselets le soupçonnaient fortement.

Pour l'heure, l'enquête royale sur la fausse bulle pontificale, appelant à la tolérance de l'usure et des marchands, ne donna qu'un nom, bien mystérieux d'ailleurs : le Chevalier Sinople. Qui était-il ? D'où venait-il ? Que souhaitait-il ?

Le Chevalier Sinople n'était pas chevalier et n'en possédait guère l'apparence. Par ses habits, il faisait plutôt penser à un moine, sans n'avoir néanmoins jamais rejoint les Ordres sacrés ou reçu la tonsure. Sinople était bien né au Thorval, mais personne ne pouvait dire où, et il semblait également ne se rattacher à aucun clan. Ses pensées, ses intentions, ses habitudes, son identité et in fine toute son existence semblaient recouvert d'un épais et insondable brouillard. L'homme n'était qu'ombres et frémissements. Ce matin, il rencontra le bourgmestre de Valborg qui l'informa que des bourgeois d'Orient arrivaient dans la Cité. Sinople s'en réjouit, voyant en ces pauvres misérables de potentiels nouveaux alliés, du moins, d'amicales marionnettes utiles à sa conjuration. Au milieu de l'après-midi, une sombre nouvelle lui parvint : la Reine avait découvert le Couvent (siège de sa «guilde occulte», aucun rapport avec l'Église)... l'attaque s'était faite par la rivière... tous ses compagnons furent passés par l'épée... sauf quelques heureux fuyards... la bâtisse ravagée par les flammes... et des dizaines de têtes emportées par les soudards. Sans s'en douter, pensant uniquement avoir réglé son compte à l'Ordre des Murmureurs [guilde d'espions, ennemie insidieuse du trône depuis le XVIIe siècle], Marie venait de porter un coup ravageur à son insaisissable ennemi, Chevalier Sinople. Ce dernier demeura un instant sous le choc avant de se ressaisir et de conclure que la lutte sera désormais bel et bien à mort. Dans les prochains jours, le clan royal fêtera une grande victoire, la Reine ayant réussi là où ses ancêtres avaient faillit, c'est à dire vaincre le terrible Ordre des Murmureurs.
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Augustinisme politique.
31 mars 2042,


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Nom de l'idéologie : L' « augustinisme politique » (pas appelé comme tel au Thorval) n'était pas une idéologie en soi mais un ensemble disparate de théories politiques nées de l'interprétation de ce qui demeurait l’œuvre majeure de Saint Augustin : la Cité de Dieu. Elles tendaient à aspirer l'ordre naturel au sein de l'ordre surnaturel, ainsi qu'effacer, mais sans l'abolir formellement, la séparation entre les pouvoirs temporel et spirituel. Ainsi, le Thorval comptait des prêtres et des seigneurs mais ces derniers étaient subordonnés aux premiers et plus généralement à l'Église car sans Dieu, l'homme ne pouvait que propager l'injustice. Certains terroirs comme le Guðauga ou le Miðrland étaient des terres directement ecclésiastiques où l'Église exerçait seule le pouvoir temporel [dans le cas d'une abbaye retirée du siècle, la charge était toutefois confiée à un avoué laïc]. Par ailleurs, une décision des justices laïques/seigneuriales pouvaient se contester devant l'Inquisition qui rendait justice non seulement sur les questions spirituelles mais aussi, et ce n'était pas rare, sur les questions temporelles. Ainsi, l' « augustinisme politique » pouvait se voir comme une théologie politique. Si aujourd'hui le temporel et le spirituel demeuraient distincts l'un de l'autre, il se pourrait que ce ne soit bientôt plus le cas avec l'infiltration d'hommes de la Confrérie Sainct-Óláfr dans toutes les strates du royaume. Radicale, elle prônait, entre autre, l'avènement d'une théocratie complète. Quant aux penseurs et théologiens des universités, ceux-ci étaient davantage marqués par Saint Augustin et influencés par Platon, qu'Aristote dont les partisans se composaient de savants peu écoutés et sans grande envergure.
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Baptismus Saxonum.
8 avril 2042,


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Le baptistère où se déroula le Baptismus Saxonum.


