Activités Internes [RP]

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Domat
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Activités internes et autres intrigues



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Salle des pas perdus située au premier étage du Palais Bolden

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Domat
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Brèves considérations diplomatiques


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Antichambre du bureau du Gouverneur Général - Palais Bolden


Les derniers rayons du soleil éclairaient, en ce soir d’avril, d’une teinte légèrement lugubre le bureau du Gouverneur Général. Ce dernier appréciait travailler à la lumière du jour et attendait bien souvent d’être complètement plongé dans le noir pour se résoudre à allumer l’imposant lustre de cristal et de diamant qui ornait la pièce.

Le Gouverneur Général occupait le plus beau salon du Palais Bolden, situé au centre de l’édifice, et dont la vue donnait sur le parc de la propriété. Les jours d’été, il n’était pas rare que l’occupant des lieux déménageât à l’étage inférieur pour profiter de l’accès au jardin. A cet instant pourtant, Konrad Lambrecht était penché sur un petit secrétaire au style épuré mais néanmoins élégant qu’il avait lui-même disposé dans un coin de la pièce. Il n’aimait guère en effet travailler sur son bureau lequel était par ailleurs noyé sous un monticule de dossiers. Binocle sur le nez il griffonnait nerveusement sur une feuille de papier les éléments de langage de son intervention prévue le lendemain matin au Conseil d’État. L’observateur averti se rendra peut-être compte de l’anarchie qui régnait alors sur ce bout de papier. Les phrases apparaissaient décousues, incomplètes et relativement obscures. Cela ne paraissait guère étonnant, Lambrecht était fils de médecin. Les idées semblaient assaillir cet esprit vif si bien que l’écriture ne parvenait pas à suivre.

Brusquement, les grandes portes battantes de l’antichambre de son bureau s’ouvrirent et, après un bref instant, le chef de cabinet du Gouverneur Général fit son entrée dans la pièce déjà plongée dans un noir relatif. Cherchant d’un coup d’œil rapide le Gouverneur, il se rendit compte de l’affairement fiévreux et continu dans lequel se trouvait le vieil homme tandis que les huissiers refermaient successivement derrière lui les portes du bureau et de l’antichambre. Konrad Lambrecht resta impassible et ne daigna accorder le moindre regard à son collaborateur qui resta muet un petit moment.



Konrad Lambrecht : Je vous écoute Klaus !

Klaus Völmeir : Son excellence a-t-elle pris connaissance de la note des services de la Grande Chancellerie sur la situation en Ardalogne ?

Kondrad Lambrecht : J’ai surtout eu vent du communiqué du Stadhouder du Zeederland rétorqua sèchement le Gouverneur qui semblait accuser la lenteur de ses services.

Klaus Völmeir : Dans ce cas vous n’êtes pas sans savoir que le Zeederland est lui aussi très préoccupé par la situation politique du pays ; la victoire des phalangistes et la proclamation de la dictature populaire semblent ouvrir une ère incertaine pour l’Ardalogne et le sud du continent.

Le Gouverneur Général se tourna alors vers son chef de cabinet. Ce dernier, planté au milieu de la pièce, lui faisait l’effet d’un spectre dans ce bureau désormais envahi d’un noir quasi complet où perçait seulement çà et là la lumière des réverbères de la Siegplatz.

Konrad Lambrecht : Croyez bien qu'il n'y a rien à craindre pour le moment de ces grenouilles de bénitiers aux délires fascistes se contenta d'ajouter de manière laconique le chef du gouvernement.

Klaus Völmeir n’eut pu retenir un rictus. S’il était coutumier de ce langage, il le surprenait toujours par sa soudaineté.

Kondrad Lambrecht : Conradí Homedes est certes détestable mais sa doctrine économique est libérale. Chose qui n’est jamais acquise au sein d’une coalition de gauche comme vous le savez peut-être. C’est pour nous aujourd’hui l’essentiel.
(se levant)
La victoire de Subirana aurait été malgré tout plus dangereuse encore pour nous. Les orientations défendues par le pantin phalangiste ne nous sont d’ailleurs pas directement hostiles.
(et fixant son interlocuteur dans les yeux avec un léger sourire)
Nous aviserons le moment venu.

Le chef de cabinet hocha de la tête en signe d’approbation. Un bref silence régna. Klaus Völmeir semblait attendre du Gouverneur de plus amples directives.

Konrad Lambrecht : Pour l’heure, publiez un communiqué laconique pour faire état de notre préoccupation sans toutefois être trop incisif dans le propos. L’Odensie n’a pour le moment ni les moyens, ni l’aura nécessaire pour se lancer dans une croisade contre l’autoritarisme et s’opposer directement et ouvertement à ces gouvernements.

