Fenêtre sur le pays

Dytolie 122-123-128-129-130
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Zaldo
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Les Montagnes d'or.
2 septembre 2038,


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Une carte est vivement recommandée aux orpailleurs. Ici celle
d'une région montagneuse de Thorval.


Les réserves d'or détenues par le Thorval étaient de 406 tonnes, ce qui dans un système de poids et mesures honnête correspondait à 806 000 livres. Du moins était-ce là une estimation dans le mesure où il était évident que personne au sein du pays ne laisserait des scribes aux petites lunettes fourrer leur nez pour vérifier. Fantasme des orpailleurs et des banquiers avides, l'or n'était ni une propriété d'État – qui n'était pas né – ni de la banque centrale – inconnue au bataillon – ni évidemment entreposé dans des banques qui furent toutes bannit au XVIIIe siècle, après plusieurs allez-retour depuis le XIIIe siècle. Le métal précieux n'était pas non plus posé à l'étranger car on ne faisait confiance à personne.

Les possesseurs des montagnes d'or de Thorval étaient nombreux : chaque grand en possédait une partie, chacun de ses vassaux une autre, de même que les villes. Le Reine avait la main sur moins de 10% du total. Où l'or était-il caché ? Un château-fort ? Une tour ? La crypte d'une église ? Au fond d'un lac ? Une forêt profonde ? Une grotte ? Chez les nains ? Les cachettes se comptaient par centaines disséminées partout sur le territoire. Peu de monde connaissait leurs lieux exacts, si ce n'est les seigneurs eux-mêmes. Cet or servait principalement à battre de la monnaie de bon aloi, émise périodiquement, c'est-à-dire assez rarement. Pour rappel, près de trois cent monnaies seigneuriales, de diverses qualités métalliques, circulaient et avaient cours au sein du royaume.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Zaldo
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P.F.B
15 septembre 2038,


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Percefal Fenton-Beckett en Albion lors de la sortie de son livre fantastique.


Percefal Fenton-Beckett est écrivain, essayiste et poète d'origine Britonne. Né en Aleka, sa famille migre après quelques années vers la métropole pour s'installer dans les régions rurales de la grande île, loin de Lanfair. Baptisé au sein de l'Église Britonnique, Percefal est éduqué dans la foi catholique par sa mère, qui s'est convertit peu avant sa naissance malgré les protestations de son entourage protestant. Finalement, le fils suit l'exemple maternel et adopte la vraie Foi à quinze ans. Écrivain, le jeune homme se découvre une passion pour les langues anciennes, l'histoire et les mythologies dytoliennes, en particulier norrois, celte et germanique, regrettant au passage que son pays n'en ait pas ou du moins n'en ait rien gardé. Beaucoup plus tard, en 2031, Fenton-Beckett migre au Thorval afin de chercher l'inspiration et poursuivre la trace des mythes et des légendes de la Vieille Dytolie qui imprégne le Thorval. En 2036, Fenton-Beckett est l'auteur du roman médiéval fantastique à succès Le petit Peuple et récidive un an plus tard avec le Seigneur Grand Forgeron, écrit au 3/4 durant son séjour dans le Nord, qui clôt la quête. Aujourd'hui, il vit au Thorval et n'est retourné sur la grande île que pour la sortie de ses romans. Il travaille sur un nouveau livre, traitant de la cosmogonie et des premiers temps d'un univers fantastique incroyablement riche et passionnant.

Politiquement, le personnage se décrit comme « Monarchiste », « Anarchiste » mais pas « Démocrate ». Plus que tout, il exprime un profond malaise face au désenchantement du monde, regrettant les ravages faits à la région de son enfance, trouvant que l'Albion « a eu tout faux au XXe et au XXIe siècles ». Dénonciateur de l'Agarbe du Sud, le romancier qualifie Florian de Klerk de « phacochère ignare », estimant que « l'ardent soleil d'Algarbe a plus que de raison rôtit la cervelle des Alekans ». Il aime l'Albion mais pas le Royaume-Uni, et encore moins l'Union Pan-Océanique.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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La vie d'un messager.
15 septembre 2038,


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Agnarr le messager, pendant son périple.


Les messageries présentes au Thorval étaient des réseaux de messagers crées pour leurs besoins par les marchands, les seigneurs, les universités et les ordres religieux. Le métier de messager n'en était pas vraiment un mais ressemblait plutôt à une mission éphémère confiée à un éclaireur, un frère lai, un apprenti etc. La missive envoyée par le Jernland fut remise au monastère Saint Þjóðgeirr dont les pierres s'élevaient dans la région que les Jensgårdois nommaient Sidstehøjborg. Celle-ci était gardée par les seigneurs de la Marche et comptait plusieurs grandes forteresses construites au fil des siècles. La lettre des chefs Jernlandais allait être conviée jusqu'à Frueborg par les réseaux entretenus par l'Église. Pour se faire, les moines mandatèrent le convers Agnarr, bon chevaucheur et en qui ils avaient entière confiance. La tâche des messagers n'était pas toujours facile : outre le manque d'auberges sur certains chemins, les contrées traversées recelaient souvent de nombreux dangers comme les pillards, les hommes d'arme en rupture de ban ou les clans en guerre perpétuelle. Personne ne pouvait à l'avance prévoir les périls qu'il trouverait sur la route. Peu osait s'y aventurer seul et l'on voyageait la plupart du temps à plusieurs. Partant solitaires, les messagers étaient en cela des gens très courageux.