Ce jour du 8 avril, une grande joie traversa le pays de Fjárþvait. Situé à l'ouest de la forteresse royale de Meltorfahamarr et surplombée par le mont de Gildrbjarg, la vallée assista au baptême d'une importante foule de Saxons venant de lointaines terres occidentales. Initialement préparé pour se tenir la nuit de Pâques, la cérémonie n'eut finalement lieu que deux jours plus tard, lorsque le « sponsor » se montra enfin, celui-là même qui devrait être témoin et garant de l'ensemble des catéchumènes présents. Ainsi que l'exigeait l’Église, ce dernier était un fidèle absolument chevronné. Peu connu de Fjárþvait et des pays alentours, Eldir portait des bures de moine et parlait un étrange vieux-thorvalois venant des contrées septentrionales du royaume. Les rumeurs affirmaient à son propos qu'il était l'Apôtre de la Nouvelle Hiérosolyme située au cœur de l’Hyperborée, terre d’élection nordique accessible aux seules personnes pures spirituellement, c'est-à-dire « crestienes ».

Selon le Droit canon autonome de l’Église catholique de Thorval, et à l'exception des situations d'urgence, uniquement les évêques et les abbés-mitrés se voyaient habiletés à prodiguer le sacrement du baptême. Le rite sur les Saxons se révéla grandiose et frappa l’imagination des fidèles. L'abbé-mitré Klement, en provenance de l'Abbaye Nostre Dame des Povres, fit d'abord apprêter la cuve baptismale. Il ombragea ensuite le village de tentures colorées et orna les églises de douces courtines blanches immaculées. Enfin, le clerc répandit des parfums et fit briller une constellation de cierges odoriférants. Lorsque la première catéchumène s'avança, le Baptistère [dépendance d'une église spécifiquement dédiée aux baptêmes] était envahit d'une odeur proprement divine et Dieu combla les assistants d'une telle Grâce, qu'ils se crurent collectivement transportés au Paradis ! Après son accueil par le mitré, Edna confessa Dieu Tout Puissant dans sa Trinité et pénétra entière dans le fond baptismal, avant d'être immergée dans l'eau trois fois, au Nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. La Westréenne fut alors accueillit par Eldir et, se tournant vers l'abbé priant, reçut l'onction au Saint Chrême sur la tête, les yeux, les oreilles, le cœur et la bouche. Ensuite, la « pousse novele » fut revêtue d'une tunique blanche, symbole de sa renaissance, et se rendit, munit d'un cierge allumé, en procession triomphante dans l'église pour y recevoir la Communion à la Sainte Eucharistie, sans doute la première de sa vie.

Ce jour-ci reçurent également le baptême, Roger Lester mieux connu comme « Mestre Hróðgeirr » ; Tom mieux connu comme « Borgne urs », ainsi qu'une bonne dizaine de belles et courageuses Westréennes, toutes vierges et destinées à servir dans ce qui allait prochainement devenir les « Járnmærar » (Iron Maidens en langage saxon), une garde exclusivement composée de guerrières vierges dévouées au service de Marie III. A ce dessein, vingt femmes s'entrainaient, dix Westréennes et dix Thorvaloises.

Nonobstant, l'épisode du 8 avril pourrait rester dans les mémoires et prendre le titre latin de Baptismus Saxonum.
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Re: Fenêtre sur le pays

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Offrandes amicales.
12 avril 2042,

Tandis que l'horizon des paysans, des bourgeois pauvres, des combattants de la piétaille et de la majeur partie des seigneurs, des chevaliers et du clergé se cantonnait à leur village/ville ou terroir respectif, certaines très rares personnes voyaient au delà du proche voisinage, et même hors du royaume. Cela était le cas des savants des Universités mais aussi de la reine et d'une petite poignée de grands seigneurs, de prélats, de guerriers et de marchands. Leur connaissance du monde restait toutefois extrêmement limitée et vague, imprégnée de merveilleux, de légendes et de croyance sur la domination du Veau d'Or. En dehors de cette emprise de Mammon sur l'extérieur, le monde moderne demeurait pour eux quelque chose d'inconnu et même d'inaccessible.