Sur ces mots, il congédia, d’un geste bref, son chef de cabinet. La victoire des phalangistes semblait bien signer la mort de la démocratie ardalane, mais la victoire des partis de gauche coalisés représentait dans l’immédiat pour l’Odensie une menace bien plus importante encore. Ce sacrifice était bien peu de chose finalement. L’espoir que n’aurait pas manqué de susciter cette victoire au sein de la classe politique odenßoise et de l'intelligentsia de gauche l’avait inquiété. Le Gouverneur Général était en effet de son côté très préoccupé par l’agitation récente des mouvements ouvriers dans la capitale et par les succès électoraux de l’Union des Démocrates Libéraux aux dernières municipales lesquels pourraient bien traduire un changement de majorité au sein de la Diète des Provinces. Celle-ci s’afférait d'ailleurs depuis peu à rassembler les forces socialistes autour d’une plateforme commune. La victoire d’une coalition de gauche dans une nation dytolienne si proche aurait eu l’allure de ces symboles qui ne lui plaisaient guère. L’Odensie ne pouvait sur ce point partager l’idéalisme diplomatique du Zeederland. Après tout, il ne faut pas s’étonner de voir la démocratie sombrer dans la tourmente lorsque les masses populaires sont appelées à voter se disait-il.

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Domat
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Dans les tribunaux de la République (1)

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La salle d’audience était vaste et majestueuse. Le décorum pompeux traduisait une évidente inspiration pour la mythologie antique à laquelle se mêlaient, par un savant mariage, des scènes de la mythologie germanique. Les boiseries étaient finement sculptées et représentaient, outre les symboles de la République, divers motifs floraux et pastoraux. Le tout donnait une impression de grandeur. Le but était simple : impressionner le justiciable et lui montrer la puissance de l’acte de juger. Aussi n’était-il pas anodin que les audiences de comparution instantanée aient lieu dans cette salle. Prévue par l’article 402 du code d’instruction criminelle, la procédure de comparution instantanée avait pour objectif de « frapper vite et frapper fort » en présentant devant ses juges le prévenu le jour même de son infraction, s’il l’acceptait, dès lors que celle-ci avait été régulièrement constatée et que l’individu avait été mis en mesure de préparer sa défense.

Le tribunal examinait à l’instant le cas de Manfred Bülow, chômeur quadragénaire, au regard vide et à l’aspect déteint, pour vol à la tire de nourriture sur un marché fréquenté de Hagen (province d’Isselheim), seconde ville du pays. Arrêté par les agents de la sûreté publique de la ville, avec dans son sac le produit de son larcin, il avait été, sur décision du procureur de la République, déféré devant la première chambre correctionnelle du tribunal régional (juridiction du premier degré).


Le président : … et donc vous maintenez vos déclarations et réfutez toute implication.

Le prévenu : Oui !

Le président : M. le président…Oui, M. le président !

Le prévenu : Oui M’sieur le président !

Le président : Dès lors comment expliquez-vous qu’une dizaine de témoins vous reconnaissent formellement ?

Le prévenu : J’sais pas ! C’est pas moi, vla’tout !
(après un moment de suspension) T’façon le pot-au-feu (*) ça ment pas mal !

(*) le bourgeois

Le président : Ce n'est pas une explication convaincante ça Monsieur! Quelles raisons auraient-ils de mentir ?

Le prévenu : le mépris, M'sieur le président! ça aime pas l’gens comme nous vla’tout ! Oué, on est rin pour eux ! Juste bon à s’casser l’dos à la mine! Y savent pas qu’est que c’est eux d’avoir la faim qui vous tortille l’boyaux.

Le président : Vous reconnaissez donc avoir volé l'équivalent de 54 goldkroner de saucisses et de fromages sur ce marché ?

Un long silence accompagna la question du président. Pris dans sa contradiction, le prévenu se murait désormais dans un profond mutisme. Les yeux fixés au sol, le dos vouté presque cassé par la rigueur du labeur. A quarante ans, il en paraissait vingt de plus et les cheveux blancs commençaient çà et là à parsemer la tempe du vieillard prématuré

Le prévenu (en marmonnant) : s’pas drôle de crever l’dalle, vla’tout !.

Le président : Bien ! On se satisfera donc de ces demi aveux. M. le procureur, je vous laisse à vos réquisitions.

Le procureur : Je vous remercie M. le président ! M. Bülow est visiblement passé à côté d’une belle carrière de comédien ou plutôt, de…bouffon. Le jeu d’acteur demeure encore hélas un peu trop...grossier ; et l’histoire ne convainc personne ici. Qui est donc M. Bülow ? La réponse est toute simple : un délinquant ; et multirécidiviste par-dessus le marché… Si vous m’autorisez, M. le président, ce mot d’esprit.