Agnarr quitta le monastère aux aurores, sous un vent en provenance des montagnes à sa gauche. Il passa devant une allée de noisetiers dont les brindilles luisaient et dégouttaient de la récente rosée. Quelques lieues plus loin, le convers grimpa une petite colline couronnée d'un bosquet de hêtres. Il entendit les bruits d'une escarmouche, des cris de rage et de douleurs, mais ces derniers semblaient lointains et il ne s'en inquiéta pas outre mesure. Le lendemain, après une nuit passée à la belle étoile contre un rocher mousseux, Agnarr prit une petite collation de viande séchée et repartit. Aux alentours de sexte, le vent d'ouest cessa et un torrent se déversa sur tout le pays, duquel le cavalier chercha un abri sous un vaste chêne pédonculé trônant au milieu d'un paysage de prairie. Lorsque les éléments cessèrent finalement de gronder, Agnarr lança son coursier au galop plein-sud jusqu'à une rivière, déchainée par le gros temps du matin. Le cheval, hésitant, y posa un sabot mais recula aussitôt et, par ses hénissements, fit comprendre qu'il n'ira pas devant. Agnarr dût alors remonter le cours d'eau assez loin au nord avant de tomber sur un gué praticable. Les jours suivants, le messager contourna la forêt Saint Dómaldr afin de n'en pas rencontrer les brigands. Levant les yeux au ciel, il aperçut une large tribu de corbeaux entrain de tournoyer et de chanter un peu plus loin. Sur les lieux, Agnarr trouva des lances brisées, des boucliers fracassés, des plates défoncées des corps pourris et une odeur putride. Par ailleurs, les guerriers n'avaient plus d'yeux. Malade, le cavalier fila rapidement avant d'y glairer toute sa panse. Plus tard, Agnarr rencontra des champs ouverts et des vergers. La plupart des gens finissait de labourer quand d'autres récoltaient les derniers plants de pommes de terre. Il passa dans moult villages où les paysans chuchotèrent à son passage, tout en le scrutant avec méfiance.

Après des jours et des jours de voyage, le messager voyait enfin Frueborg avachit sur sa petite colline boisée à l'horizon : « Ah ! Frueborg et son donjon ! » célébra-t-il au milieu du bosquet. Agnarr n'était en dépit des apparences pas très serein. En effet, des chevaliers semblaient le suivre et le surveiller depuis deux jours. Il en avait remarqué au moins trois. C'est alors que deux fantassins sortirent des buissons pour lui barrer la route. L'un d'eux, un grand roux aux larges épaules, le tenait en joue avec une arbalète.

« Pas un geste, l'homme ! hurla le roux.
– Paix ! Je suis un messager ! annonça le convers emmitouflé dans ses bures.
– J'tai jamais veue icelieu l'estranger, rétorqua le blond.
– Je porte un rouleau pour la Reyne. »

A ce moment, Agnarr vit que le tabard porté par les soudards arboraient les insignes royaux. Des hommes de la Reine ! Le messager s'en rassura, craignant un temps être tombé sur des brigands. Le blond s'approcha alors lentement tandis que l'autre menaçait toujours de son arbalète. L'éclaireur sourit au messager avant de l'attraper par l'épaule et le faire lourdement chuter de cheval. La suite fut très déplaisante pour le convers qui reçut une pluie de coup de pieds, une flopée d'insultes et se fit accuser de « murdrisseur, d'espion, de chiure etc. » C'est une fois amené à Frueborg que l'on comprit la terrible méprise... la missive, pour sa part, était bel et bien parvenue jusqu'à Marie, après un long périple.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Zaldo
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La visite d'un diplomate étranger.
Plus tard en octobre 2038,

Le voyage en coche du Thorvalmark jusqu'au Teitrland se révéla sans fin pour le nouvel émissaire Jernlandais. Le convoi escorté par des chevaliers de Marie eu à entièrement contourner la chaîne des Helligebjergen par l'est, dont les crêtes étaient trop escarpées et dangereuses pour être empruntées, sans compter la présence de clans pillards. Regardant souvent par la fenêtre, Erik Vindheim vit que les régions traversées, situées au nord des montagnes centrales, étaient des terres plus sauvages qu'ailleurs. Il était habituel de n'y rencontrer personne durant plusieurs lieues à la ronde. Par endroit, on n'entendait que le chant des oiseaux et le clapotis des rivières. Les villages, à colombage ou en pierre, recouvert d'un toit de chaume, étaient petits et éloignés les uns des autres par une succession interminable de prés et de forêts. Les routes consistaient en des sentes ou des chemins d'herbe, pas la moindre voies pierrées. L'apparition régulière d'églises, d'abbayes et de sanctuaires d'arbres consacrés rappela à l'émissaire qu'il se trouvait en terres chrétiennes, un christianisme certes lourdement teintés de superstitions et de croyances païennes. Quand le convoi passa finalement la région-porte de Miðgarðr, Erik Vindheim sentit une évolution : il entrait dans le Thorval des bosquets, des champs a perte de vue, des petites collines, des prairies grasses, des villages touffus et des moissons généreuses. La présence seigneuriale y étaient logiquement plus visible : de tourelles et de mottes, on passa à des tours, des postes avancés, des châteaux-forts et des forteresses. Toutefois, a en juger l'habit des gens, l'architecture, les outils agricoles, les animaux de trait et l'état général des lieux, ils vivaient ici aussi dans un autre temps, un peu comme au Thorvalmark, mais en plus poussé encore. C'était, paradoxalement ou non, au sein du Thorval méridional que le convoi connut les plus gros problèmes, ayant à repousser plusieurs attaques de brigands, à patienter à l'écart qu'une bataille se termine afin de ne pas être prit entre deux feux, etc. Ces diverses guerres privées, coups de main et pillages montraient à Erik Vindheim que l'État n'était pas là. Avant d'atteindre le château de la Reine, les voyageurs passèrent plusieurs nuits dans des auberges : l'émissaire y mangea des pâtés, des fonds de viande et de légumes, du fromage et du pain, quoique un peu rassis pour ce dernier. Les lits furent plutôt moelleux mais infestés de puces ! Après deux semaines de traversée, peu ou prou (on perdait vite ses repères en ce royaume sans horloges et de si rares calendriers), l'édifice recherché se trouvait enfin devant soi. La peine ne fut pas vaine, bien que le Jernlandais était connu pour avoir la peau dure.


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Frueborg à l'horizon, dans une atmosphère automnale. Un champs labouré au premier plan.