Exemple de cette connaissance parcellaire :

Vestriland renvoyait au Jernland actuel. Première mention dès le IVe siècle.
Bláland désignait l'Algarbe (limitée aux confins du désert, cela dit). Première mention au IXe siècle.
Gáljǫrð désignait les pays galliques. Première mention au VIIIe siècle.
Tǫtárngarðr désignait les pays germaniques. Première mention au Ve siècle.
Serkland renvoyait au Proche et Moyen Orient. Première mention au IXe siècle.
Valirland se rapportait aux pays celtiques et gaéliques. Première mention au VIIIe siècle.
Suðrlönd désignait les pays saxons allant de la Britonnie jusqu'au Westrait. Première mention au VIIIe siècle.
Valskheimr désignait les terres des latins d'orient, c'est-à-dire les Valdaques. Première mention au IXe siècle.
Rumheimr représentait les pays italiques et céruléens. Première mention au VIIIe siècle.
Teikarland désignait les pays japoniques. Première mention au XVIIIe siècle.
Herosolmr désignait la ville et la terre sainte dans son ensemble. Première mention au Xe siècle.
Syrjǫrð renvoyait aux pays Syrs. Première mention au XIIe siècle.
Hunarland renvoyait à tout l'extrême orient et en particulier au Kaiyuan qui le couvrait en majeure partie. Première mention au XIIe siècle.
Skádíheimr désignait les pays norrois. Première mention au Ve siècle.
Slávijǫrð désignait les pays slaves. Première mention au Xe siècle.
Heilagr Ríki se rapportait au Saint Empire, d'Occident et d'Orient confondu. Première mention au VIIIe siècle.

---


Comme elle offrit sa hache personnelle (de très haute valeur symbolique et destinée à l'accompagner dans sa dernière demeure) au Valskheimr [Valdaquie] afin de le remercier d'avoir combattu et ravagé ceux du Rumheimr [Lébira] qui, de par leur magie noire, faillirent détruire le Thorval, Marie allait aujourd'hui récompenser deux autres bons alliés.

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Un exemplaire de l'Édda poétique, manuscrit et enluminé, fut offert au diplomate Mestre Hróðgeirr, récent baptisé, pour remercier les peuples saxons de leur soutien dans les nombreuses épreuves depuis 2039. L'autre exemplaire de l’œuvre, écrite au Thorval au XIIe siècle, se trouvait précieusement gardée à l'Université de la capitale.

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Un des trois flacons du lait maternel de la Vierge Marie (glorieuse relique) fut remis à l'Ambassadeur du Jernland en remerciement de la protection offerte par son royaume depuis des siècles. Le cadeau plaira à coup sûr à ce magnifique pays catholique. Les flacons furent ramenés de Terre Sainte par un croisé thorvalois au XIe, et acheté en 2037 par la Reine à des marchands de passage.
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Re: Fenêtre sur le pays

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Les fils prodigues (2).
24 avril 2042,

Première partie au Kaiyuan ici.


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Ágáta sur la grande place de Valborg. Héritière d'un riche clan bourgeois,
elle aura un important rôle dans les intrigues de son père.


La ville de Valborg se trouvait en émoi. Et pour cause, le navire des Bourgeois d'Orient, une goélette à trois mats Rørosienne du XIXe siècle, arriva près du port, nettoyé pour l'occasion, entre Tierce et Prime. L'évènement marquait le retour tant attendu des fils prodigues, exilés en 1608 A.D au Kaiyuan et n'ayant ensuite plus jamais remis les pieds au Thorval, cette terre que leurs cœurs chérissaient autant qu'ils l'haïssaient. Attendus sur les pontons, les clans Biǫrning, Albóðring, Reiðmarring et Eilífring furent chaleureusement accueillit par le bourgmestre et les échevins qui, à cette occasion, portaient leurs plus altiers atours. Néanmoins, quelque fut le raffinement affiché, ce dernier parut bien pâle à coté de celui des invités. En effet, leurs tuniques se paraient des plus riches galons d'or, leurs bliauds/cottes semblaient avoir été tissés dans la plus précieuse des étoffes, et leurs mantels confectionnés dans la plus fine laine et la plus raffinée fourrure. Que dire enfin de leurs coiffes et chapeaux de velours, certains sertis de rubis et ornés d'une délicieuse plume de faisan sauvage ? Les chefs municipaux en furent littéralement éblouit et prirent même peur : avec de si beaux habits, nul doute que les Bourgeois d'Orient prendraient un jour leur place.

