Fenêtre sur le pays

Dytolie 122-123-128-129-130
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Zaldo
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La Byzantine (12).
9 septembre 2042,

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Dans les pensées de l'héritière des Comnène...


Le roucin de la Byzantine filait à bonne allure à travers les chemins tortueux de la campagne thorvaloise. Comme de coutume, les serfs et paysans libres travaillaient sans relâche. La dame vit plusieurs attelages labourer, préparant les champs en vue des semailles à la volée, désormais imminentes. Lancée au galop, Teodora se dirigeait plein nord en direction de la Forteresse de Meltorfahamarr. Elle gardait une épée à la ceinture afin de se protéger des bandits qui, dans la région, pouvaient soudainement surgir, en particulier au sein des bois. Prudente, la Byzantine s'était, quelques temps plus tôt, arrêtée à une auberge afin de récolter les rumeurs locales : escarmouches seigneuriales, affrontements claniques, maraude suspectes, présences de brigands, risque d'attaques, sorcières, bêtes effrayantes, etc. C'était désormais certain : après presque deux mois d'absence, elle se trouvait bel et bien de retour au Thorval. La femme le retrouva tel qu'elle l'avait connu. D'un point de vue politique, l'insoumission régnait en maitre alors que socialement, au contraire, la soumission aux coutumes étaient totales. Paradoxe dans la plus pure mentalité norroise. Ces contrées si sauvages s'ouvraient donc à nouveau devant ses yeux, pays auquel elle s'attacha lentement mais surement, au point de ne plus s'y sentir étrangère. L’atmosphère y était résolument enivrante, chargée de mythes et de magie, de mystères et de légendes. Elle ressentait, tout autour, l'esprit de la Vieille Dytolie, ses coutumes et ses croyances venant du fond des âges.

Alors qu'une bonne cinquantaine de lieues la séparaient toujours de sa destination, Teodora ressassait sans cesse l'image aperçue la veille, juste avant d'entrer au sein du royaume. Les églises brûlaient au Jernland ! L'évènement fit grand bruit en [nom de la NNJ bordant au sud/sud ouest]. Et de ce la Valdaque comprit, le Kommandør avait ordonné la fermeture d'une grande partie des édifices catholiques Jernlander, tout en laissant les sanctuaires païens intacts. La Byzantine trouva la version officielle trop limpide pour ne pas avoir de soupçons. L'histoire semblait, en effet, cousue de fils blancs, réglée comme du papier à musique, et assurément trop favorable à l'élite de Røros. Teodora n'en doutait même guère : l'affaire n'était pas un accident mais impliquait à coup sûr le terrorisme d'État dont la politique antichrétienne, sourde jusqu'à présent, prenait dorénavant une tournure plus active, plus militante et plus agressive. A cet effet, en arrivant, la Byzantine comptait tout révéler à la Reine Marie, montrer le vrai visage de son protecteur qui profitait depuis trop longtemps de son ignorance pour la berner. Ainsi, le Thorval pourra en toute conscience s'éloigner du Jernland antichrétien et recouvrir sa dignité. Le protectorat avait du sens au XVIIe, au XVIIIe, au XIXe, au XXe et jusqu'à très récemment en 2039. Aujourd'hui, la situation ne pouvait plus durer, Røros venait de franchir la ligne rouge. Par ce biais, Teodora espérait non seulement se faire pardonner sa trahison matrimoniale, mais aussi proposer le futur Empire roman comme nouveau protecteur, une Couronne respectueuse, honnête, loyale et chrétienne. En ce sens, en tant qu'Impératrice, Teodora ne souhaitait pas apporter la paix dans le monde mais une épée et faire trembler les fondations de l'ordre établi.
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Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

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Zaldo
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Les beaux damoiseaux (4).
15 septembre 2042,

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Village dans le Kveldarland.


Dernièrement, la vie du jeune Lofarr connaissait la douceur et l'enchantement d'un conte de fée. Jamais n'eut-il imaginé que lui, le valet d'écurie et fils du boucher de Meltorfahamarr, vivrait le parfait amour (en cachette) avec la Reine de Thorval. Pas même dans le plus beau rêve ! Et pourtant... Il se souviendra éternellement de ce jour fatidique où l'un de ces grands chevaliers l'étala fortuitement au sol et attira l'attention royale sur lui... Tout alla ensuite très vite. Les entrevues secrètes se multipliaient et si après presque un an la Reine ne l'autorisait toujours pas à la toucher, l'homme sentait que leurs sentiments étaient réciproques et qu'elle cèderait tôt ou tard. Il faillait se montrer à l'écoute, attentif, attentionné, patient et surtout aimant. En bref, être animé d'un amour pur et savoir le montrer par ses vertus. Le fin'amor dans sa plus loyale expression. Hélas, la probabilité d'un dénouement heureux était très basse, le chemin de l'amour paraissait même irrémédiablement fermé : Lofarr devait prendre la main d'Edel, la fille du meunier, et Marie se plier à un mariage politique avec un Roi étranger ou un puissant Jarl. Le valet ne voulait toutefois pas s'y résoudre et la suzeraine sans doute non plus au vu des exigences présentées au Grand Joupan de Radanie.

Une après-midi, Lofarr se posa aux cuisines et, suivant plusieurs heureuses parties de dés, avoua prudemment son idylle à Þialfarr le porteur d'eau. Recrachant sa bière, ce dernier resta ébahit et eut fortes difficultés à contenir sa surprise, sous le regard soupçonneux des cuisinières qui s'affairaient aux tourtes. Se calmant au fur et à mesure, Þialfarr conseilla à Lofarr de se mettre au service d'un Chevalier réputé, comme le Grand capitaine, dans le but d'être soi même adoubé. Cela demandera de la patience et beaucoup de résolution mais la chose n'avait rien d'impossible. Après tout, bien des chevaliers étaient aujourd'hui de basse extraction. Avec le sacerdoce, les armes constituaient, au sein du royaume, le meilleur moyen de s'élever socialement. En étant chevalier, Lofarr ouvrirait incontestablement une porte vers la main de Marie, leur union serait mieux acceptée. Nonobstant, le garçon d'écurie secoua la tête et rétorqua ne pas être un guerrier. Sans oublier que l'initiation prendrait des années et exigerait un travail exténuant. A la place, le courtisan plaça ses espoirs sur une histoire entendue à la taverne, celle d'un mystérieux élixir dont le puissant pouvoir de persuasion convaincrait sa mie de le marier en dépit des conséquences, aussi terribles fussent-elles !