Le château s'élevait sur une petite colline parsemée d'arbres aux couleurs automnales qui cachaient les remparts. Plus que d'autres bâtiments, c'était le donjon, où des hommes circulaient sur la ronde intérieure, qui surprit le plus Erik. Frueborg possédait un caractère aussi bien politique que militaire. Si d'aucunes pièces étaient belles, dans le pur style gothique, comme la Bibliothèque, quelques petits couloirs ou la Grand'Salle afin d'impressionner (politique), l'intérieur avait en général les caractéristiques d'une forteresse. La pierre des salles allait du gris clair/blanche à gris sombres. Les rares pièces dont les murs furent recouvert de chaux avaient subit des dégâts en un passé plus ou moins récent. Dans l'ensemble, la décoration était minimaliste, faites d'âtres, de bannières, d'écus et de tapis. Bref, Frueborg n'était pas un lieu de villégiature : dur, froid, austère, inconfortable, non un nid douillet. Les pignoufes le qualifieraient facilement de trou à rats. Toutefois, militairement, l'édifice formait le grand verrou qui ouvrait ou fermait l'entrée du fief par le nord, l'est et l'ouest. En ces temps de guerre, la garnison contenait au moins trois cent hommes.


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Le grand capitaine


Le diplomate fut reçu à la porte par le grand capitaine de la Reine. Celui-ci l'emmena jusqu'à la Grand'Salle où Marie l'attendait assise sur sa cathèdre aux fins entrelacs. La suzeraine arborait une cotte de laine de couleur sombre en signe de deuil. Hélas, Erik Vindheim n'en connaissait pas la raison. Le Thorval était quand même mystérieux. Il se présenta et enchaina sur les ambitions diplomatiques de sa patrie, les affaires et la géopolitique mondiales. Marie n'y comprit rien, entre la CND et un autre pays céruléen dont elle entendait le nom pour la première fois. Tout en opinant du chef, elle répondit : « Oui, c'este pas decevable », que l’interprète traduisit vers le Jensgårdois [car la Reine n'avait que des notions scolaires de cette langue et maitrisait maternellement le Teitrlandais et le Bas-Tjørnais, deux dialectes vieux-thorvalois] donnant en un langage moderne : « Oui, c'est pas faux ». Après l'audience, qui se passa bien, l'émissaire vit beaucoup de monde circuler dans le château, des chevaliers comme des paysans. La vie en clan !
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Zaldo
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Les coffres pleins au Pays des légendes.
Octobre 2038,

Les grandes fortunes en pièces d'or et d'argent se concentrent en ville, principalement à Jensgård. Au même titre que l'individu, la notion de richesse personnelle doit d'être relativisée en raison des clans. Il est par ailleurs illusoire de s'attendre à des chiffres : le pays ne possède ni banques, ni comptabilité nationale et rares sont ceux qui tiennent un livre de comptes. Quand c'est le cas, les chiffres sont ou tenus secrets ou lourdement imprécis vu que l'exactitude et la rigueur ne sont pas recherchées. Les transactions sont donc soit littéralement opaques, soit parcellaires et inexactes. Au final, seuls les Monts de Piété font, par obligation légale, montre d'une pleine transparence.

1. Les artisans d'art (contrairement à leurs comparses protestants, très sobres, ils arborent des signes extérieurs de richesse qui feraient pâlir le plus opulent des princes).
2. Les merciers (en particulier les négociants impliqués dans le commerce de produits de luxe, tels les épices, la soie etc).

3. Les autres artisans citadins (arrivent loin derrière les premiers).
4. Les évêques et les abbés-mitrés puissants (fortunes à relativiser dans la mesure où une part non-négligeable des revenus va aux Hôtels-Dieu et à l'entretien des diocèses).
5. Les pillards de carrière (ce sont les brigands qui parviennent à survivre longtemps avant de se faire zigouiller).
6. Les paysans aisés (type de campagnards en voie d'extinction à cause des changements agraires en cours, lancés en 2031).
7. Les seigneurs (ces derniers se ruinent souvent à la guerre et sont débonnaires au point de tout perdre. La réforme agraire a aussi eu quelques répercussions).
8. Les paysans, les prêtres ruraux et citadins, les chevaliers sans terre, les hobereaux minuscules, les moines, les pêcheurs, les artisans de campagne.

9. Les mendiants des villes (loin derrière le plus humble parmi les huitièmes).
10. Les clans bannit (on y retrouve notamment d'ex seigneurs déchus par les guerres féodales).

Hors classement :
11. Les banquiers, dépouillés, bastonnés et bannit au XVIIIe siècle jusqu'à la fin des Temps.

L'influence politique des grandes fortunes thorvaloises - qui sont toutefois dix fois moins opulentes que les capitalistes étrangers - est inversement proportionnelle à leurs richesses étant donné que c'est la terre qui fait la puissance icelieu.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Voleurs et rituels.
11 octobre 2038,

Dans le pays d'Hirðmörk, qui renvoyait à la tribu norroise antique des Hirðir, vivaient les paysans Áfastr, Dómarr, Gamli, Ubbi et la paysanne Siggunnr. Leurs clans habitaient la région aussi loin que portait la mémoire des hommes. Ils ensemençaient la terre ensemble, reproduisant à chaque fois le même geste, dans l'espoir d'y voir grandir de beaux champs dorés. Quand les petits jardiniers auront disparut et qu'on en oubliera jusqu'à le souvenir, c'est à ce moment que viendra la fin du Monde, pensait-on. Les semailles d'automne avançaient au rythme du soleil, comme les dernières récoltes de l'année. Les cochons iront bientôt glandés sous les frênes et c'est alors que l'hiver apparaitra. A l'horizon, les tours du château d'Hirðmörk dominaient la région et faisaient face, impassibles, au rempart de la forteresse de Þotka, son éternel rival. La querelle des dynastes sur le partage des droits et la fixation des juridictions était vieille de trois bons siècles. Les seigneurs s'affrontaient tout au long des saisons par le moyen des intrigues mais aussi des incendies, des assassinats, des prises d'otages et des accrochages entre chevaliers. Cependant, les guerres seigneuriales n'étaient à ce moment pas la préoccupation des campagnards, même s'ils devaient souvent se réfugier au château ou fuir dans la forêt pour éviter la brutalité des ennemis. Plusieurs chèvres avaient disparus au cours des dernières semaines et cela inquiétait les paysans, au premier chef desquels Áfastr et ses compagnons. D'autre part, une sinistre rumeur se rependait concernant une confrérie secrète aux sombres croyances. D'après les dires de la taverne, elle organisait de mystérieux rituels la nuit tombée à l'orée du bois de Byklar. Un soir, en dépit des esprits frapeurs, nos amis décidèrent d'aller voir...