Avec deux condamnations à son actif pour des faits similaires et trois autres pour alcoolisme sur la voie publique , je le précise, M. Bülow est un habitué des tribunaux comme d’ailleurs des zincs de la "rue de la soif". La société lui a offert deux chances ; il n’a su en saisir aucune. Il a lui-même fait le choix de la délinquance et de la récidive. Qu’il assume désormais ! Alors, il reconnaît certes désormais son implication mais…sans remords ni regret et sans véritablement prendre conscience de la portée de son acte. La justice ne lui doit donc aucun traitement de faveur, aucune clémence, aucune compassion. N’a-t-il pas les moyens de manger ? Eh bien ! Qu’il travaille ! Le travail ne manque pas pour les braves que je sache ! Il suffit de faire preuve d’un peu de bonne volonté et de courage. Mais, en réalité, M. Bülow est une couleuvre, et à double titre : paresseux et sournois comme le sont parfois les gens de sa classe.

Aussi, je demanderai au tribunal d’entrer en voie de condamnation et de faire preuve de fermeté en prononçant une peine de deux années d’emprisonnement ferme. Qu’il s’en satisfasse malgré tout! Il sera logé et nourri aux frais de la société.


Le président : Merci M. le procureur. Maitre vous avez la parole.

Le jeune avocat commis d'office s'avança au centre de la salle d'audience et se plaça face au trois magistrats. Sa voix légèrement chevrotante révélait une évidente inexpérience.

Avocat : Merci M. le président, MM du tribunal. Si comme M. le procureur veut bien nous le laisser croire M. Bülow est un comédien, alors il est l’acteur principal d’une grande tragédie ; la victime expiatoire d’un système qui le rejette comme un parvenu. Ce n’est pourtant pas la vision que j’ai de cet homme. Regardez-le ! Regardez le vraiment ! Est-il une menace ? A-t-il le visage mesquin de la délinquance ? En réalité, M. Bülow est un homme honorable, honnête travailleur et honnête père de famille malheureusement pris dans l’engrenage terrible de la vie, dans la spirale infernale du chômage. D’abord licencié sans ménagement par son employeur pour un prétexte fallacieux; ensuite, sans le sous, harcelé par ses créanciers ; enfin mis à la rue. Pouvez-vous imaginer un seul instant la vie d’un chômeur en Odensie ? Le chômage…c’est une condamnation à mort de l’employeur avec la bénédiction de la société !

Le président (interrompant la plaidoirie): Maître ce n’est ni le lieu, ni le moment de faire le procès de la société odenßoise!

Avocat : Et il le faudrait pourtant car c’est bien elle qui est responsable de la situation de mon client aujourd’hui. Comment voulez-vous vivre et surtout vous nourrir sans le sous? Le produit de la mendicité n’est que trop souvent insuffisant.

Le procureur eut un ricanement moqueur

Le procureur (marmonnant à voix basse) : La paresse n’a jamais rempli pas les estomacs, en effet !

Avocat : Alors il est vrai la défense de mon client est un peu…hasardeuse. Il n’a certes pas la verve ni l’esprit de M. le procureur. Mais lui subit sa condition. Aurions-nous mieux agi à sa place ? Sans indemnité chômage, sans assistance publique, sans rien pour vivre dignement. Car finalement, ne sommes-nous pas en train de faire ici injustement le procès de la dignité recherchée? Je demanderai donc au tribunal de faire preuve de mansuétude et de relaxer mon client en lui reconnaissant le bénéfice de l’état de nécessité. M. Bülow est sur le point de retrouver un emploi stable. Une nouvelle vie s’esquisse pour lui si le tribunal veut bien lui accorder une seconde chance !

Le président :…Une troisième pour être exacte !

Avocat : Certainement M. le président ! Mais que valent les deux premières lorsque l’ultime perspective est de retrouver la rue et de vivre de la bienfaisance ?

Le président : Bien ! Je vous remercie, maître. La décision sera prononcée à l’issue de l’audience.

L’air confiant, le jeune avocat commis d’office se tourna vers son client. D’un sourire naïf, il lui signala que son dossier était désormais sur de bons rails. Le juge lui paraissait être un homme fort pragmatique dont le physique « graisseux » trahissait une certaine bonhommie. L’inexpérience du jeune candide ne lui permit toutefois pas d’apprendre à se méfier des apparences souvent trompeuses. La peine lui fit l’effet d’un couperet : 18 mois d’emprisonnement ferme. Aucune circonstance atténuante n’était finalement retenue par le tribunal, ni même d’aménagement de peine proposé. La décision était d’une implacable et rare sévérité. Et la perspective d’un nouvel emploi s’envolait pour le pauvre M. Bülow. Après tout avait estimé le tribunal, cet emploi devait pouvoir bénéficier à plus honnête homme. La société odenßoise se montrait en effet d’une redoutable intolérance à l’égard du vol de la propriété d’autrui. Ce fut donc avec le sentiment du devoir accompli que M. le juge et M. le procureur allèrent déjeuner ensemble dans le très cossus bistrot du palais.

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