Le lendemain, Lofarr subtilisa donc un cheval et fila vers le Kveldarland, situé à sept jours de voyage. En arrivant, il tomba sur un drôle de petit homme en haillons, tapis dans sa hutte. A l’intérieur, une étagère en vieux bois renfermait une flopée de fioles et d'ingrédients tout aussi bizarres les uns que les autres. De drôles de relents se dégageaient également de la marmite. Le mestre prévint Lofarr que l'Élixir de persuasion était une préparation très rare et très puissante, que seuls une poignée d'érudits savaient concocter. Il ajouta que la potion fut utilisée par les Gáljǫrðais [galliques] pour détourner les envahisseurs de leurs villes, et même par Moise afin de convaincre son peuple de le suivre au désert ! Le courtisan s'en montra stupéfait et désireux d'obtenir le saint Graal. Le meistre le mit toutefois en garde : le breuvage exigeant beaucoup de temps, de cueillettes et de méditations, il allait lui en couter pas moins de 11 000 pièces d'or ! 11 000 ? Personne ne possédait autant d'argent, pas même les plus riches seigneurs. Seuls les marchands pouvaient, à la rigueur, égaler pareille fortune. Le mystérieux savant lui proposa alors de devenir son assistant. En échange de certaines tâches ponctuelles mais importantes, il lui céderait l’Élixir sans payer un sou. Lofarr accepta et reçu sa première mission qui consistait à voler un objet ou mieux dit une relique : le pouce de Sanct Vilhelm entreposé dans le monastère Saincte Marie de Kuīghaheimr ! Le valet repartit vers Meltorfahamarr sûr de lui. Mieux valait toutefois que personne ne remarque le cheval disparu.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Zaldo
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La Byzantine (13).
22 septembre 2042,

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Le moulin de Hrafnasueltir accueillit une importante entrevue.


« Est dame Miklagarðr !!! Ovrez li uis !!! » tonna un soudard du haut des remparts. Aussitôt, deux gardes accoururent et ouvrirent les portes à la Byzantine. Miklagarðr ? Comme le lui souffla un sergent, il s'agissait du nom donné par les Thorvalois à la grande et majestueuse ville de Constance. Étymologiquement, le mot signifiait Bastion Tout Puissant. L'extraction impériale de Teodora ne semblait plus être un secret pour personne, du moins à Meltorfahamarr et dans sa proche région. On semblait d'ailleurs lui porter davantage de déférence, cela même si l'on se trouvait toujours extrêmement loin ne serait ce que d'un minuscule embryon d'étiquette, de décorum, de protocole, de bienséance, de bonnes manières et d'autres bêtises de Ragr [femmelin]. Malgré ses origines Gréco-Valdaques, beaucoup de gens voyaient Teodora comme membre à part entière de leur « rasse », c'est-à-dire leur clan et leur lignée. Le clan possédait, en effet, une définition très large et allait bien au delà de la seule famille élargie, regroupant également les amis, les frères jurés, les adoptés, les paysans et les serfs du domaine etc. Bref, tout ceux qui furent, à un moment ou à un autre, adoptés par le chef ou la cheftaine de clan, souvent sans le moindre lien de parenté.

La Reine n'était pas au logis. Suivie par dix hommes, elle sillonnait crêtes, vallées et promontoires à la recherche des éclaireurs d'Aldviðr II. Elle espérait également en débusquer les tours de guet afin de les livrer aux flammes. La Byzantine demanda audience au Chancelier, qui le lui accorda pressement. Afin d'échapper aux écoutes et aux regards indiscrets, l'entrevue se tint au sein du moulin à eau, au bord de la rivière, non loin du château. Couvert par le mécanisme et les bruits de la meule, qui moudrait le grain, la conversation échappa à tout potentiel espionnage et fut de grande sapience pour le Chanoine de la Foi Militante. Teodora lui révéla l'antichristianisme régnant au Vestriland [Jernland] : incendies d'églises, interdits prononcés sur plusieurs centaines de terroirs par les pouvoirs laïcs (!!!) et les persécutions conduites par le Chef, ce nouvel Hérode, contre les chrétiens et l'Église. Elle expliqua enfin que les Vestrilandais s'appuyaient sur sa méconnaissance pour tromper le Thorval et cacher leur vrai visage : ceux de tyrans pires que l'Empereur Néron ! Le Chancelier la remercia des nouvelles et promit d'en parler à la Reine Marie, autant que d'évoquer l'éventualité du royaume comme terre impériale, destin qu'il pouvait lui même soutenir. En revanche, la Byzantine resta coi sur son mariage avec le Grand Joupan de Radanie. Autant par crainte d'être chassée que par la volonté de l'annoncer personnellement à la Reine Marie. Comment allait-elle prendre la dite trahison ? Montrera-t-elle de la compréhension ou réagira-t-elle avec colère ?
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Le Thorval en un clin d’œil.
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La Foi militante (13).
27 septembre 2042,


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La statue mariale marquant l'entrée de la chapelle absidiale.


En ce jour, l'Abbaye Nostre-Dame des Povres accueillait une messe votive de la Vierge Marie, célébrée par l'abbé-mitré Klement à l'intention des chrétiens éborgnés par les maléfices et la duperie des Elfes. Durant son sermon, l'homme d’Église mit en garde contre des créatures plus rusées que l'antique serpent et conseilla d'éviter aussi bien les Collines que les Ronds d'Elfes, attribuant la recrudescence de leurs pouvoirs à la prolifération démoniaque en Skadinavie occidentale dominée par les suppôts de l'Enfer. La cérémonie fut suivie par une foule de mille personnes dont au moins cent miliciens des Freres Crestiens du Sanct Nom, armée de la Foi Militante. A l'issue de la célébration, les guerriers accompagnèrent l'abbé à la chapelle absidiale de la Vierge à l'Enfant et y reçurent la bénédiction de leurs épées, haches et arbalètes. Ces derniers étaient fort habiles, déterminés et galvanisés à combattre les ennemis du Christ et de l’Église. L'influence du Jernland s'amenuisait, en particulier depuis la révélation des incendies dont la rumeur se propageait comme un feu de forêt. En amenant la nouvelle, Teodora enfonça symboliquement un pieu dans le cœur mortellement bléssé du Kommandor de tous les Norrois.

Le culte marial ne faisait pas que traverser la Foi populaire, il en constituait une substance fondamentale. La Mère de Dieu inspirait tout l'art du royaume, de la peinture à l'architecture en passant par la littérature. Des Scaldes aux moines copistes, rares étaient les auteurs qui, dans leurs chants et poèmes, n'avaient réservés au moins une Ode à la Sainte Vierge. Certains lui offraient même de véritables déclarations d'amour à la façon du fin'amor. Cette tendance frappait également les religieux qui s'enflammaient eux aussi pour la Bonne Mère. Les pouvoirs qu'on lui reconnaissait demeuraient incommensurables et certains n'avaient d'ailleurs rien à envier à ceux de son divin Fils. Des centaines de miracles lui étaient attribuées chaque année, notamment à l'égard des pauvres et des malades. Dans le village d'Asgautrgarðar, un homme horriblement estropié venait par exemple de récupérer l'usage de sa jambe perdue après avoir imploré un miracle marial. Ainsi, la Sainte vint un soir, pendant son sommeil et, à la manière d'une guérisseuse, reconstitua le membre de l'affligé qui recouvrit instantanément sa pleine capacité de marche.