Munit de haches, Siggunnr et ses compagnons traversaient les bois à pas feutrés. Les chuchotements des arbres et le cris des animaux les poussaient à rester sur leurs gardes, d'autant plus inquiets par ce qu'ils pourraient trouver l'autre coté de la forêt. Une lueur apparut au loin, était-ce un feu ? Les paysans accélèrerèrent la marche quand un profond hurlement ébranla les lieux. Arrivés à la lisière, la bande se cacha à qui mieux-mieux derrière les buissons et les arbres. Ce qu'ils aperçurent les pétrifia et ils n'osèrent plus rien dire pendant plusieurs minutes.


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La messe noire célébrée à l’abri des regards.

Là se trouvait une assemblée de croyants réunit autour d'une croix. Celui qui semblait être le maître de cérémonie portait un masque de bouc et un poignard. Une femme en haillon était attachée sur le crucifix, elle se débattait, criait et suppliait ses bourreaux. D'où venaient ces gens ? Était-ce la mystérieuse confrérie ? Que faisait-elle si tard dans la nuit ? Un sacrifice satanique ? Les questions se bousculaient dans la tête d'Ubbi, Siggunnr, Gamli, Dómarr et Áfastr.

... omnipotens aeterne diabolus !

« C'este sataneries ! Filons !
– Non ! Les viles faquins ont desrobé les nostres chèvres !
– Shhhhh. Vous allez nous faire prendre. »

A ce moment, l'homme à la tête de bouc égorgea la crucifiée et leva au ciel son poignard sous les chants maléfiques de la foule. Depuis leurs cachettes, les paysans fulminèrent de colère ou tremblèrent de peur, selon les caractères. La confrérie était folle et démoniaque. Dómarr et Gamli proposèrent de rebrousser chemin car les adversaires étaient vraiment trop nombreux (une vingtaine). Après quelques tergiversations, les autres se rangèrent finalement à leur avis.


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Le terrifiant intru.

La bande allait retourner vers les longères quand elle découvrit qu'un gigantesque bouc s'était silencieusement glissé derrière elle et se préparait à les massacrer. Prenant son courage à deux mains, Áfastr fonça vers l'ennemi qui le blessa gravement d'un revers de main. Profitant de l'inattention provisoire et de l'obscurité, Siggunnr se décala sur un coté et frappa de toutes ses forces au niveau du tendon d'Achille. Le luciférien hurla et s'effondra. A quatre contre un, les paysans ruèrent violemment et transpercèrent le bouc avec rage. C'en était fini de lui, alors que le pauvre Áfastr agonisait tout près.

« Prenons le ! Prestement ! »

Les paysans s'enfuirent sous le manteau de la nuit avec le blessé sur les épaules. Par leurs ruses et connaissances du pays, ils parvinrent à échapper à la dangereuse confrérie qui perdit toute trace. Des hommes et des femmes du diable qui à l'évidence n'étaient pas d'ici.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Sagas royales.
18 octobre 2038,


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Qui était la Reine de Thorval ?

Elle vint au monde dans le Teitrland en le mois de Marie (décembre) de l'An de grâce 2014/2016. Bien que robuste et en bonne santé, elle fut aussitôt portée sur les fonds baptismaux où elle prit le nom de Marie Edda Svanhildr afin de marquer l'union entre le christianisme et la vieille culture norroise. Puinée, la jeune princesse n'était pas destinée au trône jusqu'à la disparition de son frère Ragnarr, mort de la fièvre des campements, quelques années après sa naissance. Marie contracta aussi la maladie mais y survécu miraculeusement. Le reste de son enfance fut tout aussi houleux : outre les constants bruits de guerre, elle réchappa en 2025 à un assassinat dont le commanditaire demeurait un mystère. La servante qui tenta de l’étouffer fut pendue. Une année plus tard, elle échappa aux griffes d'un assassin venant la tuer grâce à l'intervention d'un garde. Le Roy Ragnarr IX massacra l'homme en le faisant piétiner par son cheval. En 2028, Marie se fit, cette fois, enlever par le comte Ragnarr III et passa l'hiver au sein du château de son ravisseur. Malgré le trouble incessant autour d'elle, Marie eut une enfance heureuse grâce au soutien de son precepteur et aux personnes du clan. Vivant à la campagne et au contact des paysans, elle s’imprégna de leurs cultures et de leurs mentalités, apprenant à creuser un sillon et à semer, professant comme eux une Foi imbibée des superstitions, mystères, mythes, croyances et légendes norroises. La princesse s'y fit même un frère de lait : Gerlef. Marie accéda au trône à la fin d'Été 2031, lorsque le Roy son père mourut d'une pneumonie. Un temps où le ciel était (et demeure) chargé de menaces, dans ce royaume où, à tout les horizons, les barons comploteurs et tumultueux faisaient (et font toujours) la loi.

Depuis son avènement, dans un contexte peu favorable, Marie III concentra ses efforts sur les paysans en inspirant une réforme agraire pour les plus pauvres, en renforçant les communaux et en préservant les coutumes paysannes dont faisait notamment partie le communalisme agraire. Du coté de la ville, n'en connaissant que peu de choses, la Reine contribua à décriminaliser les mendiants, soutint les droits de l'Université contre la bourgeoisie municipale, construisit une église somptueuse pour les pauvres et obtint un repos supplémentaires chaque samedi et jours de Vigile pour les compagnons des métiers urbains (il n'y avait pas de corporation à la campagne). Pour ceux poursuivit par la justice, la suzeraine parvint aussi à faire de nouveau respecter le droit d'asile chrétien des églises. Diplomatiquement, la Reine ne continua pas l'entre-ouverture lancée par son père avant de mourir, ni même pensa à lever le bannissement qui pesait sur les banques depuis le XVIIIe siècle. Au rang des échecs, ses divers essais pour limiter les guerres privées et pacifier en vain le royaume. La suzeraine y avait sans doute renoncé, se contentant dorénavant de défendre ses paysans contre les attaques et de survivre dans le chaos ambiant. En cours de route, la Reine échappa à deux nouvelles tentatives d'assassinat en 2035. En 2038, elle se maria en troisième noce avec le baron Anatolios des Ménechmes (renommé Austmarr) au cours d'une "cérémonie digne". Son premier mariage d'amour. Quelques mois plus tard, sa fille cadette Andrea Mildríðr Ilmr succomba à la maladie, la laissant dévastée. Marie trouva du réconfort chez le roi consort, dans son clan, en Dieu et dans l'enchantement du Thorval.