Qu'à cela ne tienne, la cité fut méticuleusement apprêtée. Ainsi, la boue avaient été évacuée des rues, les flaques d'eau asséchées, les porcs et autres oies parqués dans leurs enclos, les mendiants déplacés vers les murailles, les maisons décorées de bannières communautaires et les échoppes de couronnes fleuries. On confia aux nouveaux venus les plus beaux chevaux, soigneusement brossés et vêtus des meilleurs caparaçons, semblables à ceux arborés par les rois et les grands seigneurs. A dos de destriers, ils paradèrent ensuite triomphalement dans les rues et furent, depuis les fenêtres et aux abords des rues, reçut sous les clameurs du peuple bourgeois. Le convoi arriva finalement à la grande place qui accueillait aussi bien la Cathédrale que la Prévôté, le Beffroi et les autres bâtisses municipales. Kriströðr Eilífring, chef du clan éponyme et cerveau du retour d'exil, s'adressa au bourgmestre pour lui demander comment se portait le commerce au sein du royaume. L'homme se raidit et répondit que la situation demeurait toujours très difficile : une secte avait pris le contrôle de Jensgard et de Sainct-Thøger, tuant plusieurs milliers de marchands et d'artisans, alors que les féodaux, autant que l'Église, restaient toujours aussi rustres, peu aimables et hostiles. Kriströðr ne s'en inquiéta pas : il savait que les choses seraient difficiles et beaucoup lui déconseillèrent même de revenir. Il avait toutefois conscience des embuches et des menaces qui pesaient sur sa famille. Cependant, contrairement à ses ancêtres, sa stratégie ne comportera ni revendications, ni prétentions, ni soulèvements, ni opposition frontale. L'orgueil conduisit ses aïeux à la mort ; seules l'humilité et la bienveillance pouvaient, un jour, emmener le royaume sur le chemin des valeurs bourgeoises. Ágáta, sa fille et héritière, avait un important rôle à jouer. Agir et se sacrifier pour le bien du clan constituait même SON PLUS IMPORTANT DEVOIR.
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La vie au milieu des champs (18).
25 avril 2042,

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L'agitation entrait à Kvíslheimilar, village de 108 habitants. L'entrée était marquée
par un oratoire improvisé.

La Cheftaine Þýrví II, seigneuresse d'Himerikeland, entra dans le village de Kvíslheimr accompagnée d'une cinquantaine de paysans furibonds. Sinuant entre chaumières et chèvres, la femme avançait d'un pas décidé et obligeait les locaux à s'écarter craintivement de son chemin. Après en avoir passé plusieurs en revue, elle tomba finalement sur la bonne hutte, celle de Fróðmarr, plus connu localement comme « Teste d'estampie ». Celui-ci ne parut guère troublé et quitta calmement son banc de pierre afin de paraitre devant la Haute Justicière. L'homme savait visiblement ce qui l'attendait et semblait s'être résolut au châtiment. Þýrví II remercia le peuple de l'accueillir et avertit l'accusé qu'une multitude de témoins, présents en ce lieu, l'incriminait d'avoir arraché les vêtements de Hrefna, femme à peine faite, et d'avoir « mirez la nuece et humez les mamele d'icelle ! ». D'un signe de tête, le paysan avoua et n'en dénia pas la moindre parcelle. Après tout, sa réputation de séducteur le précédait et bien des ressentiments le poursuivaient...


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La Cheftaine Þýrví II.