Figure autant de la mère que de la sainte, la Vierge Marie était vue comme celle que les chrétiens pouvaient approcher sans crainte, espérant que grâce à sa douceur et à sa mansuétude, elle exaucerait leurs prières et intercéderait en leur faveur auprès de Jésus Christ. On louait ses innombrables miracles, sa miséricorde maternelle et ses vertus. Les pèlerins chantaient fièvrement ses louanges, priant pour la réparation, le pardon et le salut sur les longs chemins conduisant aux églises, abbayes et chapelles qui lui étaient dédiées au sein du royaume.

Historiquement, le culte marial se développa à partir de l'an 1000. Cependant pour les Thorvalois convertit tardivement, cela ne faisait aucune différence. L'objet d'oraison en était le chapelet, apparu au Thorval durant le XIIIe siècle sous l'influence des Dominicains. Il rejoignit les anciens patenôtriers, sorte de chapelet réservé à Dieu. Le montage de ces derniers obéissait toujours au même geste ancestral : des grains montés sur un fil en laiton et des mailles s’emboîtant les unes aux autres via une pince arrondie. La puissante Foi mariale des Thorvalois répondait sans doute également aux vieux souvenirs du paganisme, toujours prégnants au sein des campagnes, en particulier vis à vis de Freya, déesse perçue comme aimable et amicale. A cet effet, l'on pouvait apercevoir les longs cheveux blonds de la Sainte Vierge sur les vitraux, autant que les chats qui l'accompagnaient communément sur les statues de pierre.
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Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

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La Byzantine (14).
30 septembre 2042,

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Smalamaðrlæ, antre de bergers et lieu d'intrigues.


Teodora observait le rude entrainement des Járnmærar, garde de dix guerrières westréennes jeunes et vierges, depuis la galerie nord donnant sur la basse-cour. Soudain, Roger Lester approcha et lui proposa un conciliabule loin des regards indiscrets. Comme le château royal était un nid d'espions Jernlander, à commencer par les nouveaux soudards en charge de la protection d'Erik Vindheim, ils se donnèrent rendez-vous le surlendemain à Smalamaðrlæ, petit village de pastoureaux situé bien plus haut dans la montagne et dont l'auberge demeurait, en été, un important lieu d'accueil des bergers de la région. Pour s'y rendre, il suffisait à la Byzantine de remonter la rivière jusqu'à la couronne d'arbres, d'y prendre sénestre et de galoper une lieue ou deux vers la Lög-steinn [Rocher de la Loi], avant de rejoindre l'Haugbúimýrr [Marais des Revenants] par le nord et de suivre l'allée des moutons vers le lac sis dans la vallée. Un parcours très facile qui n'empêcha pas Teodora de se perdre et de n'arriver « Au bergier golfarin » qu'au moment des Vêpres, c'est-à-dire en fin de journée. Lester avait déjà prit place au fond et, lassé d’attendre, discutait avec les péquenauds. Ces derniers étaient des gens au cuir épais et aux mains énormes, à l'air rustre et aux traits revêches, vêtus de simples peau et arboraient de longues barbes hirsutes. La Dame rejoignit le Westréen et commanda de la bière, du saucisson sec, du fromage et du pain. Le voyage lui donna en effet grande faim.

« Monsieur Lester, pardonnez mon retard, je me suis perdue après le Marais des Revenants.
– Madame, vous êtes toutes pardonné. En attendant votre venue, j'ai pu faire la rencontre de nouveaux amis forts... intéressants.
– Je vois ça, constata-t-elle, vous disiez souhaiter me parler loin des oreilles Jernlander qui infestent le château ?
– Oui, même au-delà du château. La cour est infesté par les oreilles et les espions jernlander qui se promènent comme si ils étaient chez eux. C'est pourquoi je vous ai demandé de venir ici, à l'abri des oreilles indiscrètes. Ces hommes avec qui je conversais ne ferons rien, pour dire ils sont déjà acquis à la cause de la Foi Militante. Si un danger venait à venir troubler notre présente discussion, ils s'occuperaient rapidement du problème. Enfin... Comment vous portez-vous ?
– Je vais bien, glissa la Gréco-Valdaque en saisissant sa chope, les semaines qui viennent de s'écouler furent intenses mais fructueuses. Et vous ? J'espère que votre mission diplomatique se déroule au mieux.
– Disons qu'elle est... compliquée, répondit Lester en faisant signe pour qu'on lui remplisse sa chope, je n'ai pas que des amis ici, comme vous d'ailleurs. C'est bien de cela dont nous avons à parler justement, de la vipère jernlander.
– Une bête vicieuse et prête à tous les forfaits... j'ai pu constater son emprise sur la Dytolie lors de ma visite en Radanie. Heureusement, celle sur le Thorval s'amenuise de jour en jour en raison des actes antichrétiens. J'admets avoir un peu grossis le trait au moment de rapporter la nouvelle, m'enfin, tant que le fond est juste...ce n'est pas très grave.
– Si cela se limitait seulement à la Dytolie. Il faut frapper cette bête malfaisante avec toutes les armes dont nous disposons, même si cela doit travestir légèrement la réalité. Je ne sais pas encore ce qu'en pense mon pays, mais les westréens et les westréennes au Thorval veulent vous apporter toute l'aide nécessaire pour contrer à la fois le Jernland ainsi que la Valdaquie. Ursachi vous a bien chasser de vos terres, non ? Il paiera aussi un jour prochain.
– En effet, à quelques instant près, je ne serais pas là pour vous parler. Venir au Thorval m'a permis de leur échapper, se remémora-t-elle.
– Bien, bien dit Lester en tapotant plusieurs fois sur la table avant de boire une gorgée de sa chope, nous avons besoin d'un plan d'action concerté pour réussir. Avez-vous déjà songé à la manière de procéder pour parvenir à vos fins ?
– Oui. Mon mariage au Grand Joupan de Radanie est prévu pour la Nativité catholique. Une fois sur le trône, j'intriguerais et profiterais de l'instabilité y régnant afin de rénover l'Empire roman. A cette fin, j'ai déjà obtenu le soutien du Pape et attends toujours celle des Patriarches orthodoxes. L'Imperium n'aura pas vocation à intégrer l'ordre établi ou à s'allier aux puissances hégémoniques du continent mais à les contrer et, si Dieu l'entend, à les renverser de leur piédestal.
– Que Dieu vous entende. Nous n'avons besoin de toute l'aide possible afin de terrasser les monstres qui noircissent le ciel paisible de la Dytolie. Sachez que je ferai mon possible pour que mon gouvernement vous apporte son soutien. Après tout, les considérations idéologiques n'ont rien à voir là dedans. Vous comme moi savez parfaitement qu'il y a une bête à terrasser et que nous devons employer tous les moyens nécessaires. J'espère que nous pourrons vous les fournir.
– Je vous en remercie. L'Empire risque de déplaire et aura bien des ennemis. C'est un chemin semé d'embuches et toute aide est plus que bienvenue. Dites-moi, le Westrait dispose-t-il de relations avec la Radanie ?
– Non, rétorqua l'homme en secouant la tête, pas à ce que je sache. Il faut dire que la diplomatie Radanienne et ses communiqués sont assez... comment dire... déconcertant ? Peut-être que dans le futur, il y aura la possibilité d'établir des relations, mais pour le moment il ne semble pas que cela soit la priorité de mon gouvernement. Je pense que je pourrai peut-être influencer sur cela une fois que vous aurez le trône. L'actuelle commissaire du peuple aux affaires étrangères est une bonne amie, je n'aurai qu'à m'entretenir avec elle pour adopter un bon plan de conduite. Soyez sereine sur ce point.
– Merci, lui rendit grâce Teodora, c'est très généreux de votre part. Vous parliez surement du Chancelier Srobar ?... J'ai eu un avant goût du personnage et espère m'en débarrasser le plus vite possible.
– Il s'agit d'un épiphénomène à vrai dire, il n'est pas si dérangeant. Il est juste, imprévisible dirons nous. En tout cas, je lève mon verre à votre futur succès. Enfin, à notre futur succès !
– A nos futurs succès. Et vive les clans thorvalois ! Santé ! » trinquèrent les alliés.