Coté tempérament, Marie était une personne douce et affable, débonnaire parfois à l'excès. Faible en politique, la matriarche s'était par la suite aguerrie au fil des années, apprenant à se battre, participant aux escarmouches avec son ost, et sachant se montrer rude avec les forts. C'est ce que découvrirent certains seigneurs quand face aux paroles injurieuses à l'égard de son futur mari, elle promit de leur couper la langue en cas de récidive.

Points forts :
Sait lire et écrire, contrairement à 80% des seigneurs partiellement ou totalement illettrés.
Sait se battre, montrant bien du courage. Considérée comme une bonne guerrière.
Sait comment intriguer.
Sait se montrer forte et se faire respecter. A le sens de l'honneur.
Sait ne pas être sensible face aux critiques visant sa personne, empêchant plusieurs bains de sang que les gens du clan étaient prêts et impatients de commettre pour la venger.
Connait les contes, les légendes et les croyances qui imprègnent son imaginaire et celui de ses peuples.
Sait faire ce que les paysans font (cultiver).

Points faibles :
Méconnaissance quasi-totale du monde moderne (elle sait que les marchands sont rois et imposent leurs mauvaises valeurs un peu partout, que la Foi chute, rien de plus).
Méconnaissance totale de la diplomatie, de la géopolitique et des affaires internationales.
Méconnaissance des langues étrangères, à part un latin faible et hésitant.
N'a pas de vision d'avenir (d'après les riches bourgeois).
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Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Inégalités économiques.
6 novembre 2038,


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Une compagnonne orfèvre de Sankt-Thøger s'essayant au chef d’œuvre
pour devenir maitresse et richissime.


Comme souvent, il est difficile d'offrir une vision générale d'un royaume où les situations particulières pullulent d'un terroir à l'autre. Néanmoins, sur les inégalités économiques, il est possible d'exprimer des faits plus ou moins fidèles à la réalité en dissociant la ville et la campagne, deux mondes séparés, en conflit latent, que tout oppose et qui se considèrent réciproquement comme des étrangers.

Ainsi, au sein de Cités telles que Jensgård ou Sankt-Thøger, l'écart de richesse est estimé respectivement à 10,5 et 10,1. Et la différence serait sans doute pire encore si l'on prenait en compte les mendiants qui y vivent de la Charité. En tête viennent les orfèvres et les merciers (qui se goinfrent aussi dans le lucratif et très prospère commerce de reliques) dont l’opulence est à des années lumières du reste des artisans, arrivant très loin derrière, composés notamment des compagnons qui possèdent leurs outils. Face à cet abysse économique, la troisième et dernière ville du royaume, Valborg, se démarque avec un écart réduit estimé à 3,5. Cela s'explique peut-être par le fait qu'elle soit essentiellement un refuge de pêche et de pêcheurs.

A la campagne, la situation est sans commune mesure avec la ville avec un taux d'inégalité de richesse estimé à 2,42. Les plus riches sont les puissants abbés, suivit de près par les paysans aisés, bien que cette dernière race soit en voie d'extinction. Les disparités ont également chuté sous l'effet de la réforme agraire bien qu'historiquement, elles n'atteignirent jamais les mêmes sommets qu'en ville. L'égalité est une lame de fond incontestablement présente dans l'esprit des pays ruraux, en dépit de la féodalité. Cela se ressent par la force du sentiment clanique et l’indéboulonnable communalisme agraire. Ironiquement, il semble que l'insécurité et le chaos féodal jouent aussi un rôle important dans le maintien d'inégalités basses : devenir riche et/ou vivre de ses rentes est quasi-impossible au sein d'un tel contexte.
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Re: Fenêtre sur le pays

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Écrits privés et secrets.
2 janvier 2039,


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Il nous semble que seul l'évêché de Jensgård soit, comme le reste du monde, passé à la nouvelle sainte année au 1er janvier. Le reste des diocèses et paroisses de ce pays (Thorval) l'ont fait ou le feront à la Nativité de Jésus Christ, à Pâques, à l'Annonciation, à la Pentecôte, à la Saint Jean, à la Nativité de Marie, à l'Assomption de Marie, etc. Le royaume, cette terre carnavalesque emprunte de Foi, de surnaturel, de magie, de légendes merveilleuses et d'incertitudes, s'est une année encore perdue dans le tourbillon des luttes privées à la fois féodales et claniques. A la ville, les merciers ont continué à s'enrichir et à maltraiter les artisans, pendant que les mendiants de la Cité ne survivaient que par la charité. Nous l'avons vu, le Thorval erre dans la désunion et connait un constant parfum de guerre civile. Il y règne la violence physique dans ce qu'elle a de plus primitive et barbare. En un sens, cette propension à la querelle et au conflit sans fin est propre à l'Enfer où les démons se jalousent, se haïssent et se battent entre eux. Néanmoins, l’Espérance brille et le Saint Esprit souffle malgré tout en ce pays : beaucoup de thorvalois ont Foi en Dieu et, conscient de leurs péchés s'en repentent et s'amendent par les bonnes œuvres. L'horizon indépassable demeure la Hierosolyme céleste.

Au contraire, ailleurs dans le monde, en particulier dans l'Occident, les sociétés sont apaisées. La politique s'y réalise par la discussion, le débat et le consensus. Les gens sont civilisés, polis, éduqués, raisonnables, propres et bienveillants. Du moins, c'est l'image que l'on s'en fait. Si la violence physique ne marque plus ces sociétés, il s'y déroule quelque chose de pire et sourd : la violence symbolique, morale et spirituelle. Dieu a disparu de tous les discours et les pensées. La créature n'en a plus besoin et croit se sauver de ses propres forces. Et pour ceux auxquels restent un brin de foi, le Père n'est plus qu'une entité spirituelle transcendantale et lointaine n'intervenant pas dans le monde des hommes. L'immanence, elle, appartiendrait plutôt à la Nature, à la Main Invisible ou à l'Histoire. L'horizon indépassable des sociétés modernes est le domaine du sensible.