Alors, un autre homme, blond au cheveux long, s'avança et, l’œil emplit de fureur, cracha en sa direction, le provoqua et l'insulta copieusement. La dame assista à la scène sans bouger, avant de se frayer un chemin et de lui assener une demi-douzaine de claquades et autant de jurons. Tombé à terre, le châtié s'excusa et promit, en se relevant, de ne pas recommencer. Repartant ensuite vers Fróðmarr, Þýrví lui demanda s'il avait touché sa victime, autrement dit, s'il l'avait prise de force ? L'accusé secoua vivement la tête, protesta, nia vigoureusement et jura devant Dieu ne pas en être coupable ! En face, l'assemblée, ayant la valeur de jurés, ne trouva rien à redire. La seigneuresse le remarqua et poursuivit en se disant « crestiene et ce ici, juste mes plen de grant douçour et de misericorde ». Regardant Fróðmarr, elle lui annonça finalement la sentence : « Eo ti prindrai le senestre et ti quitte lasierai ». Alors, sans crier gare, elle lui enfonça le manche de sa hache dans la mirette gauche, qui gicla. Fróðmarr tomba et s'égosilla de douleurs, pleurant son œil perdu. La seigneuresse l'observa une dernière fois avant de s'en aller sous les applaudissement, satisfaits de la justice rendue, bonne et suave à la fois. La Cheftaine fit effectivement preuve de chrétienté. En effet, tandis que la coutume exigeait qu'elle lui crevât les deux yeux et coupât le nez, cette dernière se contenta d'un simple éborgnement, preuve de sa sagesse, de sa retenue, de sa miséricorde et enfin de sa douceur.
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La vie au milieu des champs (19).
30 avril 2042,

La seigneuresse Guðrún V régnait sur un ensemble disparate de fiefs disséminés un peu partout dans le pays de Saincte Hǫlga. Érigé sur une motte d'environ cinquante pieds de haut, son château arborait un imposant donjon quadrangulaire enchemisé par un épais réseau de courtines reliant quatre hautes tours. Couronnée d'un chemin de ronde, la muraille voyait également un fossé, long et profond, courir à ses pieds. Excepté le donjon, la cour crottée contenait diverses autres bâtisses. Attenantes aux murs, ces dernières accueillaient les cuisines, le cellier, l'armurerie... ainsi qu'une petite chapelle gothique élevée spécifiquement sur le versant oriental de l'enceinte. La garnison se composait, quant à elle, d'un nombre variable de guerriers ou de guerrières, entre dix et cinquante selon la situation politique du pays.

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La garde-robe du donjon (latrines). Plus bas à gauche, une meutrière
par laquelle des milliers de carreaux furent tirés depuis le XIXe siècle.

En ce jour de la fin Avril, la Dame appela trois hommes parmi les serfs habitant sa Réserve pour accomplir leur part de Corvée. Arrivés à son chevet, elle les envoya aussitôt derrière le donjon afin de vidanger la fosse qui s'y trouvait. Creusé en contre-bas d'une garde-robe (latrines) incrustée dans la façade, le trou recevait plusieurs livres d’excréments par semaine ! Ceux-ci provenaient aussi bien du clan seigneurial, que des valets et de la garnison ! Armés de pelles et d'un brancard (vieil ancêtre de la brouette), les paysans descendirent et s'attelèrent au labeur. L'odeur était pestilentielle et la tâche profondément ingrate mais ils progressaient malgré tout assez vite. L'un d'eux fit même plusieurs plaisanteries, se demandant ce que les gens avaient pu ripailler pour chier autant. En tous cas, la merdasse seigneuriale était identique à celle des petits ! A sexte, la fosse fut entièrement nettoyée et la corvée accomplit. Les serfs purent alors rentrer munis, comme le prévoyait la coutume, des excréments récoltés. Ces derniers serviront d'engrais pour leurs lopins. Par certains aspects, le caca (humain, bovin, chevalin, ovin, porcin etc) avait dans le royaume autant de valeur que l'or. Il était indispensable à l'agriculture et l'on voyait, chaque été, des colonnes entières de chariots pleins de fumures humaines sortir des villes pour être vendues à la campagne en échange de grain. Le système était étonnamment bien organisé.
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