Au terme du repas et de la beuverie qui se prolongea jusqu'au milieu de la nuit, ils prirent chacun une chambre individuelle et passèrent la nuit sur place. Roger Lester était un homme fidèle à son épouse. Lui et la Byzantine rentrèrent néanmoins ensemble, le jour suivant, à Meltorfahamarr satisfaits de l'entrevue.

Écrit avec la coopération de Viktor Troska.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Les beaux damoiseaux (5).
3 octobre 2042,

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Lofarr et sa nouvelle vie...


Lofarr et Arinbjǫrn rejoignirent la basse cour, patrouillant le château. Ils passèrent devant le puits et poursuivirent calmement la ronde. Une brume légère se leva sous l'intense clair de lune qui, en ce temps là, illuminait les lieux de presque toute sa majesté. Les étoiles semblaient même pâlir face à l'élégance de ce Prince, Maitre absolu de la nuit. En effet, les langues norroises désignaient la lune sous des traits masculins et le soleil des traits féminins. Peut-être parce que la femme était, selon les coutumes du Nord, gardienne du clan, de ses traditions et de son honneur, là où l'homme n'en était que les simples bras ? Au même titre que la lune n'étant que peu sans l'éclat merveilleux de l'astre du jour ! Quelle qu'en fut la raison, les tours de garde constituaient désormais une part indéniable du quotidien de Lofarr. Il ne put jamais se résoudre à voler le doigt de Sanct Vilhelm, précieuse relique du monastère Saincte Marie de Kuighaheimr, et préféra s'en remettre aux conseils de Þialfarr en s'engageant dans la garnison de Meltorfahamarr, c'est-à-dire en devenant garde de la Reine sous le commandant du grand capitaine Söfren. Il reçut un casque, une cotte-de-maille, un surcot rouge, une épée, une hache, une lance et des bottes. Chaque jour, il se pliait à un ensemble d'obligations et devait beaucoup s'exercer. A l'image des chevaliers et du reste de la piétaille, Lofarr ne recevait pourtant aucune rémunération. En effet, à l'exact opposé des mercenaires violeurs de femmes, nul guerrier munit d'un brin d'honneur n'acceptait d'être payé pour ses devoirs.

Lofarr et Arinbjǫrn se réchauffèrent un instant près du feu. Les deux combattants se rendirent ensuite aux cuisines, puiser une miche de pain et du lard, avant de reprendre la patrouille jusqu'à la prochaine relève. En intégrant la garnison, le courtisan de la Reine découvrit que les gardes ne disposaient pas de chambres à eux mais dormaient sur des paillasses un peu partout dans le château, en particulier à l'armurerie, mais jamais au sein de la cave, mise sous clef durant la nuit. Personne parmi les hommes ne s'en plaignaient réellement. Après tout, la Reine les équipait, les nourrissait, les lavait et exemptait leurs clans de Taille. Lofarr ne regrettait pas son choix et aimait son nouveau rang, bien qu'il ne fut encore que de la piétaille. L'ancien valet espérait gravir les échelons et visait rien de moins que l'adoubement, Saint Graal du guerrier, noble ou non. Pour cela, celui-ci devait prouver sa valeur, son honneur et vivre en accord avec le Code et les Vertus de la Chevalerie. Parfois, une seule bataille pouvait suffire, un cour moment de prouesse... Le chemin promettait néanmoins d'être long, difficile et dangereux mais au combien plus censé que de voler une relique et d'enchanter Marie à l'aide d'une potion. Quelle folie c'eut été et l'aurait vraisemblablement conduit droit au gibet. Désormais, le jeune homme rêvait de son adoubement et de ses noces avec la suzeraine. Depuis son entrée à la garnison castrale, les entrevues en compagnie de sa mie étaient moins longues mais plus nombreuses et intenses, quoique toujours sans le moindre attouchement. Pourtant, leur amour réciproque grandissait et fleurissait chaque jour. Dans le même temps, Marie renvoyait et ne montrait pas le moindre intérêt aux Jarls qui se succédaient pour gagner sa main, au grand dam du clan royal qui souhaitait une bonne union, c'est-à-dire profitable et conforme aux besoins politiques de la dynastie face à la domination des féodaux.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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La vie au milieu des champs (23).
11 octobre 2042,

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S'élevant de ses douves, le château de la seigneuresse Inga V de Jaðarrland.
Vue sur le pont-levis entrain de s'ouvrir.


Après l'en avoir repêché, les gardes amenèrent la dépouille dans la cour et la firent voir à Sa Seigneurie, ainsi qu'au capitaine Bjǫrn. La dame reconnut la malheureuse victime, qu'elle connaissait au même titre que l'ensemble des gens qui arpentait et vivait dans son fief. Le paysan ne portait rien sur lui, à l'exception d'un jeu de dés pipé. Face au drame, Inga V ne montra pas le moindre signe de malaise, de faiblesse ou de panique. Et pour cause, dès l'enfance, celle-ci s'était durablement aguerrie. Endurcie, il lui en fallait beaucoup pour, ne serait-ce, que l'impressionner ou légèrement l'ébranler. A l'image de ses pairs, Inga menait une vie à la dure, au point de ne bien dormir et de trouver le sommeil que sur les couches suffisamment rudes et fermes. Le capitaine se chargea de l'enquête, interrogeant plusieurs paysans et serfs des villages alentours. Hélas, il se confronta à un véritable mur du silence, tandis que la récolte d'indices ne fut pas plus fructueuse. Ainsi, tout portait à croire que le meurtre du jeune Hálfdanr, joueur de dé hors pair, n'allait jamais être élucidé.