Au final, entre deux modèles très imparfaits et que tout opposent, quel est le pire ?

Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, et ne peuvent tuer l'âme ; craignez plutôt celui qui peut perdre l'âme et le corps dans la géhenne., Saint Mathieu 10:28





[right]Percefal Fenton-Beckett[/right]
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Bêtises linguistiques.
6 janvier 2039,


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Thorval : une charrue au milieu d'un chemin dans le Smyriland.


Labourer est une noble tâche, la plus belle avec les semailles et les parcours pastoraux. Gratter le sol est beau sauf si l'on tracte la charrue avec une machine. Là, le geste devient un viol pur et simple du sol. Seuls les citadins imbus de modernité ne sont pas d'accords, croyant faire pousser des salades en papier sur les toits ou imprimer du pain crée par algorithme dans le cloud. Tout pays qui abandonne ses paysans et ses campagnes meurt...

Labourer

Plog (Jernlandais)
Plógur (Dearmoìs et Modurmal)
Plov (Vonalyen et Jensgårdois)
Plógr, Plógar, Plógerr, Plógir etc, selon les dialectes (Vieux-thorvalois)
Plōgaz (Proto-Töttern)
Pflug (Töttern)
Pleuch (Scots)
Plough (Briton)
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Au pays des Faides légitimes.
8 janvier 2039,


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Deux hommes de la piétaille se préparant à la Faide,
cet automne dans l'Holrland.


Il ne faut pas croire que le principe de la Faide – guerre privée ou vengeance – était perçu comme tragique et regrettable. Au contraire, le grand nombre l'a votait comme un moyen légitime de régler les querelles familiales et faire avancer ses ambitions politiques. L'Église s'y opposait mais elle était très impuissante à imposer son avis sur la question, étant même parfois prise pour cible lors des combats, menant à des dizaines d’excommunication. Alors que feu le royaume de Slovianie se morfondait de connaitre trois ou quatre guerres privées dans l'année, au Thorval, ces luttes se chiffraient en plusieurs centaines, voir en milliers. Cependant, il ne fallait pas y voir de grandes batailles rangées en rase campagne avec des centaines d'hommes montant à l'assaut des murailles. En effet, pas plus de dix affrontements de ce genre se déroulaient dans l'année. L'immense majorité se composait de petites guerres localisées et très diffuses, opposant quelques chevaliers, hommes à pieds ou archers. Escarmouches, coups de main, incendies, razzias, destruction de places fortes, prises d'otage, rançons, assassinats, etc. Si les faides étaient nombreuses et diverses, leurs causes pouvaient toutefois se résumer en grandes catégories :

Les terres (35%)
Une ou des femmes (33%)
L'honneur bafoué (31%)
Autres (1%)
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Tiunterof a écrit :
06 mai 2019 12:18
Ek koma. (2)


Suite de ce RP.

[spoiler=Vocabulaire]
Huitzilopochtli : "Le colibri de l'ouest", et "le guerrier ressucité". Dieu Tlaloctlictec de la guerre.
Macahuitl : Épée de bois bordée de lames tranchantes d'obsidienne.[/spoiler]

Le trajet jusqu'à Jensgård avait été particulièrement long. Son avion avait eu du retard et une fois arrivé à Skjarlorg il avait du attendre trois jours. Les bateaux acceptant d'amener des passagers du Vonalya au Thorval n'étaient pas si nombreux et il avait raté celui qu'il avait prévu de prendre. Heureusement pour lui que le Vonalyan ressemblait au Jensgårdois dont il avait appris quelques mots.
Iztli avait eu beaucoup de mal à trouver un professeur capable de lui apprendre l'un des dialectes Throvalois, lorsqu'il était encore au Tlaloctlitlal. D'autant qu'il avait pris soins de se renseigner sur les multiples particularismes linguistiques régionaux histoire de ne pas être complètement démunis si jamais il rencontrait un indigène parlant un quelconque patois plus original que les autres.
Toujours est-il que les quelques formules de politesses Jensgårgoises qu'il avait appris en plus de tout le reste lui avaient permis de communiquer avec les travailleurs portuaires de Skjarlorg, avec force gestes et mimes. Cela n'avait cependant pas été de tout repos d'autant qu'avec toutes les connaissances qu'il avait du absorber il lui arrivait souvent de confondre différentes notions trop proches.

Après une courte nuit à Jensgård, Iztli s'était mis en route pour le Frielandet. Il avait vaguement entendu des locaux évoquer une bande de brigands à la frontière avec les terres royales qui auraient apparemment volé plusieurs bêtes dans les villages voisins. Ou pas, il n'était pas sûr d'avoir bien compris, enfin, il fallait bien se lancer à un moment.

Son court passage en ville lui fit tout de même un drôle d'effet. Tout le monde le regardait bizarrement, mais il s'y était attendu. Pour ne pas trop attirer l'attention cela dit, il avait échangé quelques breloques contre une chemise de lin, des culottes de laine et une blouse à manche longue pour remplacer ses vêtements modernes. Il s'était également fait acquéreur de gants et d'une cape de fourrure à l'odeur de vieux grenier poussiéreux mais qui lui seraient fort utiles s'il devait dormir à la belle étoile. On n'était encore qu'en Janvier et le temps risquait de ne pas être particulièrement clément.

Dans l'auberge Jensgårdoise où il avait passé la nuit, il avait également pu remarquer que ses vêtements n'étaient clairement pas la seule chose qui intriguait les autochtones. Il avait passé la soirée dans la salle commune et plus ou moins tout le monde avait eu le regard posé sur lui. Il n'avait pas entendu grand chose des chuchotements que les gens s'échangeaient mais il se doutait de la teneur de leurs messes basses. À un moment, un grand blond barbu, archétype parfait du Thorvalois, assis à une table près de la sienne avec d'autres hommes d'apparence rustique, s'était même penché sur sa chaise pour toucher les cheveux noirs et lisses d'Iztli, qu'il portait noués derrière la tête. L'incident aurait vite pu partir en bagarre mais étrangement les nordiques n'avaient pas particulièrement réagis aux vociférations du Tlaloctlictec. L'un d'eux s'était signé, laissant Iztli croire que les malotrus craignaient sans doute qu'il leur jette un sort s'ils venaient à se quereller.

Ainsi donc, Iztli se retrouvait sur les routes, à pieds, n'ayant pas pour l'instant le besoin ou les moyens de se procurer une monture. D'autant qu'il n'était jamais monté sur un cheval, l'équitation ne faisant absolument pas partie des mœurs Tlaloctlictecs.
Cette petite randonnée, sur une route mal entretenue, était tout de même plaisante. Le paysage était très différent de ce dont il avait l'habitude, lui qui habitait à l'ouest du Necuiltonoloya, avec son grand soleil, ses plages de sable fins et ses eaux claires. Le nord ouest du Thorval avait son propre charme, un peu plus rugueux et frais, mais quand même attrayant.

Iztli fut cependant tiré de ses rêveries par des bruits de sabots à sa droite. Deux cavaliers venaient de surgir des bois, armes à la main. L'un d'eux portait une lance, et l'autre une grossière hache à la main gauche.

- Hâlte là ! S'écria le lancier. Du moins Iztli s'imaginait que c'était ce qu'il disait au vu de la situation.

Il ne faisait aucun doute que ces deux là étaient des brigands, le Tlaloctlictec dégaina son macahuitl. Il s'ennuyait dans son pays et voulait de l'action ? Il allait être servi !

- Reiða le vostre gull ! S'exclama le second. Sans doute en voulaient-ils à son or.

Comme beaucoup de Tlaloctlictecs, Iztli portait quelques bijoux faits dans ce matériaux que les occidentaux aimaient tant. Mais il n'avait conservé que l'un de ses bracelets sur son biceps droit qu'il gardait bien caché sous ses vêtements. Difficilement, il répondit.

- Je n'ai point de choses... Rien de bien pour, heu... Rien de bien pour prendre.

Sans surprise, les bandits ne le crurent pas et le menacèrent de manière plus ou moins compréhensible. Il entendit plusieurs fois le mot brúnn, le laissant croire que ces sauvages raillaient son apparence.
Voyant que leur victime ne réagissait pas, les brigands se mirent à s'énerver. Iztli doutait de pouvoir se débarrasser d'eux à lui tout seul, mais une idée lui vint.

De la main gauche, il retira le collier qu'il portait au cou, représentant le visage grimaçant de Huitzilopochtli. D'une voix puissante il hurla tout ce qui lui venait à l'esprit en Tlaloctlictec, invitant notamment les deux inconnus à aller se faire cuir le cul, avant de leur cracher dessus.

L'homme portant une hache réagit comme prévu et fit immédiatement faire volte-face à sa monture, l'air effrayé par cet homme étrange aux breloques sataniques.
Moins affecté par ce que son compagnon avait interprété comme des malédictions, le lancier fonça sur Iztli. Laissant tomber son médaillon dans la poussière, le Tlaloctlictec eut à peine le temps de s'esquiver alors que le cavalier le dépassait, sa lance sifflant à quelques centimètres de son visage.

Le Thorvalois ralentit sa monture et se retourna vers l'étranger. Tous deux s'observèrent un instant, jaugeant l'autre. Iztli avait une idée mais il allait falloir agir avec toute la vitesse dont il était capable.

Repartant à l'assaut, le nordique talonna son cheval et pointa sa lance vers l'ennemi. Celui-ci posa son arme par terre puis resta immobile durant un instant, se tenant près à agir. Puis, lorsque l'arme fut sur le point de l'atteindre, il s'écarta juste assez pour qu'elle ne le transperce pas et saisit la hampe à pleines mains.
Le voleur, fortement agrippé à son arme, fut brusquement stoppé dans son élan, contrairement à son cheval lancé au galop. Il chuta donc de sa selle avec un cri, lâchant son arme dans la confusion.

Le choc avait été rude pour Iztli aussi, mais il était toujours debout et s'empressa de jeter la lance au loin, se félicitant au passage d'avoir eu la présence d'esprit d'acheter ces épais gants de fourrure.
Reprenant son macahuitl, il vint se poster près du brigand, encore sonné. Posant délicatement l'une des lames d'obsidienne sur sa gorge offerte. Une fois revenu à lui, le Thorvalois se pétrifia en sentant l'arme sur sa peau, et en voyant les yeux de jais de son adversaire planté sans les siens.

Iztli n'avait jamais tué personne et n'était pas pressé de commencer. Maintenant qu'il était plus près il voyait que le voleur qui l'avait agressé avait l'air à peine sorti de l'adolescence. Et l'odeur d'urine qui lui monta a nez lui fit se dire que le gamin avait sans doute compris la leçon pour l'instant.

Après avoir chassé le morveux à coup de pieds, qui s'enfuit en courant sans prendre la peine de partir chercher son arme, visiblement bien content d'avoir échappé à ce démon venu de loin, Iztli ramassa le collier qu'il avait jeté un peu plus tôt et se remis en route.

Oui, en effet, ce pays avait son charme. Il allait se plaire ici.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Audience publique.
23 janvier 2039,

Un messager de l'Université de Jensgård avait effectué un long périple jusqu'au Teitrland afin de remettre à Frueborg une lettre politique. Le pli en surprit plus d'un dans le clan de Marie : un écu soutenu par deux sirènes, flanqué d'un... quel type d'ange était-ce ? Un séraphin ? Uural ja Liivimaa... le nom faisait penser à une monarchie des confins orientaux de la Dytolie, voir des steppes glaciales de la Natolique. Était-ce donc l'un de ses nombreux petits royaumes orientaux ? Que désirait la cheftaine Karoliina Ivova Velichkova von Tengmalm ? Autant de questions sans réponse. Pour éclairer sa lanterne, Marie III convoqua l'ambassadeur du Jernland dans la Grand'Salle, Erik Vindheim.

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L'ambassadeur Jernlandais

Ce dernier se montra en habits convenables. En l'espace de quelques mois, il s'était littéralement fondu dans la culture et les mœurs locales, si bien que certains au sein du clan le prenaient pour un espion et ne manquaient pas de le susurrer à l'oreille de la Reine. L'homme était toutefois utile pour le moment. En effet, sa « sapience » sur le monde était grande et il ne se retint pas d'abreuver Marie de celle-ci sur l'Uural ja Liivimaa.