Hálfdanr était un paysan comme un autre qui travaillait aux champs, trayait les vaches, bêchait les jardins et effectuait ses Corvées. A son temps libre, il se rendait à la taverne afin de boire et jouer aux dés. Il y remporta plusieurs grandes victoires au point que ses adversaires, y perdant souvent gros, l'accusèrent de tricheries. Balayant leurs accusations, Hálfdanr mit son courage en avant et se vanta d'être particulièrement dorloté par Dame Fortune, personnage de petite taille auquel tout les joueurs de dés ou de hasard croyaient. Le supposé privilège permit au paysan d'amasser une véritable petite fortune, entre bonnes monnaies, capes en laine, tuniques, dagues, haches, etc. Son insolente réussite le mêla dernièrement à moult graves disputes dont une qui dégénéra en bagarre générale, laissant derrière elle bancs renversés, tables pulvérisées, tonneaux éventrés et une taverne littéralement mise à sac. Ainsi, Hálfdanr était l'ennemi de nombreuses personnes et n'importe qui aurait pu s'en prendre à lui, du tenancier ruiné par les dégâts de son établissement, jusqu'aux joueurs déçus eux aussi sur la paille. Dame Fortune ne lui fut, hélas, d'aucune aide et son épopée prit fin un beau matin quand une poignée de gardes le retrouva sans vie, flottant dans les douves, la nuque brisée.

En tous cas, la tragédie allait clairement dans le sens de l'Église, donc de la Foi Militante, qui luttait depuis des années pour faire interdire les Jeux de Hasards, autorisés par la coutume à condition que le tavernier ou l'aubergiste n'en tire pas de revenu, à moins de parier lui-même. Tous le monde jouait, autant les seigneurs que les serfs, les paysans, les chevaliers, les bourgeois et même certains prêtres.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Re: Fenêtre sur le pays

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Et Dieu nous rendit visite (1).
15 octobre 2042,

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Enluminure du XVIIIe siècle représentant le Pape Grégoire IX.
Le manuscrit ornait la librarie de l'Abbaye Nostre-Dame des Ardents au Thorval.


L'après-midi du 13 octobre, les cloches de la chapelle de Meltorfahamarr sonnèrent subitement à la volée, provoquant un attroupement massif de serfs et de paysans au sein de la basse cour. Que se passait-il ? Le chancelier royal se montra alors sur la galerie et annonça au peuple la Bonne Nouvelle, l'éternel Évangile : « L'Apostoille Leó XIV » accompagné de sa cour arpentait les chemins en direction des terres sacrées de « Miðgarðr » [autre nom du Thorval, plus connut et plus courant chez les humbles] ! La rumeur s'amplifia et se propagea dès lors vélocement dans tout le royaume, tel un grand et beau Feu Grégeois. Des volées retentirent alors dans tout fief, tout terroir, toute abbaye, toute église et toute cathédrale. Au sein des villages, les prêtres chantaient messes votives de la Sainte Vierge à l'intention du Saint Père Leó XIV et chacun se préparait à partir en pèlerinage vers l'Abbaye Nostre-Dame des Ardents, endroit où le Pontifex promettait d'être reçu. Radieux édifice gothique bâtit au XVe siècle, il était le siège de l'Inquisition régionale de Ginnheilagrleiðar, devant laquelle la Reine Marie parut en début d'année à propos du bastonnage d'un Frère Convers durant l'enquête sur la fameuse fausse Bulle Pontificale. Des milliers de personnes risquaient de s'y bousculer afin de se faire apposer les mains, toucher les vêtements du Souverain Pontife et se placer en son ombre bénie. Le Makengais pourrait aussi être sollicité afin d'arbitrer et régler des querelles politiques très tendues et d'une infime complexité.

Ainsi, la venue du Pape Algarbien constituait une première pour le monde thorvalois qui n'eut historiquement jamais l'honneur de recevoir le Vicaire du Christ. Rare et précieux, ce dernier jouissait d'une forte dévotion et était plus que réputé pour ses miraculeux pouvoirs thaumaturgiques. Dans l'imaginaire, son statut se rapprochait de celui de Dieu Tout-Puissant. Quelles seraient les impressions de Leó XIV à son retour ? Promettait-il d'être décontenancé par la Foi populaire, autant que par les traits du pays et à fortiori ceux de l'Église ? En effet, bien que catholique, le royaume n'en était pas pour autant romanisé. A l'exception de l'art roman, de l'alphabet (cohabitant néanmoins avec l'écriture runique), des travaux savants et du latin en usage dans les monastères, ni son mode de vie, ni son organisation politique, ni son droit, ni ses traits, ni ses valeurs, ni ses mœurs, etc, ne provenaient de la civilisation romane et latine. Pire, il faisait la part belle aux églises d'architectures gothiques et norroises en bois debout, deux styles considérés comme étant l’œuvre des barbares par le monde latin. Bref, que pensera le Pape d'une terre située aux confins de la Chrétienté, loin du cœur civilisationnel historique de l'Occident chrétien ? Il était attendu d'ici trente jours.
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Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

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La Byzantine (15).
20 octobre 2042,

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Une porcherie servile à Sanct-Hervarðr, village de montagne.


Alors qu'elle s'entraînait avec son maître-d'arme dans la basse cour, plusieurs serfs approchèrent la Reine et obtinrent sans peine son assentiment afin de faire paître leurs porcs hors du domaine, dans la forêt de Kelda, en plaine d'Einherjar. Marie leur assigna même trois gardes afin de les défendre sur la route. Les rustauds la remercièrent et s'en allèrent surveiller ceux [cochons] qui broutaient la lande autour du château. Pendant une seconde, la Byzantine s'imagina être à leur place : ils n'étaient, certes, pas libres mais jouissaient en retour d'une meilleure protection et n'avaient presque pas à se soucier d'intrigues ! Contrairement à elle... qui ne savait toujours pas comment annoncer sa déloyauté à la suzeraine, d'autant que son mariage en Radanie arrivait à grands pas. Teodora demanda d'abord conseils à Gerlef, frère de lait de Marie, qui répondit que sa sœur pouvait tout pardonner à condition d'être honnête et de ne pas lui mentir. La Gréco-Valdaque approcha ensuite le Chancelier, feignant s'intéresser à l'élevage porcin au sein du royaume. Elle apprit bien des choses utiles à ses ambitions impériales, telles que les soixante dix races rustiques que comptaient le Thorval, autant que les bons jambons, saucisses, saucissons, tripes, lards, couennes, pâtés et viandes, aussi tendres que grasses, qu'elles offraient. Mais rien concernant ce qui la préoccupait depuis des semaines. En effet, la dame tergiversa et ne su conduire l'homme de la Foi Militante sur son terrain. Le Chancelier s'étonna même de son subit intérêt pour les labeurs paysans.

Plusieurs jours défilèrent sans que les choses n'avancent. Rongée par le remord, la Byzantine se surpris, lors d'un repas en tête à tête, a tout avouer d'une traite, expliquant n'avoir eu d'autres choix que d'accepter, cela en implorant le pardon royal. Voyant l'anxiété de Teodora, ainsi que ses profonds regrets, Marie resta d'abord de marbre avant de montrer un visage étonnamment calme, compréhensif et surtout parfaitement pragmatique. A cet effet, plutôt que de la punir, la cribler de jurons ou la jeter dehors, la suzeraine lui offrit une seconde chance et proposa à Teodora d'unir son fils cadet, le petit Óláfr, à l'un des enfants qui naîtra de sa prochaine union avec le Potentat Radanien. Cela permettait à la Reine de se lier, au mieux, à la dynastie impériale des Comnène, au pire à la mesnie régnante de Radanie. Au final, le dit mariage scellait une alliance au combien plus intéressante et profitable que la première. Soulagée, la Byzantine consentit et jura de tenir parole. Au fond, Teodora avait toujours su que son amie ne se mettrait ni en colère, ni ne la jetterait dehors ! Marie en possédait peut être le rang, féodalité oblige, mais elle n'était pas pour autant comme n'importe quel autre Jarl qui, dans pareille situation, aurait sans doute débiné foules d'injures, avant de battre et fendre la langue du traitre. Malgré tout, la Gréco-Valdaque savait qu'il ne fallait pas abuser de la patience royale et qu'une seconde félonie risquait d'avoir de bien pires conséquences. Car comme le disait Aristote, « Bon renard ne se prend pas deux fois au même piège. »
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Dormir à la belle étoile.
28 octobre 2042,


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Ciel illuminé du haut des Monts Heilagrbjargen (fin août).


Après s'être bien rassasié, Ærri le scalde prit congé. Il salua d'abord la tenancière et se tourna ensuite vers la salle commune. Celle-ci sembla toutefois trop occupée à manger sa soupe, siroter sa bière ou a tricher aux dés pour lui répondre autrement que par un vague grognement. Les degrés menant à l'étage grincèrent terriblement et semblèrent même à l'agonie. Dans sa chambrelle, l'homme vit que personne n'avait touché à sa harpe, posée sur le tabouret près du feu. Épuisé, le poète s'étendit sur sa couche et, sur le point de s'endormir, découvrit que plusieurs trous éventraient le toit, l'ouvrant au magnifique spectacle d'un firmament constellé de points lumineux. Ainsi, la locution "dormir à la belle étoile" décrivait une réalité bien présente, d'autant que les ciels nimbés d'étoiles n'étaient guères choses atypiques. A l'exception de l'Observatoire Céleste à l'Université de Valborg, doté d'un télescope, les astronomes du royaume, également astrologues, scrutaient le ciel à l’œil nu et griffonnaient assidument leurs nombreuses découvertes sous la forme de dessins ou à l'écrit. Enfin, la façon de nommer le système solaire différait de celui existant en Occident. Pas de dieux Romains, Grecs ou étrangers ! Un fait qui décontenança aussi bien le diplomate Westréen Roger Lester que Teodora la Byzantine à leur arrivée respective.

Le Soleil se nommait « Sól » ou « Sunna », déesse norroise et personnification du soleil.
Mercure se nommait « Skjótrstjarna » (Étoile Véloce) à cause de la rapidité de ses voyages célestes.
Vénus était appelée « Àrstjarna » (Étoile du matin) et « Náttastjarna » (Étoile du Soir) en raison des possibilités d'observation.
La Terre se disait « Miðgarðr » (Cour du milieu) et renvoyait à l'un des neufs mondes du paganisme norrois, celui des Hommes.
La Lune se nommait « Máni », dieu norrois et personnification de la lune. Frère de la déesse Sól.
Mars était appelée « Aldrnari » qui désignait le feu primordial des croyances norroises. Surement dû à son aspect rougeâtre.
Jupiter se disait « Óttistjarna » (Étoile effrayante) en raison de sa taille et de son éclat.
Saturne se nommait « Jötunheimar » (Terre des Géants) et renvoyait au royaume des géants du paganisme norrois.
Uranus n'avait pour sa part pas encore été baptisée, faute de consensus à l'Université de Valborg.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Et Dieu nous rendit visite (2).
4 novembre 2042,

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Deux guerriers de Marie célébrant un récent coup de main réussi.


« Irie, morne et pensis peut l'on perdre Paradis
mais plain joy et envoisie peut l'on ben conquierre aussi.
»

augura la Reine au terme des audiences publiques devant ses chevaliers, ses hobereaux, ses berserkers, ses gardes, ses serfs, ses paysans, ses cousins, ses amies, bref, à toutes celles et ceux qui demeuraient réunis dans la Grand'salle du château. Ainsi rappela-t-elle à la cour l'existence d'un huitième péché capital : la tristesse. A la base de cette croyance au sein de l’Église Thorvaloise se tenait une conception de l'existence résolument optimiste, pour ne pas dire enchantée. On estimait le monde bien fait, que si le péché perdait indubitablement l'homme, la Rédemption le sauvait, et que rien, épreuve ou joie, ne se manifestait sans raison et possibilité d'en tirer enseignement. On tenait que Dieu fit tout pour le meilleur et c'est à travers le christianisme que s'exprimait la joie de posséder un corps, et une âme en celui-ci, ainsi que la ferme espérance de vivre éternellement aux cotés de Jésus Christ après la mort. Cela se ressentait même sur les vitraux, fresques et sculptures des cathédrales dont les visions de l'Enfer étaient davantage grotesques et moqueuses qu'effrayantes ou sombres. Car le ressort essentiel de la Foi populaire restait bien l'amour avant la crainte. En effet, comme le disait un célèbre dicton thorvalois : « Sans amor ne pourra nul hom Diex ben servir. ». Les fêtes religieuses étaient donc à l'évidence prétextes à banquets et débauches de table ! A cet effet, après son rappel moral, la Reine proclama « grant' festoies et bevreries » sur plusieurs jours afin de célébrer dignement la prochaine venue de Dieu au Thorval, comprendre celle du Pape Léon XIV, une première historique en mille ans de Foi chrétienne au sein du royaume.

Ouvert à tous, le banquet attira gens de toute condition, du serf jusqu'au seigneur. Les scaldes déclamèrent leurs poèmes et enivrèrent la Salle de leurs harpes, leurs tambours et leurs vielles. Dès lors, on s'abandonna sans peine aux délices de la table. Ainsi, on débuta doucement avec un ragoût au sanglier, avant d'engloutir des rognons de veau grillés, suivit de chevreuils rôtis, d'une orgie de poulets, pour enfin conclure gaiement avec des saucisses fumées, des côtes d'agneau et une succulente litanie d'oies en leurs fumet. L'ensemble fut accompagné de pains, de fromages, de skyr et arrosé d'un gigantesque déluge de bière. Au vu des tonneaux mis en perce, chacun en bu au moins trois litres, des hommes aux femmes, en passant par les enfants en bas age. Appesantis par l'alcool, on chanta, chanta, encore et encore, de vieux chants Thorvalois jusqu'au petit matin. A l'aube de la venue du Saint Père, semblables festins se multipliaient partout dans le royaume. Symbole d'une joie de vivre intrinsèquement liée à la Foi, sans vallée de larmes, qui contrastait néanmoins en un paradoxe saisissant avec la rudesse et l'hostilité régnantes.
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Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

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Et Dieu nous rendit visite (3).
11 novembre 2042,