Erik Vindheim précisa que la Double Couronne était l'héritière récente du Royaume des Valvatides, connu comme le refuge antique des marchands, du judaïsme et de la Réforme élitiste (protestantisme). Il poursuivit en expliquant que la nouvelle monarchie s'appuyait sur l'identité ouralique bien qu'elle n'était pas très marquée : le mode de vie et les mœurs ressemblaient quand même assez fortement à ceux de l'Occident. La vraie Foi y reculait inexorablement au profit de croyances étranges ou de l’irréligion. L'ambassadeur mentionna ensuite l'importante ribauderie, organisée et encouragée. La chose marqua Marie : si des taverniers et des aubergistes locaux ne se gênaient pas pour transformer leurs établissements en bordel, ils le faisaient en cachette et au péril de leur vie. Des dizaines d’œuvres de charité existaient pour sortir les femmes de ces misères. Comment l'Uural ja Liivimaa pouvait-il de son coté encouragé pareil commerce de la misère des femmes ? Afin de ne pas enfoncer le clou, Erik Vindheim passa outre le libertinage, le sado-masochisme, la subculture goth, steam-punk et cybergoth, sans quoi la Double Couronne serait définitivement passée pour satanique. L'homme tenta de rétablir un peu la balance en parlant du Culte des morts qui s'y pratiquait mais ce dernier était dans le fond bien différent de celui présent au Thorval. Au final, Marie demanda ce qu'il en était des banquiers : les avaient-on pendu ou chassé du pays ? Erik Vindheim secoua la tête et répondit que les usuriers avaient droit de cité en l'Uural ja Liivimaa.

Après une telle présentation, les choses ne partaient pas sous les meilleures auspices.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Justice de la Cité.
31 janvier 2039,


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La prévôté municipale de Jensgård.


Les affaires judiciaires toujours en cours à la prévôté de Jensgård, jugements et condamnations par contumace :

An de Grâce 2036 : Ragnarr III pour 10 000 monnaies d'or en dete à le Monct-del-Pieste. Adroit : quarante coups de fouet et assaisinement del dosmaine d'Engegaard. Estat : arrestable.
An de Grâce 2037 : Marie III pour 3000 monnaies d'or en dete à le Monct-del-Pieste. Adroit : dix coups de fouet et assaisinement del chasteau Sainct-Olaf. Estat : arrestable.
An de Grâce 2037 : Jesper XII pour 400 monnaies d'or en dete à le Monct-del-Pieste. Adroit : cinq coups de fouet et assaisinement de cent chevaus. Estat : arrestable.
An de Grâce 2038 : Afvaldr pour larronnie à le mercier Erland. Adroit : dix coups de fouet et bannissement. Estat : arrestable.
An de Grâce 2038 : Dómarr pour desloyauté au négoce. Adroit : bannissement. Estat : arrestable.
An de Grâce 2038 : Siggeirr pour larronnie del beffroy. Adroit : bannissement. Estat : arrestable.
An de Grâce 2038 : Mikjáll pour murdrissement del bourgmestre. Adroit : pendaison. Estat : arrestable.
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Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Écrits privés et secrets (2).
12 février 2039,


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Une paysanne prise discrètement en photo
par l'auteur du texte.


Fut un temps où le cœur des sociétés se situait dans les campagnes. La vie des royaumes et des principautés défilaient au rythme des soubresauts de la Ruralité tandis que les cités, isolées, ne représentaient pas grand chose. De nos jours, dans une grande partie du monde, la tendance s'est radicalement inversée : les cités concentrent toutes les institutions d'importance. Elles monopolisent les vies politique, économique et culturelle. La majorité des gens vit en ville, adhère à sa mentalité, y a ses loisirs, ses histoires et y travaille, soit comme gratte-papiers de bureau, soit comme ouvriers dans les banlieues. Pendant ce temps, les campagnes sont aménagées au profit des métropoles. Les champs et les forêts sont recouvertes d'autoroutes, d'hypermarchés, d'usines, de piscines, de terrains de tennis, de résidences secondaires etc. Les ruraux qui subsistent n'en sont plus de vrais : la plupart sont citadins, assez aisés, avides d'imageries bucoliques, trop heureux d'y retrouver les avantages de la ville sans ses inconvénients. Les derniers qui travaillent encore la terre ne sont pas des paysans mais des agriculteurs qui épuisent les sols.

Ce tableau apocalyptique, où la campagne et les cultures paysannes disparaissent inexorablement sous les coups de boutoirs de l'urbanisme, n'est pas une fatalité, et encore moins l'évolution naturelle des sociétés, mais le résultat de choix politiques libres effectués il y a plus ou moins longtemps. En Occident chrétien, le basculement urbain s'amorça essentiellement au XIIIe quand les rois s'appuyèrent sur les bourgeoisies fidèles pour contrer des féodaux cavaliers. En pleine ascension, les bourgeoisies imposèrent peu à peu leurs valeurs et leurs vertus, jusqu'au primat de l'économie sur l'existence. Voilà pourquoi aujourd'hui, les gouvernements du monde n'ont d'yeux que pour améliorer le pouvoir d'achat, augmenter les échanges commerciaux (qui polluent beaucoup), stimuler la consommation et la croissance. Signe de déclin s'il en est...

En Dytolie, le Royaume de Thorval fut le seul à ne pas effectué le basculement urbain, faute de pouvoir central fort capable de l'imposer ou de l'encourager. Les guerres claniques inarrêtables n'aidèrent pas non plus. Toutefois, les suzerains de l'époque voulaient-ils réellement s'accoquiner à la ville ? Dès lors, face au triomphe continental du monde bourgeois et de ses sous-valeurs, l'isolement se révèlera peu à peu la seule solution, entrainant une vie figée, en vase clos, à la merci des puissants sauf à se tenir tranquille, c'est à dire ne pas avoir d'ambitions. Espérons un retournement de situation : la fin de la domination bourgeoise et la revanche des paysans partout !

Percefal Fenton-Beckett

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