Le Saint Père se tenait face à deux soudards portant chacun une arbalète. Ils se trouvaient dans un chariot fermé, en bois massif, bardé de fer et constellé de meurtrières. Ne l'utilisant que très rarement, préférant être à cheval, la Reine le prêta au Pape pour sa venue au sein du royaume. Celui-ci s'en réjouit : à défaut de son confort, on se souciait au moins de sa sécurité. A ce titre, le convoi était aussi escorté par trois cent hommes levés par Marie, ce qui dans le contexte des armées féodales constituait un effort assez conséquent. Les chevaliers portes-bannières arboraient également les oriflammes papaux afin d'instiller la crainte et tenir les brigands à distance. Actuellement, Léon XIV semblait serein et bien se remettre de l’anxiété qui le gagna en apprenant les malheurs subit par l'avant-garde, prise dans un guet-apens au niveau du bois d'Askakykr, et qui ne dû son salut qu'à l'arrivée de renforts et aux valeureux sacrifices d'une bonne vingtaine d'Hommes. La guerrière Freydís, commandant du convoi, tâcha de l'apaiser, expliquant que l'attaque ne visait pas la Papauté mais était la conséquence d'une guerre privée menée par plusieurs dynastes régionaux contre Marie III. Au surplus, explorer et assurer le terrain constituait la mission principale des troupes à l'avant. A cet effet, on pouvait dire qu'elles avaient parfaitement et honorablement remplit leur devoir.

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Le guet-apens en question.

Le Pape observa la Tiare Pontificale posée à ses cotés. Magnifique triple couronnes symbolisant son autorité sur les États de l'Église, sur les pouvoirs séculiers et enfin sur les choses spirituelles. Au Thorval, la dite coiffe en faisait également le père des rois et des reines, le régent du monde et le Vicaire du Christ. Le Camerlingue lui conseilla de la porter car les gens du royaume ne comprendraient pas son absence ou un Pape au rabais. La Foi populaire restait férue de symboles. Cela risquait d'être aussi vraisemblablement le cas en son Makengo natal. Ainsi, le voyage se poursuivit jusqu'au couchée du soleil où, en l'absence d'auberge, le convoi monta le camps à l'orée d'un village. Léon XIV souhaita pénétrer dans la petite église et y célébrer la messe mais étant en terre ennemie, les gardes lui conseillèrent de ne pas quitter l'enceinte du camps.

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Le village.

Léon XIV passa donc la nuit en oraison près de sa paillasse et tint même parfois compagnie aux gardes en faction devant sa tente. Le lendemain, la colonne reprit la route en bonne ordre. Il lui restait encore quelques vingt lieues à parcourir, correspondant à cinq jours de voyage. L'homme d'Église avait hâte d'arriver pour contempler de ses propres yeux les splendeurs gothiques tant vantées de l'Abbaye Nostre-Dame des Ardents. La possibilité d'y étudier les travaux de l'Inquisition et d'y consulter les manuscrits enluminés de la librarie l'impatientaient d'autant plus.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Et Dieu nous rendit visite (4).
20 novembre 2042,

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Un pèlerin thorvalois sur les routes, se dirigeant vers le lieu de résidence du pape Léon XIV.


Des milliers de personnes quittaient leurs foyers pour un pèlerinage incertain mais irrigué de Foi. Une piété populaire certes superstitieuse mais qui, plus que quiconque, avait soif d'absolu et d'éternité. Sentant à chaque instant sa présence, l'entendant dans le moindre murmure d'oiseau, souffle de vent ou grondement d'orage, les pèlerins entonnaient leurs louanges à Dieu, ainsi qu'à la Vierge, guidés d'une passion à la fois dévorante et brûlante. Comme lorsqu'une relique était exposée ou de nouveaux vestiges sacrés découverts, le royaume vivait actuellement une véritable explosion de ferveur ! Tous affluaient vers un seul et même endroit, l'Abbaye Nostre-Dame des Ardents, la demeure du Pape, qui devint l'espace d'un instant le cœur battant de la Chrétienté. Celui qui promettait de reévangéliser le Jernland en perdition, balayant ses idoles et renvoyant ses démons là où ils n'auraient jamais dû revenir, c'est-à-dire de l'errance perpétuelle !

Alors que d'aucuns partaient pour plusieurs semaines de pérégrination, celle de la Reine Marie serait, quant à elle, beaucoup plus courte. En effet, l'édifice n'était qu'à onze petites lieues du château, correspondant à seulement cinq jours de marche. Le groupe partit à l'aube du 20 novembre. Outre la Reine, celui-ci comprenait ses deux jeunes enfants Marie et Óláfr, son frère de lait Gerlef, son écuyer Valdríkr, son Chancelier Markus, ses chevaliers Óðinkárr, Hrolleifr, Pétr et Söfren, ses guerrières vierges [Járnmærar] Hrefna, Ingríðr, Kárhildr, Ljóta, Margerðr, Oddrún, Skjalddís, Yrsa, Ærinbjǫrg et Edda, son chapelain l'Abbé-mitré Pétr, son intendant le Frère Jafnhárr mais aussi Teodora la Byzantine, les Westréens Tom et Edna, l'ambassadeur du Jernland Erik Vindheim, le diplomate Westréen Roger Lester, et enfin ses nombreux cousins et cousines, frères et sœurs, adoptés, amis, paysans et serfs du domaine. Bref, la foule restait aussi large que populeuse. Nonobstant, chacun n'y arborait ni arme, ni possession mais un simple bâton de pèlerin, accompagné d'une robe grisonnante et d'un chapelet pendu à la ceinture. Nus, leurs pieds caressaient le sol et se couvraient de poussières. La nuit, ils dormaient à la belle étoile, près du feu, s'en remettant à la protection de Dieu.

Le troisième jour, le cortège se retrouva bloqué devant un arbre couché sur le sentier. Alors que la peur gagnait les pèlerins, des cris sauvages retentirent et le groupe se retrouva soudain encerclé par les brigands. « Li boursault ou la vie ! » menaça le chef. Confiant son fils à Teodora, la Reine s'avança et expliqua n'être que des chrétiens sans le sou. Le truand s’esclaffa, sa bedaine tressautant d’aise, et ordonna qu'on fouille la gueuse ainsi que ses compagnons d'infortune. Après une fouille non moins rustre que brutale, les bandits ne trouvèrent rien d'intéressant, pas la moindre monnaie précieuse, ni objet de valeur, et durent, à leur grand dam, laisser les pèlerins repartir. « Cui est, l'hom ? » [qui es-tu, comment t'appelles-tu ?] demanda la Reine au chef. « Frór l'escorcheur ! Mes oust feme, oust ! » l'invita-t-il au risque de changer d'avis.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Et Dieu nous rendit visite (5).
24 novembre 2042,

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Le chœur et l'autel de l'Abbaye Nostre-Dame des Ardents.


Le Pape se sentait au sein de l'Abbaye Nostre-Dame des Ardents comme un poisson dans l'eau. S'il y avait bien des choses à retenir sur la frappante magnificence de l'extérieur, notamment les tympans, les sculptures de scènes sacrées, les statues de saints, les gargouilles, les créatures Skadinaves ou le cadran solaire, l'intérieur dépassait l'entendement. La construction dû, en son temps, engloutir des torrents de dîmes, d'indulgences, de dons et de legs en tout genre. Ainsi, l'édifice renfermait pas moins de douze retables dédiés à Nostre-Dame, à la Saincte Famille, à l'Annonciation, à Sanct Joseph, aux Roys mages, à Sanct Óláfr Roy, aux martyrs de Ginnheilagrleiðar, à Saincte Élisabeth, etc. Le plus monumental était sans conteste celui de Nostre-Dame, placé derrière l'autel, qui s'élevait à quarante trois pieds de haut. Organisé en triptyque, il contenait quarante huit statues et peintures gothiques retraçant le cycle de la Vierge Marie. Illuminant l'Abbaye, les vitraux illustraient divers chapitres de l’Évangile mais aussi les épopées de saints locaux, des scènes de vie champêtre, des miracles régionaux, des créatures magiques du monde norrois, des scaldes, des légendes tirées de sagas, des effigies et armoiries de divers chanoines passés et présents, etc. Conformément aux usages anciens, un jubé, fortement décoré également, séparait le chœur liturgique de la Nef des profanes. Dans le monde, ce genre de structure avait quasiment disparu ou ne représentait plus qu'un embellissement sans réel signification. Léon XIV se plut aussi à gravir la Chaire de vérité, sculptée en pierre et dotée d'un toit gothique en bois. Il vit, là encore, que le garde-corps de l'escalier, autant que la chaire elle même, se trouvaient constellés de statues à la ressemblance des Pères de l’Église. Non loin, au premier étage du transept-sud, se tenait la tribune du chœur, ornée d'un magnifique Calvaire (Christ en Croix) et reliée à la terre ferme par un escalier de pierre en colimaçon. L'endroit était celui où se plaçaient les choristes lors des messes chantées. Que dire enfin des bannières, des bas-reliefs et des fresques gothiques qui tapissaient les lieux ? Au sein des quinze chapelles absidioles (!), le Saint Père contempla et pria devant les fresques de la Saincte-Croix, de la Vierge-Marie, des Douze apôtres, de Sanct-Paul, de l'Archange Sanct-Michel, de la Passion, des Miracles de Sanct-Knútr, de la vie de Saincte Grettir, etc. Au cours de ses déambulations, l'homme remarqua que l'ensemble des personnages arboraient régulièrement, pour ne pas dire systématiquement, une chevelure blonde ou châtain clair. C'était sans doute là le phénomène, tout à fait légitime à ses yeux, d'appropriation culturelle du culte. Après tout, le Gandhari possédait bien un Christ aux traits pleinement Janubiens. Le Pape passa ensuite de longs moments à visiter les cryptes, découvrir les manuscrits, les parchemins et les enluminures de la librarie, recevoir les fidèles en audience publique, s'entretenir avec l'Inquisition et l'abbé-mitré, participer à la célébration de la messe selon le rite thorvalois, puis enfin visiter le cloître du monastère double où vivaient cent frères, sœurs, oblats et oblates. Nostre-Dame des Ardents constituait donc un important épicentre spirituel, culturel et intellectuel. Comme le témoignait les artisans qui y travaillaient présentement, la construction de l'édifice ne s'arrêtait jamais, entre réfections et nouveaux ajouts. Si nombres d'aspects prouvaient la non-romanisation du territoire, le plus flagrant restait la primauté des campagnes et l'absence de villes centralisant la vie politique, économique et culturelle du royaume. Jensgard elle même n'avait les allures que d'un simple bourg rural.

Un soir, alors qu'il s’apprêtait à se coucher, le Saint Père reçu une lettre, que le chanoine Sigurðr s'évertua à lui transmettre fidèlement en Latin. Celle-ci provenait d'une certaine Ágáta de Valborg, héritière du clan Eilífring. La jeune et riche bourgeoise offrait trois mille couronnes d'or à la Papauté et mettait en garde Léon XIV contre les agissements de la Confrérie Sanct-Óláfr, secte millénariste ayant infiltrée une grande partie de l’Église et des cours seigneuriales, y compris celle de la Reine Marie. Le Makengais en resta passablement intrigué et décida de mener de plus amples investigations afin de vérifier les dires de la mystérieuse demoiselle.
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Les beaux damoiseaux (6).
2 décembre 2042,

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La couche où dormait Lofarr (cuisines castrales).


Après plusieurs semaines à escorter le Pape au sein de l'avant-garde, Lofarr se montra pas peu heureux de retourner enfin au château et d'y revoir ses compagnons de la garnison, parmi lesquels Éldi, Gautráðr, Arinbjǫrn, Hreiðunna et Jórunna, mais aussi sa bonne vieille paillasse sise dans les cuisines ! Un mois riche en émotions pour lequel Lofarr n'eut d'autre choix que de s'attabler et de tout raconter à ses amis, avides d'histoires. Ainsi, l'homme s’attarda d'abord sur l’idylle des debuts avant d'enchainer sur la partie plus sombre de l'embuscade des bois d'Askakykr. Il en conta même précisément chaque moment : des prémices où il faillit y laisser sa peau lorsque trois carreaux, tirés des buissons, moururent in-extremis sur son bouclier, jusqu'au retentissement des cors et de la charge dévastatrice de la Chevalerie. Entre temps, la mêlée se révéla abominable et le poussa presque à la débandade. Au final, le paysan prit son courage à deux mains et, comme envouté par la bataille, se défendit ardemment et terrassa nombres d'ennemis plus forts et plus expérimentés que lui. Lofarr tenait ici son premier grand fait d'arme et nul doute que sa bravoure ne passa pas inaperçue. Qui sait, peut-être aurait-il bientôt droit à sa chanson ? En tous cas, l'évènement d'Askakykr constituait un premier jalon vers l'adoubement, étape cruciale dans sa quête du Saint Graal, son Saint Graal : la main de la Reine. Depuis, il remerciait quotidiennement Dieu de n'avoir pas été couard ! Marie se trouvait actuellement en pèlerinage et hélas loin de lui. Une nuit, dolent sur sa couche, il se mit à imaginer des poèmes, ne pouvant les mettre sur parchemin, étant illettré :

  • Ne m’oublie mie,
    Bele et cointe :
    Quant je ne ti voi, s’en sui plus dolens,
    Car je n’oubli mie
    Ti grant valour
    Impiteusement a li guere estourbir
    Ne li doulce compaignie
    A nul jour.
    N’avré mes envie
    D’amors d’autre feme née.
    C’est li jus en li ramée,
    Amours ai ! Marie i est alée !
    Bone amour ai !
  • Ne m’oublie pas,
    Belle juste agréable !
    Quand je ne puis te voir, en suis d'autant plus triste
    Car je n'oublie pas
    Ta grande valeur
    Ton impitoyable combativité à la guerre
    Ni ta douce compagnie,
    A chaque jour qui passe.
    Et je ne désire
    D'amour d'une autre femme.
    C’est là-bas, sous le buisson,
    Je suis amoureux ! Marie y est allée :
    J’ai bel amour !
L'amant y chantait son amour et sa peine, ne tarissant pas d'éloges pour les qualités physiques de sa mie, autant que ses valeurs morales et ses prouesses à la guerre.
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